RUSTIQUES ET FACÉTIEUX
D'où sont pria ces propos rustiques.
Quelquefois m*étaiit retiré aux champs pour illec plus commodément et à Taise parachever certain négoce, je me promenois, et ce à jour de fête, par les villages prochains, comme cherchant compagnie, où trouvai, comme est leur coutume, la plupart des vieux et jeunes gens, toutefois séparés, pource que, jouxte* Tanden proverbe, chacun cherche son semblable : étoient les jeunes fadsant exercice d'arc, de luytes', de barres, de sauts, courses, et autres jeux, spectacles aux vieux, étant les uns sous un large chêne , couchés les jambes croisées, et leurs chapeaux un peu abaissés sur la vue; les autres appuyés sur leurs coudes, jugeant des coups, rafraîchissant la mémoire de leur adolescence, prenant un singulier plaisir à voir folâtrer cette inconstante jeunesse. Et étoient ces bonnes gens en pareil ordre que seroient les magistrats d'une république bien et politiquement gouvernée : sénateurs ou conseillers de parlements, pource que les plus anciens, et réputés de plus sainement et meilleur conseil, tenoient les places plus éminentes; et les moyennes occupoient les moindres d'âge, et qui n'avoient tant de bruit ou en prud'hommie, ou à bien labourer. Quoi voyant, je m'approchai, pour avec les autres être plus attentif à leurs propos, qui me sembloient de grande grâce, à raison qu'il n'y avoit fard, dissimulation, ni couleur de bien dire, fors une pure vérité, et ce principalement en la colation de leurs âges, mutation de siècles, et aucunes fois regrets des bonnes années : où, ce disoient, buvoient etfàisoient plus grand'chère
* SeloD.
* Luttes.
qu'en ces temps. Lors, voulant savoir les noms de ces prudes gens, je tire par la manche quelqu'un de ma connoissance , auquel privément demandai les noms d'ioeux. Celui, me répondit alors, que voyez accoudé tenant en sa main un petit b&ton de coudre, duquel il frappe ses bottes liées avec courroies blanches, s'appelle Anselme, Fud des riches de ce village^ bon laboureur, et assez bon petit notaire , pour le plat pays. £i celui que voyez à côté, ayant le pouce passé à sa ceinture, à laquelle pend cette grande gibecière, où sont dëS Ititiëttes et une paire de vieilles heures, s'appelle Pasquier, Tun des grands gaudisseurs qui soit d'ici à la journée d'un cheval, et quand je dirois de deux, je crois que ne mentirois point : toutefois, c'est bien celui de toute la bande qui plutôt a la mdifi H la hdimé pour ddhti&f du vin aux bons compagnons. Et celui, dis-je, qui, arec ce grand bonnet de Milan enfoncé en la tête, tient ce vieux livre? Oelul^ rè|ioiid-il| iiui se gratte le bout du nez d'une main et la batbe de i'atutre? Celui proprement ^ dis-je alor§, et qui s^est tourné ve^s nous: Ma fol « dit-il, c'est un Roger Bontèmps, lequel passé a cinquante ans qu'il tenoit l'école en cette paroisse i itiais, changeant son prb>mier métier^ est devenu vigneron : toutefois qu'il ne se petit passer encore, aux fêtes ^ de nous apporter de ees vieux livrés, et nous en lire tant que bon nous semble, comme un Calendricsr des bergers *, les fables d'Ésope , le Roman de la Rose*^ Mattiéolus'i Alain Ghartier^ les deuxGrebans'*, Crétin*, les Vigiles da
* le compost et ÊLaleriâriBt des Bergietài èBt»6ee d'dlmàiittjb qui fUl imprimé pour la première fois à Paris en 1488.
' Le Homan de la Rose^ poëme composé au treiziôme siècle par Guillaume de Lorris , et continué par Jean de Meung, dit Glopinel.
* Le livre de Matbeolus, traduit du latin par Jehan Le Fëvre, et imprimé à Paris en 1492.
Le livre de HatbeoIUs Qui nous montre sans varier Les biens et aussi les vertus Qui viennent pour soi marier, etc.
* Alain Ghartier, poète et historien qui mourut pendant le régne de
Charles VIL
* Simon et Arnoul Gréban, auteurs du TyUanphant mystère des Actes des Apostres.
* Guillaume Grestin, poëte français du commencement du seizième siècle.
BT FAOÉTllIOt. Si
m TOI étoiles * t et antres. Avs^ ne se pfeti» teËif liH^àlUI dirititiltt éhés lié chante an lutHn^ aTec eëtie mode slntiiitfèl de ^fiiigMet'} et 8*apt)el}e maître Hnguët. L'attre i as^â MptéA de lai, C|ui ^ garde par snr scm épaule en aen litre ^ ajrsfnt eettë èelUta^e dd lonp marin de peur de là ooUqùe, il tout une b^ltiëlé jàutie^ eëC un autre gros riefae pitault ' de ce village ^ assez bon Tilaiti ^ él qiïi fait autant grand* chère chea lui que petit vieillard dti ^tiai^a lier, qui se ntmime Lubin.Et si veus voulez ntt peu tods ài^iecflè avec nous autres^ vdus orrea' leurs propos, où possMé troti vêpres goût. Ce que |e fis , et< par dent ou t^oîs fêtes «tibèieôtiiltéà ^ l^s OUÏS jasér et deviser prlvémeht et à la rengette* f Qé lëu^ stf^ faires rustiques^ desquelles al fslit^ pàt hëiti^d rbitipiles èft de ^ IsàÈi an brief discours, où y ta eu noU lUôilidi^ péitië t[tl^à Him bonne besogne I eai" après atdr abaiiilé " lôligtèiÈips^ tèvailt ëi devinant ce que je devois diré^ étol^ édUti^inl de bëitë dètiit dâ trois voiles j graciéui CMpulSoire^ pdUr inè tëtidrë la bëhrèllè plus fresque et délibérée^ et ifl*étdit une telle péidë ixVka ëbi^ retier^ qui y pour aider à ses chévauit attelés à la Chdi'rette trdp chargée, met son chapeau enti-e son épaule et la rmie^ pôtii^ ati^ cnneinent les soulager, aucunes i^ls bUVaUt ft son batil^ attaché au coller du éheval de devant
De la diversilé des temps;
Anselme, be prud^hommé surmentionné, homme de ihédiocré savoir comme bon grammairien , un peu musicien, passablement sophiste et bon rueur de piètre, commença par une merveilleuse amiration^à déchiffrer le temps passé, que lui et ses coêvaux' là présents avaient vu, bien différent à celui de maintenant, disant : a Je ne puis bonnement, ô mes bons compères et anciens
' Le» rigilles de la mort du feu roy Charles Vtl, a neUfpsaufhes et neuf ieçoM i poëme par Martial de Paris, dit d'Auvergne , proeuTear a« parler ment de Paris, mort en 1508^
" Paysan, rustre.
* EDlendrez.
* Ala rengette, Yun après l'autre, par ordre.
* TrayaiUé, réfléchi.
* Amiration pour admiralion.
' Ceux qui sont du même âge.
amis, que je ne regrette nos jeunes ans, au moins la façon de faire d'adoncques, beaucoup (Ufférente et rien ne semblant à celle de présent; car vous voyez toutes bonnes coutumes s'amortir, et se clianger en je ne sais quelles nouveautés qu'ils approuvent merveilleusement, et sans lesquelles un homme d'aujour^ d'hui est méprisé comme un niais. temps heureux! 6 siècles fortunés! où nous avons vu nos prédécesseurs, pères de fomille, que Dieu absolve, ce disant en haussant Torée* de son chapeau, se contentant, quanta Tacoutrement; d'une bonne robe de bureau, calfeutrée à la mode d'alors ; celle pour les fêtes ; et une autre, pour les jours ouvriers , de bonne toile , doublée de quelque vieux hoqueton; entretenant leurs iiaimillesen liberté et tranquillité louable; peu se souciant des affaires étrangères; seul^ ment, combien avoit valu le blé à Loheac, Fléaux, au Liège; et au soir, au rais' de la lune, jasant librement ensemble sur quelque bagatelle, riant à pleine gorge; contant des nids d'antanet neiges de l'année passée; et, revenant des champs, chacun avoit son mot de gueule pour gaudir* l'un l'autre, et raconter les contes en la journée faits, chacun content de sa fortune et du métier duquel pou voit honnêtement vivre; n'aspirant à d'autres s'ils ne se sentoient suffisants, comme vouloir, ou être notaire de la cour de Bobita ou d'autres, être gaudayeur, ou priseur, ou témoin synodal. Lors Dieu étoit aimé, révéré, vieillesse honorée, jeunesse sage, pour l'objet qu'elle avoit de vertu , lors florissante : tellement que je peux, avec tous vous autres, appeler ces temps passés temps de Dieu. Où est le temps , ô compères! qu'il étoit mal aisé de voir passer une simple fête, que quelqu'un du village n'eût invité tout le reste à dîner, à manger sa poule, son oison, son jambon, son premier agneau et l'âme de son pourceau? Mais comme aujourd'hui ce fera cela, quand quasi on ne permet ou poules ou oisons à venir en perfection qu'on ne les porte vendre, pour l'argent bailler, ou à M. l'avocat, ou médecin, personnes en ce temps presque inconnues ; à l'un pour traiter mal son voisin, pour le déshériter, le faire mettre en prison; à l'autre pour le guérir d'une fièvre, lui ordonner une saignée, que Dieu merci jamais n'essayai, ou un clystère; de tout quoi feue de bonne m^
* Le bord.
' Rayons.
* Réjouir.
moire Tiplialiie Im JUeye giiérlâBOiti staÉMnl êB kM^OfflèPiëli tripotages et anUdcfteai ei quasi fionr uneiMiteildtrtl. J^nKiiiined/ ait alors Pasquier ^ Moh eempèrë; TOMdites teiiite téi>ité| 61 ttMf semMe proprement étfe «n iioiiTeaii tMrtide* iMis pdlsqtttf iiotl» STons du loistt et jôiir svffisttuiaeiiÉ ^ Je tous prle^ àvëe le i^ëuttf ée la eompagnlé i ée jNrarttiitrè le propos eticoiifltaeftoé/ Attt Mj répondit Ansebne^ il est Tnd qdef al ftdt rantentiré et (tkmilé lé éOmnieiieeineBti illais de le bien oontindor, j*ed donne la oliar|$ë à mon compère mallre Hoguet, qne Tdilà^ s'il Vent dôa* en ptea^i dre la peine; 6*est bien avisé i dit lors Lnbin ; que clUctin eu dië eomlne il Fenténd. Mais poiih» qne nette eompèré ttSltre Hd-^ guet a rôti en beaniioup de cnistnes^ mangé pain de divers ihÀU tresj verteTellé en plusieurs hnyssérieft^ et sait très^Ued etÉfon-: eer les matières^ il en dira^ si boii loi seinble^ ee qiiMl ëti pèÉse* Maître Huguet ne se bougeoit point i quand âii dtf donsè se ItM vèrent pour le prier leur dire là foçon des banquets de sdH iëmpu et manières de ▼iyrei avec ee qu'H touchât mt pétt quelques pOifitë d'agrieulture: A quoi s^aoeorêa fiHdlenient le be<i Htigbei^ qtil; aprèft aToit bu i^ ftiis de vid qu'ils avoiëtft etkiBjê qùeHi^, el avoif acbontré • sefti bennèt 4ul Itti pettëêdl Mt m i^ii éM^ BÉençftà dire:
Itl.
Banquet ruatique*
t^ill^ilé dé \6ê bonnes grâces vôtis ih^avéz baillé la cbarge de Aife éi fâirë jugement de ce qiie j'ai yn et ouï, ô mes lions amis^ tiè là rëfiisàiit, j'eri dirai possible confusément, mais au moins la Vérité'. Et t)()urce que les baiiquéts et festins de nos antécesseurs > ^tiifi'eiit, il faut pensée que non idoins étoieni de bonne doctrine que bien itîstruitâ ; non qiie je ne veuille mesurer la èonséquenoë d^iili baiïqùét è'ii variété, et magnifique apparat de mangeries, choses qiié de cdilnoissoient ces bonnes gens; cat leur étoient incontitis pk)ivre, sàfraii, gingembre, cannelle, myrabolans 4 la co* rlhtliiàcè, muscade, girolle, t>ôireaux 4 la dragée, tartes confites^ et àUiîtèà semblables rêveries transférées des villes en nos viil»-
' De vrai.
* Arrangé, disposé.
' Aïeux, ancêtres.
Z^ PBÛP08 RUSTIQUES
ges, quelles choses tants*eii fiiut qu'elles nourrissent le corps de rhomme, qu'elles le corrompent, ou tout mettent au néant; sans lesquelles toutefois un banquet de ce siècle est sans goût, mal ordonné et ssmsgrftce, au jugement trop lourd de Tignareet sot peuple, et s'il n'y a du cochon n'est jamais fête. Maître Huguet vouloit poursuivre, quand Lubin lui dit qu*il cess&tdeblasonner* les façons de faire d'aujourd'hui, tu que tout se faisoit pour le mieux , avec ce que l'antiquité avoit aucunes fois erré. Puisqu'il vous platt, répond maître Huguet ; que je touche le blanc, je dirai ce que je visfiaire passé cinquante ans en ce notre village, répétant ce que le compère Anselme a déjà dit, ce qu'aux jours fêtés plutôt fussent morts nos bons pères qu'ils n'eussent amassé toutes leurs bribes chez quelqu'un du village pour illec se récréer et prendre le repos du labeur de la semaine. Vltes-vous oncques aux villes, quand y allez porter quelque firomage à votre maître ou autre; quand quelque bourgeois ou citadin va souper chez son voisin, qu'il envoie son garçon devant, portant partie de son dîner? tellement faisoient^ils, lesquels après avoir bu de même et à toutes restes, le tout sans hasard, commençoient à jaser librement du fiiit d'agriculture, et à qui mieux mieux. Messire Jean, le feu curé de notre paroisse, étant au haut bout, car à tous seigneurs tous honneurs, haussant les orées de sa robe, tenant un peu sa gravité, interprétant, ou le Blagnificat du jour, ou suricelui donnant quelque bonne doctrine, ou bien conférant avec la plus ancienne matrone, près lui assise, ayant son chaperon rebrassé*, et volontiers parloient de quelques herbes pour fièvre, colique ou l'amarris, et par tranchées des effets de Gemini. Le bon homme de curé se mettant aucunes fois aux champs , le tout à la bonne foi; se vantant de belles besognes (parce qu'il étoit ou! trè&- volontiers, et que, Dieu merci, il ne craignoit homme des deux prochaines paroisses, et ce disoit sans bl&mer personne; ou à chanter du contrepoint, ou bien et rustrement faire un prône; et que s'il étoit question de latin , néanmoins qu'il y fût un peu rouillé, il s*y entendoit tout outre, et autant que petit compagnon du quartier, et de ce s'en rapportoit à ceux qui le connoissoient, sans plus outre procéder. Autant en disoit de bien joliment empenner une flèche ou mettre une arbalète en corde; de bien
' Critiquer, ridiculiser.
' Relevé, retirouifé.
