‹ Propos rustiques: Baliverneries, Contes et discours d'Eutrapel [pseud.]Chapitre 21 sur 24 · COMES · texte numérisé non relu

COMES

lée de contes rustiques par mes ouvriers, desquels, sans faire semblant de rien , j*ai autrefois extrait et recueilli en mes tablettes le sujet et gr&ce, et communiqué leur propos et mes balivernes au peuple, prenant Timprimeur et renversant mon nom de Léon Ladulfi. Aux rivières, amusé et solitaire sur le bord d'iceUes, péchant à la ligne, allongeant souvent le bras pour counottre, au mouvement de la ligne, quelle espèce de poisson vient cscarmoucher Tapp&t, ou bien tendre rets ou filets aux lieux et endroits où le cours de Teau a vraisemblablement fait plus belle passe. Quelquefois aussi , avec deux lévriers et huit cbiens courants, me trouverai à la cliasse du renard, chevreau, ou lièvre, sans rompfe ou offenser les blés du laboureur, comme font plusieurs contrevenants aux ordonnancées et à la justice commune. Ne faites à autrui ce que vous ne voudriez vous être fait. L'autrefois avec TAurourS oiseau bon ménager, quatre braques et le barbet, avec Tarquebuse, deux bons cbevanx de service, et un pour les affaires de Thôlel. Vous disant qu'après telles distributions et départements des heures, ayant premièrement fait les prières à ce haut Dieu, que la journée se puisse passer sans Toffenser ni le prochain, et employé quelque heure à la lecture des livres; il ne me &udra au souper, qui doit être plus copieux et abondant que le diner, les sauces Alhiacques ne le breuvage d'^scbylus pour dormir. Adieu donc, monsieur; j'appems à cette cheville, comme Yeianius, ce vieux soldat, attachant et vouant son corselet au temple d'Hercule, mon petit chapeau emplumé, ma cape avec son grand capuchon, mon pourpoint erobourrc, mon marcher de travers à hanche deslouée , le baise-main , ma braverie, ris dissimulés, traîtres saints, jalousies, envies, larcins des biens, avantages et honneurs d'autrui , querelles, Tamour, et telles constitutions et rentes hypothécaires, dont les cours des grands, et villes trafiquent et font métier ordinaire. Je suis tout perdu; mon naturel, qui étoit bon, tout change et altéré, ma conscience trop obligée à une fausse liberté, qui ruine et détruit la meilleure part des hommes. Ferai, car la méchanceté des vivants le veut, présent de mon haut-de-chausses au beau Jupiter Ammon, comme fit le laquais à Buridan son maître. Burldan, gentilhomme de notre pays, mais insigne menteur s'ilenfutonc, donna un hautde-chausses à son laquais, à la charge, lorsqu'en ses contes il Tap-

' Aurore.

peUeroil pour témoin, il n'eût à faillir de Tacertainer et assurer, et dire bniTenient que ce que son mature avoit dit éloit vrai, et jurer s*il en étoit besoin. Mais une fois que Buridan étoit sur I& haut, mentant comme un président, ne pouvant passer en ligne de compte cette horrible menterie , se déchaussant tout ])eUe^ ment, mit ioelui haut-de-chausses sur le bout de la table, disant en pleurant: Monsieur, reprenez votre hau^-de-chattsses, je n*en puis plus endurer. Ainsi , seigneur Polygame , voilà les clefs; je me consomme e» vos cours et villes^ où n'y a rien entier ne qui en approche. Yos lois, polices, et tout ce qui s*y fait et négocie, est à deux envers et bigarré, et où les bons et avisés n'entendent rien. Au demeurant, si avec ma délibération et issue, je rencontre une femme bien instruite mus Taile de sa mère, de ma condition et état, douce, paisible, et qui n'entreprenne rien hors les alfeires domestiques, en toute obéissance; ce sera lors que Dieu m'aura donné accomplissement certain de mes, prières et invocations que je lui fais ordinairement. As-tu achevé de babiller? dit Lupolde; tu n^anras pas été huit jours en tes champs, que tu ne vousisse* être ici de retour avec nous. Hé ! pauvret, combien avonsHsous vu de tels fols mélancoliques se promettre, et ainsi forger une divinité champêtre, s'en repentir aussitôt qu'ils en aT<nent senti les fumées, péché aux bonillans, et tenté aux incommodités d'iceux ! Et outre, te peux assurer qu'il n'y aura si petit gentilhommean qui ne te brave et fasse la nique, et les paysans qui te traiteront en petit citadin ; car tu voudras faire de l'habile homme, leur en conter, et prendre les révérences qu'ils te feront pour argent compté et non reçu, combien qu'ils se moqueront de toi et en tireront ce qu*ils pourront, sans jamais rendre s'ils penvent, fors à beaux coups de bâton, qui est la marchandise qu'ils cherchent. Ou bien, qui est le plus sûr, car le roturier se punit mieux par la bourse, de leur envoyer des nouvelles par un homme qui a le nez fait comme un sergent. Crois tes amis, puisque tu as rencontré Sparte, comme dit le proverbe, liens-y toi, demeure là, et achève le reste de tes jours en la vocation et état où Dieu t'a appelé. Fais profiter le talent qu'il t'a mis entre les mains : il n'est'que les vieux amis, quelque opinion contraire que toi et tes semblables ayez. Y a plus, qu'une petite adversité ou traverse que tu recevras aux champs, si tu n'es ar

