‹ Propos rustiques: Baliverneries, Contes et discours d'Eutrapel [pseud.]Chapitre 20 sur 24 · S$6 C0NT · texte numérisé non relu

S$6 C0NT

bien nourries et endoctrinées, tant par la lecture des bons et saints livres, qae par exemple et fréqueulation des honnêtes femmes, qui n*auroient jamais eu fer à pie et mauvais bruit, et fuient telles compagnies corrompues et débauctiées. Et pour seconder le conte ci-devant, du temps qu^étant à Poitiers, et que Macrobe fut condamné par Tun des juges comme luthérien , et livre réprouvé ; et que pour la cause d*un sale et ord abbé de Maugouveme, que nous trouvons beau en cette folie jeunesse, il y eut un décret et prise de corps générale sur les écoliers plus notés et chargés i notre bande se retira à Saint-Jean de Hauves , retraite lors commune à Ceux qui avoient par trop fait leur devoir et étudié, où notre ancien h6te, Jean pain-clochant, nous vint recueillir et bienveigner, selon sa coutume. Nous, leçonnoissantbon compagnon, sujet aux gabelles et douanes des basses marches , soupçonnâmes qu*il avoit été en dommage , et fait quelque coup exlra-judiciel, qui le£aisoit boiteux. Par la dague saint Sibard, répond-il, mes petits maîtres, je tirerais du bon, et de celui d*auprès le mur : mais bon bec, la ménagère de chez nous, s*avisa Tautre jour, contre sa coutume, et ne sais quelle mouche Tavoit piquée, me refuser son baudrier équinoxial, faisant le fi , fi , qu'elle se trouvoit mal , et avoit autre chose à £aire pour rheure. Je sus depuis qu'elle et la femme de Pierre Tourteau, encore qu'elles fussent commères, s'étoient entrebattues à qui moudroit la première; de ma part, venant des Anses, bon compagnon, et Hur le gai , par tel refus non encor ouï, me jetai à corps perdu sur une guève qui avoit servi les confrères de Hurlep, Madame de quelque lieu, champs d'Âlbia, la Cnrcaille, trois Pucelles, Pontrocart, le Chêne vert, Tison, et autres lieux d'honneur , et s'étoit rendue à Baudrouillé , et écarté à la malheure jusque-là, où il auroitpris d'avec elle, par troc ou autrement, un poulain sellé, bridé, et des pois pour des fèves, le bon être, car sa riche femme avoit cru que c'éloit un rhume, et en cette qualité le traJIoit et médicameutoit, jusques à puis deux jours ; que ses voisines se seroient moquées d'elle , comme ignorante que les rhumes n'assailloient telles parties , et que par cette folle croyance elle se faisoit non-seulement tort, mais à tout leur sexe et ordre : toutefhis si nous voulions tenir ferme , et soutenir que tels lieux se peuvent endommager par des rhumes , celles qui avoient consulté et médit au contraire, en pourroient bien tomber beau saut, attendu qu'il avoit de l'aide dedans le

vili9g6« et menire Jeun, tenv paré, qii touë hil tenoient bon. Gela fut fait vite eoipine lé Y6iit, l0s 11119 (Jfsant, j*ai un timrûé an tàlop, Fautte à la himche, §t «i« fis singuHê i tant que tout alla fii mal, qU*entin toi|t se troiiva bien. Ltipolde aui&si, de s6h côté, dit ebose presque semblable être advende à Gnillaume Tener, delalanded*Ëicé, qui, étant couobé près Berrette, sa iémme; nature commençant àserjoaer et dégourdir, dit; Toiirne-toi, Perr^ttë. Hélas f répond<«Ue , Tenfiint tète. II prit cela pour content et éd payement; ce pendant {e batail et manpbe instni'mental se désenfla, et, comme dit un poète : ' '

lacet exigUDS eum niinlce nervus.

Son petit nerf flétri se cache dans la raie.

Perrette, pe yqulanf perdis pettQ lippé§ frî^i^ahg, quelq^Q peu de teo^ps 4pi^^ poussa spp çiauipe ; U^nl (-enfapt pe tè^ pius. /'«r d^em» r(^poi)fïit-i)f fion arrigo ampli^9, ]^ vèse p^ ^on^e plp^, lc3 pfstjts s'eu sont allés. Guillemij^ Gpi)eaui( et ^aqupt-te QM" vau4 ^ fem^e n'eu iifeu.^ P^ ^Q^- IV^ é^i^qt k ^mt'lAwmlr des-Yigniîs, prè§ j^eupe^, et tapt ^«us l4bQpreiffs et m^iwigers, ^u'en qi^atise a^§ qu'ils l^so^n^ren^ à )§ur$ pjèpes , |ls eureut sppt pnfants. Mpsi le pbamp et la semeuce é^oiont fe^tU^s, pro*? porfiouf^é^, pt lepr fal^ulatur^ bi^o açpprdapte, si MéU Qpe ne les pouvant Qoprrlr, |t cau^e d^ lei)f pp^uvireté, firept vp^u ^ prQr ip^Bs^ f)e ^'pn^pp4pppl^er ne cpupbpr puppmMp ju^ques à qpatpe ans propl|ajus , ef ainsi fpf ent par )ong psp^pe eu trêves d^ fp^sfô, vivant ensemble fors pour le r^^d du Ut» taui fiu'il uo IpUf çpuvepoit Plus de ri^; si |^ v^çbe p'^sttiré^ ordinairemeut el|p s^ ^fit, ei m rend plus pie (ait. Uu muMu qu'il pleuvoit, tonpolt, grêloit, temp^oit, GuilLeiuip al)ant au marché yendi^ un petit dp H), fpt pontraipt s'en rplourner ^ Tbôte), mouillé, harassé et t<)ut bajlpbrenéi, et pppr séç))er POu l^aut galMceU^» ou sequPUi^i ^ ^'^^ ^^ut un, attisoit avec de pertes bf^cbpitps un ou deux P|)arbons couverts dP cendr^f treipblotant et sV moncclant eu rond cppime uu; peloton; ^aquptte, sur $1^ couette > de ballis, et bipu $t son aisp, rpgardçit tout CP mystërp, et sou

> Défait, fatigué.

' Lit, coucbelte.

pauvre Gaillemlii tout morfondu, comme i la messe de minuit, souffloit et resouffloit, plus que ne fit onoques €o!mon en ses fourneaux, ubi nil invenerunt; et en cette pitié lui dit qu*il se fût venu échauifer et, coucher près elle, en son cbaudet, tandis que le mauvais temps passeroit, et le jour venu, elle iroit au bois de la Gailleuie serrer quelque bois pour sécber ses draps. Guillemin prend cette condition, se fourre en Torée de sa femme, se mussant ^ sous la couverture, et tandis elle le frottoit, couvroit et mignardoit; mais, pourquoi le célerois-je? le feu prit aux éloupes , et de là au fenil de sa femme, entre lesquels, sans avoir égard à leur contrat et promesses, comme faites contre bonnes mœurs, se dressa Tescarmouche si chaude, et les semences tant copieusement agencées, je ne veux ici accorder les médecins avec Aristote, que Jaquette en eut tout du long de Tanne, et enceinte de quatre beaux petits enfants garçons, qu*elle enfanta au bout de neuf mois, et qui furent baptisés avec toutes les allégresses et joies dont les paroissiens se purent aviser, chacun donnant et apportant des présents à ces illustres beluteurs et faiseurs d*enfents à la douzaine; où fat vérifié ce que Ton dit, autant dépend cMdie comme large. Gomme va cela, dit Lupolde, que de si peu de chose, comme est le sperme et germe de Thomme, non plus gros quMn petit pois, ainsi que tiennent les nouveaux médecins, se puisse produire tant de corps ensemble? Cette question, dit Polygame, est vidée par notre Seigneur, parlant du grain jeté et pourri en terre, 'duquel en renaissent plusieurs autres, et d*un peu de levain faisant épaissir et enfler si grande masse et quantité de p&te, un presque rien de safran fSaisant jaunir deux ou trois pots d'eau chaude. Car quand la semence générative est bien purifiée, élabourée, et dirigée comme il appartient, il hui croire par nécessité que les hommes qui en sont bâtis et composés sont plus durs, forts, et leur vie beaucoup plus longue , que ces délicatement nourris. Et de f^it, ceux qui en la procréation de leurs enfants y viennent ivres, crapuleux, foibles, courroucés, travaillés, et Tesprit empêché, n'engendreront que goutteux, graveleux, petits hommes, colères, corrosifs, imbéciles de corps, et sans jugement. C'est pourquoi Tantiquité a dit : Gaudeant bme naft, se réjouissent les bien nés. Me souvient avoir ouï raconter au feu seigneur de La Porte,

■ Se cachant.

D^fiOTRAPEL. 5SS9

piésideat en œ parlement, qu*étant conseiller, allant en commission, et passant au travers la forêt de Gatellun, il vit un vieil homme ressemblant de quatre-vingts ans S pleurant sur le seuil d'une pauvre maisonnette, couverte de branches d*arbres entrelacées de genêts et bruyères, ayant une buie ou cruche sur sa tête, auquel il avoit fiiit demander par Tun de ses gens Toccasion d'ainsi se plaindre: lequel auroit répondu, que son père Tauroit battu. Sur quoi il serolt descendu de cheval et tous ceux de sa compagnie, pour voir ce père et raccorder avec son fils, estimant être une bourde; et que sur tant seroit issu d'icelle maison un autre vieux prud'homme, âgé, par inspection et vue de sa personne, de beaucoup plus de cent ans, au demeurant fort et robuste : lequel interrogé, auroit confessé avoir battu ce gars illec, montrant le pleureur, qui fidt le long^, et ne se veut hâter aller quérir de Teau à mon père, que voici au lit malade. Que lui et sa troupe entrés auroient trouvé un grand homme maigre et défait, couché sur des feuilles, lequel auroit répondu que c'étoit la première maladie qu'il eût eue en toute sa vie; son métier et à ses enlants être, faire des écuelles et cuillers de bois; n'avoir oncques vu aucun seigneur de Rohan, et ne savoir que la forêt fût sienne: bien avoit-il ouï parler du duc, sans autrement savoir que c'est : ne sauroit nombrer ne dater les ans, fors que pour sa vieillesse il avoit envoyé son fils, ayant bien lors soixante ans, porter de la vaisselle de bois en l'ost de Saint-Aubin-du-Ck)rmier. La ren^ contre ou bataille fut en juin 1488, et pour lors étoit curé de sa paroisse dom Jame, sans le coter ' ne signifier autrement: avoir vécu le plus de gàchc d'avoine^. Et quand icelui président lui demanda si d'un gros et puissant arc, qui pendoit sur deux chevilles, il n'avoit pas quelquefois attrapé quelque sanglotin, le paillard montrant de grandes dents et souriant, avoir répondu que Tare n'étoit que pour le défendre des loups qui bien souvent venoient hurler aux environs de sa maison. Si vous ne faites, dit Eulrapel, donner par ce seigneur président et ceux de sa compagnie quelque honnête pièce d'argent à ces pauvres vieillards, je m'en vais de ce pas leur en porter, tant ils me font une grande

■ paraissant âgé de qitalre-viogts ans.

' Le paresseux.

' Désigner.