ET PACÉTIEUX» 38
faire nn rebecS* et que plusieurs fois en avoit fiiit au meunier de Yangon; de tout quoi n'en craignoit homme, s*il n*avoit deux têtes. Et ce lui accordant, la pauvre femme devenoit en une merYelUeuse amiration. Étoit-ce ceférial curé; fit alors Pasquier, qui; au prône de sa grand*messe; reprenant les flls de putains de la paroisse pour quelques insolences, disoit que s'il étoit leur père, qu'il les ch&tieroit très-bien? Celui sans autre, répondit maître Huguet Mais, pour parachever Tordre de notre banquet, au bout d'en-bas y avoit quelque Roger Bontemps, comme mon compère Lubin que voilà , contant des veilles ou fileries* qui avoient été en la semaine; où lui-même avoit été triompher, et &it je ne sais quoi davantage qu'il laissoit à penser à la compagnie. Gontoit aussi de son poulain noir, qui lui étoit échappé près la vigne, et courut jusques aux landes de Liboart; et, allant après, avoit rencontré Marion la petite, ou la petite Marion , il ne lui chaioit'; lequel à laquelle, sans mal penser, avoit levé son fuseau, et en conséquence baisée, avec ce, fait offre de sa personne et d'une dragme de sa compagnie; et n'eût voulu; ce disoit-il, pour je ne sais quoi, qu'il ne l'eût rencontrée; néanmoins, que le jeudi d'après devolt aller à la Séguimère, où elle seroit , et là pensoit, s'il n'étoit bien abusé , pratiquer quelque cas , ou lui eût-il dû coûter quelque bonne chose. Le reste des bons lourdauds parloient du décours du croissant, quand il feroitbon planter porrée, temps convenable pour houer la vigne, pour greffer, ou couper la coudre ou châtaignier, pour faire cercles à relier tonneaux. Or bien, fit alors Pasquier, nous savons peu près qu'ils pouvoient dire. Je vous prie poursuivre la fin de ce banquet, et comme ils se gouvernoîent après avoir rué si brusquement en cuisine. Après dîner, répondit maître Huguet, quelqu'un du village, comme vous pourriez direPestel, produisoit dessous sa robe un rebechon*, une chalemie'*, en laquelle souffloit par grand' maîtrise, et tellement les invitoit le doux son de son instrument, avec un hautbois qui s'y trouva pour les seconder, qu'ils étoient contraints, ribon ribaine, leurs robes et hoquetons bas, commencer une danse. Les vieux, pour donner
' Instrument de musique, violon.
* Soirées passées à filer.
' Importait.
* instrument de mmique.
* Flûte, chalumeau.
9^ PIMM9 ftwf limes
Ym^f ^UfApyfint to fi^^isQ (}«tti^ mi (fois foû sans beaucoui^ ito- 4opnar (}e§ pifidS) ni filim iaip]«ldps à U màcoonotee, comme r^U^ ppuF^()Rs ))ipR ^ii^ ^fm» ftutnw;» La JeiuifiSBe «Iin» feiseit ^() davpir (|d (J^pep PI minier i# gnpui gaipp , et n'y avpU garçon qui DP 4an4t ^ii^ tes ^\lm ton mos^ii» iJeao $ qu'il fâl(oit im ppu pri^r, ^ 4i|^ ; <i||piis|9Ui« lUl vous plaltril pas dt^is^f » ToutelkHS \^if ay^i^ fin p^n iwfiifié peur fajia la ruse du j0a,s*y pip^Qi^pfu'eity^m^aii^BPOrlllif wr lui fiaif, et possible amouppUïy po^^l^irppit §8s coi]M#rpS tellement, qu'elles ientpieut }^ujr i^irii» de p»QHto|| ejt i4f elle de la tiiperie à pleine govge « g^ 4ispi( c^ véHéî»)^lp iwr^ : tt Bpute, boule, jamais ne noua éb^ttrppsplusjeuqes» preoPiia IP tepops comme il vient, maudit sqU-|l qui ^ ^ipdf^* ^ S^ loipsqup I9 fupiée du vin copimeoçoit embur^ficoqpep Ips parties 4u perveau, quelque bonne galloise ypppoit la d^ose paf §urtfible, banos, coffras, autant d'une main que d'autre. 4m fpsle, çbap^n le faisoit comme meilleur lui sembioi|,. Copiffieut! dit ^Ipi» Auselqie, ces vieillards alieient-ils comme les ^u^ppi^? dfepny, réppndit ipaltre Huguet; ainsétoieut }cs bppne$ gens pjEjès le feu , se cbaufiant d'un £agot de sarment 4^ y'W^t hs dps ^u feu, regurdapt et jugeant des coups, disant : |î;ettui-pi 4^Qsp bi^4; le père d'un tel étoit le meilleur danseur 4ll pay^î un te) gypft déSé » Ipa jours passés, tous ceux de Vin- 4plies k fi^iiê^' I^ dapsp fiuiet repomnianQotent de plus belle à 4r}pguef e^ ^ivp UM pt ppt sans se blesser : puis, après s*ètre pbapffé^y ^ bQ9 Ipiir sembloit; allplent voir quelque pré ou obamp )nep appo^^i; 1^ 4'<^ii»9ire s'asaeyoieat pèle mêle jenues et )fip^^; fjp^, qu'l) ne faut p^ mentir, que les andepnes personnes îivpiei^t, pou^me ¥^u ^t- r^ispopable, les plus honorables placer pnp^p (es gei^s 4p bieu. Lors qudqu'un des plus viepx, k 1» rp<)|iè(p de ^e^ ppêyaux, cQmmPQiÇoit à haranguer les jeunes |;eps, oii ayoi( ^1^ gu4iencp qu'a celai qui, étant venu de quelque pays PM^g^r vept popter quplqup nouveauté. Je vous prie,* dH Fgsqui^, si le fp§te 4e la CfC^pagme le trouve ))on, traiter }ps poin^ principaux 4e cettp harapgue, étant assuré qu'ils disoient quelque cas de bon. Maître Huguet vouloit s'échapper, disant qu'il en avoit dit à la traverse ce qu'il avoit pu , et qu'pn autre prit les fons; mais par importunes requêtes fut contraint
* Bien tenu, cultivé avec soio.
Et nCÉTISDX. 37
achever, disant : Puisque faire le faut, et qu*il ii*y a ordfeni remède d'évader, je vous dirai à peu près la teneur de Toraison, laquelle le plus ancien et de meilleur savoir, comme j'ai dit, commençoit , disant :
Harangue rustique.
Mes enfants, pnisqne le Seigneur Dieu vous a appelés à cette bien heureuse vacation d'agriculture, Téquité veut aussi, et est bien raisonnable, que soyez diligents et prompts à Texeroer par vertueux faits, bons et louables actes, dont avez la source, grâce à Dieu, de vos pères et mères ci présents; le surplus parfera une espèce de prud'homme, que je vois apparoltre en vous, avec signes évidents d'être à l'avenir gens de bien. Et puis bien dire cela, avec toute la compagnie, que depuis cinquante ans, et quand je dirois soixante je ne penserois mentir, notre village ne fut en jeunes personnes autant florissant comme il est de présent, et ce en toutes qualités, si vous regardez tant les bonnes mœurs et grâces, dont ils sont ornés, comme grandeur et composition de corps, puissance, avec fourniture de membres, jointe à ce la légère et prompte adresse. Le bon Dieu nous, a, comme en toutes choses, merveilleusement fortunés en ce. Et toutefois, mes enfants, jeunesse, ce que j'ai expérimenté, est tant folle et aveuglée, qu'elle ne regarde que les choses présentes, et ce qui est à ses pieds, sans avoir l'œil plus haut, dont souvent sont gâtés et abâtardis les plus nobles et meilleurs esprits. Au moyen de quoi est frustrée et mise au néant la bonne expoctation des pères, qui de l'enfant merveilleusement aggrave le démérite. Que si par exemples requérez confirmation, je vous produis deux de vos compagnons, lesquels, sur mon Dieu, je ne nommerois si cela n'étoit tout manifeste, Guillemin Plumail, et Geoifroy Thibie, les deux autant gentils garçons en leurs jeunes ans qu'on peut souhaiter, et autant bien instruits. Mais, ô bon Dieu! depuis qu'ils ont commencé de hanter tavernes, bordeaux, pestes de tout bon naturel, jeux de bibelots, courteboule, la bille, et autres tels lieux débauchés, retirant en tout les cœurs des jeunes de vertu, qu'ont-ils fait? Qu'est-ce? Sont brigands, voleurs, gar^ deurs de chemins pour tous potages, et besogne taillée pour le 1)011 rreau , ayant proposé une fin malheureuse au noble et vertueux commencement. Quoi voyant la mère de l'un, comme
38 PRÔMM AOlfflQOBd
chuoMi nit, l!a folt prendra, et eomme, par mantèie de dire, prigonoier, si bien qu'enfln reiconnolseant fies^dé&uts, et aussi contraint, est devenu bomme de bien, bon preneur de taupes, et gentil faiseur de quenouilles, vivant simplement en la &çon de notre état. L'autre, comme obstiné, demande Taumône Torée d'un bols, attendant Theure qu'il fera TofSce du loup à gripper la laine de Tagneau innocent, ou quelque autre plus vilain acte. Pourquoi, 6 mes enfants, pour obvier à tous ces malheureux in-* QQHvénients, auxquels plus continuellement sommes duits *, que à bien Daire, il est de besoin en premier point aimer, révérer et craindre Dieu, comme celui qui souffre que devenions en mille aversltés*, pour nous montm qu'il est le maître, et celui qui a prooréél toutes choses pour notre profit et bien. Que s'il vous a donné parents riches, et départi de ses grftoes, ne fiiut présumer ce venir de vous, par ce moyen encourir une fausse opinion, dont souvent jeunesse est abusée, et en conséquence glorieuse; ains^ croire qu'en moins d'un tour d'œil vous peut ôter bœu& et chevaux, brebis, et tout votro avoir; et de tout ce lui en rendre grâces, et estimer qu'il fiiit tout pour notre utilité et profit, bien coimoissant ce qui nous est néc^saire. Et à celle fin que mieux entendiez certains points observatifo de la vôtre et mienue vacation, gardée souverainement de mal parler de vos yoisins, ou en aucun cas feuler leur hopnepr;pource qu'aucunes fois vous trouves ensemble, disputant de l'excellence ou de vos terroirs, ou besognes, comme de. vos feux, tSaucilles, cognées, et tels outils, ou préfères les uns aux autres, gardez ce entre autres choses, et qu'en louant les vôtres, les leurs ne soient déprimés, pource qu'il iaut tout trouver bon, à raison que, comme Ton dit, à chacun oiseau son nid est beau ; aussi que par la langue on voit plusieurs , beaucoup de maux et divers encourir : ce que, ce m'ait Dieu, je vois n'avoir lieu en vous, n'autres imperfections, de quoi ordinairement sont tachés jeunes gens. J'oubliois à vous dire que ôs choses où n'y a remède, et moins de conseil, ne fissiez grand état, ni en prendre grand courroux, comme des aversités> et maladies, qui le plus souvent viennent à vos bœui^, vaches, brebis, poules, et porcs, qui toutefois, néanmoins les bons pansements, meurent : car en bonne j
* Coaduitf , (ïntrataéA. { ' Msez : adversité. j
* Mais.
BT FACéTHCinCi 86
ou mauvaise fortune » il fiaiut «fOit un même visage, et censtanœ accoutumée. De ma part^ la plus grande occasion, et plus é?idedt argument ()ue puisse dire pourquoi mes ans ont été si longue»* ment prolongés, cela je dis sans vanterie, c'est, et ne sais autito raison, que telle aversité qui me soit survenue au jour, jamais ne s'est couchée avec moi. Si ainsi le faites, vous vivres heureux, fbrtunés en honnête tranquillité, et n'aurez compagnons en félW cité. Car démandez, ou souhaitez^ vous plus salutaire, ou plus libérale vie que la nôtre? moyennant que nous gardions d'aspirer à plus hauts états, vu mêmement que si sommes diligents à labourer les terres à nous laissées par nos bons pères, sera beau** coup, ne tâchant par grands héritages à les amplifier. Et avofent cela en une très-grande révérence, nos anciens, qu'il n*étoil loisible d'occuper plus de terre que ce qu'on leur avoit limité ( ayant beaucoup d'observances, qui aujourd'hui ne sont, commet celai être mauvais laboureur, qui achetoit ce que son champ lui pouvoit produire; mauvais le père de famille, qui f^isoit ce le jour, que la nuit eût pu ftiire, sinon, dea, qu'il eût été empêché par rimèmp^*ance de l'air : plus mauvais fôtimoient celui qui plutôt besognoit à la maison qu'aux diamps, comme dédaignant la coutume. Et m'est avis avoir ou! dire d*uti anti(tu6 laboureuf, accusé de ses voisins, disant qu'il avoit empoisonné leurs blé!» parce que le sien étoit demeuré garanti , et les leurs gâtés et mî& fruit, lequel prud'homme, sachant à tort tel crime lui être im«posé, amena en plein jugement sa fille, de force inestimable, ses bœufe gras et refaits, son soc rondement acéré, son coultre très»bien appointé, disant que c'étoit sa poison et mauvais art d'ainsi bien accoutrer les blés. Or maintenant jugez si tel moyen n'étoit favorable pour bientôt gagner son procès. Mais, pour revenir, n'estimez-vous en rien cela, qu'au matin, f)i*ottant votive couille, grattant votre dos , étendant vos nerveux et muscleux bras, après avoir ouï votre horloge, qui est votre coq, plus sûre que celtes des villes, vous levez sans plaindre l'estomac, ou la tête, comme fbroit je ne sais qui, ivre de soir? et n'est sujet votre fût à lu guivie^ sinon quand il vous plalt^ Puis liant vos bceufe au Joug, qui, tant sont duits, eux-mêmes se présentent, allez au champ, chantant à pleine gorge, exerçant le sain estomac, sans craindre éveiller ou monsieur, ou madame. Et là avez le passe-temps de mille oiseaux, les uns dégorgeant* sur la haie, autres suivant votre
' Cbaotant.
cfaamie, vous montrant signe de familière privante, pour se paître des vers sortant de la terre renversée. Autres qui là et çà volant, découvrent *le renard, dont le plus souvent, avec la corde de Richard tendue, avez la peau, vous montrent d^aucuns signes futurs, avec autres pronostics, qu'avez de nature, et par commune coutume appris, comme le héron triste sur le bord de Teau, et ne se mouvant, signifie Thiver prochain; rhirondelie volant près de Teau, prédit la pluie, et volant en Tair, beau temps. Le geai se retirant plus tôt qu'accoutumé,''sent Tbiver qui approche. Les grues volant haut, sentent le beau temps et serein. Le pivert infailliblement chante devant la pluie. La chouette chantant durant la pluie, signitie le temps beau et clair. Quand les poules ne se retirent sous le couvert par la pluie, d'assurance elle continuera. Les oies et canes se plongeant continuellement en Teau, sentent la pluie prochaine; autant en signiiie la grenouille chantant plus qu'accoutumé, ou quand ces vieilles murailles rendent de Teau. La sérénité d*automne prédit vents en hiver. Tonnerre du matin signifie vent, celui de midi, pluie. Les brebis çà et là courant, sentent Thiver approcher. Autres fois, pour laisser ce propos, que trop mieux entendez, ayant le vouge * sur Fépaule, et la serpe bravement passée à la ceinture, vous promenez à Tentour de vos champs, voir si les chevaux, vaches, ou porcs y ont point entré, pour avec des épines reclorre* soudain le nouveau passage, et là cueillez des pommes, ou poires à votre aise, tâtant de Tune, puis de l'autre : el celles que ne daignez manger, portez aux villes vendre, et de l'argent, en avez quelque beau bonnet rouge, ou une jaquette noire doublée de vert. Autres fois au matin regardant d'où vient le vent, allez voir à vos pièges, qu'avez tendus au soir pour les renards, qui vous dérobent ou poules, ou oies, aucunes fois la méchante bête les tendres agnelets ', peu vous souciant de l'intempérie de l'air, fièvres d'automne, ou jours caniculaires, ains en ces temps, aux autres périlleux, avec la tète nue aux champs, billanl^ possible, une gerbe de blé, ou racoutrant» un fossé; par ce moyen êtes forts, robustes, allègres, plus la moitié que gens de ville, n*aimant
' Vouge^ vougessCj espèce d'arme, serpe, Taucille.