' Que tu ne veuilles.

mé du mépris de ce monde, comme j'esLime que tu n'en es pas beaucoup garni, te fera plus d'ennui et de mal qu'une douzaine en la ville, pour y trouver, de moment en moment, remèdes, amis et conseil. Si tu es seul , comme dit l'Écriture, et tu tombes, qui te relèvera? As-tu pasi entendu que la perte de quatre cents ccus que l'empereur Charles V avoit cachés, et lesquels un sien frère éd religion lui déroba en la Hiéronyme de son Valdoli ^ en Espagne, où il s'étoit retiré après avoir quitté l'empire , lui fit plus de mal au cœur, car il en cuida mourir, que la rupture de ses camps et armées de Provence et d'Alger, ou sa vaine entreprise de Metz? Lieux obscurs, beaux amis, les déserts, les solitudes, sont les palais et habitations bien souvent de ce méchant Satan. Donne^toi garde , disoit quelqu'un à un seulet se promenant et faisant plusieurs gesticulations , marmottements et grimaces, que tu ne parles à quelque méchant. Polygame lors, qui mesuroit, comme homme prudent, toutes choses par poids et circonstances , dit que Lupolde, pour un homme expérimenté qu'il devoit être , se reiidoit trop prompt &ï son jugement et avis. De quoi vous sert, dit<»il, la longue pratique et usage des affaires de ce monde, si vous n'avez appris quand et quand, en traitant et jugeant quelque sujet et argument que ce soit, d'iœlui conduire par les modérations et extrémités qu'il appartient? qui est de savoir que c'est, comment il est, quand et où il est :. examinant ainsi en toutes choses , on ne peut faillir y rencontrer bonne et sûre issue. Car Eutrapel, pour pendre les moyens de son dessein et délibération, n'eut onc que mal, tracassant et barbouillant, tantôt aux affaires publtiiues, et par autres fols aux domestiques et privées, tant pour soi que ses amis. Où je vous laisse penser quantes et combien d'alarmes el assauts il a reçus en ce long cours d'années, tant en son corps, àme, que conscience : il se voit pressé de quelque nombre d'ans, et autres considérations qu'il a mûrement et longuement projetées en son entendement. N'est donc raisonnable anticiper ne enjamber sur icelles, pour les amener et réduire aux nôtres, qui sont à la plupart dissemblables. Les villes , certainement, ont quelques beautés en notre France; mais de nulle commodité, que pour les gens de

' Le couvent où se relira Cliarles-Quint après son abdication apparlenail à Tordre de Sainl-Jcrôme ; il CU:U «iluc près de Tlasencia, el non pas à Valladolid.