* Avoine délayée dans de l'eau.

pilié. ,Oui} oui, dit Polygamei, \h enauiwiti car tout i llàsUmi deux beaux écua leur furent laissés i etyne fort bonne proTÎsion qu*il )eur ordonna 3ur Le recteur et paroissiens, avec une injonction au procureur, fiscal de la juridiction, tenir la main à Teiécutipn d'icelle^ et, d'avertir • son maître du beau trésor et Joyau quUl a voit en sa forêt, que par aventure prince de la chrétienté ii'avolt de pareil. Lu{)olde dit lui souvenir d'un procès, oû le seigneur féodal par force de déshérence ^ et biens vacantâ, avoit, et ses prédécesseurs avant. Joui d'ud héritage par un long temps, çt que rhérilier empêchant icelle jouissance avoit produit pour témoin Olivier Macé de .la paroisse de Ghanne, âgé de six-viiigtsept ans, par Tattestation même de Robin Toutfés, Jean Joulland. Jean Bes^naye, le moindre d'iceux, âgé de quatre-vingts ans; et tel de cent d.ix-an^ la dépfj^itiop duquel commedçoil, il y a cent aiis : ;^u moyen de ^q^elle Théritier fut ressaisi et remis eh son héritage. Ëulrapel dit q,ue le commencement de Thistôire Pàole Jove2,que tout étoit en paix^ a été jà piéça jugé le plus beau front et magnifique rencontra de livre qui se puisse voir, si le demeurant étpit assez véritable. Les premiers quarante ans de oé vieillard ])lacé, co^UiiuQlt Lupolde, furent employés au métier de couturier, et $onp.9ur de flûte qu'il appeloit un contre, sont ces flûtes qu'on fait à Groutèlesi larges par le milieu, et à deux acçprd§,: U employa, les autres quarante à plaider et ti-aca^r, et fut un très-mauvais voisin et ergoteux: le reste, qui revenoit à bien cinquante ans^ s'eaalla en finesses et fahx témoignages. Car qui lui eût demandé, s'il eût été présent à la trahison de Ronce^ vaux, bataille d'Aziiicourt ou d'AUray, il eût fraiicbi le salit hardiment, et dit qu'oui : tant il se teaoit sûr de ce iiu'il f a trais sortes de gens qu'on ne peut démentir, les grands seigneurs, ceux qui ont fait longs voyages, et les vieillards. Si quelquefois il étoit pris ^ns vert ', et en mensonge , il n'a voit autre défense, sinon qu'il étoit vieux et rêveur ; ce qui lui servoit aussi contre ces créditeurs \ à qui il étoit obligé. Son dernier refuge étoit d'opposer et empêcher les bans de mariage, disant au curé, fût

' Droit qu'avaient les seigneurs hauts justiciers de recueillir la succession des personnes mortes sans héritiers.

' Cité page 237.

» Pris au dépourvu, i l'impravisle, * Créanciers,

d'eutrapel. 5G1

011 ne fût, que les fiancés étoicnt parents, ce quMl diroit en temps et lieu ; mais ayant aci^rdé avec lui, et la main garnie, il se dé-^ (lisoit le dimanche après, et, depuis, qu'il avoit songé à sa conscience; qu'on passât outre pour tout lui, et quMls n'étoient plus parents. Mais quelque chose qu'il fût, si n'y avoit-il acte public ^n la paroisse, comme baptistaires, commères, noces, mortuaires et frairies S que sa portion ne lui fût gardée ou envoyée, suivant sa longue possession et prescription : ce qu'il n'eût pris par forme d'aumône , tant il étoit encore glorieux : les bonnes gens aussi, pour lui être presque tous parents et descendus de lui, et pour ne le fôcher, accordoient tout ce qu'il vouloit. Il n'est vieux, qui ne le pense être, dit Eutrapel : j'en connois qui sur le soixantième an sont en perpétuelle fièvre, jusques au soixante-troisième qu'on appelle ans climatériques, qu'ils croient, ignorants qu'ils sont, leur être mortels, où beaucoup d'eux, sous cette fausse persuasion païenne et nullement chrétienne, sont demeurés mortâ. Fetenti nunquam deest, la mort à qui la souhaite est sur son épaule; nos jours sont comptés voirement, selon cette grande prévoyance de Dieu, qui sait et voit tout, mais il nous a élargi des moyens pour iceux entretenir longuement; même mis au rang d'un grand heur et félicité, le nombre long d'iceux. he& Septentrionaux, ainsi que disent leurs histoires, ce que rapportent aussi nos marchands de mer ^, vivent deux cents ans et plus, à cause de leur simplicité de vie, et sans délicatesse : les Saxous, Écossois et Anglois, plus approchant de nous, ayant travaillé sans cesse jusques à midi , ne feront meshuy que manger et banqueter ensemble. Et pour nous Occidentaux, et néanmoins tirant sur le froid et septentrion, nous est requis pour la conservation de l'humide radical, et allongement de vie, dormir longuement, et aussi user de laitages et de bon vin sans pas trop grand excès. Mais je suis en doute fort émerveillable, sans toutefois ne vouloir pas disputer, ni entrer en com-* pétence avec notre Seigneur, qui est la cause de voir sur terre tant de méchants vieux et de grand âge. Or donc pour réponse, dit Polygame, qu'il pleut sur les justes et injustes, et aussi sur les bons et méchants également, or pour uops amener à une jiistê et fort bonne repenianco de nos fautes. Et parce aussi que lea

* ItbM, kiiké,

* Harctiands qui traversent les mers,

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méchants, tant vieux sanroient-ils être, ils ne vivent pas, aîns ainsi languissant en leur vie détestable et corrompue, mais ils meurent à petit feu ; et parce ainsi les bons contemplant incessamment les grands et émerveillables faits de Dieu, ils se rendent par leur sainte vie et fort bonne conversation compagnons des anges, avec lesquels, leurs esprits retirés des vanités de ce monde, ils commencent alors à ménager, et familiariser ensemble, passant de ce biccle en Tautre, sans bruit, sans peine; délogeant d*une chambre mal dressée, pour entrer en la prochaine, triompham* ment parée. Et verrions encore, si tout alloit bien, et qu*on fit revivre ces belles fondations, collèges et entretencments des anciens chevaliers et autres personnes cassées, reflorir ces vieux philosophes et saints personnages, lesquels vivant ensemble, après leurs prières à ce haut Dieu achevées, ne feroient que chanter, apprendre, ouïr, conter et discourir entre eux des sacro-saints et mystérieux ouvrages de sa majesté, apaisant par leurs dévoles oraisc»n8 son ire et indignation, lesquelles autrement issant d*un vilain et sale vaisseau de ceux qui tiennent ces belles places, rirritent et courroucent davantage. Et de fait, si les anciens païens nourrissoient, comme disent Plutarque et Varro, les bœufs, chevaux et mides, du public, tant quMls pourroient vivre : pourquoi nos princes chrétiens, suivant le chemin de leurs de* vânciers,ne feront le semblable aux vieilles gens, qui ont bien vécu et proiité eu quelque chose à la république? mais ils sont morts.

De ta tnoqiicrie.

Polygame , qui distribuoit le plus de sou plaisir aux honnêtes combats de ces deux parfaits amis, écontoit Lupolde se plaignant des humeurs mélancoliques et fôcheuses dont-Eutrapel, tout revèche et haut à la main, le ffceherchoit souvent, et plus encore de ce qu*à tout propos il se moquoit de lui ; pardonnant de bon cœur à ce qu'il pouvoit accuser ou défendre en leurs communs propos, encore qu'il y eût de Taigreur , et qu'ils ne le quittassent pas aisément Fun à l'autre. Mais quelque chose qu'il y ait, disoit* il à Eutrapel, ne te moque point de moi : j'ai vu des moqueurs de toute» races et à tous carats, bu et négocié en tous bons ateliers avec eux ; mais enfin , se trouvoit quelque rel&cbe, pause,

d'eutrapel. 563

et issue; saus, comme toi, ainsi se rompre (i*un mouvement perpétuel. J'ai, disoit Tun de mes voisins, mille inventions de faire parier ma femme, mais pas une seule de la faire taire : ressemblant au moine de Saint-Melaine, qui bien sa voit faire un moulin perpétuellement moulant , mais il ignoroit la science de larrèter/Eutrapcl, en son vilain, pour avoir peut-être mal fait ses affaires à la ville, et grognant, dédaignoit si foible escarmouche, tournant à passades, et vire-voustant * près le bon homme, sans dire mot; mais apercevant sa légèreté fondre à la réflexion de réverbération de la dignité que la face de son Polygame représentoit, dont il se senloit infiniment affoibli révoqua ailleurs ses esprits, conduisant sagement sa contenance au propos qu'il voyoit mettre au bureau. De même artifice sut Polygame crocheter et feindre n'avoir pris égard à ce en quoi Etttrapel se cuidoit découvert , dérobant peu à peu, d'un illustre et grave branlement de tête, sa vue dessus lui ; proposant à Lupolde les conditions du discours commencé plus fortes , afin d'assurer cette crainte révérente, en laquelle Ëutrapel étoit de bien longue main retenu et embarrassé. Non , non , seigneur Lopolde, TOUS n'êtes tel, si ne vouliez peindre l'intégrité d'Aris» tide, duquel Ton ne médit oncques, qu'on ne se puisse ou doive se moquer de vous , pour être tous vous autres enchaînés et garrottés eu une certaine seigneurie , bien souvent imaginaire et fiiusse, par laquelle en votre privé * et à part vous, jugez, par certaines tranchées de saint Mathurin^, qui vous écorchent l'entendement, la jeunesse inexpérimentée et de nul savoir. Plutarque en Lucullus trouvoit le commandement aux jeunes d'avoir l'œil sur les fautes des vieux, pour après les accuser, subtil et finement pardonné, et où les bien clairvoyants n'eussent deviné la brèche. Car si nous sommes ministres et dispensateurs des lois, pour les rendre au peuple, à sa nécessité, sous l'autorité du souveraîu magistrat, acquérant, par une longu suite d'années, le rang aux superbes et ambitieuses places; ne se peut croire , d'autant que nous sommes tous hommes, c'est-à-dire, pécheurs, que nous ne soyons quelquefois points ^ et aiguillonnés par mots

* Pirouettant.

* En votre particulier.