* Fermer, boucher.
' Petit agneau.
* Liant.
* Réparer, arranger.
ET ràCéTIEUX^ 41
que mignarderie, soub t\)inbre, se sentant leur homme f&ti en ia brayette. Au moyen de quoi un bon capitaine aime un soudard nourri en ses jeunes ans aux chamf», ce que j'ai vu lorsqu^l étoit question d^aller à Pbaringues. Que si vous tombez en quelque maladie, comme c'est une chose natureile» vous ne cherchez clystères, pui'gations^ saignées, et telles badauderies t car VoUs avez le remède prt^sent en votire jardin, de bonnes hcrl)es, desquelles la vertu vous demeure quasi héréditalement de père en fils. Qu'est-<» donC) mes enfents, que je vous diï*ai davantage? Je pense qu'il ne reste rien à votre tofôle félicité, fbrs l'amour du grand berger, laquelle^ comme je pense, vous Incite à acquérir par vertueux faits, provenant des bons et fructueux enseignements que notre curé) de sa grâce, vous expose, aussi qu'en conscience il y soit obligé. Pourquoi je le prierai, celui grand conservateur de nos troupeaux , qu'il nous doint* gràceis de ne fourvoyer du cliemin baillé à nous autres pauvres viateurs*, me recommandant à vos bonnes grâces, vous priant prendre tout à la meilleure part, comme le votre ami, et d'un vieillard rêveur. Maître Huguet vouloit poursuivre la fin et issue du dîner, mais Pasquier lai interrompit son propos, disant à Anselme : Le banquet est très-lnen déchiflfré, et en bon ordre. C'est mon^ fit Anselme; mais encore ne savons-nous le département, et comme le reste du jour s'emploie. Vous m'avez, dit maître Huguet, rogné la queue de mon propos quand je le vouloîs achever mais bien, or écoutez. La délibération finie, retournoient tous au logis, frais et délibérés, ou recommençoient à chopiner de même el de plus belle : et lorsqu'ils étoient venus au point, et qu'ils en avoient tout le long des sangles, commençoient à chanter de la plus haute mesure qu'on ouït oncques : À vous point vu la Péronnelle. Au bois de deuil. Qui la dira. Allégez-moi, douce plaisant' brunette. Le petit tueur. Hélas, mon pèi^ m'a mariée. Quand les Anglois descendirent. Le rossignol du bois joli. Mon Dieu, je viens vers vous demander allégeance. Tenez mon pain. Qui veut du laSt, sur quoi ont été faites Je sens raffection, sa réponses et autres telles
* Donne, accorde.
* Voyageurs.
* Ce curieux passage des Propos rustiques, qui contient une listé de chansons populaires au seizième siècle , est ainsi eonçti dans les éditions originales : Au bois de dueil. Qui la dira. Allégez-moi douce plaisant brunette» Le petit cœur. Helas tnon pure ^^ Wtmléû. Quand les Angtois des-
chansons plus ménétrièros que musiciennes, que Panpbagos, fermier du sire Fiacre, avoit composées en lui portant du lait baratté pour refroidir sa femme en la ville et cité de Sirap <. Cela fait, reprenoient, sans intermission ou repos, à drin^er, tant que tout le monde fût soûl. Dont Tun , après que chacun avoit pris congé, convioit toute la bande au prochain dimanche à même banquet, et pareilles cérémonies, où esUmoit leur faire gode chère ', s'il ne lui coûloit plus de je ne sais quoi. Sitôt qu'ils étoient retournés à la case, le bon père de famille sMnformoit diligemment, s'il luien souvenoit, comme ses bœufs, vaches, brebis, porcs avoient été pansés, et comme tout le ménage se portoit. Au reste, après avoir ôté sa robe, et jà commençant à se désaccoutrer^ distribuoit les affaires du jour subséquent, selon que bon lui sembloit, et en ce point volontiers s'endormoit le bon homme sur ses genoux. Que si le chat se trouvoit là, donnoit deux coups de sa patte à ses triquedondaines, qui pendoient : car en ce temps n'a voient haut-de-chausses, comme non vilolières, mais braycs^; toutefois les siennes ctoiont pour lors à la lessive. Après que la bonne femme avoit chassé la bête, et couvert le feu , faisoit aller au lit son bonhomme, toutefois, après avoir donné ordre que tout fût le lendemain prêt pour charruer au clos devant, et que si le soc n'étoit en bonne pointe , on l'eût au matin porté au Plessis, à la forge,chez Guyon Jarril; et s'il n'étoit à la maison, qu'on l'eût porté à Chantepré : car là y avoit un très-bon rapetasseur de socs. Par mon âme, fit alors Lubin, le conte nous est si bien mis devant les yeux, ô compère, que proprement me semble y être, et voir le bon homme Robin le Clerc s'ébattant ainsi à jaser, et envoyer quelqu'un à la forge. C'étoit un grand allant, dit Anselme, et me semble l'avoir autrefois vu. Oui bien, fit maître Huguet, si vous avez voulu, et étoit de ce temps, de quoi vous ai parlé. Puisque le compère Lubin a mis en termes ce bon lourdeau Robin le Gerc, répond Pasquier, il me semble qu'il ne sera que bon, qu'il die ce qu'il lui a vu faire : car ils ont demeuré en un même village. Puisque la compagnie, dit Lubin, me com-
éUreni, Le rossignol du bois joli. Sur le pont d'Avignon , et beaucoup d^ autres telles chansons de bonne musique et meilleure grâce ^ etc.
* Anagramme de Parjs.
' Bonne chère, cbére divine.
' Déshabiller.
* Haut-dc-cbausscs ouvert par devant.
mande qu'en mon rang je conte de Robin, j'en dirai comme je Fcntends, après vous autres, afin que la peine soit égale. Ce qu'à lui accordé par l'assistance, commença.
De r.obin Le Clerc, compagnon charpentier de la gra&d'DoIouëre.
Robin , dont est question , fut moult prud'homme, par ma conscience , et fut celui de tout son quartier qui autant bien faisoit un guéret; qui inventa; la bonne personne, mille bons mots concernant le fait d'agriculture , imposant à signifier à beaucoup à la bonne foi, et sans mal penser. Volontiers après souper, le Yentre tendu comme un tabourin, soûl comme Patault, jasoit le dos tourné au feu, teillant bien mignonnement du chanvre, ou raccoutrant à la mode qui couroit ses bottes, car à toutes modes d'ordinaire s'accoutroit l'homme de bien , chantant des mains et cousant de la goi^e mignonnement, comme il le savoit faire, quelque chanson nouvelle. Jeanne^ sa femme, de l'autre côté, qui filoit, lui répondant de même; le reste de la famille ouvrant chacun en son office : les uns adoubant * les courroies de leurs fléaux, les autres faisant deuts à râteaux ; brûlant bars pour lier, possible, l'aixeul^de la charrette, rompu par trop grand fais, ou faisant une verge de fouet de néflier ou meslier. Et ainsi occupés à diverses besognes , le bon homme Robin, après avoir imposé silence , commençoit le conte de la cigogne, du temps qne les l)êtes parloient , ou comme le renard déroboit le poisson , comme il fit battre le loup aux lavandières, lorsqu'il l'apprenoit à pêcher; comme le chien et le chat alloient bien loin; du lion, roi des bêtes, qui fit l'àne son lieutenant, et voulut être roi du tout; de la corneille; qui en chantant perdit son fromage; deMélusine; du loup-garou, du cuir d'Anette , du moine bourré ; des fées, et que souventes fois parloit à elles familièrement, même la vesprée passant par le chemin creux, et qu'il les voyoit danser au branle, près la fon-, laine du Cormier, au son d'une belle veze * couverte de cuir rouge, ce lui étoit avis, car il avoit la vue courte, pource que depuis que Yichot l'avoit abattu de coups de tranches par les fesses, les yeux lui avoient toujours pleuré. Mais que voulezvous? nous ne nous départons les fortunes. Disoit, en continuant,
' Apprêtant , accommodant.
» L'essieu.
' Instrument de musique dont se servent les bergers.
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que en chftn^nt lè veiioient voir» affermant qin'elleà sont bonnes commères ) et volontiers leur eût dit le petit mot de gueule, sll eût bien osé, ne se défiant point qu*elles ne lui eussent joué un bou tour. Aussi que un jour les épia, lorsqu'elles se rctiroienl en leurs caverneux rocs, et que soudain qu'elles approchoient d'une petite motte, elles s'évanouissoient : dont s'en rctournoit, disoit-il, aussi sot comme il étoit venu. En ce disant, faut penser quMI ne rioit aucunement, ains foisoit bonne pipée. Que si quelqu'un ou une se fût endormie d'aventure , comme les choses arrivent, lorsqu'il faisoitces hauts contes, desquels maintesfoisj'sâ été auditeur, maître Rolnn preuoit une chènevotie allumée par un bout» etsoufSoit par l'autre au nez de celui qui dormoit, Élisant signe d'une main qu'on ne réveillât. Lors disoit : Vertu goy ! j'ai eu tant de mal à les apprendre , et me romps ici la tète pensant bien besogner, encore ne daignent-ils m'écouter! Que s'ils ne noient de ce , la vaillante personne faisoit un pet à trois parties qui les ébaudissoit tous, et noient desmeshui à toutes r^aes. Le bonhomme, las de conter, pource qu'il s'oublioit le plus souvent en ses fables, demandoit à Jeanne, sa femme, un petit à boire, le tout pour la pareille, et qu'il a voit bien gagné : et de ce en vouloit croire tout le monde, et elle pour la première. Vous souvienne de votre propos, dit maître Huguet, n'étoit'-elle pas fille de Thibaut TEscouvette, ce bon gantier? De celui sans autre, répondit Lubin, et étoit votre cousine remuée d'une bûche, et ce par devers la paille. Pour revenir, la bonne femme ayant un pot en sa main, commençoit comme par force à y aller, disant qu'il avoit toujours cinq sols ou soif; et qu'elle pensoit fermement qu'il eût un charbon au ventre, et que hardiment une autre fois ne retournât pas; car plutôt crèveroit de soif qu'elle daignât faire un pas. Je voudrois bien , dit lors Pasquier, que la femme de chez nous m'eût tant contesté, je crois que Martin bâton trotteroit. Vous dites vrai, répondit Lubin, si à chacune injure que me dit ma femme je lui donnois un coup de bâton, il y a plus de dix-neuf ans qu'il ne seroit nouvelle d'elle. Mais écoutez comme die lui disoit que toujours étoit sa coutume de l'embesogner à lui aller quérir à boire, et qu'il n'y sauroit envoyer un autre, pource qu'il voyoit bien qu'elle étoit empècbée à dévider du fil mêlé, et qu'elle voudroit qu'il fût en gage de ce qu'il lui falloit. Robin ne la voulant contrarier, disoit qu'il ne lui chaloit, mais qu'il bût; et s'efforgoit de lui complaire^ disoit que peu lui de-
mandoit à boire, et que c'étoit une fois entre cent, et que une fois n'est pas coutume; outre, que si elle \ouloit toujours ainsi tenccr, il aiœeroit mieux aller boire à la rivière, la priant à jointes mains qu*elle ne lui fit tant acheter, ou que, par sa foi, s*CD iroit le lendemain chez la meunière, qui tenoit tavenie à Noyai, où là mèneroit leur diseur de saints pour cbanter tout leur soûl , et qu'il aimeroit autant être je ne sais où. Sur quoi elle lui répondoit qu'elle ne s'en soucioit guère, et que c'étoit bien sa coutume ; mais au moins le prioit qu'il ne la voulût battre quand il seroit ivre, comme lui étoit chose bien accoutumée, et qu'elle s'ébahissoit qu'il n'a voit honte. Ah! par ma vie, disoit lors Robin , voyant qu'il ne la pou voit avoir par force, j'aimerois mieux être en enfer, ma Jeanne; à qui Dieu veut aider, sa femme se meurt. Allez, ma mie, allez; que le meilleur des diables vous rompe le cou , vous assurant que j'aimerois mieux avoir mangé nne charretée de foin pour crever, quêtant languir. La bonne femme, rechignant comme celui à qui en panse une bosse chancreuse et seringue une chaudepisse , troussoit ses agoubilles pour aller tirer du vin, avec protestation qu'elle tir&t de celui d'auprès le mur, et qu'elle ne fdgntt à l'emplir; parce queRoulet Lambin étant survenu , demandant une cognée à prêter, boiroit bien. Elle, revenue, leurbailloit le pot comme par dépit; sur quoi ils se ruoient si brusquement qu'il ne sembloit pas qu'une mouche y eût bu. Elle voyant, disoit que s'il eût été honnête homme, lui eût pour le moins offert le verre; néanmoins qu'elle ne l'eût pas pris, et que honoètes gens se montrent où ils sont, et qu'il lui en souviendroitparson Dieu. Puis, ayant les mains sur les deux hanches et en pleurant , commençoit à belles injures; de quoi le pauvre Robin rioit à pleine gorge, disant qu'il connoissoit bien le naturel de la damoiselle, et que c'étoit une femme pour tous potages; qu'elle avoit pris sa tête, que c'étoit un diable coiffé et encore pis ; que le diable lui avoit forgé le moule à chaperon * , qu'il n'y avoit rime ni raison en toute son affaire; que voir un homme ayant tête de cheval est chose fort étrange, mais une femme sans malice, encore plus; et que la bonne bête sembloit au chien , qui cloche quand il veut : aussi que à point nommé elle pleuroit, et que vraiment elle avoit un quartier de la lune en la tète. Mais voyant qu'elle
' Le moule à cAaperon , c'est-à-dire la tête.