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justice, marchands et artisans; et se peut hardiment direct assurer, quand on voit un gentilhomme aux villes, quMl y est appelant ou intimé, demandeur ou défendeur, pour payer ou prendre terme de quelque dette ; ou emprunter argent à gros et énormes in* térêts; ou se débaucher, puis donner un coup de bâton où épée, en-* Ire ses murs, à quelque petit glorieux et rustre de ville, qui Taura voulu braver ; de là traîner et manger en prison. Quant aux cours des princes, il les fnut, pour parler et apprendre de tout, avoir \ttes, et savoir de quel bois on s*y chauffe; mais s*en retirer au plus tôt qu'on peut. Jamais homme, disoient les anciens, ne revînt meilleur à sa maison pour avoir été au loin. Combien de fois ai-je ouï dire telles et pareilles choses à vous , Girard de Bernard , seigneur du Haillan S Thonneur de notre France l Qui me fait dire que tous deux avez raison , la prenant généralement et par divers respects. Car vous , Lupolde, qui dès votre jeunesse avez été nourri aux villes, y plaidant et vivant des querelles d'autrui , n^estimerez jamais une retraite et Vie champêtre, pour n'avoir fait fonds ni provision des choses et appareils qui y sout requis. En vos villes, la plus belle théologie et science qui s'y exerce, gît à qui plus finement sait dérober et attraper aj^ent à son voisin, quelque fréquentation, feinte amitié, et bon visage qu'ils s'entre-portent. Si l'un croît et l'autre s*avance, soudain il sentira les opérations et effets de Tenvieux et calomniateur; s'il a quelques particularités et choses plus gran^ des parsiis les autres, soit de qualités ou charges publiques, ce sera à qui le heurtera par moyens sourds et obliques, ou autrement fera les ongles et raccourcira le progrès et avancement de son honneur. Aux villes, les dépenses, tant en habits, que festins et jeux, sont excessives : autrement vous êtes ea mépris du commun, et contemptible. Et, combien que les honnêtes personnes et bien vivant ne fassent grands comptes de tels jugements vulgaires, si est-ce qu'il y faut bien souvent ployer, mais non pas beaucoup. Ce qui a perdu premièrement les marchands et autres roturiers, lesquels prenant exemple sur les plus riches et qualifiés, sont la plupart accoutrés de soies, leurs femmes encore plus, et leur [)0t civilisé de quelque lopin de lard aux choux , vivant ainsi de lK)nnes mines et contenances , jusqu'à ce que quelque lourdeau cl égaré aura acheté d'eux , par leurs mensonges et faux ser-

' Déjà cité page 163.

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meols, de la inarchandise pour six écns, qui n*eD vaut pas trois. Quam à messieu» les gens d^Église, ce D*est à moi à en parier, sinon référemment et avec modestie; nais il semble, tu leur grand et ample patrimoine et richesses, qui ont été calcnlées et arrêtées, de notre temps, se monter en ce royaume à dooze millions trois cent mille livres de rente, qui donbleroient si Ton pienoit Testinuition de présent, sans les hd|Htanx et aumAnes; qu'ils devroient, pour la décharge de leur conscience, se réformer et réduire au ?rai et légitime état de leurs prédécesseurs, et rendre la tierce partie aux pauvres des lieux où sont leurs Mens situés. Autrement y a danger, jà bien avancé par la permission divine, que les laïques et séoiliers n'empiètent et se saisissent , comme ils font, de leurs biens, à fiiute à eux de résider, prêcher, administrer les saciemenis, nourrir les pauvres du tiers du revenu ecdésiastique , et Ciâre tous devoirs chrétiens où ils sont ^Migés, sans s'arrêter et s'amuser aux dispenses et permissions contraires, (ditenues Dieu sait comment; lesquelles portent une fort grande apparence et couleur masquée et déguisée vers les hommes, mais une cruelle et sanglante condamnation en l'endroit de Dieu, comme disoit ce docte Séguier*, étant lors avocatgénéral au parlement de Paris. Pour le regard desgensde justice et finances, qui est celui , tant sot et sdièti puisse-t^l être, qui n'aperçoive au doigt et à l'œil les corruptions, faveurs, larcms, concussions, pillerles, et tels brigandages qui s'y font? contre lesquels, principalement les excessivement enrichis, j'useroîs volontiers du seul argument qu'on faisoit à Sylla, et qui est sans réponse, ainsi que dit Plularque : Gomme te peux-tu vanter, lui disoit-on, être homme de bien, attendu que ton père ne Ta laissé presque rien, et néanmoins te voilà riche outre mesure? Au demeurant , si l'on regarde les grandes charges , fonctions et gouvernements, tout cela est aujourd'hui, à la plupart, entre les mains des nouveaux venus et tirés du populaire , contre les formes et lois de toutes républiques chrétiennes et païennes, non encore vues ni accoutumées en ce royaume; au lieu que ce devroit être personnages à qui telles choses appartiennent de droit, qui est ]a noblesse. Auquel beau temps il faudra par nécessité revenir, après tant de maux passés, et remettre telles juridictions