' Tranchées de saint MatluiriHf accès de folie. * tmu3, tpuchés.

bien dits, senlenoes mieux renconlrées, et moqueries sagement couchées; jointes aux personnes, aux saisons^ et qui servent beaucoup à la façon et raliement de notre vie: exceptant en ceci, une sorte de gens qui ont les mains longues; que si vous en dites bien , vous mentez , si mal , vous en repentez ; mais non tous : ains en ont les plus sages empereurs premiers ri, de ce que Ton disoit contre eux, etqu*en une grande ville franche il convenoit aussi les paroles être libres ; et de même chassant aussi de bien loin ces moqueries piquantes , cousines de Tamour de nous-mêmes, de la jalousie et de Tenvie, où nous voyons de grandes peines avoir été établies. Comme en Genèse^ de Gbam,qui se moqua de son père Noé, et auquel et à sa postérité, qui senties gens du tiers-état, fut Jeté une malédiction perpétuelle de servir & jamais les deux autres ordres de gens; les jeunes gens qui se moquèrent du prophète Elisée; et David juge celui être heureux, qui ne s'est point assis au banc des moqueurs. Car si ce jeune marchand, qui si vivement attacha et se moqua d'Octavius, des princes de son temps le meilleur, en eût autant dit à Néron ou Galba, son procès étoit fait. Ce pauvre gars vint à Rome pour traGquer; Octavius, entendant quMl lui ressembloit en tout et partout, le fît appeler, lui demandant si autrefois sa mère étoii tenue à Rome? Répondit que non , fort accortement, comme il étoit gaillard et aconché; trop bien son père y être diverses fois venu marchander. Ce fut à l'empereur dire qu'il en avoît d'une, et que trop enquerre n'est pas bon se restreindre, et songer que les grands , qui sont les premiers vus cl écoutés, doivent regarder à ce qu'ils disent. Polygame poursuivoit, mais tirant une œillade obliquement, s'aperçut que Lupolde a voit secrètement pris Eutrapel à la cape; et le prévenant, comme il étoit prudent et réservé, lui en demanda l'occasion avec gi*ande instance, ne l'épargner en rien. Je vous dirai, répond le sophiste: vous aves parlé de je ne sais quel accortement et aconché, mots que véritablement je n'entends point, et me pardonnez s'il voUs plaît. Eutrapel connoissant la grande bonié de Polygame, pour n'être opini&tre aux défenses de ce qui ne se peut soutenir , et moins fS^cbé êti'e vaincu par l)6nncs et concluantes raisons, fit excuse de sa liberté, d'être peu courtisan et respectueux en son endroit, et n'ait encore appris si cela est bien fait, changer et invertir les noms de notre i)ays, pour en aller emprunter ailleurs; et être notable signe d'être mauvais ménager, quérir du feu chez ses

voisins. Et de fait, les anciens mots et naturels des arts et sciences de ce pays , ont été chassés de leur autorité et sièges depuis quelques années, et, par un secret consentement du peuple, changés et transmués en certains vocables étrangers, qui n'ap^ portent pas grand fruit , ains une inconstance et légèreté. Lul>olde étoit avant-hier sur la lice ^ de Rennes, regardant les montres^ de la ville, comme tous pique-papier et cbiquanoux se ti'ouvent volontiers aux endroits où vraisemblablement se font distribution de coups d'épée ou de poing, pour arracher les dents à quelqu*un ; et voyant une compagnie de gens de pied assez bien en ordre, dit que c^étoient de beaux piétons et aventuriers; mais il lui fut tout court répondu que c'étoit une brave fanterie : auquel fut de pareil intérêt répliqué, fantassins ou infanterie. II continua, disant n'avoir oncques vu plus belles bandes ; où il lui fut dit que c*étoit escadres et régiments; et pour avoir équivoquement pris tels mots l*un pourFautre, savoir escardes et reillements, il futpresque en danger d'être bien frolté. Jugea semblablement que Tun d'iceux avoit utie belle salade , un casquet, un bassinet, un cabasset^ sur la tête; à quoi par plus de neuf fut dit morion. Pécha encore plus lourdement, car d*un heaume, lui fut appris un armet, une bourguignotte' \ un accoutrement de tête; pour le piumail ^, lui fut reproché pennache^; pour capitaine, queytaine; coronal, collonel ou collumel ''; pour dizenier*, caporal; cinquantenier b, cap d'escouade; et en l'erreur, lanspessade, réussir grance , poiitese , traguet, une armée bien leste , et allese accoutrée d'un fréon , et suivie d'un estramaçon, se trouvèrent aussi sur les rangs. Quand Fibourt, maçon de Reunes, monté sur sa jument, botté de foin, ceint sur sa grand' robe , et le chapeau bridé , allant à Ghàteaubi'iand pour l'édifice d'un beau château , ouït les grands ouvriers de toute la France illec mandés et assemblés, qui n'a voient autres mots en

' La place d'Armes.

' La revue des soldats.

' Salade^ casquet, bassinet, cabasset, casques de diverses formes,

* Espèce de calotie de fer qui couvre les oreilles.

* Plumes, plumet.

* Panache.

' Coronal, coUonel ou coUumely colonel.

* Officier qui commande dix hommes.

* Officier qui commande cinquante hommes.

366 co.'VTES

bouche que froollspices, piédestals, obélisques , colonnes, chshpitcaux frisés, oornices ^ , soubassenienls, et desquels il n*avoit onoques ouï parler, il fui bien ébahi; et son rang venu de parler , attendant quelque brave dessein, leur dit, payant en monnoie de singe, être d'avis que le bâtiment fût fait en franche et bonne matière de piaison compétente, selon que l'œuvre le rcquéroit : s'étant retiré, fut de toute l'assemblée jugé pour un très-grand personnage, qu'il le falloit ouïr plus amplement sur celte profonde résolution; qu'ils ne pou voient assez bien comprendre, et qu'il sauroit plus que son pain manger; mais le paillard , demeurant en sa victoire , se retira , disant ne se pouvoir achommer ' davantage , et que les manches du grand bout de cohue ne pourroient aller de droit fil sans lui , et selon l'équipolation de ses hétéroclites. Ce qm les étonna encore plus , ne sachant qu'il disoit; et de là est venu ce sobriquet : Résolu comme Pikourt en Mes kétirociiies. Polygame consentoit que nos anciens avoient mieux , mais non si rhétoriquement parlé que nous, et leur langage plus clair et entendible ' : en vouloit croire tous les livres de la Table ronde, et des douze Pairs, la lecture desquels est plus douce, familière et coulante, que ne sont les livres de notre saison , voire de beaucoup plus. De ma part , je le crois ainsi, dit Eutrapcl, mais nos nouveaux s'en moquent, disant être contes fabuleux ; et d'y prendre appui , et les alléguer, comme auteurs de mise et bon aloi , être chose ridicule et de néant. D'être fabuleux, dit Polygame, je ne le puis croire; car en la Grand' Bretagne , maintenant Angleterre, pour y avoir les Saxons fait grandes conquêtes, et en la petite qui n'a point changé de nom , se voycnt joints les vieux titres et pancartes , plusieurs sépulcres et tombeaux très-anciens, vieilles ruines es forêts encore portant anciennes marques des lieux ordonnés pour le combat, fontaines, perrons étoifés de grandes pierres ou briques, qui passent bien plus loin que mille ou douze cents ans. Et ai vu un différent écrit en latin sur le doigt, appelé Trépas^ qui est quand Ton passe sur la terre d'un seigneur, dont se paie le devoir, appelé coutume, uniformément semblables aux défenses que foisoient les chevaliers errants aux passants sur la terre d'autrui, à beaux coups de lance, et à peine de prison. Ce que le grand

» Corniches. — » CbOmer, attendre.

' Intelligible.

d'eutrapel. 367

roi François souffiit être fait en sa personne par les sergcnls et forestiei's de la forêt Noire, depuis appelée Laumur, aujourd'hui de la Hunaudaye. S'ils objectent, pour la confirmalion de leurs fables, que les romans ou livres faits touchant ce, sont trop approchant de notre langue d'aujourd'hui, pour prouver telle antiquité; je leur répondrai que le roi Gharles-le-Quiut les lit mettre et traduire au langage de sa saison, comme aussi il y fit traduire plusieurs livres latins. Et qui voudra voir la conférence des premiers vieux romans écrits à la main , dont s'en voit beaucoup à la librairie du roi et autres, où l'on ne peut presque rien entendre , avec iceux, ainsi Cuits agencer par icelui roi Charles ^ jugera aisément que les choses ont été sans fables. Si quelqu'un aussi se fondoit sur la non vérisimilitude > de tant d'aventures, encbantements, de la flûte d'un roi Obcron, tant de somptueux palais soudainement se perdant et évanouissant, et du cheval de Pacolet, qui est eucore plus en çà, d'une Mélusine, de Merlin; je lui répondrai que le christianisme étant pour lors bien peu avancé aux contrées de par deçà, le diable avoit beau jeu à faire ses besognes, essayant, en tant qu'est en lui, nous empocher et divertir du vrai service de Dieu, par ses moqueries et illusions; et, gagnant toujours pays, allant de pied en pied, a si bien fait cet esprit calomniateur , que d'éteindre, en ce qu'il a pu , le nom de notre Seigneur Jésus-Christ, et icelui obscurcir et cacher aux bommes : non qu'il craint le plus et la puissance à lui tellement redoutable, que là où TÉvangile est prôchée et reçue, le traître paillard n'a garde s'y trouver et faire des siennes, comme il fait aux lieux où l'on parle bien de Dieu, ainsi que font les Juifs et Mahométans, mais non de la Trinité et ce très-puissant Messie Jésus-Christ, son fils, par lequel seul nous avons accès à cette tiès-haute majesté de Dieu; et ne trouveront étranges telles ])adineries diaboliques et sorcelleries, ceux qui auront lu les histoires des pays septentrionaux et autres nouvellement trouvés. Saxo Grammalicus^, Olaus le Grand*, Sprangcr*, PolGrilland^et

■ Ainsi traduits par l'ordre du roi Cliarics. — * Vraisemblance. ~ ' Saxo Grammaticus, historien danois de la V.n du douzième siècle. — * Olaus Maf;niis, auteur d'une histoire des peuples du Nord, imprimée à Rome eu 1555.— ' C'est peut-^lro Jacques Sprenger qui publia, avec Uenr Instilor, rouvr.ige intitule : ilatleui Bîaleficarum^ Blalcficas et earum hœresim ut plirtunea potenlissiina conterais. — ' Auteur d'un traité sur les hérétiques, les sorciers, etc., Lyon, 1539; ia-8'>.

surloul ce qu'en a dernièremenl écrit ce Irès-docte Bodin ^, en sa Démonomanie. Eutrapel dit lors n'avoir sotitenii Lupolde, fors pour montrer, suivant l'opinion d'Horace, que plusieurs choses ensevelies revenaient et rcnaissoient après en leur première vigueur, s'assurant que d'huy à cent ans, je vous y convie, se trouveront plusieurs Lupoldes, avec leurs braquemars ou coutelas, parlant de toutes langues un peu, et oubliant en telle confusion la leur propre et maternelle; comme il s'en est trouvé plusieurs de ce volume, et y en a encore assez. Je ne sais si tu te penses moquer, dit Lupolde, mais de mon temps, les mots de guerre n'étoient non plus étranges que les personnes, et tout alloit bien, pour n'être service bien sûr et assuré que celui de sa nation et sujets. Qu'on prenne de chacun clodier, dont il y en a vingt-sept nnlleet quatre cents, prenant chacune ville pour une cure ou clocher, en France, dix soldats : où sont les puissances, tant voisines que lointaines , qui oseroient attendre la moitié de cette tempête? Écoute , je tè prie , deux points que j'ai vu le passé entretenir , pour le sujet de ceci : le premier, que pour commander se prenoit un seigneur de la nation où se faisoit la levée des gens de guerre; car comme pourra un Messer connollre la race, vertu, dextérité et récompense d'un François, qu'oncques il ne vit et ne sait qu'il est? Entre les polices violentes, il n'est rien si dangereux, soit à la justice, soit à la guerre, que d'égaler les hommes, les faire tous compagnons, et autant de cas des uns que des autres. Me souvient avoir autrefois ouï dire aux bien vieux , que Talbot, gentil ca(Htaine anglois, tenant garnison en la Basse-Normandie, lors de la restitution du royaume de France, faite principalement parÂrtus de Bretagne, quelque envie qu'on porte à sa réputation, voyant en habit dissimulé icelui seigneur , faisant montre de six cents hommes d'armes , bretons, en la ville de Rennes, dit aux siens, retourné qu'il fut, nous pouvons 1}ien trousser bagage et faire notre dernière main, puisque ces diables dé Bretons illec s'en mêlent, condaits notamment par un de leurs princes naturels qui les reconnott, leurs maisons, leurs mérites, jusques au moindre, leur pendant*, d'une ingénieuse dextérité, l'honneur et gloiiti, par degrés et mesures. Kn cela il fut prophète de son désastre; car au siège de Chàtillon, les François assaillis par cinq mille Anglois , commeu-

' Cité page 189.