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le commençât à gagner de paroles^ et qtte desmesbui n'y avoic ordre d'avoir pQtiaice, il commandoit que tout le inonde s*allàt coueher , et qu'il ferait bien son appointement : par ce moyen, au matin étment plus grands amis que devant. Saint Quenet! dit aiws Anselme, voilà bonne forme de quereller et d'appointer, que je ne voudrois toutefois être chez nous, et vous prie ne le dire à ma femme; car trop lourdement se courronceroit tous les jours avec moi; puis vous savez que je ne pourrois si sourvent appointer, sans grand intérêt de ma personne. Sur mon Dieu , quand tout est dit, dit Pasquier, à nous autres vieillards rassoies , ne nous sont guère duisanls * tels menus plaisirs ; car desmeshuy ne nous faut que le mol lit et Técuelle profonde; de ma part je quitte le métier à ces jeunes gens de frais émoulus. Yrai^ ment, dit maître Huguet, compère, vous le pouvez bien^ et ne point plaindre le temps passé ; car j'ai vu qu'il n'en y avott que pour vous; rien ne se tenoit devant vous; vous étiez le chien au grand collier le plus rusé de tout le pays, et le plus grand abatteur de bois qui fût d'ici au gué de Yède. Ne vous sou^ vient-il de ces grands lits où l'on couchoit tous ensemble sans difficulté? Oui) ma foi, dit Pasquierà Mais je vous prie dire un peu ce qu'en savez; non pas de ce qui fut fait, mais la cause pourquoi on a ôté cette bonne coutume.
hà diflërence du coucher de ce temps et du passé, et du gouvernemeat
de Tamour de village '.
Du temps qu'on portoit souliers à poulaine, mes amis^ et qu'on mettoit le pot sur la table, et en prêtant l'argent on se cachoit, la foi des femmes vers les hommes étoit inviolable : et n'étoit aussi loisible' aux hommes, fors de jour ou de nuit, vers leurs prudes femmes l'enfreindre; ainsi étoit une coutume observée réciproquement» ^dont n'étoient moins à louer, qu'en merveilleuse ami-» ration. Au moyen de quoi jalousie n'étoit en vigueur, fors celle demalaimcr» de laquelle les janins* meurent A l'occasion de
* Convenables.
^ Le commencement de ce chapiire a été reproduit à peu prés littéralement par Pelletier du Mans et Nicolas Denisot, dans les tiomtUes Rèt^atlom ttjûyeux Devis <ite Bonaventure des Periers. T. la nouveUe Cil.
* Permis,
* Niais, imbéciles.
ET MC^TIBini. 4?
eette memF^Ueiue confidence, eoucbment IndiflSbemment toqs les mariés, ou à marier, en un |[Fan4 Ht fjsdt tout à propos, de trois toises 4e long et de neuf pieds de large, isans peur ou crainte de quelque démesuré penseroent, ou eCTet lourd : pouroe qu'en oq tempsrlà les hommes ne s'éebauffoient de voir les femmes nues, et n'aimoient Tu» Tautre que pour conter leurs penséçs. Toutefois depuis que le monde est devenu mauvais garçon, chacun a eu son lit distinct et à part, et pour cause; aussi pour obvier à tous et cha« cnn les dangers qui en eussent peu sourdre. Pource que depuis que moines, clianlrep, et écoliers, commencèrent à pérégriner, jeter le froc aux choux, différenter de couvent, vicarier et s'é^ manc^per hors leur territoire, on fit par commun avis lits plus petits, au profit d'aucuns iparié^ ( parce que le pain suit le jeu à la trace), et merveilleux intérêt pour les femmes, jouxte le dire dd mou voisin Baudet. Ilaudit soit le chat, s'il trouve le pot découvert, qui n'y met la pattç; aussi qui ne sait son métier, si fevm$ sa bouiique, et aille aq^ prunes. Sur ma foi, dit Pasquier, la mode n'étoit que boums: m^\» puisque toutes choses se changent, je pensois bien qu'elle ne d^emeureroit pas la dernière. C'est mon, dit lors Anselme , vqus voyez toutes bonnes façons de faire s'abâtardir : car» puisque vous avez parlé de U façon du coucher, p^nsez-vous, à yotre avis, <|ue les amours des anciens se démenassent comme celles d'aujourd'hui? Nenni vraiment, dit l^ubin, je le sais bien pour moi : car quand il fut question de me marier à vo^ nièce, j'avois d'âge trente-quatre ans, pu environ, auquel temps ne sa vois quA c'étoit être amoureux, fors à la yulcaniste, qui est de tant frotter les pierres l'une contre l'autie» que le feu en sort; encore moinç eomni^ il s'y falloit gouv^^er, sinon que feue mère grand, dont Dieu ait l'&mQ, vfiQ montra ]^ moyen de m'y enbamacber ; avis^ si aujourd'hui le jeune homme passera quin^ ans sans avoir pratiqué quelque cas avec ces garses, comme chancres, fossettes, véroles, chaude pisse, ou être jà marié. Au moyen de quoi les enfants d'aujourd'hui ne semblent que nain^ au regard des anciens. Quoi? et l'âge de dix-huit ans est bl&mé» quand n'entretient les dames, na ptuguette * les filles, ne fait le brave, le mignon; et faut qu'en dépit de lui il erre avec cette sotte multitude, pour être compagnon en malheur, s'il pe s^ veut ouïr appeler partial, solitabre, veau, mélancolique, se réglant dq sa
' Courtise.'
tête opiniâtre. Bfattre Hugaet prit lors la parole, disant avoir ou! dire qu'un homme ne peut être galant , brusque, escarbillat ', épemiqué, et renommé moderne, s'il n'a hanté les gens, et fréquenté les personnes, même les femmes, dont les unes sont sages en tout temps , les autres sottes tout outre : et qu'anciennement peu étoient qui fussent rustres, et qui entendissent point d'honneur d'amour, vertu, et autres honnêtetés d'aujourd'hui. Et puis, disoit-il, que avez parlé de vos amours, je vous dirai la façon des antiques. C'est qu'un bon lourdaud d'adonques, ne sentant rien du brave qui en aima dix, au buse accoutré, comme d'une saye* sans manches, le beau pourpoint de migraine, bordé de vert dt coupé au coude, la bonnette rouge, le chapeau dessus, auquel pendoît un beau bouquet bien mignonnement composé, la chausse jusques aux genoux, et pour cause, les souliers déï^uverts, la ceinture bigarrée, pendante sur les souliers : le bachelier ainsi frisque', tabourdant des pieds sur un coffre, disoit le petit mot à la traverse à Jaune, ou Margot, et soudain regardant s'on ne le voyoit, i'empoignoit, et sans dire mot, la jetoit sur un banc, et le reste, je le vous laisse à songer. La besogne parfaite, secouoit les oreilles, et vire, après toutefois avoir donné un brin de marjolaine à la done^, qui étoit la plus grande récompense, et entretien d'amour, qu'on eût pour lors : néanmoins que je ne dis pas qu'un ruban n'eût été reçu , ou une ceinture de laine , mais c'eût été à grand' peine; car trop se fût sentie obligée. Regardez, ô muguets, qui savez que c'est, et qui en faites métier, si par tel moyen viendriez à ce but prétendu, que vous appelez le don de merci, le contentement, la récompense du travail, le cinquième point d'amours, et aucuns docteurs, le vieux jeu, l'ancien métier, et la jolie gentille patarrade des cymbales ou mannequins. Non certes (assurément monacal) ; ains par longues et énormes protestations vous désespérez, vous mettez aux champs, pariez seyls comme lunatiques, envoyez rimes, êtes aux aubades, allez emmasqués, donnez de l'eau bénite à l'église, faites la cour, changez d'accoutrements, laissez belles signatures chez les marchands, entretenez gens pour vous seconder, endurez des personnes en vos propos,
' Escarbillat ou escarrabîllat , gentil , mignon , beau. ' Sayon.
* Gentil, joyeux.
* La dame.
Bf PACiTIEUl. 40
ftottoiqiiereHflS, (Bomre&ites ^a^da£ie^I, êtes, ee que Ton dit, iiardis eatjre les lenuneç, et muguets entre gens de guenre : car quelquefois avez ia commodité de parler à elles en privé, vous êtes les iHus mauvais que Ton sauroit voir, comme dire : Hé, ma ipaltresse, voule&-vous que, pour votre amour conquérir, je m0 fompe le cou? mais pource qi^e cela est un peu flSUîheuK, je oomhsiUm, et fût le Ture, qpi est grand terrien. Par la vertu saint Quenet, Mie dame, cette dernière guerre, je crois que ce fut aux vents de Perpignan, je as un coup de ma main, et seulement pour 110 simple aoqvenir de vous, dont toute la troupe, je ne dis rien. Ah, ma dame, mon souvenir, mon bon espoif, ma fermeté, mon petit cœur gaucbe, mon soûlas*, mon romarin sans tête, bêlas aumur! Las, qu'on connût. Je sens Taffection, Perrette, venez tôt. De ce brandon, puisque vivte, N'est-ce pas grande cruauté! Quoi ? que voulex-vDus que je vous offre, dites-vous « fors ma personne, de laquelle, tant f a qu'elle est à votre service, que pouvez en disposer comme d'une cl)ose toute vôtre, vous assurant qpe si me &ites tant de )nea de me recevoir des Vjfttces, et croire que la nombee de vos serviteurs est crû , vous trouverez eq moi non moins d'obéissance qu'en ceux qui coucbent toutes les nuits avec vous, ou que le cœur sera disposé pour l'effet mettre k ûn\ De toutes lesquelles belles prières et requêtes avez au bas d'i* celles signé : Je ne vous connois point : qui est à dire que d^vez être serviteurs deux et trois ans , vous accommodant à toutes les iuepti^, sottises, bestrjes, niaisetés , cbiapdries, rêveries, mvr goardises, pusillanimités, impudicités, verte velleries, mannequipages, lourderies, ignorances, et ftneries; pleurer quand on pleure, et rire quand ou rit, persévérant en votre grande folie, afin qu'on connoisse votre constance assurée et maintien non variable. Cependant il survient quelqu'un plus rebrassé f qu^ vous, qui vous ruse autant loin que vous étiez près, et lors est on duo à quatre diableries : car en dépit de vous il faut faire la cour à œ nouveau survenu, pour lui tirer les vers du nez, et là cautement * dissiipuler, et faire bonne pipée ; lui affermer que du tout vous vous êt^ retiré d'elle, et que trop longuement y avez perdu et le temps, et vos pas, et qu'elle ne méplp qu'un liORune de bien entreprenne rien pour die, vu qu'à tous Hait mi
' Ma joie, ma consolatioQ.
> Plus habile.
' Adroitement.
30 PROPOS RtJSTIÛOES
même visage, sans récompenser celui qui a desserTi, délaissant la vertu, pour suivre la badinerie de Floquet le jeune. Et en tous ces beaux mots le cœur ne parle point : car vous faisant, un jour après, une œillade, un sourire de travers, un signe de gant, ou que vous puissiez toucher sa robe, ou lui lever son dé, ou son fuseau, vous êtes, ce vous semble, les plus heureux du monde, et très-béatissimes, si vous en avez reçu un baiser. Néanmoins qu'après que vous êtes détourné de sa vue , elle tire la langue sur vous, et si elle vous fait la moue, elle se moque à tout le monde de vous, disant, que vous êtes un très-beau jeune homme, blond comme une jument baie, d'une belle taille, de très-belle venue, et fort bien adroit à une table pour desservir bien habilement; et que vous serez homme de bien, s'il n'y a faute; si vous vivez vous aurez de l'ftge; que vous avez bonne grâce, mais que vous la portez de travers; et autres mots, desquels si le moindre aviez entendu, vous iriez pendre de la honte qu'auriez, et mépris qu'elle a de votre personne. Et puis allez vous y frotter et vous fiez en telles coquines, putes, maraudes, lorpidons, et brigandes, qui dérobent l'un pour piller l'autre. Gomment? dit lors Pasquier après vous avoir bien écouté, compère, à qui parlezvous? vu que tels muguets et petits braves ne seroient pas les bienvenus en nos villages? aussi qu'il ne s'y en trouve nuls. Auquel répondit maître Huguet, qu'il lui pardonnât, et qu'il s'étoit fourvoyé sortant les limites de sa paroisse : ce que bien connoissoit, et que puisqu'il avoit tant poursuivi le conte, qu'il l'achèveroit. Là donc, dit Lubin, et quelle façon de faire doit tenir le muguet susmentionné? Je veux, répondit maître Huguet, qu'il laisse ces longues et fâcheuses harangues, qui, pour la vérité, ne meuvent en rien la dame : car il aura plutôt conquis ce qu'il prétend, avec un mot bien couché, et de bonne grâce, si la dame est courtoise et débonnaire, joint un peu de ce que l'on met en la gibecière, s'elle est avare, que i)ar servir et faire le mignon longtemps, qui est l'ofiice d'un jobe *, ou caillette : car, pensez-vous, ils en voient tant et de divers, lesquels avec leurs bravades laissent passer, et sans flux , et y sont autant accoutumées, qu'un âne à aller au moulin: et me semble qu'on les peut comparer à ceux qui ont ordinairement gens de guerre, lesquels sont tant duits à les ouïr jurer, maugréer Dieu, et faire
* Niais, sot, nigaud.
les mauTais, que pour toutes ces mines ne daigneroient bouger, slls ne frappent à grands coups de bâton , ou mettent leur hôte au travers du feu, comme un fagot. Autant en peut-Pon dire de nos dames d'aujourd'hui, lesquelles ne prennent moins de passetemps à Toir un pauvre languissant se donner au diable et se désespérer, qu*à le voir à tous propos changer contenance, et perdre grâce pour la vue d'elles; lesquelles, ce me semble, faut qu'elles tiennent leurs cœurs avec elles enveloppés : éar en quel-" que fonne qu'elles voudront le feront mettre et changer, comme feroit le magicien avec son image. Mais quand notre amoureux produit un bracelet de perles grosses comme pois, les portes fermées lui sont ouvertes très-grandes, comme à passer une charretée de foin, qui est le souverain remède, la clef de la besogne, la peautre \du navire, le manche de la charrue. Vous en parlez , à ce que je vois , comme eipérimenté, mon compère, dit Anselme, et crois que vous avez passé par les piques. Par ma foi, répond maître Huguet, Je ne sais; tant y a que se j'en voulois dire ce que j'en pense, j'en ferois un livre aussi gros qu'un bréviaire. Mais, fitLubin, ne se poiirroient trouver quelques femmes, qui, non mues d'avarice ou convoitise, voudroient loyaument aimer? Il j'en liwiep 4Ut Hyguet, mais tant rares! De celles tant seulement parle, qui plus ordlnanegHSt fnft aiati : cnr j^ai été trompé, comme les compagnons. Je ne m'ébahis, fit lors Pasquier, si vous a?iez tellement la matière recommandée et en affection. Je vous dirai, pour ce que dcsmeshuy, mal conviennent tels propos à nous autres vieillards; retournons aux premiers, qui ne touchent que prud'hommie et antiquité : car par saint Aubert, vous ne foites que m'en faire venir l'eau à la bouche, et échauffer en mon double jaque, et nous avons bien fort affaire de savoir ce que vous faisiez tandis que vous étiez étudiant. Moi? fit maître Huguet, à Dieu ne plaise, qu'étant écolier, je fisse rien; avec ce que les écoliers en ont, s'il en demeure : car en vérité les femmes disent qu'ils n'ont pas si tôt attaché la brayette de leurs chausses, qu'ils ne cherchent à grande hâte à qui le dire, trop bien les rembarreurs de boutiques après souper, et des Messerres Scriptorantes. En bonne foi, dit Lubin, si ai-je autrefois ouï dire qu'avec la graine de fougère vous aviez fait je ne sais quoi. Ha,
* Le gouyenuil.