■ Pierre Séguler, d'abord avocal-général au parlement, puis président à morlier.

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et puissances es mains de ceux qui ont de quoi en rci)ondrc , tant en race, honneur, biens, savoir, pitobité, que longue expérience, comme les Romains, desquels nous tenons le plus beau de nos polices, qui ne créèrent onoques sénateur, ne donnèrent Tordre de chevalerie à quel qu'il fût , s'il n'étolt issu de noble famille et riche de quatre cents sesterces, c'est-^-dire dix mille écus de revenu. Tels débordements et violences qui ont gagné sur la vertu et beauté ancienne, sont cause, capitaine Eutrapely que j'incline du tout et soutiens votre dessein et entreprise louable; vous exhortant icelle exécuter pour le demeu'» rant de vos jours, et vous ébattre et prendre pUiisir aux saints et fruaueux contentements de Tagriculture, tant recommandable de soi; comme il se lit d'Abraham, Jacob, Êsau et plusieurs prophètes, aux sacrées Bibles. Aussi Platon, mené d'une tant salutaire opinion, confesse que la vie rustique et solHaire est le port et refuge contre la calomnie, envies et ambitions de ce monde. Et après, aux siens livres des lois, qu'il a établi quelques ordonnances de l'agriculture, comme n'arracher les bornes , ne détourner les eaux, gâter les fruits de la terre, il se retira de cette riche et docte vjUe d'Athènes, où il étoit grandement honoré et en singulière réputation, pour demeurer aux champs près icelle , en son académie , atin de mieut et sans bruit éplucher les mystères divins et secrets des choses naturelles : bien entendant comme la fréquentation et hautement des hommes résistent à telle profession ; mieux aimant le contentement do son esprit et celui de ses écoliers, que complaire au lourd jugement et fantaisie du commun. Le bon et sage Caton , interrogé du moyen de bien vivre, et sans s'empêtrer aux bruits, caquets et calomnies des villes, répondit pour les champs, où premier il falloit faire bonnes nourritures, se bien vêtir et entretenir sa fiimille, et surtout labourer de soi-même, syllogisaul et concluant ainsi : C'est un laboureur, il est donc homme de bien. Oh! disoit ce savant prêtre et philosophe Marsilius Ficinus \ auquel Gosme de Médicis avoit donné un beau et solitaire lieu |irès Florence, que l'homme est heureux quand , délivré de toutes passions et affaires, content de ce qu'il a, sans rien désirer, se commande en pleine et entière liberté d'esprit; considère la solidité et fermeté de la terre, la subtilité de la légèreté du feu, le cours des eaux,

' Marsiiio Ficino, ardent dôfcnscur do la philosophie plalonlcieiinc.