' Distribuant,

d'^utrapel. 569

çoient à fuir, quand les seigneurs de la Hunaudayc et de Montauban, avec lés compagnons bretons, survinrent, qui défirent les Anglois, et Talbot, leur chef, âgé de quatre-vingts ans, tué sur la place. Là n*étoient les capitaines du pot d*étain, de la corne de cerf, de la pie qui boit, de la croix verte, et autres enfants de ville j qui avec leur brave accoutrement et piaffe, ne se trouvent qu^aux voleries et lieux où ils sont les plus forts, étant naturellement couards , et qui ne valent rien qu*en compagnie, et sur leur avantage. Le second point , que ce chef et gouverneur ainsi institué et pourvu d^état , fût à la paix ou ^erre, n*y entroit au rapport vain et flatteur dés courtisans : ains par bonne enquête et information, d*autoritédu prince, par ses pays et provinces, des capables et dignes de tels honneurs et charges. Et de feit, un poursuivant états fait déjà courir une opinion fort suspecte contre lui , qu'il le fait pour son profit particulier. Si feat-il, dit Butrapei, demander à son prince, autrement il s'estimerait dédaigné et méprisé. Seraplo dit à Alexandre le Grand , quMl ne lui ^etoit point la balle comme aux autres ses compagnons : Non, i^pondiMl, car tu ne me la demandes pas. Cette réponse va bien loin; car tel estimé être près de ces grandes personnes, qui en est fort éloigné , pour être compagnons tant qu^il leur plaît. Quand, dit Polygame, Lupolde dit que lés offices né se^ doivent demander, il entend, à mon avis, ces hauts états et chârgesj où le profil et Thonneur y sont grands, lesquels nepenvent, en bonne conscience, où il faut rapporter ce que nous faisons et disons , compatir et demeurer ensemble. Combien que M. du Bellay en ses Mémoires, suivant les stoîques, ait dit celui avoir Thonneur d*une chose, qui en a le prdfit.

Nçc ia ud| sede moranlur

Ifajcstas et amor

L'amour et la grandeur ne logent point ensemble.

Pour le regard des princes et grands seigneurs, sMl leur plaît quelquefois descendre un pas de leur dignité, et se rendre familiers , c'est lors que plus devons avoir Toeil au bois » pour se gouverner prudemment et nous tenir sur nos gardes. Antiochus , pour retourner à la moquerie, étoit prince autant débonnaire qu'on peut souhaiter; toutefois il fit pendre un pauvre captif en

* Avoir Vœll au bols, surveiller, avoir Tesprit attentif.

fort grand* colère, parce que le prisonnier^ sur Tespérance certaine de sa vie, que les sergents lui proposoient, disant que, étant devant les yeux du prince, incontinent il seroit mis en pleine délivrance, répondit d'une mélancolique et rustique moquerie, qu'il seroit donc pendu et en mourroit; car, ajouta ce misérable logicien, il est borgne; donc impossible seroit me représenter devant ses yeux. Aussi fut-il par son col, car Antiocbus portoit fort indignement une atteinte où ne se pouvoit donner ordre; d'autant qu'il est fort dangereux et défendu regarder et sourire sur choses qui ne se peuvent effacer, comme une imperfection et vice naturel, ou péchés de nos prédécesseurs ; par« donnant en cela, si pardon y échet, les honnêtes jugements et moqueries qu'on peut faire sans offenser sur les petites et légères &utes des mœurs. et de l'esprit, y conjoignant et entremêlant toute modestie. En quoi Platon fût plus philosophe et hardi quand il dit adieu et prit congé de Denis le Tyran, aux prisons duquel il avoit été longuement retenu. Eh bien, ce dit le roi tu diras bien du mal de moi , quand tu seras de retour en ton académie et école. Ma foi, répondit Platon, nous aurons autre chose à traiter que cela, et où il ne nous souviendra point de vous. Hiéron, qui après Gélon occupa Syracuse,! cherchoit tous hommes libres, volontaires et gosseurs, conféroit» balnUoit avec eux , leur permettant l'attaquer et lui dire tout franchement. Car par iceux, disoit-il, j'entends le fond de mes affaires, on ne me cèle rien ; quand il se ^rencontre quelque bonne ou mauvaise expédition de guerre , on me la dit rondement, sans y apporter faux et controuvés mérites, ou choses qui affoiblissent les fautes de mes capitaines, me pouvant assurer de ce que en vérité , sans fard et sans menteries s'est exploité. Ce qui meut Démorates, sur ce qu'on lui fit entendre que Broutes, l'un de ses gentilshommes, mal parloit de lui, et la tète levée, à dire que les princes dévoient être assistés et accompagnés de sages et grands moqueurs, et non de ces flatteurs qui vont genouillant, idolâtrant et bonnetantà l'entour d'eux; insinuant seulement et faisant valoir les voluptés et plaisirs présents, pour déguiser la vérité en mensonge. Ainsi que l'on dit d'une maison mal réglée et ordonnée, où le maître d'icelle est le dernier qui en sait des nouvelles. En mêmes termes, l'empereur Tiberius refusa plat une ordonnance que son conseil lui présenta, aOn d'être informé en général et particulier contre ceux qui se moquoient et

D*EI]TRAPEL. 571

médisotent de lui, disant qu*en ces articles y anroit tant de procès , que difflcilement pourroit-on bien entendre et passer outre aux affaires de conséquence. Qu'il plaise aux dieux , disoit ce prince païen , restreindre le parler des hommes par la bonne justice et traitement que je leur dois, et suis obligé faire. Peu auparavant Antoine, surnommé Triumvir, ayant trecbargé les Grecs et Asiatiques d*un gros et nouveau tribut, le révoqua par une simple, mais docte et mieux choisie moquerie, pour retenir les oppressions et forces d^un prince violent. Sire, lui dit Hibréas, avocat des députés, puisque vous plaît asseoir en un même an deux impositions et tailles, faites que nous ayons en un an deux hivers, printemps, étés et automnes, pour recueillir dou* ble revenu , et lors sera par nous avisé à vous contenter et obéir; vous suppliant desavoir curieusement en quels emplois ont passé tant de finances, qu*à très-grands travaux nous vous avons fournies en cet an , devant qui et quels juges on vous a rendu compte^ Antoine, de vif et chatouilleux esprit, se voyant pris et enveloppé en telles et raisonnables remontrances, fit surseoir la levée des deniers , et depuis entendit de près au &it de ses finances, où il trouva de lourdes et extrêmes pilleries et péculats; et de là en avant , pour ne perdre rien , faire le bon ménager et ne se voir moqué, lui-même contrôloit Tétat de sa maison et affiiire, du larcin desquels ses trésoriers s*étoient enivrés, et en derrière se moquoient de lui. François, second du nom, duc de Bretagne, aima mieux vendre ses riches meubles, engager son domaine, et empninter aux bonnes bourses, que poursuivre l'exécution d*une gabelle par lui mise sus , même du consentement de ses états, par une rencontre qu'il estima à moquerie, et qui toutefois pénétra bien avant sa conscience, car jàétoient officiers établis, départements et contributions dressées, quand , sur le chemin de Rennes, il demanda à un bien pauvre homme, comme il aimoit à deviser avec les bonnes gens, où il alloit : Monsieur, répondit-il, sans autrement le connoltre, jem*en vais à la ville me défaire de ces deux. bêtes pour payer le duc; Tune, montrant sa femme en soupirant, pour mettre en service, et l'autre, c'étoit son coq, pour vendre. Et de notre temps, s*est vu l'un des plus grands seigneurs de l'Europe qui acbeia une escarboucle soixante mille écos pour donner à certaine personne. L^un de ses gentilshommes entreprit lui montrer, par un trait de maître et brave moquerie, Vimportanoe d*an tel achat, et ceUsi*

sant , le lit passer par une chambre où étoit en monnoie icelle somme comptée et éparse à grands monceaux, tout à fait et cjlprès. Gomment, disoit le prince, celte chambre n'est lieu de mes iinances? Non, répondit le gentilhomme, mais c'est Targentde votre bahuc ^ qu'on veut ici nombrer au marcband. Le roi, se sentant piqué et atteint au vif, ne <jiit rien, sinon qu'on connut bien à sa contenance que si c'eût été à refaire, il n'eût pas, à l'appétit d'une bête coiffée, fait un tel contrat; mais puisqu'il y alloit de sa parole, il le falloit entretenir. Depuis il fut si ]x>n ménager, combien qu'il eût fait et soutenu guerres, très-grandes, aucunes fois gagnant, autres fois perdant, que lors de son décès il fut trouvé en son épargne deqx millions d'écus, et sa maison bien ordonnée. Voulez-vous, dit Eutrapel, une moqu^ie qui rendit un évèque de ce royaume, théologien pratique et expérimenté plus en dçmi-heure que s'il . eût prêché cinq carêmes sans discontinuation et d'arrache-pied? Cet homme de bien ne craignoit pas seulement la mori; mais aussi se courrouçoit et passionnoit aigrement d'ouïr dire un tel jest mort, et falloit que ses serviteurs disent il est malade, mais il se porte bien. Il étoit sur son retour de U cour^ se rafralchissaiit en un sien château, distant une petite lieue de la ville où étoit son principal siège; Brusquet, reconnu homme de singulier esprit, courant la poste, s'avisa élargir et prêter de sa philosophie à ce prélat. Et, descendu au château, fait la révérence, goûte le vin, et conte en peu de mots ce qui s'étoit passé en cour depuis son retour; remercie humblement sa seigneurie ne pouvoir meshui demeurer avec lui, pour avoir le soir à négocier en la ville, priant le maître d'hôtel l'accommoder d'une lettre adressante au juge pour lui fournir chevaux frais. Ce qu'étant fait , Brusquet y changea et l'adresse et le langage , contrefaisant le seing de monsieur le maître, qui étoit ajsé à faire pour être les lettres longues et gothiques, alin, dit Érasme, se moquant aussi, que la noNesse usant de tels longs caractères, soil vue ignorer les sciences et disciplines , comme chose non à elle convenable. Et arrivé qu'il fut à la ville, présenta ses lettres contrefaites au grand vicaire, lequel, bien étonné, lut comme nionsieur, par un désastre d'avoir été harrassé'en sa litière, sur les chemins ou autrement, ve-

* Coffre.