!tt PAOPOB RII8TIQUES
VOUS êtes un i^lantt Maltte Huguet eti sburianti et tbumattt là tète à oOté) disoit que Dieu pardonnât au temps passé, et (|u*il &ut tous passer par là, ou par la fenêtre. Or bien, disoit^ll^ dites 4]one quelque cas de votre village, Pasquier? Leqiiel répondit qu'il n'avoit vu rien eh son temps, fors Tanclén Thenot dti Coing, duquel tout le monde Savoit la vie. Je pense bien^ dit Lubin, que tous en ont ouï parler: si est-K» que vous êtes plus résolu en cela qu'aucun, à raison de la longue demeure près lui : parquoi dites un peu de sa manière de faire ; car cet homme-là fut fait en dépit des autres ) et vivoit à sa guise, sans avoir regard àui façons d'autrui. Je dirai donc, fil Pasquier, ce que bon me semble, et se mouche qui voudra, s'il ne veut avoif de la gatile pat sotis rhuis»
be ttiénot du Coing.
En *ce temp^, de quoi avons parlé ci-desstiS| tivoit le bon homme Thenot du Going» onele de Buitando et cousin gerihain de Mouscalon. Ainsi appelé du Goinj^, pource que Jamais ne sortit hors sa maisonnette, bu, poUr ne mentir, leslitnites ou bords de sa paroisse. Par ce moiren lui étoit grand contentement attiser son feu, faire cuire des naveauK aux cendres, étudiantes vieilles fables d'Ésope, allant aucunes fois voir si les gelais mangeoient point ses pois, ou bien si la taupe avoit point bêché en ses fèves du petit jardinet^ auquel avoit tendu filets pour les oiseaux, qui ne lui laissoient rien. Ah! vraiment, Je dirai bien cela, et sans mentir, que de deux boisseaux de fèves qu'il sema, encore mesure de Gbâteaugeron , n'en eut Jamais un bon quart avec ces larrons d'oiseaux ; aussi ne demandée pas coinme il les donnoit au diable. Et toutefois, qiland il les y trouvoit, et quasi tous les Jout>s, il prcnoit plus que plaisir à voir leur gr&ce de venir, d'épier, et s'en retourner chargés, qu'il ne faisoit à les chasser. Et puis , quand quelqu'un lui disoit : Gomment souffrez-vous ^ compère Thenot, que devant vosyeUx ils vous gfttent ainsi vos pois? Par la vertu saint Gris, si c'étoit moi! Ob! répcmdoit le prud'homale, mon ami, je ressemble à ceux qui ont querelle avec gens bien parlants, lesquels, devant qu'ils les voient, tuent et mettent à sac de paroles; mais lorsqu'ils s'entrerencontrent, jamais ne fut amitié plus grande. Ainsi est- il
de moi ; car connoissant à vue d*œil le dégât qu*ils font de mes pois, je n'en suis guère content, et les souhaite le plus souvent en la rivière. Mais allant tout à propos les épier sous un coudre là auprès , et voyant Tindustrie quHls ont à regarder çà et là si j'ai point tendu quelques lacs ou trébuchet pour les surprendre, pour vitement s'envoler, je me rends content, considérant qu'il est nécessaire qu'ils vivent par le moyen des hommes. Quoi ! et d'aucunes fois à peu près ils m'attendent, bien sachant , ainsi je le cuide, que ne leur veux aucun mal ; et le plus souvent ils font leurs nids en ma maison, comme l'hirondelle, et passerons, et autres , tout joignant, qui aucunes fois entrent familièrement dedans, ou viennent manger en ma cour avec mes poules et oies, où prends tel passe-temps qu'un prince souhaiteroit, et à grand*peine le pourroit avoir. Telles choses disoit le bon Thenot, sans mal penser. Et me souvient, disoit lors Pasquier en continuant ses paroles, qu'étant jeune garçonnet , comme vous pourriez dire votre fils Perrot (parlant à Lubin), il me menoit par la main, jasant avec son compère Letabondus, homme fort rusé et assuré menteur. Lesquels assemblés en contoient en dix-huit sortes. Le bon homme Thenot ayant un petit bâiton à crochet, me faisant dire mille beaux mots à un chacan, et tous bien à point : puis, ma feue bonne femme de mère arrivant, comme de fortune, lui disoit : Par mon serment, compère Thenot, vous avez bonne grâce de ainsi bien apprendre mon fils à parler ; vraiment je vous suis fort atenue * : en bonne foi, vous êtes aussi mauvais que l'enfant. Oui dea, de beaux , répondit-il, laissez-nous faire tous deux , et nous ferons de beaux blés à moitié; vous n'avez que voir ici, allez-vous-en filer. Lors je commençois, possible, à i^ire une maisonnette, et amasser force petits bois. Le bon homme de son côté rapctassoit quelque bagatelle pour m*aider, ou me faisoit un couteau de bois, un moulinet, une fusée , une flûte d'écorce de châtaignier, une ceinture de jonc, une sarbatane de seuz*, un arc de saulx', et la flèche d'une chènevotte, ou bien lihe petite arbalète, et le trait empenné de papier, qu'il gardoit en sa fenêtre , un petit cheval de bois équipé à l'avantage, une charrette, un chapeau de paille,
' Obligée, reconnaissaDte.
' Sarbacane de sureau.
* Bois de aaale.
M bien me IkisMt «m beau plumftil de t^mm de i^àpoti, et le me niettoit j^nr mon bonnet ata vieux biisq, et eh tel ét)ufpige siiivoîi^ le bonThenot et sfon cher eom|)ère Réjooy, lesquels connoissant les choux et lard être cuits, ce Voyant par les corneilles qui se ratiroient des cbamlis pour percher au bois, et du bestial, qui déjà étoit mis au tect*, !sVn alloient le petit pas, disputant quelque matière de conséquence, comme de regarder par leurs doijgts quabd SeUoit \A tète de Noël-, oùÂ^ensioh; car tiièë-bien savoient leur oémpost , bta Jugeoient de (a sérénité des Jours subs^uents pat* les bmynes* dit soir; piiis me diargeoieht d'un lietft fiàgot de bois tjjtills tth^avofeM feit ainassel», dtsatit, eh conscience, qhe jamais ne fîftnt ^toikrher à là maison vide, et que e*est le dire d*ttn bon Méklager. Eut, arrivés, se niettoient» comme deun fourblsseufS, visnà-vls Tun de rautre, et grandechère ; car (dus deux mettolénl très-bien le nez ah barii , sH en étoit question. Après sohper rex^mmençoient de i^ius belle à éa^uéter, écrivant au Ibyei* avec chacun soh bâton brûlé par le bout, affermant' qhe cela seft moult aux lunatiques. Un quidam passant par ce pays , iet averti de la vie de ce tbenot, non moins sainte que louable, écrivit sur sa porte , d*un charbon de saux :
Suive qui voudra des seigneurs
L^s honneurs , POtapefe et banquets de viHe; Ne sont en moi tels iBbeurs,
Et ailleurs Passe le temps plut tranquille.
Mes jours se passent sans bruit ^
' Au dédsH De cette vie ombrageuse :
Dont un doux fruit est produit.
Et réduit A ma vie si heureuse.
La mort me sera joyeuse.
Glorieuse Skais à cil qu'est de tous connu ,
Odieuse
Kl fâcheuse, Étant à lui-même inconnu.
■ Ëlable, écurie.
* Brume.
' Lisez affirmant.
tA cet exen^ee iNissa son temps lé bon Tfaeiiot, et véqùit jusqoes à fei mort en dépit des méd^dns, et motinit Tan et jour qu'il trépassa; à la grande Joie de Tailleb)»iidin , son fils , héritier principal) et noMe , qui peu de temps après sa mort mil io\it par écuelies, fut Un terrible potagiôr, et mit un ordre non vu à ses affiaires. Savez-vons Wen , dit lors Anselme , de qdél métier il est à cette heure et qu^ train il mène? Non » répondit Pasquier, mais bien af-Je ouï qu'on ne sait où il est , et estittee Vm t^n^ïl soit pendu. Tant s>âtt faut, dit Anselme, qn^ain^i soit, qu'il fait piasgrand'cbère qn'homme qui soit en la compagnie; et si voulez ovir la méthode, je ia votts dira! en deux niots. Lors prié par tonte la compagnie, et ne refusant cette chargée, coniniença . à dire :
Vin.
De Tailleboudin , fils de Thenot du Coing, qui devint bon
el lavant gueux.
Gomme a dit le compère Pasquier, dit Anselme, Tailleboudin désamassa * en peu 6e jours ce que le bon homme Jamet avoit acquis en toute sa vie; car quand se vit toucher argent comptant, ii en départit à plusieurs dont il avoit le plus souvent aifaire : maisl>ourbienentretenir cet état, vendit tout pour être riche; car, disoit-il , pensez-vous que je me veuille damner pour les biens de ce monde? Après qu'il eut bien gaudi et fait chère de toutes heures, il se vit de reste, de tout son bien, le livre des rois, qui est Un jeu de cartes, trois dés, une raquette, et une boite pleine d^onguents pour guérir son cancre et des poulains qu*il avoit achetés au lendit ; quoi voyant, et que personne ne le connoissoit et que les gens Tavoient oublié, aussi que la £aim commença lui allonger les dents, fut l'un des anges de Grève et bon petit porteur de hotte, cricur de bon garçon, et fort bon zélateur du bien d*amour. Un jour étant à Sirap pour quelque affaire , je le trouvai en front*, et lui demandai la cause de la mutation de son état, et s'il n'avoit point de honte d'ainsi être coquin et maraud. Comment! me répondit-il , à qui penses-tu parler? l'habit, comme tu sais, ne fait pas le moine; si tu sa vois les commodités et gains de mon
' népearà.
état , tu voudrois volontiers changer le tien au mien ; car j'ose bien dire et me vanter, sans faire tort à personne, que de tous les métiers qui au matin se lèvent, j'en parlerai sufiQsammenl et comme un autre ; mais entre tous j'ai élu le mien comme le plus lucratif et de meilleur revenu , et sans main mettre. Et afin que tu l'entendes, je ne me soucie de cinq sous , si tu les dois , encore moins de planter, semer, moissonner, vendanger. Rien , rien ; j'ai tant de gens qui font cela pour moi ! Tel a un porc en son charnier, duquel je mangerai quelque lopin , qui toutefois ne le pense pas; tel a cuit aujourd'hui du pain pour moi , qui ne le pensoit faire. Et n'estime, non, que si les accoutrements sont d*un coquin, que l'esprit soit lourdaud ou pécore. Viens çà, je gagnerai plus en un jour à mener un aveugle, le contreiiEdre, ou avec certaines herbes m'ulcérer les jambes pour foire la parade en une église, que tu ne ferois à charruer un an, et travaillant comme un bœuf, encore en être payé à l'année qui vient; à moi, il ne me donne qui ne veut, je ne prends rien à force ; c'est une chose volontaire et non contrainte. Mais écoute, medisoit ce férial Tailleboudin , j'entends le dire à ce mur-là; aie bon bec seulement, et je. te ferai riche si tu me veux suivie. Il faut que tu entendes qu'entre nous tous, qui sommes en nombre presque inestimable, il y a trafics, chapitres, monopoles, changes, banques^ parlements, juridictions, frairies, mots de guet, et offices pour gouverner uns en une province , et autres en l'autre. Quoi ? nous nous connoissons ensemble, voir sans jamais nous être vus; avons nos cérémonies propres à notre métier, amirations, serments pour inviolablement garder nos statuts , que feu de bonne mémoire Ragot, notre antécesseur, a tirés de beaucoup de bonnes coutumes, et avec ajouté de son esprit. Auxquels obéissons autant que faites à vos lois et coutumes, néanmoins que les nôtres ne soient écrites. 11 y a davantage, c'estqu'il n'est loisible à quelqu'un se vouloir immiscer de nos affaires, premier qu'il n'ait prêté le serment de non révéler lessecretsdu conseil , et de bien fidèlement apporter le gain , au soir, au lieu député; lieu, possible, où le grand seigneur n'a sa table mieux garnie ni de tant de sortes, et ne boit guère plus frais, le tout à l'heure de minuit ; car le scandale est l'un des principaux points observatifs de notre religion. Puis me disoit : Vois-tu pas ces aveugles, ceux qui n'ont figure ni forme de visage; autres les bras pendants, froissés par la foudre, qui toutefois sont d'un pendu, et les leurs serrés contre leurs corps ; autres ayant les mains
ir PAoéTicox. 57
craohiiesi qui led ont à tabte autiult dttiites que ttrt; autreâ un jalret pendant è la ceinture; un contrefaisant le ladre, s*étant lié la gorge STec un filet; Tautre qui a brûlé sa niaison, por^ tant un long parctemin que nous autres lui avons fait et rendu bien authentique; l'autre tombant du mal Saint-Jean, qui a la carrelle autant assurée que toi; Fautre contrefaisant le muet, retirant subtilement la langue? N'as-tu vu celai qui affermolt le ventre et intestins lui tomber, montrant un ventre de mouton? et quelle piperie est^-ce là ! Et celui qui va sur deux petites tablettes, lequel, étant au consistoire, f^it mieux un soubresaut ou une volte que batdeur ni baladin qui soit en cette ville? Par ce moyen, la rue où nous nous retirons à Boui^es, s'appelle la rue des Miracles; car ceux qui en la Ville sont tortus et contrefaits, sont là droits, allègres et dispos. Et te veux dire vérité, c'est que cette femme yieille que tu vois à Angers, n'ayant figure de visage en»tière^ laquelle chante comme une seraine* quand elle est de re^ tour, gagne plus que ie itoeilleur artisan de la ville, de quelque métier qu'il soit. Croirois-tu bien que j'ai voulu affermer son gain d'un jour de Pâques quatre écus, et le rebillare du dimanche de Quasimodo trois francs ? Et y a en ladite ville une femme de riches parents, laquelle, alaitée de notre heur, ne s'est jamais voulu retirer, quelque remontrance qu'on lui ait su faire, affermant le métier être trop lucratif pour le changer avec un plus honorable et moindre en pratiques. De ma part, je ne donnerois mon gain et autres émoluments du fief pour cent bonnes livres tournois, barbe rase, pied ferrât. Regarde, me disoit-il, cette énorme plaie en cette jambe, ne me jugeroia-tu pour plus prés de la mort , qu'autrement? Et cette face est-elle paie et ternie; toutefois en un moment j'aurai ôté tout cda, et serai aussi gai et délibéré qiie toi; car voilà ma botte avec mes onguents, et ce pour la jambe; pour ma face, un peu de soufre accoutré comme je sais. Tant en y a de voyageurs , les uns à Saint-Claude, à Saint-Main ; autres à Saini- Servais, Saint-Mathurin , qui ne sont aucunement malades; et ceux-là envoyons pour voir le monde, pour apprendre. Par lesquels de ville en ville mandons, le tout en notre Jargon , ce que savons de nouveau , même ce qui concerne notre fait : comme de quelque manière de faire, de nouveau inventée, pour attraper mdnnoie. Et, comme tu vois qu'à ces couvents monacaux se dé-
' lÀBez sirène.