la splendeur et clarté des étoiles, serencté ^ et diverses tapisseries du ciel, la résolution et détrempement de la neige en pluie S la cmi^lation et endurcissement de la grêle , tremblement de la terre, diversité des vents, la nature des métaux , herbes , arbris et piaules; les infinies sortes d^animaux et poissons, leurs gueii'es et amitiés, la vertu des pierres; ces deux admirables 0ambeaux et luminaires , le s(^l et la lune ; la rondeur des planètes, clarté du jour, ténèbres de la nuit, disposition et ordonnance des étoiles. Par lesquels moyens, joignant ses prières 4 cette hante Trinité, il se fidt et bfttît le chemin pour traverser et pénétrer les lieux célestes, et contempler en esprit les bienheureux et autres choses que Tœll ne peut voir ne la langue exprimer. Et de fiiit, ceux qui demeurent aux champs, s*lts connoissesai leur bien, ont des lois et décrets bien avantageux pour eux , jusques aux bœufs, lesquels, par la loi des Athéniens, n*étoieut tués sur peine de la vie. Aussi que telle peine étolt ordonnée à ceux qui avoient dérobé les outils et assortements * de la charrue; car, dîsolt ^Uanus, le bœuf laboureur est compagnon des hommes. Et ainsi les anciens travaillolent huit jours, pour au neuvième aller au marché vendre et bien peu acheter, se fournissant presque de tout ce qui est nécessaire à cette belle agriculture et vie rustique. Pline le Jeune, écrivant à ce propos à son ami Fundanus, dit n'avoir fait, dit ni oui en sa petite métairie de Laurentin, chose qui lui ait déplu; vivant en ce lieu sans crainte , sans passion , sans tourment d'esprit , et sans avoir la tête travaillée des bruits et nouvelles de la ville. La conclusion de Menander, que tout ainsi qu'à Thomme qui tmid à bien faire, hait les vices , un héritage moyen qui le peut nourrir lui doit suffire; ainsi celui qui combat pour la vertu et veut vivre sans reproche doit, pour le peu de temps qui nous est prêté, laisser les charges et oiBcespour mieux vivre en repos d'esprit. Un jour que Lysander alla i^ire la révérence et saluer Cyrus, ce grand roi des Perses, s'émerveillant des beaux et excellents vergers et jardins qu'il vit, de l'ordonnance et plant d'arbres de toutes sortes, etleguéret très-bien charrue*, s'enquérant qui en étolt l'ou-

' SéréDlté.

* La neige qui se résoud et se fond en pluie.

* Assorllments, ustensiles.

* Dieu labouré.

vrier et opérateur; Gyrus répondit que c*étoit hii-mèaie, et que de sa propre maîn il avoit dressé et accoutré- le tout. Lors, re* gardant et contemplant Gyrus, vêtu à la persienneS en pourpre etdrapd*or, dit que la renommée de lui étoit véritable, ayant assemblé la vertu et industrie à sa grandeur. Sénèque aussi ra* conte de Servilius Vaecatia, homme de grand race, qui ne fut connu par autres titres et enseignes que d*avoir vécu toute sa vie en sa métairie , près la ville de Cumes. Et Titfr»Live dit que les Romains, empêchés pour le si^eoù Quinins Minutius, général de leur armée, étoit fort oppressé et à détroit, résolurent envoyer quérir un vieil capitaine nommé Quintus Cincinnatus, qui labouroit sa terre aux environs du Tibre, lequel ils créèrent leur dictateur, dignité royale; etdéiit Tennemi, triompha, et apiès se retira à sa vie diampètre; et de rechef, vingt ans après, étant encore à sa charrue , lui fut répété cet honneur de dictature. Le bonhomme n'avoit en tout héritage que quatre arpents de terre, qui est un peu plus de cinq journaux. Exiguum eolUo^ dîsoit Ovide; laboure et tiens en ta main bien peu de terres; le surplus, qu*on ne peut malaisément accoutrer, dresser et Aimer, se doit bailler à ferme ou arrenter. Attiltus Colkitinus fut de même pris et enlevé do la charrue pour être aussi leur dictateur, étant modéré, sobre, continent, et grandement sage et réserva en toutes ses actions; quMl avoit appris au village, où il aimoit mieux être le premier que second à Rome. De même en fit ce grand Scipion TAfricain , lequel , pour vivre en son contentement et repos, setenoil ordinairement aux champs. Ainsi Tem* pereur Dioctétien, jà assez vieil et âgé, ayant quitté Tempire, se retira comme gentilhomme privé en la ville de Solonne, où, étant sollicité par ses amis de reprendre le sceptre : Si vousaviex vu, leur répondit-il, les laitues et autres herbes que moi-même ai semées, vous ne me parleriez de votre vie de rentrer en telle et si pesante cbaige. Semblablement un grand seigneur, appelé Similis, grand ami et compagnon de l'empereur Adrien, ordonna par testament être gravé ces mots sur son tombeau : Ci git Similiê, fort vieil, lequel toute fois n'a vécu que sept ans. Voulant dire que les sept ans qu'il avoit été aux champs en paix et tranquillité d'esprit, lui avoient été une vie; et le surplus de son temps, employé aux villes et affaires publiques, une vraie mort.