* Incommodé.

d'euthapel. 575

noit à rhetire présente de trépasser d'une apoplexie , sans pouvoir, ainsi que toujours il avoit souhaité, mourir avec ses ))ons et dévots diocésains. Et d'autant qu'il représenloît le clHîf de l'Église, étoit fort raisonnable, aussi qu'il en étoit prié par tous les serviteurs de la maison, venir au lendemain de grand matin avec son clergé en ordre, et cérémonie» pertinentes, quérir le corps (Je leur bon mattre. Soudain le bruit épars en la ville, cloches de tonner, chapitre de capituler, déployer bannières, peintres aux écussons et armoiries, menuisiers à la chapelle ardente, allumer torches, vélir de faux pauvres, accoutrer parfums, noircir églises, tendre la bière et cercueil épîscopal; et Brusquet de rire et piquer par ces belles garigucs de Provence. Et en cet éqnipage arriva la pompe funèbre et mortuaire sur les quatre heures du matin, au lieu où monsieur l'évêque dormolt à gogo et en toutes voluptés. Lequel éveillé en sursaut, et oyant chanter si dolentement à pauses entrecoupées In exitu Israël de Mgypto, appela tous ses gens et autres prétendants droit et intérêt, pour le secourir : se voua et donna à tout ce qu'il put de voyages, tant deçà que delà les monts, s'il en pou volt réchapper. Puis, courbé et tremblant, vit par un treillis, au préjudice de ses vieilles persuasions et desseins, cette troupe et compagnie noire renforcer de litanies graves, hymnes désolés et tristes élégies, qui si bien résolurent et abattirent ses esprits, que l'évèohé étoit vacant, n'eût été en l'instant le jeu découvert. Par ma conscience, dit Polygame, puisqu'il ne se pouvoit assurer de la -mort, il devoit visiter les malades, et aussi leur subvenir et aider des biens qu'il occupe pour cet effet, et hanter les morts comme faisoit Diomède à ses chevaux , les ensevelir et assister à leurs enten-ages S qui sont les actes etofficesd'nn vrai évêque. Une autre moquerie, dit Eutrapel, et autant expresse que la dernière, vrai qu'elle est vieille, mais elle fait notable conséquence au caquet des femmes. Ce conte est sans ennui. Plutarque, aux livres du babil, dit qu'un jour, voire deux, au sénat de Rome, ils demeurèrent plus tard qu'ils n'avoient de coutume pour délibérer une difficulté à fer émoulu et de grand poids. La femme d'un sénateur, bonne et honnête femme, femme toutefois, importunement sollicita son mari stir l'occasion de tel et non accoutumé retardemeut , y ajourant les mignardises dont une femme sou-

* Entprremems.

374 CONtËS

cicuse sait paître la gravité d*un sage mari, lequel étant assez instruit de quel l)ois se chauffe tel animant, ne lui voulant communiquer chose qui importât tant peu fût, la contenta et paya en monnoie de femme, la faisant, avant toutes choses, jurer sa foi et conscience qu*elle ne révéleroit à personne vivant, cela qu'elle poursuivoit tant honnêtement, et de quoi, pour dire vrai, il se sentoit gracieusement vaincu. Les promesses d'une et autre part conclues, les 'stipulations mieux arrêtées, je le vous dirai, travailloit le sénateur, mais vous entendez. Ua! mon* sieur, répondit la bonne personne, à votre femme, manandaj'aimerois mieux, hoon! Eb bien donc, lui dit-il en Foreille, encore qu'ils fussent seuls, Ton a vu cette nuit une caille ayant le morion en této et la pique aux pieds, volant sur cette ville; aux conjectures duquel présage les augures et devinateurs sont après et fort empêchés à savoir et consulter que c'est; et de notre part nous en attendons l'issue; mais st, et bon bec. Ce disant et l'ayant baisée, se retira en son cabinet, attendant l'heure prochaine d'aller au Palais. Il ne lui eut sitôt tourné le dos, que cette diablesse, guignant et épiant s'il éloit point aux écoutes, comme ordinairement elles sont en perpétuelle fièvre et soupçon, qu'elle ne s'écriât à la prochaine qu'elle rencontra ; M'amie, nous sommes tous perdus, on a vu cent cailles passant armées sur la ville, qui faisoient le diantre ; mais mot. De là elle voisina tant, caqueta tellement avec la multiplication et force que les nouvelles acquièrent de main en main , qu'en moins de rien les rues furent remplies, jusques aux oreilles des sénateurs , de plus de vingt mille cailles. De sorte que ce Romain étant au sénat, leur leva et ôla la peine où jà ils étoient, leur faisant entendre, non sans rire, le moyen promptement inventé pour avoir la raison et tromper la sapience de sa femme. Qui fut une moquerie si dignement couverte, que femme, haut à la main et rebrassée qu'elle fût, ne s'avança désormais s'enquérir des affaires communes et publiques. MoquatoreSy dit Lupolde, moquabunlur^ les moqueurs sont toujours moqués : n'y comprenant ceux qui dexlrement et gaillardement savent d'une ruade sèche, et néanmoins sans piquer n'offenser, dire le mot joyeux et pour rire. Je vis, aux bonnes chères qu'on dressa à l'empereur Charles-le-Quint ^ passant la France l'an 1539, sous la courtoisie et magnanime bonté du grand

* Aux-repas somplueux qu'on offrit & Tempereur Charles-Qoîot,

roi François, sans la mémoire et sans se souvenir des traverses quMt avoit attachées à ses terres, une contre-moquerie, ainsi faut-il appeler, et qui fit honte et perdre les arçons aux étrangers qui jà butinoîent et départoicnt entre eux Thonneur qu'ils disoient avoir conquis sur nous autres François, au jet de la pierre de faix , commun expériment ^ de la force du corps. Le commencement fut de cinq ou six Suisses de la gardé du roi, qui, bien ivres, sur le soir, jetoient et ruoient un grand qnartier de tufTeau , sur le quai du Louvre, à Paris; auxquels s'adjoignirent incontinent multitude d'étrangers, qui n'étoient pas des pires et moindres de leurs provinces, comme les princes sont coutumièrement accompagnés du plus beau et du meilleur: aussi se trouvèrent grand nombre de François , comme à Paris il ne faut qu'un regardeur pour amuser le reste. Ce peuple, ainsi amassé jusques au nombre de trois à quatre mille, sut tant dextrement s'ouvrir et éclaircir, qu'on voyoit aisément les mieux, les plus fKiroîts et plus forts bras de ces jeteurs de pierres. Le prix et honneur de laquelle demeuroit aux étrangers, quelques efforts que fissent les nôtres, et sollicitations qu'ils pussent faire à trouver gens pour ne se laisser ainsi sur le fumier, ravir des poings la victoire dé ce pesant fardeau , ce qui même déplut couvertement ' |i plusieurs grands personnages là présents. Tandis, troii de mes compagnons bas-bretons et moi, revenant du Croissant, riie Saint-Honoré, boire avec Cornillet de Pleumeloue notre messager, passâmes par cette grande assemblée, nous fourrant pêlemêle comme est la coutume des écoliers, et regardant qui en avoit du meilleur. Où par un Allemand fut présentée la pierre à Tharngen, l'un des nôtres, qui s'avançoit un peu sur les rangs, disant icelui Allemand , lui pensant faire honte et se moquer de lui, eût à se serrer, ou se mettre en jeu, lui montrant la pierre et l'outil de quoi on besognoit. Le Breton ému , car le sang de cette nation meurt plutôt que fléchir et ployer sous uiie audacieuse et superbe risée, happe et prend la pierre, la tourne sur les carrés pour mieux assurer sa prise, et, la branlant de vive roideur, passa d'un grand demi-pied le coup qui se faisoit tant chercher. En quoi nos François, qui plus ne servoient qu'à marquer et dire le coup est franchi, juger la force des bras , repri-

* Épreuve.

' Inlérieureoient.

rent leur beau teint. Lors Suisses après Allemands se détacher, Anglois de mesurer quants pas^ il y avoit, car la force des autres nations glten leur cervelle, le plaisir fut de les voir comploter et se liguer contre ce gentilhomme, et encore plus le voir envelopper de robes fourrées , le caresser et appeler restaurateur de riionneur parisien bien engagé. Mais pour lever toute opinion qu'il ne fût seul, se virent en Tinstant ses deux compagnons en pourpoint pour le seconder, l^un desquels, me semble, appelé Victor Cal lot, outrepassa les marques deroières d'autre demipiçd. Ce fut lors aux vaincus se retirer et dérober de la presse les uns après les autres, se cachant et se disant apporter, tout honteux, leurs bardes par leurs laquais, jusques à laisser la place vide, sans pouvoir dire quel chemin ils avoienl pris. Le soir venu, comme on rapportoit tel exploit au souper du roi, le seigneur du Laltay, brave et vaillant capitaine, lieutenant de la compagnie d'hommes d'armes de monsieur de Rohan , pour faire épaule et soutenir sa nation, dit: Sire, il y a trois choses signalées et re« marquables on votre Bretagne, et qui, par aventure, ne sont ailleurs en la chrétienté : car là sont les plus forts hommes, les plus forts chiens, et plus forts vins qu'on puisse voir. Pour le regard des hommes et lévriers de Bretagne , il en est quelque chose, dit le roi; mais des vins, je ne le puis entendre, pour être les plus &pres et verts de mon royaume; témoin le chien de Ruzé, l'un de mes conseillers audit pays, lequel, pour avoir mangé une grappe de raisin breton près Rennes, aboya le cep de vigne, comme protestant se venger de telle aigreur qui jà commençoit lui brouiller le ventre. Cela est de mon compte, dit Lattay, car, par le grand Dieu d'Israël, c'éloit son serment, si un pot de vin est sur dix du meilleur de France , si sera-t-il toujours reconnu le maître et pour tel qu'il est. Ce bon et grand prince dit que le capitaine Lattay avoit toujours quelque bon mot pour rire. Au demeurant, qu'il aimoit uniquement sa Bretagne, pour en être descendu d'un côté, car sa grand'mère étoit fille de Rieux, aussi qu'il avoit épousé dame Claude de France, tille du bon roi Louis douzième, et d'Anne de Bretagne, dernière duchesse et princesse dudit pays; lequel depuis, en l'an 1533, à la grande prière et requête des gens de trois étals d'icelui, fut joint, uni et incorporé perpétuellement et inséparablement à la couronne de France,

* Combien de pas.

dVctrapel. 377

comme étant Tune des plus hautes et puissantes ailes d'icelle. Retenant par sob antiquité le vrai original de la langue gauloise; car les François étoient encore bien avant en Allemagne, sous la religion païenne , que plus de cent ans auparavant y avoit roiâ chrétiens en Bretagne, usant de ce titre souverain et monarchique : Par la grâce de Dieu; comme ne reconnoissant autre que Dieu et Tépèe. Il s*est néanmoins trouvé des écrivains disant la Bretagne être Tancien hommage de France, prenant ce fondement de Grégoire de Tours, auteur inconstant, pour ailleurs assurer le contraire. Ce que même Sigisbert*, et Vincent*, en son Miroir Mttorialy ont écrit n*avoir onc été. Le contrat de la submission d*icelui pays à la couronne de France, Tan 1236, par Pierre de Dreux, surnommé Maaclerc, parce qu*il disposoit du bien de sa femme sans le décret et autorité des états du pays, porte en terme exprès « Qu'aucun prince d'icelle terre n'avoit onc avant lui fait tel hommage.» Les fiscaux, ce dit du Moulin' aux Commentaires de Gallvtj le veulent nier, mais icelui contrat que nous avons, le porte expressément : vrai que pour mettre un doute ils ont ajouté : Front notoriè dicebatur ; mais tels mots ne sont en Toriginal. Et de fait, cette submission est un hommage simple, n'emportant aucune fausseté ou licence. Car, comme dit Campegius^, quand le roi Charles huitième promet au Pape qu'il lui prêtera toute obéissance personnelle , ne rofTensera en chose que ce soit, et que si aucun lui fait injure, sera tenu le défendre : ce n'est qu'hommage d'alliance et amitié , non servitude de Oef, lequel est exclu et éteint par ces mots : Par la grâce de Dieu, qui ne furent onc querellés* aux princes de ce pays, fors par le roi Loys onzième, qui n'y profita rien. Et font tort au roi ceux qui soutiennent le contraire, la grandeur duquel est d'avoir en sa maison de puissantes et souveraines couronnes adjointes et annexées à la sienne. Conclusion, dit Eutrapel, sans cette moquerie, les hommes n'eussent onc civilisé ni arraché du profond de

' Sigebert de Gemblours, qui mourut dans les premières années du douzième siècle.