partent les paroisses pour prêcher et apporter émoluments en la fraternelle communauté, aussi avec nous se départent les provinces pour, à certains temps, rapporter tout au commun butin. Davantage , en notre métier y a femmes tellement expertes et savantes, que soudain qu'un enfant est né, car tous les jours en est bâti quelqu'un, ils le contrefont au tout, comme lui tourner la tête à côté, ou un pied, le faire bossu, lui apprendre à tourner les yeux pour faire Taveugle, et ce principalement au soleil. Et penses>tu qu'il me fait bon voir haranguer une pauvre femme de village , et que je lui en conte de belles? car si elle m'a donné ou lin ou chanvre, il me faudra du lard pour faire un empl&tre; et, lorsqu'elle sera au charnier, s'il se trouve quelque cas à part, elle n'en sentira que le vent. Je lui vendrai quelque relique que moi-même ai apportée de Jérusalem, ou une image, ou quelque brigandine * de Malcus. Dieu garde de mal le compagnon qui depuis trois jours a gagné un bel écu pour porter une lettre; car penses-tu j'entrerai où tu n'oserois avoir mis le nez? Quoi! et les amours des grosses bourgeoises ne se démènent que par cinq ou six vieilles et laquais de notre collège, de quoi font un revenu Dieu sait quel , amenant l'eau au moulin d'une haute sorte. Même l'une d'elles avoit marchandé l'autre jour à Roboam protonotaire, et convenu de prix à dix écus, n'eût été qu'en demandant à Godebœuf , le principal valet de la maison, la dame. Qui? dit-il, la femme du sire Pierre? Oui, dit la prude femme, c'est la siresse elle-même. Allez de par le diable, allez, répond le juvène*, il n'y a si gros personnage en cette ville, quand il la veut envoyer quérir, qui ne la nomme bien ma dame; moi-même ne l'oserois appeler autrement. Avise quel hasard c'eût été si elle eût été sage! Il est bien vrai, avant que l'une d'elles puisse parvenir à cet honneur, état et degré de vraie maquerelle, qu'il y a de merveilleuses peines, non-feulement à excogiter et donner nouveaux conseils en bonne théorique, mais à les mettre en effet et pratiquer. Que ainsi soit, jamais notre bonne et antique mère Yrlande la Large n'eût souffert aucune avoir cette- prérogative, que premièrement elle ne lui eût ramentu' comme, par son moyen, les trois dames de
* Brigandine , armure légère faite de lames de fer jointes, et qui servait de cuirasse.
' Jeune homme.
' Rappelé, raconté.
ET PACÉTIEUX. iê
k grand* ville fiirent menées en une pipe de dans lecouvent des frères ermites, cuidant le prieur être des cendres; puis d*un abbé commandataire du lieu même, qui s'accoutra en ramoneur de cheminées pour mugueter sa cuisinière déguisée, cuidant tenir la prime del monde. A cette cause , il falloit qu'elles en trouvassent toujours des plus fines, ou autrement elles n'eussent pu parvenir à ce souverain degré. Lors je lui demandai : Écoute, Tailleboudin, ne crains-tu point de tomber entre les mains de qoelque fin fîretéS qui connott tes ruses et finesses? Ma foi, répondit-il, je crains cela comme feu, et ne voudrois principalement aller à Rennes; car aucuns de mes compagnons qui s'estimoient bien fins et qui en vendoient aux autres, y ont été frottés et étrillés, et laissé quelque oreille. Mais à propos, j'ai bien usé de plus grande ruse cette animée. Gomment? lui répondisje. Par ma foi, dit-il , si fis; car je pris mes deux petits enfants, avec ma garse, et les monte sur mon &ne. J'entends les enfants, et contre£aisois le bourgeois de Boulogne, spolié de mes biens par la guerre des Anglois, où je fis un merveilleux gain, et principalement de la garse que je pris à Huleu, affermant qu'elle étoit ma fille, et lors j 'a vois plus de muguets après la queue, plus de maquerelles; et elle qui savoit très-bien son badinage, contrefais sant la pucelle, néanmoins qu'elle eût couru tous les bordeaux de France, et qu'on eût plus fondu dans sa matrice qu'il n'y a de lettres au vieux Digeste, leur accordoit, moyennant une bonne somme qu'ils avançoient; et tandis qu'étoisaux églises avec mon âne, elle pratiquoit de son côté, faisant semblant toutefois devant moi que jamais n'y avoit touché, pour donner meilleure couleur à la farce. Par ce moyen , elle étoit tellement poursuivie, que je fus contraint la donner à un gros chanoine, qui la me paya ce que je voulus. Puis, voulant partir, je la lui dérobai, et la vendis, par ce même moyen, à plus de quinze, qui tous eurent la vérole. Somme, je te dis, mon ancien voisin, mon ami, que j'étois gâté si j'eusse suivi ma première vie. A tant s'en partit le galant, et oncques puis ne l'ai vu. Je n'eusse pas pensé, dit lors Lubin, que c'eût été un tel client; car à le voir, au moins tandis qu'il demeuroit en ce pays, on eût dit qu'il n'eût su délier une mouche. Mais la cause pourquoi s'en alla hors du pays il y a dix-sept ans ou environ? A quoi répondit Anselme qu'il ne savoit, fors de
' Un homme habile, rompu à toutes sortes de malices.
60 PROPOf BOSTIQimS
dépit» parce qu'il avoU tout «langé son bien. Os ne fiit la prin» cifiale, dit l'autre; e^ fut poiu<ce quHl avoitdonoé un eoup de tribard au travers du bas de je pe sais qui de Vindelles, au moyen de quQi s*en étoit allé. YdU9 dites vrai, dit Fasqnier; il y a je iie sais coipbiQR qu'ils eupeut un ipraod d^bat, oeuiL de Flame^ui et ceu}( de Viadelles; ipais ma foi il ne m'en souvient plus. Maltve Huguet demanda alors à U compagnie, s'ils trouvereiest bon qu'il parlât de la périlleuse bataille d'entve eux , auquel fut vépondu de tous qu'oui, et qu'il y avoit eu grand cbaplis*, même entfe les femmes. Ce que lit ipattre Huguet, commençant à la source (le la querelle, sans en mentir d'un seul mot.
pa la graad' bataille ^s babiiani^ de Flameaux |9| de yiodel}ef « où les femmes se trouvèrent.
Au mms de mai, que les ébats amoureux commencent à se re* mettre aux cbamps , ceux de Flameaux firent une arcberie, où toutes les fêtes s'exerçoient fort , tellement qu'on ne parloit que d'eux par tout le pays, et à leur grand avantage. Mais ceci ne leur dura guère, que ceux de Vindelles (comme savez) procbains voisins, mus d'une envie, conspirèrent une baine couverte, oyant le los * et bon bruit qu'on leur donnoit , et qu'on ne parloit d^eux, attendu mèmement qu'ils étoient autant gentils galants , et bauts à la main, que voisins qu'ils eussent. Cette baine dissimulèrent, et feignirent, sans en montrer semblant, néanmoins que souvent se trouvassent aux landes et cbampaignes, à garder leurs avoirs, ou bien à bêcber, ou besogner en quelque autre métier, et là eussent belle envie de quereller. Toutefois ne purent longuement couvrir celle envie, et fallut qu'ils se déclarassent, comme le feu couvert par longtemps rend tout à un coup plus grande flamme, à cause de la chaleur beaucoup cachée. Aussi quelque fois quatre ou cinq de chacun côté , s'étant trouvés de fortune ensemble , commencèrent à contester, s'entre-donnant attaches de chacun côté , disputant de leurs prérogatives, où se sentoient merveilleusement foulés ceux de Flameaux , qui ne sa voient la cause de toute cette menée , disant la querelle être fondée sur un pied de meucfae. Au moyen
* ChapeUs oa cluxpUs^ combat, lutte, bataille.
* Louange, renoia.
P7 FiCÉTipp^. 6}
deqp<>i pjPioi^t p^if x de ViflcJ^ltes s^ d^ppîrtpr de quqrj^ljeç, et (Je
p)qsle^l^r()er, e( q^e tpi^s s'eptre-co^npissoiept, s^|)s faire tanî
d« mipes, e( que ph^p|in ^Ypit ))efiu se passer fie sep YPisip. pr,
ïépopdoieiif CQ\^ ^ Vii^fjeljef , ^| ppij^ a y jpn§ ^q^^j (J^écus, cgpwfi
ypusQepspz l^iei^ vg)oif ^e crpttes de ehèvre^, npus serions rjc^ies.
îf^ Ftejne^ui:. S9ge$, a^ réppiidireiit rjen, pf)\ir ce qu'il u'e^t ppîntj
^^ m ^HFd gW8 ^M m\ ^^ ^^^ p^ï^, mor^ : Çien, liiea, bje» j
Wslew dij^oiis, Ypiift éfes gpptils^t J)eaux enfants, allez a^jeis,
ypiis ftes jyre§ de }a}f paillé. Çeii^ jjp yinde|ile§ réppn^pjenf ppijf
leursdéfpf^ses» l^ienécbaufféi^, que le§ ]^)aipe^fi^ |i'étp|efit qi|^ pefi^|
sotereaux, petits ^loriei^x , mouçbpiir^ de chandelle^, ^ ip^sques
â£cl)e|pi;)ée, $e souciant peu ^u labeur 4^ leuç ter^p, ^uss| pau^
vreç cpipiqe ?^t§, pt qu'ife ï^'aypipfif que le 1^. ]Pf tpijchiinf l^iijr^
teri:e§, qu'pl^ étqient de ipejjjeqr rapport qyp }^ès }e}if§ , ej dp cg
eo youloleni crpifp pp cpnsçipppe qpux flq gué de yède/âp|is ppip»
pim}ç, pt de jojjip (Jeux prpehajns voisin^. E| an rfjgar^ ^eifii^r^
Wteg, lis FPIlJpIpnf , s| pfi fivifoi^ qu'il f ftt l^pq , îpeftrp Jp||j^ ipojf^
fons k hpufterPW^P îesjeurs» .eMutafif P« djsoieqf dp§ Ita^ifeaux.
Et qup ije ii^e^r^ fin ^s dp jour4pries pn ^vanf, \\ xÇy avpjt aucuqg
mm f m^Mm^ Çmvi^ l^e^U». peu^; de Ftenjêaïf» répliguan'^
tqnp et i^rfi^e dii ppntn^irp, dispient jb^rp ^ inelileur ^pp][j»gpe( pli^^
fé(M)p4 (erpitpjire qup Vjn(|e|}es, où IJ ne ciwissoit qqp c|jajrdpns,
épines, égJ^ptf^, yivaq^ cqf»m§ }^ie^ bapt^^es, ^s gu.^qup
pa^^tppipg, ^ qu'ils ne tnpmpliioient en ^cljierje çpvf^Jf^e eq^, p^
allp^eiït (îp Urès-beRe^ fiijes, ej; qu'eflps iie daigupipnt aiH^ ^ yjf^-
dpUes, pjoji^poe qu'ils étpien| i^^, Ipuyid^ii^cJ^, pt jtrp^yeaji^ (jç
dlme. Cptle ind|ière fujt lopguemejit démeuép d*||p c^^^ et 4'?U^inQ>
et s'entiefussen^ ypjipntiers .dpnnié sqf )p paît de Jeu^ )?|pp^» 4
fT^ufsm^ plus ^£P9 »'PU§spnt ^é wpdji^teuirjs, et ppdéfrp ie^ ppr
lères jlipp ardentes. ^ (3)ief 4e j^èce , qup les deu^ villagps ^n fur
rept a]i)i'puyé§, cji^cun d'eux ^ sefitit fprt intéressé, den)andant
des deux côtéjs fép^ratjpns q)erye^)leu§ei3. If^mp ceuf (Jeyjndeile^,
d<^nt, poï^papleir privégjeuit, spuptloit tout le 4jfféj:end, ^f^pjepî;
être trop outragés : car ne (lemandoient 4^'uq ppu d'pcqi^jipp de
quereller, disant, pour parJJejrà \^n escieqf, qu'ofi Ipqj: A^y0
lajssep ijaaffgpr leur ^oupe eu P^j^eupp , a^teiâciH qu'ils ]f^^ .d.^flaaur
doient rien aux gens, si premier on n'eût provoqué leurs personnes :
et que hardiment chacun se tînt sur ses gardes, s'ils ne vouloient
avoir leur part du butin. Au moyeu de quoi ayjsèrent, le tout par
le conseil de ceux du gué de Vède, qui pensoient enfin pccuppr les
deux villages, quMls donneroient le prochain dimanche une aubade à Tarcherie de ceux de Flameaux, sauf à faire retour à qui le devroit, et de cet a?is fut la meilleure part : même Pretin, qui mettoit le feu aux étoupes, et la cloche au chat , disant qu'il taWoit leur en donner, puisqu'ils en demandoient, et qu'il sa voit bien qu'ainsi en seroit lorsqu'ils leur rendirent leurs habits de leurs jeux tous rompus, et que ne seroit ni bien , ni honnêtement fait chercher leur amitié, produisant de ce une balle de querelles qu'ils aToienteues, comme vous savez que voisins ont de coutume. Après a voir de l'une et autre part examiné la matière et au long grabelé < la querelle, fut conclu , et de tous ratifié, que le prochain dimanche donneroient le choc à ceux de Flameaux, lequel venu, se trouva rent tous chez Talbot le rebrassé tavemier , équipés à l'avantage , comme ayant broches de fer , fourches ferrées, vouges, leviers, tortouers, b&tonsà deux bouts, fourgons, et quelque méchante pertuisane, encore de la journée de Monthléry. Et après avoir bu magistralement, et à la facultatique, se mirent hautement en ordre: et en chemin ayant le feu en la tête, bien résolus de faire un bel échec. Ils avoient devant eux pour faire la bravade, Tourgis, joueur de vèze, et le meunier deGuicholet, avec son hautbois, qui faisoientrage de souffler. Tant cheminèrent nos Yindellois, que ceux de Flameaux, qui y songeoient autant qu'à s'aller noyer, les pouvoient facilement ouïr , menant beau bruit , riant à haute voix , disant : Compagnons, nous ne sommes ici venus, ainsi que savez, pour enfiler des patenôtres; que chacun montre ce qu'il sait faire tant seulement, et puis laissez faire aux bœufs de devant. Et assez près du pàtis * où tiroient ceux de Flameaux , le son et bruit qu'ils menoient fit tant, que beaucoup de Flameaux vinrent voir en courant que c'étoit : et voyant être leurs ennemis mortels, furent bien ébahis; car jamais n'eussent pensé qu'ils eussent été si audacieux. Sitôt que ceux de Yindelles furent arrivés, commencèrent, sans dire mot, ni saluer la compagnie, à danser au branle. Lors quelqu'un des Flameaux se voulut mettre en leur danse, qui fut rechassé bien lourdement, lui disant qu'ils lui avoient amené des sonneurs tout exprès, pource que c'étoit le beau danseur. Puis se moquant de tout le village, disoient qu'ils n'osoient toussir^
• Discuté , considéré.