' A la manière des Perces.

406 COXTES

Que dfroD&-noiiS de tant de princes qui , pour se donner à h vie diampélre et particnlièie, ont laissé leurs empires, royaumes et monarchies , comme Maximîanus, Gallicanns, Theodosius le tiers, Aiesius, Grinitus ^, Élicbel !¥• du nom, empereur de Gonstantinople, Isaac empereur, Nicepborus Botoniate, Lotbaire, Garioman frère de Pépin, Hubert Dauphin de Yieunois*, Amuiates empereur turc, ludocus' fils d*un roi de notre Bretagne, Amé doc de Savoie, Bamba^ roi des Espagncs, Jacques Gontaren' due des Vénitiens? A Timitation desquels, encore que tous, seigneur Eutrapel, ne soyez que simple gentilhomme, assez moyenne et riche; puisque tous sentez, car tous en èies le premier et dernier juge, de vouloir user et arrêter le reste de vos ans, bien cassés et endommagés, à cette belle vie champêtre, laissant toutes aifoires publiques et populaires, pourvoir et examiner de plus près votre conscience, déportements passés, et les douceurs et contemplations divines ; je le vous conseille encore une fois. D*ètre seul, vous ne le pouvez; ains, comme avez saintement et religieusement désigné et projeté, il vous feut marier à celle que vous penserez aimer, propre à vos conditions, damoiselle, qui ait le souci seulement faire des enfants, et ce que lui commanderez. Et en tant que touche Tenvie, mauvais ménage et incommodités qu*on fieut recevoir de ses voisins aux champs, le remède est prompt Premier, ne voir et hanter que les bons et vertueux, et auxquels, pour leurs honnêtetés et bonne vie, voas voudriez bien sembler; encore bien peu, et une fois le mois au plus. Le proverbe est beau : ^mi de tous, et familier à peu. Au reste, clore et fermer la porte aux rioteux, outrecuidés et médisants. Mais le principal et souverain point sera de régler votre conscience, vie et ménage vertueusement, à la mesure de TËvangile , qui vous rendra indubitablement aimé et respecté de tous. Vous assurant qu*ayant donné ordre à quelques particularités et affaires domestiques qui me pressent, vous me trouverez Ton de ces matins votre voisin , pour ensemblement passer nos ans en

' Trajan.

' llumbert, deuxième du nom, qui abdiqua en 1350.

* Selon le père Lobineau {Hist, de Bretagne^ lomc I, page 24), Judoc aima mieux quitter son pays que d'accepter la couronne qui lui était ofTerle par son frère Judicaël, roi de Bretagne.

* Vamba, roi des Visigoths.

» Le doge Jacques Gonlariui.

d'eutrapel. 409

une bonne el^inle conversation et voisinage. Quant à Lupolde, en ce)te peau naourra renard, et demeurera perpétuellement engage en sa obicane et brouillis de peuple. S*il nous vient voir en nos champs» comme il ne peut être autrement, ce sera à la charge de laisser sous le seuil de son huis ses finesses, subtilités, griefs , contredits, et tels b&tons à feu de palais, qui nous battent pour nos iniquHés et mensonges, qui ont gagné par sus la vérité, et ne se peuvent relever fore par l'entière , et non hypocrite et feinle véformation des abus de toutes conditions et états. Se retirèrent^ Polygame à son ménage et livres; Eutrapel à sa philosophie ruaUque, après avoir mis un bel écu réaument et de fait au crevx el centre de la main de Lupolde, pour le défendre en jugement el dehors des abois et sousris de Tignoranoe, et Tentrelenir en Tamitié des bons, à la charge qu'il lui enverroitdes andouilles de sou pourceau et des choux de son courtil; et Lupolde au payç et province de consultations et paperasses; lés trois tiavaiUant en diverse pratiques et façon» de vivre.

LE FOL N*A niEV.

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'MêfMuf&lCK.

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