* Vincent de Bcauvais, savant dominicain du treizième siècle, auteur du Spéculum historîale, etc.

' Déjà cité page 188.

* Symphorien Cbampier, laborieux écrivain , médecin de Charles VlU et de Louis &I(.

* Contestés.

leur grosse et lourde nourriture. Dante, poète italien, se moque du pape Martin, et Paul Jove d'Adrian ; parce que celui-ci préférait le merlus , et Tautre les anguilles de je ne sais quel lac à tous autres poissons. Ces mots Fainéant Proconyme ou Chie en fons, le Ck)url, Grisegonnelle, Barbe torte, Mauclerc, Gippon, et grand nombre d*autres, ne sont qu'adjectifs moqueurs attachés au nom des princes; TAllemand se vante passer sur le ventre à six Espagnols, lesquels de leur part se font forts de Tapprentissage de guerre à toute TEurope; ritaiien, haussant les épaules, nie tout cela, qu'il est le premier en tout et partout. Mais TAnglois, à tout sa fortiiication naturelle, duquel on dit : cruel maître, traître compagnon, et déloyal serviteur, rappelle subtil couard. Les sciences mêmes et docteurs dMcelles se moquent les uns des autres, qu'ils appellent vespériscr; de façon que pour faire un bon prêcheur , il faut qu'il ait été solennellement déclaré moqueur compétent. Témoin un bon compagnon jacobin, qui, ce carême dernier , fit que les femmes ayant fait une taille ^ par entre elles à lui fournir je ne sais quantes douzaines de chemises et mouchoirs, pour tancer et rebrouer leurs maris, furent en lin moqués de lui , pour avoir les maris prévenu et été au devant par un bon habit qu'ils lui donnèrent avec les collalions de même ; car le jour qu'il devoit faire merveille , il dit s'être informé secrètement sur les plaintes que les hommes et femmes de la paroisse lui avoient faites de chaque port ; mais que, tout considéré, il trou voit qu'ils avoient tort et droit, cl que l'année suivante il leur en dirolt son avis. Et ainsi, sans coup férir, il eut d'un sac deux moulures, comme l'on dit de Marcus Ci'assus, qui consulloit des deux côtés. Et les avocats ne se moquent-ils de leurs parties, quand, criaillant ainsi en colère fiour elles, ils vont de là banqueter ensemble ?

El certare soient, simul cœnare Palroni,

Avocats se querellent, et puis vont boire ensemble.

Mais surtout les juges triomphent à se moquer honnêtement, concluant les difficultés et procès en arrêts contraires, à corriger et être corrigés, à réformer et être réformés.

• Une collecte.

Ëpltre de Poljrgame à un gentilhomme contre les athées et ceux

qui Tivent sans Dieu.

Vous me récrivez que je vous aide à soutenir la fureur des questions et alarmes que vous présentent et font certains vos voisins s^embrouiilant et confondant parmi ta nature, lui attribuant le cours, Télat et la conduite de toutes choses, ne faisant cas de la religion, sinon en tant qu'elle retient le simple peuple en obéissance : méconnoissant Dieu, le seul moteur, et qui fait tourner et subsister cette machine ronde : et son messias Jésus- Christ, qui est sa parole éternelle, avec son saint Esprit, représentés sous cet admirable nom de trois : Où je n'ai voulu faillir vous dresser ces petits avertissements, au mieux que j'ai pu, avec inflnis regrets qu'un ^njet de telle et si grande importance n'est manié et conduit d'une main plus deiire que la mienne, comme d'un Momay, qui a sur cet argument fait le plus beau et docte livre qui ait oocques été peut-être imprimé en la chrétienté^, et où l'athée ou sans Dieu, le juif, elbnique*, et le matiométan trouveront qu'ils n'ont que tenir, et leur faut faire |oug à ce très-puissant et Ircs-baut nom de messias Jésus-Christ , le^ quel par l'artifice de Satan ils ont rejeté, et fait semblant ne le connollre. Toutefois, me sentant poussé des deux plus extrêmes moyens qui doivent entrevenir, et être conjoints aux recherches et poursuite de l'Écriture sainte, qui sont la crainte de Dieu et la connoissance de la foiblesse de l'entendement humain; je maintiens, comme disoitCicéron, n'y avoir homme tant égaré et dépourvu de jugement commun , lorsqu'il regarde et contemple cette voûte et b&timent des cieux , l'ordre et le chemin que io soleil tient, et fait tout alentour, tous les jours, en vingt et quatre heures; la luue, l'autre et second grand luminaire, qui nous apparott de quinze eu quinze jours, avec divers effets; Tau séparé en quatre saisons différentes; qui n'appréhende et juge quand et quand y avoir une cause et essence première, qui a composé cet ouvrage admirable, le conduisant et faisant tourner

« L'ouvrage désigné ici ef l le Traitd de l.i vdrUe de la religion c/ire?tienne. Anvers, isso, in-So.

' Païen, gentil.

par espaces, heures, temps, mouvements certains et arrêtés; comme il est aisé juger et se rendre certain et assuré que la charrette cluirgée qui roule et chemine, a un charretier et conducteur qui remue tout cet attirail de sa seule parole et voii sur les chevaux, appelés les secondes causes qui le font aller et mouvoir. Cette chose ainsi première est appelée tant par les saintes Bibles qu^anciens auteurs païens et prennes, Dieu, la sagesse, grandeur, bonté, justice et état duqnel ne se peut dire ou représenter par les opinions. et fontaisiés des hommes, fors en tant qu'il lui a plu nous en montrer par sa parole : laquelle dé tout temps a été, est et sera à jamais appelée Jésns-€hrist. Et ainsi étant tout parfait, après avoir bftti ce terrible instrument et madiine ronde, ordonné et disposé les cléments de certaines et infiiillibles proportions mesurées, voulut aussi y établir rhoinme comme unie créature, laquelle entre les autres eût connoissance de son créateur et de ses commandements : avec marques et signes corporels, qui lui furent quand et quand ordonnés, pour mîenx approuver i son obéissance. Les signes furent les arbres du paradis terrestre, au fruit desquels gisoit la science du bien ou mal : et partant étoit à Adam , le premier homme , acquise vie et béatitude éternelle en gardant les fruits sacrés, qui lui a voient été baillés pour le confirmer en obéissance, et qu^il n'entreprit rien par-dessus le commandement à lui fait. Contrevenant à quoi, et abusant des signes extérieurs, qui étoit d'icelui fruit manger, comme il lit par la consultation * du diable, lui étoit dénoncé mort et condamnation éternelle et à jamais, où il encourut et tombe misérablement ensemble sa postérité : Dieu on cela , fïifsant et prononçant telle sentence, distrtbuoit justice telle quMI avoit dit : et d*autre cété promettant envoyer son messie Jésus-Christ pour satisfaire à sa justice, faisoit grâce et miséricorde pour la rédemption future el rémission des péchés, contre cette horrible condamnation et jugement. Voilà comme tout d'un coup sont issus la justice du souverain, ^et soudain un pardon miséricordieux. Car incontinent il veut que Satan, par le conseil duqnel sa créature tant aimée avoit forfoit, auroit la tète brisée par la semence de la femme, vrai intersigue et siguiQcation de îésus- Cfarist à venir : la foi et espérance duquel il faut appréhender

* Éprouver.

• coiueil.

nument et simplement, sans nous entortiller en tant de faux et trompeux discours, forgés en notre cerveau , jà prévenu et occupé par la malice du diable qui essaie à toute heure nous re* tirer hors le troupeau et Église de Dieu: nous faisant en longues et curieuses demandes, pourquoi il permettoit la chute et péché d^Adam, et autres, lesquelles il faut réserver à Tinscrutable ^ conseil et providence de sa majesté : comme très-bien l'a dit saint Paul, et après saint Augustin; et se contenter que cette dispute de prédestination implique en soi et nourrit plusieurs contradictions, lesquelles bien prises et entendues, ne le sont aucunement. Comme si quelqu'un disoit, puisqu'il est prédestiné que je dois avoir des enfants, je n'ai que faire me marier. Ce qui est néanmoins très-faux et contre Tordre établi en cette nature, qui est Dieu : lequel n'est jamais contraire à soi, et cvjug centrum estubique, eircumferentia verà nusquam ; ce seroit confondre la justice avec l'injustice, le bon au mauvais, la liberté à la servitude, et l'obéissance avec la désobéissance, le chaud au froid, le blanc au noir: qui néanmoins soutiennent le cours et ordonnance invariable de cet univers. Captivons donc à bon escient, et mettons en prison ces hautes et profondes, mais bien lourdes et sottes cogitations * et disputes, demeurant sous l'enseigne de la foi et espérance promise par le moyen de notre sauveur et seigneur Jésus-Christ : hors lequel nous sommes perdus, jà déclarés acquis et confisqués à Sataq, notre ennemi perpétuel. Lorsque ce bon empereur Constantin fit amasser tant d'hommes de savoir au concile de Nicée, plusieurs philosophes faisant merveilles de disputer s'y trouvèrent aussi. L'un desquels, et le plus babillard étonnoit les assistants par ses fins et cauteleux arguments touchant les effets et productions de nature : jusques à faire perdre la parole à plusieurs grands personnages chrétiens. Ce que voyant un bon vieillard, qui oncques n'avoit étudié, se présenta devant ce philsophe, disant : «Ecoute au nom de Jésus-Christ, il y a un Dieu qui a fait le ciel et la terre, et toutes choses qu'on peut voir et qu'on ne peut voir, le tout par sa parole et par la confirmation de son saint Esprit. Cette parole, appelée le fils de Dieu, ayant pitié du genre et condition des hommes, lesquels vi voient eu infinis. erreurs, voulut naître

' Mystérieux, impénétrable.