* Lieu où paiiseat lea bêtes, pâturage.
' Tousser.
ET FACÉTIEIIX, 65
les belltres , eussent-ils mangé un plein sac de plume. Les archers avoient cessé leur jeu pour voir Farrivée. Mais oyant que cela provenoit des injures quMls se disoient les jours précédents, et qu'il falloit y donner ordre, retournèrent à leur archerie. Yîtes-Yous oncques un chien ayant dérobé un lopin de lard , et étant vu, sachant qu'il a malfait, s'enfuir le petit pas, la queue entre les jambes, aucunes fois regardant après lui? Tels étoient ceux de Flameaux, laids etquinauds , lesquels toutefois commencèrent à s'évertuer et prendre courage; se proposant l'extrême vilenie que leur faisoient ceux de Yindelles, et leur téméraire audace, les venant défier ainsi jusques à leur porte : et qu'ils n'eussent jamais estimé que, pour si peu de paroles, encore où ils étoient les plus foulés, ils eussent voulu faire un tel tort. Le tout calculé, arrêtèrent que, s'ils ne donnoient le choc, ils étoient à jamais infâmes et déshonorés, et que de là en avant ne s'oseroient trouver aux bons lieux, ni compagnies : vu mêmement que leur honneur y étoit trop lourdement désavantagé. Le cœur crût à ces points d'honneur ainsi sommairement déduits. Au moyen de quoi échappant l'un par ci , l'autre par là, se trouvé-* rent bien trente chez la Jambue, qui tenoit taverne, où firent si bonne diligence, après avoir bu un coup ou deux, que tôt Airent en ordre, aussi bien, ou mieux, que partie adverse, néanmoins qu'ils n'étoient en si grande quantité ; mais la victoire n'est le plus souvent au grand nombre. Etant prêts, avisèrent ne les a^ saillir en la plaine , car le hasard y étoit trop grand; ains dresser Tembuscade au chemin creux, lieu pour eux avantageux, ce qui Alt trouvé bon, même par un vieux routier, qui autrefois avoit suivi la guerre , qui disoit • être loisible circonvenir son ennemi par toutes voies et manières. Se transportèrent là donc les offensés bien rebrassés, et résolus leur montrer leur bec jaune, et apprendre leur leçon. Les Yindellois furent tous ébahis, qu'ils ne virent personne d'eux, et que tout le monde s'étoit absenté, fors deux ou trois vieillards, lesquels s'adressèrent à eux pour leur remontrer quelque cas d'honnêteté : et que ce n'étoit guère bien fait ainsi rompre leur passe-temps, et, par manière de dire, les venir ainsi assaillir jusques sur leur fumier; qu'ils pourroient bien s'en repentir, pource que tout vient à lieu qui peut attendre. Nonobstant lesquelles remontrances, jetant la tête aux chiens, firent un tour de danse, les dépitant par plusieurs injures diffamatoires. Et après avbir abattu leurs buts, prirent chemin confii-
binent I s'ëil Mbilhier , lie t^ti^ht à Ntrâfjbuèrë * , dtsdht itii'llà h'âvoierit t)biht de i-até, etijiié Cfe fi*étoiéht gënâ poureiix» 4ii'à tout jaihâiâ tlâ éti àèrdient trës-^mal estiiiiêâ; jblht ()iie de gi^hd rehi, petite pliiie : de tôUt ({tloi en firent utie belle chàtl-^ isbn ; Qu'ils chatitoient bien inélddiëttsettiéht : t)uiâ la ddhsoiéilt tië bbriile iiiesùfé, tbUétneilt qiiè ftil-ënt prèi dU chemin crelixi ^lii n^ëtbit faussetiiënt àj^^lé ci^ëiii; csiir il ëtbit tbrt bbscur, bâë; et iéîlëhiëht étroit^ ^u'ùtie ctàrrette ëh bcbiipoît tdlitë la largeur^ 'àii()iiël êtôlëîit dedi cdt^iix d'un côtè et d'aùlrëi àl bautà et droits, fiulnipb^lbie étbit de jatoais i^hat)'per dé là: Lei» tindelloiS dânsoiéht encore, et jiiéoîfeilt à plëiiië tête, quand ils cortitnencèrent i eiitbr ku chenlîh, auctiiel furëtit reçus d*urlë hdute sbrte* ca^ èeuidëFlaimbâdx, qui ëtdîeritati-desèUsetâ(iidéUxbbdt^,saiiàditë ^dt d t)ërdii bu c)iit kjgà^tië, cbhlthëncèrènl à charger sUr etixâvec bëliéfe pierres, he Sachant les V îhdellbîà d*oû cela i^ëtibil : tbdtètoiâ, aiiisi (}tië depuis ils en plàiâântbieiit, se IrouVèristit bien ètbndê^, et i^i^iiltodyb^liiii'qUMlssëtbyoleiitàbattrëdëcôupsidecaiH^^^ iiioyëh de ^\i6\ bbhidiëtiëèrënt à ^gner lé haiit, boili^iit à la fblile jjJbiir sortir horfe de l'étroit. MàÎJi, 6 dasitlvâîse rëncbtitrie! Voiil I Viisde trbttver ùiie dbiiiiàine dé cëiii de Planieàui', ^ili àVec gros iëvièrstlë cliarrëttë teiii^ dbbhoiëht l'abdidnédëgrahdâ boiipsstlr lëè ëtteules, et ainsi lëùHlvrdieiitlëurisbd^ër. CestiâuVrëâVindëllbls Èé ¥oyâbtàihMsbtT)ris,ëltàntdodbëmetit ihèner, ci^biettt k l'aidé; à là fdlfcë, atitnetirtrë. tté, ihëssieurs, ayëi merci de bous! hélas! piài^donnei-nbu^. î*ar le sang bîeu, d isolent ceui de ï'iabifeaiix, les IJardbhs Mt à Ronië, ^btis eii àurei : tu Dieu! voUs faites \^i rtiàtrëè! et qubi? bobimëht? torbhe, Ibrgtië. Fàiit eîitendt*éi câi* voici lé beau dli jeu, i^uë leî femmes des dëiix villages poîlvôlehl fecllehient btitir Ite àîâhnéS 4111 là âë féîâbîëdi. AU moj^éh de (tîibi chacuhë se délibéra aller ^oîi* que c'étoit : car d'homifaes b'Jr avôit que les Igëé, qtti étbîeht à garder l'hôtel, altisei^ le fëd, et rëëulëi" lé t^bt, qui y virirëbl ; inaîs fee fut feur le tard. Les Femmes donc bien éçhaUffèel, él ibUteS àffiairëit cessées, se IrôUvèrcHt là; et, boihHië Dieu vbUibt, celles de Flàirieaùx i-eiicbntrêreht belles dé Vibdéllës ëh front. Léâ Vîhdëllblsë^ vbyalit ainsi malniëhër et accoutltïr leUfé piiUviiîs Màrî^, voulurent éii faite la vengeance sur les Flàtoinfennes, et die fait cbnimencèrënt à beàiix fcôùps de plieri'ès; belles dfe ÎPlâmëdiix se tbvëilchoiëttt aussi â beàdx caîlloUk ': niais
< Àh ^^;
poorce qu'il y avoit un bon gautier, qui jugeoit des combats, qui leur dit, en se moquant d'elles, qu'elles ne pouvoient jeter pierres sans lever la cuisse, elles commencèrent, par dépit, à beaux coups de poing sur le nez, traîner par les cheveux, égratigner, mordre , décoiffer , et faire mille maux , comme vous entendez que femmes font. Je laisse un peu ces femmes , et reviens aux Yindellois, qui honnêtement et au plus sdr a voient joué de Tépée à deux jambes, et avoient beau requérir miséricorde, et que pour la pareille on les laiss&t : car on chaigeoit sur eux de si bonne grâce et forme , qu'en fuyant furent poursuivis jusqu'en leur village, encore ne pouvoient presque trouver leurs maisons, à raison de la grand' hâte et peur qui les conduisoit. Les Fiameaux , au moins aucuns, vouloient plus outre et trop âprement poursuivre leur fortune; toutefois les plus sages dirent qu'ils en avoient tout au long de l'aune, et qu'il ne falloit se venger si cruellement. Gela fut trouvé bon , et se retirèrent avec la vèze et hautbois, de quoi ils se ébaudirent rustrement; et vont trouver les femmes, qui encore se combattoient. En conflit, y avoit des herbaudes d'un côté et d'autre, qui faisoient rage de frapper; une, entre autres, qui avec son soulier cloué chargeoit à tour de bras ; une autre, avec le pied, ne trou voit rien qu'elle ne mtt par terre; une autre, avec une pierre qu'elle avoit mise en sa bourse, frappoit comme un casseur d'acier. Bref, il n'y en avoit pas une qui ne fit le diable. Et y fussent encore ces bonnes dames, si la nuit ne les eût départies. A cette cause, chacune se retira à son enseigne, n'ayant lacs ni couvre-chef en tête, le visage tout égratigné, les oreilles presque arrachées, et les cheveux Dieu sait conunent accoutrés , et les robes rompues. Par le moyen de la nuit survenue, commencèrent à belles injures, comme putains, vesses, ribaudes, paillardes, prêtresses, bordelières, tripières, lorpidons, vieilles édentées, méchantes, larronnesses, maraudes, coquines, sorcières, infimes, truies, chiennes, commères de fesses, foireuses, morveuses, chassieuses, pouilleuses, baveuses, merdeuses, glorieuses, malheureuses, teigneuses, galeuses, vieilles haquebutes à croc , vieilles dogues plus ridées qu'un houseau * de chass^marée, vieux cabas, demeurants de gendarmes, maquerelles, brouillons, effrontées, puantes, rouillées, effacées, mâtines tannées, louves. Et tellement crioient et brailloient ces déesses,
« ' BoUine, guêtre.
^ PRObbd RUSTIQUES
ïjtie totit Je bois de là toitclie étt tetentissïJH, aîiièi ique me cbtila dépuis H?llot Fesseï>aîn, qui pour lors y ëtbît, coupant une branche d*o>*bie pour taAté Un arc. De 'èite à là yéi>itié qtii gagna et lèttij^orta le prix, on h'èA sauroit ftîre sûr jù^tiaent, attendu f kdi^^ et hai^îéssé de toutes lés déiikx t)arties au fait de bien ^(mWr coups de pbîng, et de bai^lléi* : car de tous les deux cfôlèê i^oîéïit presque irendûes, qù*bncoré sWtré-ttienaçoîienl. Ce chemin, iàl^pélé Vûljgaîrettienl et notoirehieut creux, ftjt dèè lors lippefê te chen&in de ta Rencontre. Et si bieh se soht maintenus en lêttVs cbfèi^fe et dtôîts, qke M pai* fortune ijfe teUciintrenî iàîîdit feheihltt, cmhhiiè dteux homméè tàtà asséi i^bUvcnt, faut nécessairement qùMfe Se doAheiit le chbc, et bMrgertt l'iitt sUr l'jaiitre, seiiletUent poxkr éntrietenir cette bonne 'et )o^àble éoutiimb , let ainsi Vont protttîs et juré ftiîre et tenir, tel dfe feùV i^é fet éoïKénlement les ^ avoirs coiidamiiés et cèhdàtbhbùs, cohiihe de maintenant pour Idrs, et de ÏUrs pour maintenant-. Et étoll dô que iàvoiis à vous 'û\¥é de feetté jôùrniéé du cbeihin dé la Aeéconlt^, vous assurant que j^îeh ai ait comme Je l'etitendoiS. Anselme prit là parole, dliâht i^'e téS Vibdellois, de tout temps imniétnoirîal, étbiént foH i^tierèlléîirs, bt n*y avoît btdtfe en îeur colêrfe. Àus^ q^b fe plus souvent et toujotiips ètoîent battus, bu Ton leur faisoit quelques th)tnpterle$', et lut SOuvenoît, ce disoit*-!!, comment ils perdirent bèattcbupi àhantàagblUanneu'f ', parce q'ùlls flireht un trop grand tort; et sans propos, à Mrstoudîn. Je crois, dit lors Pasquieir, que ïà'compâghièhe ihediédîrâebce t^Ue je veux ptmr bile entreprendre, b'ést ciùb ié bompèPé An^ltrtie conte dtes Vindelbîs , et de leur âudàcé, ibèihe cortineà leur honte ils furent à llagùillànneiiif. Ne faites tint de prébccupâtîons, dit Ànselmei bar aussi biéu j*élois 'délâiéré db te ^dlfb.
Mistoadin te venge de ceux de Vtndenes, qui ravoient baltu allant
à l'aguilianneuf.
Poursuivant ce que lé compère Buguet a jà conté, dit Anselme, les Vîndelibis, néanmoins que audacieux él gloHeux, toutefois ont le bruit d'avoir amené beaucoup de coutumes en ce pays,
* Aller à l'aguiUanneuf f c'esl-à-dire^ aller demander des étrennes au jour de l'an.