' Pensées.

d'une femme, demeurer en ce monde, souffrir mort pour nous racheter de la prison où Adam, notre premier père, nous avoit, par sa désobéissance, consignés, et retournei'a pour juger ce que chacun aura &ît en sa vie : ainsi nous croyons très-fermement cela, demeurant en cette foi et assurance, sans en disputer, ni entrer en autres questions, qm surpassent de trop loin nos pauvres, quant à ce, et misérables entendements. A ce moyen, ne te travaille pour néant chercher par démonstrations et apparences naturelles, comme ceci ou cela est possible ou autrement. En quoi il ne fau( apporter que la nue el simple foi : car Jésus- Christ, et ses apôtres après lui, nous ont enseigné laisser tels langages curieux et superflus, comme est la philosophie, é|ant leur parler net et pur, laquelle il faiit garder en croyant en TËvangile, et faisant les œuvres contenus en icelui. Dis-moi, crois-tu cela? Oui, répond le philosophe, touché et atteint de cette vive voix: confessant que ta parole m*a vaincu. Et dit Thistoire ecclésiastique qu'il amena ses autres compagnons philosophes à la connoissance et profession de TEvangile : tant a de poids et vaut la parole d*un homme de bien, et principalement quand il s*agit des points et articles de la religion : où les chicaneries, sophisteriés et prudences humaines sont froides , superflues et san^ réplique. Reste donc montrer par grands e{ amples témoignage^ des Écritures, comme toutes les actions de Jésus-Cbrist, et ce qùMl a fait en ce bas monde, lorsque de sa présence il Ta voulu honorer, et tout ce qui est écrit de lui aux sacrés-saints Evangiles, est peint au vif et désigné en la sainte ^ible. De laquelle, comme dit élégamment Justin, vos Hésiode, Démocrlte, |*latoa et Pythagoras, ont puisé et appris leur philosophie et connoissanôe de plus haut, mais couverts et bandés d'un gros voile, ainsi que dit Tatianus^ Donc par cette grande disposition et providence incompréhensible et sans mesure de Dieu, laquelle fait trembler toutes intelligences humaines, fut dit et écrit en Genèse: « Le sceptre ne sera point ôté de Juda, ne le législateur d'entre ses pieds, jusqu'à ce que Sillo vienne, et à lui s'assembleront les peuples. » Ce mot Sillo est interprété entre les Hébreux, son fil»; entre les Chaldêens, Messiag ; entre les (jrecs, celui qui doit être envoyé. Or, il est très-certain, comme attestent Jôsëphe et Eutropius, que lorsque Jésus-Christ fut ma-

* Déjà cité page 276.

D*E(JTRAt»t:L. 585

nifesté aux bommes, et au môme temps qu'il habitoit avec eux, le sceptre étoit bien ôté de Juda, quand les Juifs éloicnî tributaires et sous la puissance des tyrans de Rome, le pays de Judée et la Syrie joints et assemblés en un corps et province : les sacrificateurs et prêtres étoicnt commis et députés par les proconsuls et magistrats romains, à servir un an seulement, combien que par la loi mosaïque ils fussent perpétuels. Bref, Télat des Juifs transféré ailleurs, et en lout et partout désordonné et confondu -et au lieu de la loi et cérémonies, supplanté le règne de grâce et miséricorde : et les tourbes * du peuple enseignées par Jésus-Christ, qui fut inconnu aux prôlres comme Messias; suivant la prophétie dlsaîe : « Le bœuf a connu son maître et l^âne sa crèche, mais Israël ne m'a point connu. » Estimant que le règne du Messie fût guerrier et temporel. Au moyen de laquelle ignorance , eux qui étoient jadis le peuple élu de Dieu , furent séparés de TÉvangile, et la connoissance d'icelui transmise aux autres nations pour effectuer et accomplir la promesse faite à Rébecca, par laquelle Dieu lui dit qu'elle portoit deux peuples en son ventre, figurés par Esaii et Jacob : le plus girand desquels serviroit le moindre. Ce qui est conforme au prophète Michée, quand notre Seigneur dit : « J'appellerai celui qui n'est pas mon peuple, mon peuple. » Cette ignorance, que le Messias devoit être un grand prince, triomphant, riche et grand conquéreur, avoit aussi passé et remué l'entendement des rois et poienlals qui étoient lors : lesquels savoient très-bien qu'il de voit, seloalespro^ phètes, issir de la race de David. Qui fut cause^ comme écrit Philon le juif, qu'Hérode, lors tenant en tief la Judée sous Auguste, pendant l'empire duquel naquit le sauveur du monde» Jésus-Christ, fit tuer en icelui pays de Judée soixante et dix juges sortis de la lignée de David : et outre, comme raconte Eusèbe, brûler les noms des familles des juifs, leurs registres et généalogies, pour effacer la postérité de David et supplanter par tels moyens la sienne, encore qu'il ne fût noble, ains extrait d'un serviteur au temple d'Apollo en la ville d'Ascalonnc. Vespasien et son fils Domitien, empereurs, touchés de la même peur, firent chercher durant les martyres et persécutions qu'ils exercèrent contre les chrétiens, tous les juifs qu'on disoit et soûpçonnoit être descendus de la lignée de David ; disant lé même Eusèbe,

> MaltUudef .

qu'on présenta à Domitien, par forme de moquerie, deux pauvres hommes, qu'on en disoit ôtre issus; lesquels, interrogés, répondirent que véritablement ils en étoicnt : oulre leur fut demandé s'ils étoient fort riches : dirent que non , et que tous deux avoient seulement de rente, neuf journaux de terre, fort chargés de taille: qu'au reste ils vivoient au travail de leurs bras, montrant leurs mains qui clairement le jugcoicnt^ L'empereur demanda quelle opinion ils avoient du Messias, de son empire, quel il devoit être et où il devoit régner; lesquels répondirent .que le règne de Christ n'éloit pas de ce monde, ne terrien, ains céleste et d'en haut; qu'en la fin il viendroit en sa gloire juger les vifs et les morts, et rendre à chacun selon qu'il auroitfait en sa vie. Quoi fait, Domitien ne les condamna à la mort, comme il faisoit les autres chrétiens, ains les laissa en liberté : et de là dépécha un édit, pour faire cesser les persécutions. Mais quelle plus expresse et forte confirmation de ce que dessus, voudroiton demander, que ce que le prophète Daniel a tant clairement et apertemcnt écrit du Sauveur, du temps certain qu'il devoit venir en ce monde, ses actions, sa mort et sacrifice dernier, plus de quatre cents ans para vaut tout ce? Je sais bien que les Juifs d'aujourd'hui, voyant ne savoir quelle pièce y coudre, car le temps, qui étoit quatre cent quatre-vingt-dix ans, est en ce jour 1S85 passé plus de trois fois, disent que Daniel ne suvoit pas bien lors qu*il disoit ; blasphème très-horrible, et où les prédécesseurs rabbins n'avoient oucques songé : même qu'en leur langue ce mot Daniel est interprété jugement de Dieu : et est le proverbe entre les Hébreux, Sage comme Daniel, voyez le 28 chap. d'Ézéchiel. Voici donc qu'il dit au chapitre neuvième, o Entends « donc la i>arole, entends la vision; il y a septante semaines « déterminées sur ton peuple et sur ta sainte cité, pour finir la « déloyauté, et signer le péché, et purger l'iniquité, et amener « la justice des siècles, et pour clore la vision et la prophétie, et « oindre le Saint des saints. Tu connoltras et entendras, depuis « l'issue de la parole, que Hiérusalem soit restaurée et réédifiée, u jusqu'au Christ le Prince, sept semaines et soixante-deux sec< maioes , et derechef sera édifiée la rue et la brèche au détroit « des temps, et après soixante et deux semaines, le Christ sera « défait*, et non pas pour soi, mais pour ses élus; et le peupte

' Confirmaient, ' Mis A mort.

« du prince à venir détruira la cité et le sanctuaire, et sa fin sera « en destruction, et jusques à la fin de la guerre sera ruinée par « désolations; mais il confermera ralliancc à plusieurs, par une « semaine, et au milieu de cette semaine, il fera cesser le sacri- « tice et roffcrtc. Et pour l'étendue des abominations, il y aura « désolation jusqu'à la consommation, et ruine déterminée dis- « tillera sur le désolé. »

Or, sept semaines, comme il est dit SLuLévitiquej chapitre xxv°, valent quarante-neuf ans , chaque semaine pour sept ans : au moyen de quoi, soixante et dix semaines dont parle le prophète font quatre cent quatre-vingt-dix ans, qui est proprement et justement le temps auquel Jésus-Christ, notre Sauveur, descendit en ce bas monde. Et pour le regard de cette très-grande, mystérieuse et infinie Trinité , elle est à Tœil écrite au dix-huitième de Génète, quand il est dit : « Et voici trois personnages « se représentant devant lui, (Abraham); et lui les ayant aperçus « courut au-devant d*eux dès Thuis de son pavillon, et s'inclina « à terre. Puis dit : Monseigneur, je te prie, si j*ai trouvé grâce « envers toi , ne passe maintenant outre ton serviteur. » Et partout au même chapitre, Abraham appelle les trois anges, Dieu. Aussi devoit Jésus-Christ issir de sa génération et lignée, quand an même lieu il lui est dit : Et ti en toi, dit le Seigneur, seront bénites toutes les familles de la terre. Et consécutivement , et de même à David , quand le prophète Jérémie dit, chapitre lui*», que le germe de David sera le Dieu de notre justice; mais Isaïe, que plusieurs anciens ont estimé être la lecture des mêmes évangiles, dit chapitre vii« : Pour ce le Seigneur vous donnera un signe , voici la vierge concevra, et enfantera un fils, et appellera son nom Emmanuel» Ce mot Emmanuel , comme il est su de tous, signifie v$'atit;e2ir , ou Dieu avec nous. Encore un texte d'icclui prophète, chapitre ix«, pour la suite d'icelle nativité. « Car le petit enfant nous est né, et le fils nous est donné, et sa « domination est mise sur son épaule, et sera son nom appelé « Admirable, Conseiller, Père étemel, le Prince de paix : son « empire sera augmenté, et n'y aura nulle fin de paix. Il seoira ce sur le siège de David, et sur son royaume, i)0ur le confermer « et entretenir en jugement et en justice dès maintenant et à tou- « jours. Le zèle du Seigneur des batailles fera cela. » Etaucliapitre XI» il est dit : « Mais il sortira un jelton *du tronc de Jesay,

• PD rejeton.

a qui, en hébreu, signifie : Qui e»t, et un surgeon ^ croîtra de sa « racine, et l'esprit de TÉternel reposera sur lui, Tespril de sa- « pience et d'entendement, Tesprit de conseil et de force; Tes- « prit de science et de crainte de TÉternel. » Or, quant au règne et à la mort de Jésus-Christ , le même prophète Ta si manifestement et évidemment déclaré , qu'il n'y a si pauvre et dégarni d'entendement , qui ne le puisse comprendre. C'est au cinquantedeuxième et au cinquante- troisième chapitre, où il dit « Qui est « celui qui croit à notre publication , et qui est-ce à qui le bras u de l'Étemel est révélé ? Toutefois il montera comme le suret geon devant lui, et aussi comme la racine d'une terre qui a « soif: où il n'y a en lui ne force ne beauté, et l'avons vu qu'il n'y <c a voit point de forme pour être désiré : il est déprisé 'et débouté ' « des hommes, homme langoureux et aussi accoutumé à dou- « leurs; dont nous avons caché notre face de lui, tant étoitméu prisé , et ne l'avons rien esUmé. Vraiment il a porté nos lan- « gueurs, et chargé nos douleurs : toutefois nous l'avons estimé « être navré de Dieu et affligé. Or est-il navré pour nos forfaits; « il a été blessé pour nos iniquités : la correction de notre paix c est sur lui, et ainsi donc par sa plaie nous avons guérison. c Nous tous avons erré comme brebis , nous nous sommes tourc nés un chacun en sa propre voie, et l'Étemel a jeté sur lui «( l'iniquité de nous tous. Il est outragé et affligé , toutefois il « n'ouvre point sa bouche : il est mené à l'occision ^ comme un «r agneau , et a été muet comme la brebis devant celui qui la « tond, n'ouvrant point sa bouche. Il est élevé de détresse et de « condamnation. Qui est celui qui récitera son âge ? car il est « arraché de la terre des vivants, et est déployé pour le péché « de mon peuple , et a permis son sépulcre aux méchants , et « son monument au riche : combien qu'il n'ait point fait d'inic quité, et qu'il ne s'est point trouvé de fraude en sa bouche, « l'Éternel l'a voulu débriser par douleur. S'il met son âme pour « le péché, il verra sa postérité et prolongera ses jours, et la a volonté de l'Éternel prospérera en sa main. Il verra du labeur « de son àme , ^t en aura jouissance , et mon juste serviteur « rendra plusieurs justes par sa science, et lui-même changera

* Une tige.