Et rActfiiBex. 87
tmw boniiei) éhtnes nmiiViàisés s tûtfiM sobt les pi«inler« r\m ]\i Vtts, qui ottt po/rté bonnels à tropière, cbausses à la niap^ tifi|gil0) et àq^eue d^ merlus, jsoulieni à poulainc^ et etaapieaui attttfaesquos. Et avec œ iabnt estit»é« de tout teAi)M les méftlenirs et plin sitffisaikts bouteurs dti pays, et autant beaux Vnangeurs de fêtêé .qu'on ]^iit trôtlvér : et d*assuraifce, quMIs ne se cacbent quand on dtue. Une Iblsé^avisërent après boire, comme nouvelles opinions et fantaisies tiennent HUx pensées des kotnmes, puisqu'ils aboient beaucoup profité aller cbanter de No^l au bas Champ, à TremebBl, à TeH^, ^ Huchepocbé, et autres villiages^et quMlsavoieut amassé ibrce j^ntmes^ poires, uoix, et quel()Ues unintns *, et bu de mème^^uHl ne fâiloit pour ce cotttenter, et quitter la partie , ains le premier jour de Tau, comme est l^ndeune eoutume, aller à ragnillanneuf, ponrsuiifam leur fortune, qui aucoibmencemeht leur avolt été pit)spère, étqûb la fin, ce l^ur semblât, n'eH sautiolt Wtê ttmlbeut^ttse. Au moyen de quoi, pour ètro bref, au four dît, bien réseiusét déttbéirés d'aller à l'agutllânueuf, s'équipèrent bôiifiêtëmeut de bons bâtons de poinmier^ fourches, vouges et quelques vieilles épées rouîllées , avec Ufte ferte arbalète de passe , qui étoit au pneUiier froiitpioUr servir de demander, Qui est là? qui bruit? qui vous mène? tue, lue, chargeoife, donnotts, et autres semblables biots et demaudes dé nuit. Mais afin que lîe sois trouvé meuteur, fiaudet le fiftîseur de fuseaux étoit devant tous aveic Un tabourin de Suisses, qu'ils avli>ient emprunté dé la Se^imère. Et étoit mattre Herré Baguette, celui qui faiséil tout le tu tiufem ; et soDttoit du filfe, aibsi qull disoit, ayant sa rapière sous le bras, eu ftfsattt du bon compagnon, disant qu'il ne là piortoit pour Mre mal, mais pour piqiler lés liniaces. LnblU GaTot^ celui que je visse ottcque^ qui niiéux pirenoit grenouilles , portolt une grande et brge pocbe, pour mettre les audoullles et autres émoluments de ia quête ; je crois qull portolt aussi la bourse. Hervé le Rusé portoit la broche pour le lard, néanmoins qu'aucûUs me aîéàt dll que c'étoil Colih Brfdou; c'est tout un qui ce l\it, ceh ne sert de rien. Ainsi bien ënhamacbés , marchèrent longuemeht bien échauffés, chàntaut une chanson que maître Pierre leur apprehoit comme de sa façon, pourceque très^bon étmlrimasséhr, et étoit volontiers appelé à tonsjeux qui se fadsoleùl. Trouvèrent d^àventure, au delà du p&tis de Rolard, Mistoudin du village de Flameaux, venant
■ Vnzain, monnaie qui valait d'abord dix deniers, puis fut taXéd I ontè
68 PROPOS EDSTIQOES
mener ses chevaux boire du gué de Vède ou de Bellouse : car ce jour étoit venu de Larringues, où avoit mené une charrette de fagots à Robin Turelure, et plus tôt ne les eût su abreuver. Maître Pierre étoit devant , qui va connoltre H istoudin, Fun de leurs mignons de Flameaux, lui disant assez haut : Ah! Dieu te garde, or çà, compain, donne-nous aguillanneuf. Par ma vie, répond Mistoudin, messieurs, ici ne vous saurois rien donner, car je n*ai pas mon baudrier; mais s'il vous plaît venir Jusques à ma maison * Perrine trouvera quelque cas pour vous donner, par ma foi; avec cela boirons. Sainte Marie ! dit maître Pierre, ne demandant qu'occasion de frapper, et veux-tu nous envoyer à une lieue d'ici pour un lopin de lard? Par la mère Dieu ! je t'apprendrai à railler les garçons, et manger les poires aux gens qui ne te demandent rien. En ce disant, lui bailla un coup de couteau par les cheveux , qui descendit sur le bras dextre, auquel l'eût vilainement endommagé si le manche du fouet n'eût^tenu coup. Mistoudin, voyant que mattre Pierre vouloit répliquer et ne lui suffisoit le premier argument, commença à piquer de la botte et donner du talon à sa jument, et vie, regardant s'ils lesuivoient. Les Vindellois passèrent outre en riant. Mistoudin, jurant et protestant qu'il s'en vengeroit, galopa tellement, qu'il arriva en son hôtel hors d'haleine, et peu s'en fallut qu'il n'eût dronos par sa femme *, pource qu'elle disoit que les soupes étoient trempées y avoit bien une heure, et qu'il ne se pouvoit garder qu'il ne la vit ou ramenant ses vaches ou allant à la fontaine, le méchant; et qu'elle vouloit bien qu'il entendit qu'elle étoit aussi belle et en bon point comme elle ; mais c'étoit grand cas que la fantaisie des hommes. Le pauvre Mistoudin, s'excusant, disoit qu'il n'étoit pas vrai et que jamais n'y songea, quelque chose que dit Margot la hàlée, maudite et malheureuse mâtine et la plus mauvaise langue vraiment qui fût à un trait d'arc, et qu'elle seroit bien courroucée si elle ne tenoit toujours quelqu'un en ses csh quets. Lors le pauvre homme, revenu en son bon sens, lui conta de fil en aiguille toute l'affaire, le tout en pleurant à grosses larmes. Au moyen desquels pleurs fut excusé, néanmoins qu'elle dit que c'étoit bien fait, et que c'étoient d'aussi bons galants comme lui, et qu'il falloit qu'il leur tint grands propos, et qu'il ne falloit qu*une mouche pour l'amuser une heure d'horloge. Mistoudin, n'en son-
' Qu'il n'eût dronot par ta femmes c'est-à-dire , qu'il ne fût batlu par sa femme, .
Et rAeiTtc«t.
géant ëncqâ^ mèlns, dit qu'il s*eti teiigeiN^t m blOurtOit m li peines et que s'il souffroit cela il en endui^roit bien d'autres ; et ÈVii te t>dint, et eh colère, voire qu'il ne daigiia dncque8âout)eri entoyà c(iierir édn frère Brelin et qu'il apportai son bâton à deux boiité) lequel à grand' hâte fut tantôt f^u^ ët^ bien échauff^^ en ëUtrant demanda qu'il y avoit^ 4uoi? comment? bù 8oni-41s? qu'est^^? Par le sanflt dé^ s'ils ne sont plus de sept^ laissez^le^; hoti hou » tëntré saint gris! âerpe Diéii) que n'est-il guerfè! Sur moii Dieu; dit Mistouditt) tel cas et tel, par tel moyen et par tel. Regardent niais toutefois, si estHje pourtant, tous devez entendre, nenni; fit cepéndaUt lui contoit toute l'affaire, yajoutantetdlmiuUàntcdUime un bdmine qui conte quelqiie querelle, et là où il est ptùs fkvdHt, donne f^lus de ediileur et rend la «iuse meilleure. Lui dit outrë^ qu'il étdit délibéré s'en venger par un mof en qu'il lui diroit, mal» qu'il fftt assis et à sbià aise, et qu'il lui pai^onnftt à'il êtdit llëii \ car trot> étoil fkdbé de ruifetase* Rien, rien, dit Brélin ayaht Un t^u InUssé son cbâpeab) contez, contej^ tout : tiibieu, le isadg de pëul tnentir. Par saifat luto, ceui de Yind^lës de gagnèrent Hén à libdi» frire toiti I'e8t)èfet si mon bfttoa q^e vdid ne faie faut^ qu'ils n'êii feront pas plus avec nbus. Par nia conscience, fit l'outragé, j'àl atisé qûé ToM et moi leur doéniéiis lacbasset la i^iscA à là iuain ï pdiirce qu'ils passeront par sus la chaussée de l'étâflg de Huche-' tk)cbé, dH il y ^i comme savez, bue planche au tuiliëii â eauâë db lacbauSBée rompue; ëntehdéj^-voust Pousser j pbudsez; dit Bréliil. J'entends et ati delà. Au meyéb de quoi, pdUrsùivblt Blistbndin, je serai au bobt de deçà^ véth en Un linceul comme d'Ud hbmîiib mbrt ; ma iiiux en la main et pour cause. De voîis ^ Vdtià i^t^ à l'autre bout i»ehé près la planche. Or-, ces Viiidellot^^ knès biédiantS) infeilliblement passeh>nt par làj car dû diâMe th)iëht-ite se détourner JusqUes à Jause? fit dès IbrsqU'ilà seront tdus paéâéâ ta planche, vousbterëz sans mener bruit lécâti^U. Albi^t|tt'illlserbht abpïès denioi, Je me lèverai^ ma faUx en la ibaln. Vous asîiurantitbé, de la «êule grimace que je ibrai, ils aubnt si belles Vezâhlés *, que^ iMls né s'enfuient, appelez-moi Huét; et lé beau dit Jeu sera qu'ils tbmbenmt tous dédahë délié fôSise, bù ^ à eb'cbi*é dé l^eab pour sécher leurs brayes. Et aptiès de là peiit^, ayaht laiàsé lëdrs bardes, nous aurons pobbés et sacs, et pat* cé ihoyeb Je tôrali vedgê. Regardée Si Je èS» bien» icâr là cbfêre toe ibi^it ^sslblé ébtrët)réhdi^
* Peur, frayeur.
chose dont je ne pourrois venir à bout. Rien, rien, dit sa femme,
vous n'êtes qu'un soi ; faites cela , et sur mon honneur vous en
trouverez très^bien. Brelin, contrariant, disoit de bon vouloir y
aller seul, et de donner le choc à toutes restes, quoi qu'il en dût
advenir. Néanmoins, le tout mûrement et avec une sage et discrète
délibération enfoncé, fut conclu et arrêté le premier propos; et
après avoir bu une volte , prirent leur équipage et s'en allèrent
audit étang, où chacun se mit en son lieu arrêté, par serment prêté
sur la faux de Huguet, les reçurent en magnifique apparat et
comme ils le méritoient pour venger cette injure tant atroce. Je
les laisse là attendant ces messieurs d'aguillanneuf , semblables à
Guillot qui, étant caché derrière un buisson, au soir, attend Marion
qui vient de quérir ses vaches, douteux si elle lui refusera ce
de quoi elle a été par lui souventesfois importunée. Longtemps ne
furent attendant, qu'ils ouïrent les Yindellois qui s'en venoient
bien bardés et fasqués *, jasant d'une haute sorte, même de Mis-
toudin, et qu'il avoit de l'aguillanneuf; et de ce louoientfortmattre
Pierre, lui en donnant l'honneur sans en rien réserver; lequel
glorieux de ce, se frottant le bout du nez, fusant bonne morgue,
disoit qu'il en avoit bien vu d'autres et de meilleure étoffé; car
quand il étoit à Breudebach, ville de Utopie, il en faisoit bien des
siennes, néanmoins qu'on avoit rapporté au pays que la vieille
Jeanneton lui avoit donné un soufflet ; mais, ce disoit-il, elle l'a voit
prison trahison, et que bien lui étoit d'être femme, car autrement
il l'eût écorchée. Et comme ils furent près de l'étang, mattre
Pierre, prié par aucuns qu'il fit quelque honnêteté de son épée ,
commença à montrer certains points d'escrime, et tous mortels,
disant : Ce faux montant est dangereux avec une soudaine démarche
à côté, ou bien en entrant d'un estoc volant, ou si vous voulez
d'une basse taille, car jamais fendant ou revers ne vous sauroit
toucher, pource que vous êtes toiyours couvert. Voilà pour se battre
à trois, tenez , autant d'une main que d'autre ; voilà le secret du
jeu, et seulement tenez là votre épée, disant, je ne vous demande
rien , vous n'êtes point en danger. Vous me pourriez dire que
je fausse mon serment, point, point. Je ne dis pas tout, il y a
encore en ce bras-là une douzaine de coups, desquels le moindre
mettra toujours un homme par terre, et fût-il armé de pied en cap.
Voilà, disoit-il, la levée du bouclier de l'épée seule, et de l'épée
' Les poches pleines et bien garnies.
baise moneul à denx mains ; voilà le moulinet qu*on a accoutumé défaire ; et toutcela. Maître Pierre, étant au bout de son savoir, cessa son jeu, et le premier étant sur la'planche, dit qu*on ne se hàtàt, et que le lieu étoit dangereux, et que maudit fût-il qui le devoit raccoutrer. Enfin ayant tous passé aidant Tun à l'autre Brelin, qui s^étoit caché, ne faillit à jouer son personnage, et après avoir levé le carreau qui faisoit la planche, se remit en son lieu pour voirie passe-temps, et néanmoins quMl fût grandement fâché de Feutrage fait à son frère, toutefois si rioitr-il tant fort que peu fallut qu'il ne fût ouï de partie adverse. Misloudin Tofiensé voyant le point commode, commence à soi lever peu à peu, faisant la roue à ce requise, et pour le froid qu'il avoit naquetant * des dents, qui donnoit à hi fiurce une couleur merveilleuse, tant que ces gentils messieurs le pouvoient facilement apercevoir. Maître Pierre en sursaut, comme le premier choisit ce fantôme, et de la peur qu'il eut laissa choir son épée pour gagner le haut, et le reste à qui mieux mieux , criant à l'aide, adverlna lœalia, et pour mieux courir, laissèrent tambourin, broches, poches, lard, pièces de bœufsalé, jambons, oreilles, pieds, andouilles, saucisses, et ceux qui auparavant étoient les plus vaillants et les plus hardis, comme maître Pierre, furent les premiers qui tombèrent en hi fosse susmentionnée , où de fortune l'eau étoit petite, car autrement ils étoient perdus, et n'eu échappa aucun qui ne fit l'amende honorable et qui n'en eût tout son soûl. Cependant Mistoudin et Brelin , riant assez bas, amassèrent leurs bribes et s'en allèrent à leurs hôtels, vengés et riches de la quête des adversaires. Les pauvres aguillanneufs, pensant d'assurance être morts, furent trois ou quatre heures les uns sur les autres sans oser bouger. Toutefois sur le point du jour, un peu assurés, commencèrent à sortir, premier néanmoins mettant le bout du nez, regardant s'ils verroienl rien, puis peu à peu deçà et delà examinoient les chemins. Et me souvient voir un fugitif, qui étant caché est cherché par une douzaine de sergents , et lorsqu'ils s'en sont allés, on lui vient dire : Monsieur, les clients s'en vont ; toutefois, non assuré de la peur conçue, n'ose montrer du premier coup que la tète, regardant encore s'il y a point de finesse. De cette cassade* en fut faite une chanson à sept parties, qu'on chantoit bien mélodieusement auprès du feu , à la grande confusion des Yindellois,
* Claquant.
' Bon tour, rose.
l09queU l^ ^lin(|f(c)K» epswF^t Oient iin moaitoixa de oeui ou celles qui ^iiroie^t point pri» aertainw poches et autres tels bagages. E[ 4'une vfiéaxe rai^pn e( p9Peil intérêt en fit un aptce Mistoudin de ceux qui ravolent ba|tu. Dp toHt quoi leur en fut baillé apte, et sur ce, plgiçloyècent longuement, et est ei|core par défout de sqi^ Iç procès indécis et au ciqi», qui (a|nsi que pense) sera ?idé aiif grands jours futurs. |St est ce que je voulois dise touohant les querelles des YindeUois : si vous en s^vey davantage, dites, car je l^'pp sais autre. Sur n)on Dieu , dit lors Pasquier , voilà bonne petite vjsngeance et de bon esprit. Àbl j'ose bien dire qpe eeui de Flame^ui et y indeilois ne seront jamais amis, car toujours s^entre* font quelque fredaine, et y a toujours quelque procès entr'epx. Yoy^-vous pg$ encore aiûourd-l^ui Uuillot le Bridé et PbelipoC {*JSnfuipé À gr^4 ()éb%t? je les écoutois a?sint^bier, mais c^t un grand triorqpbe. ^P vo|isprie, dit Lubin, que vous contes tout du lpi)g, c%T ce spfit 4euxbpnpps tètes. Par mon serment, dit Pasquier, yoqs 9'en sepeapsis refusé, compère. Vous Avez bien eonnu le père (Ippbelipot? G*es| inon» ditlLubin, un bomme bien notable et bon prud'i)pmme. pgp m4 fol, répond pasquier, il avoit un autre ils. C^}a n'est point k {(propos, yenes au point, dit Lubin ; auquel répondit ^at^uier qu'il en étoit content et qu'il avoit grand' b&te. Obi Qt l^ubin, j'en saurai plqs pour rien d'avec Phelipot, que vous ne feriez ppurun li^rd. ^opiitezdonc, dit Pasquier, et mé pardonnes, par U fi^Uoit ^ise ce ppiit mot. Ab, vous ne mangerex januiis neq froid» ypps ^ trop M^if.