* Méprisé.

* Repoussé, < A la mort.

d'ectrâpel. 387

ff les iniquités. Pourtant je lui donnerai portion avec les grands , « et divisera les dépouilles avec les puissants : pour ce qu'il a « baillé son âme à la mort, et qu'il a été mis au rang des trans- « gresseurs, et lui-même a porté les pécbés de plusieurs, et a « prié pour les transgresseurs. » Et au chapitre précédent, parlant encore de Jésus-Christ, il dit : « Ils ont donné moa dos à « ceux qui me frappoienl , et mes joues à ceux qui me buffe- « toient < : je n'ai point caché ma face des vilenies et crachats. » Que Jésus-Christ devoit naître en Bethléem, le prophète Michée de longues années en avoit dit : «Et loi, Bethléem Epphrata, « petite pour être tenue d'entré les milliers de Juda, de toi me « sortira celui qui sera dominateur en Israël; et ses issues sont « dès les commencements, dès les jours étemels. » Au moyen desquelles prophéties les Mages ou sages d'Orient, conduits et menés par une étoile , comme il étoit prédit au livre des lY^om" hres, et par David , ayant certaine assurance que le Mcssias et Sauveur du monde, promis de si longtemps, étoit né en Bethléem, s'adressèrent à Hérode, ce cruel tyran, lui affermant qu'ils étoient là expressément venus pour adorer ce grand Messîas. Ce qu'entendant Hérode, cuidant, comme ci-devant est dit, ique la surintendance de Juda lui fût ôtée , comme il savoit dévoir être à l'avènement du Messias, fit tuer les petits enfants màles de la Judée, jusques au nombre, ainsi qu'aucuns ont voulu dire, le prenant du quatorzième chapitre de V Apocalypse de saint Jean , de cent quarante et quatre mille , estimant y comprendre et envelopper la personne de Jésus-Christ. Cette pileuse et cruelle histoire est, outre l'Évangile, décrite par Philon; etMacrobe, auteur païen, dit que l'empereur Auguste, entendant qu'Hérode avoit aussi fait massacrer les petits enfants, dit qu'il aimeroit mieux être pourceau de Hérode que son fils. Il disoit cela parce que l'usage de la chair des porcs est défendue aux Juifs. Se voit donc comme, suivant la promesse et sentence de Dieu, que les inimitiés seroient perpétuelles entre la semence de la femme, qui étoit mystiquement Jésus-Christ, et le diable ; les persécutions commencent incontinent après sa nativité, contre lui et son Église, par le moyen de l'un de ses ministres et serviteurs, qui est Hérode. Pour éviter à quoi, il fut, suivant le prophète Osée, porté en Egypte. Ne se doit aussi omettre ce que le prophète Zacharie

* Souffleiaieot.

588 co^erES

a Umtexœliemment et de si longue main dit et sa comme Jésus- Christ devoit venir en Jérusalem , monté sur une ànesse, disant ainsi : « Réjouis-toi, fille deSion; fille de Jérusalem, triomphe: « voici ton Roi qui viendra à toi, élant juste , Sauveur et htunblc, « étant monté sur une âncsse. » Le même prophèle n*a oublié les trente deniers qui furent bailles à Judas pour trahir sou maître Jésus-Christ. Et leur dit : « S'il vous semble bon, appor- « lez-moi mon salaire; sinon, cessez : lors ils pesèrent mou « salaire, trente pièces d^argent; et le Seigneur me dit : Jetle- « les au potier, c^cst le prix honorable auquel je suis taxé par « eux. » Quant à ce que Jésus-Christ devoit souffrir mort pour satisfaire au payement de la condanmation où Adam nous avoit par sa rébellion engagés, j^ai ci-dessus dit comme le diable on serpent auroit la tète brisée. Et en cette conséquence, fut le serpent d*airain élevé par Moïse sur un long bois : à ce que ceux qui étoient mords du serpent , en le voyant seulement, fussent guéris : figure et témoignage très-sûr pour la rémission de nos péchés, et payement entier contre la mort et le péché, par la passion de Jésus-Christ, lequel a été élevé sur une croix comme le serpent d*airain, pour accomplir la jusUœ de son père. Mystères si hauts et obscurs, que les Égyptiens mêmes, en leurs lettres hiéroglyphiques, voulant signifier respéranoe de salut, qui devoit arriver, faisoient et gra voient une croix , à bquelle notre Seigneur, après avoir reçu toutes les indignités prophétisées, fut cruellement attadié. Sa robe et Tètemoits joués et tirés au sort, suivant la prédiction de David , leqoden ses Cantiques et Psaumes ne chante autre chose , que Jésos-Oirist.

Jâ ma dépouille entre eux ont divisée.

Entre eux d^ ma robe déposée, flf ont an sort hasvdeox exposée A qui l'aura*.

Gomme aussi font tous les livres de la sainte ffiMe, qui ne traitent antre argument que son avènement, la mort, le monde, lagrlce et rémission des péchés aux croyants, et ayant ferme foi et espérance en lui. En quoi ne sera hors de propos de parier de quelques lieux et passages tirés des auteurs païens et ethniques, parlant de Jésus-Christ. Gomme les livres des Sibylles, lesquels

* rsaai. xxu, t. 19, traduciioa de Oémeiit XaroL

o'eutrapel. 389

Lactance, saint Augustin et Eusèbe, vraisemblablement ont vus ; d^autant qu'ils furent brûlés par Stilcon, du temps d'Honoriuset Arcadius, empereurs romains, qui fut longuement après eux. Il y a voit, disent-ils, des vers sibyllins en grec, parlant de Jésus- Christ, de sa nativité, passion, jugement et résuri'ection générale des corps; disant outre, que leslettres capitales d'iceux vers contenoient tels mots : JÊSUS-CHRIST, FILS DE DIEU, SAU- VEUR DU MONDE.

Quelqu'un de grande érudition a, puis peu d'années, bl&mé Lactance , d'avoir parlé et joint au cbrislianisme les vers sibyllins , comme étant faux ; mais il devoit auparavant lire Eusèbe , le vingt-troisième chapitre du dix-huitième livre de la Cité de Dieu de saint Augustin, et le docte Commentaire de Vives* sur icelui : car il n'en eût pas parlé ainsi à la volée. Le même Augustin, suivi des anciens Pères, écrit que Platon, traitant son Timée^ a, par une sainte ignorance, parlé hautement de la Trinité, sous ce mot Trois : faisant une merveilleuse exclamation , de ce que le même Platon a dit au quait livre de ses lois, que Dieu est la proportion et mesure de tout avec nous autres hommes. Et à plus forte et grande raison , si, comme disent les oracles, il est quelquefois homme, quelle chose, s'écrie ce bon et savaut, personnage, peut être plus chrétiennement et divinement dite? Pausanias, Philostrate, et Laêrtius, anciens païens et graves ont écrit que les Athéniens, menés d'un esprit prophétique, dressèrent et bâtirent un grand et somptueux autel, au front duquel ces mots et oient gravés : AU DIEU INCONNU , auxquels saint Paul, comme il dit aux ^ctes des yipôlres, dit, étant en leur ville : Le Dieu que vous appelez inconnu , c'est moi qui le vous annonce : c'est Jésus-Christ. Orose aussi, grand historien, écrit que le même jour que Jésus-Christ fut né , l'empereur Auguste, régnant lors, fit défenses générales qu'on ne l'appelât de ce mot. Seigneur. Comme Dieu, par les étrangers même, autres que de son peuple élu, fait reconnoîlre sa hautesse d'une certaine promotion et avancement cachés à nous autres hommes. Aussi Josephe. qui vivoit quarante ans après la mort et passion du Sauveur du monde, dit ce qui en suit, au cinquième livre de la guerre Judaïque : « En ce temps vivoit Jésus, homme

' Jean-Louis Vives, savant espagnol, auleur d'un commentaire sur la au de Dieu, dédié à Henri VIII, roi d'Angleterre.

c fort sage, s'il est licite le nommer homme : parce qu*à la

« vérité il lit des choses merveilleuses, et fut maître et enseigoeur

u de ceux qui aimoient la vérité. Il assembla et fut suivi de

« grandes troupes de Juifs et Gentils , et étoit le Christ. Et

« combien que par après il fût accusé par les principaux de notre

« foi , et crucilié : si ne futr-il abandonné de ceux qui Favoient

« suivi» ains trois jours après sa mort, il s'apparut vif à eux,

« selon que les prophètes, inspirés de Dieu, a voient prédit et

« prophétisé de lui. » Le mémo auteur parle fort amplement du

voile du temple de Jérusalem, qui se rompit lorsque Jésus-Christ

souffroit , démonstration certaine signiliant rabolilion de la loi

cérémoniale, pour entrer au règne de grâce. Je déduirai ici, par

même moyen, le double de la lettre que Piiate envoya à Tem-

pereur Tibère, prise des recueils d'Ëgésippus , comme ensuit:

« Il est arrivé naguère que les Juifs, comme je sais vraiment,

« se sont, eux et les leurs, soumis à une cruelle et étemelle con-

« damnation. Car combien qu'ils eussent appris cela de leurs

<c ancêtres, que Dieu leur envcrroit du ciel son Saint, lequel

« seroit appelé leur roi , et qu'il devolt issir et naquir d'uue

« vierge , et que le Dieu des Ilébreux Teût envoyé lors de mon

« magistrat; et outre, lui eussent iceux Juifs vu faii'e plusieurs

<f mii'acles, enluminer les aveugles % guérir les ladres, paraly-

« tiques, chasser les diables des corps des hommes, ressusciter

« les morts, avoir commandé aux vents, cheminé sur la mer et

« faire plusieurs autres choses; toutefois les principaux d'eux,

« parce qu'il se disoit être lils de Dieu, ayant conçu une inimitié

« mortelle contre lui , l'ont pris et mis entre mes mains , et

« chargé de plusieurs choses fausses : entre autres, qu'il étoit

« enchanteur , et qu'il enseignoit choses contraires à leur loi.

« Quant à moi, je l'ai ainsi cru, et après l'avoir fuit battre de

« verges, je le leur ai rendu, et incontinent ils l'ont cruciGé. Et

« puis étant au sépulcre, ils lui ont baillé de mes soldats pour

tf le garder; et nonobstant iceux, il a ressuscité le tiers jour

« après : en sorte que les Juifs ont été tellement fîkchés, qu'ils

« ont donné de l'argent à iceux soldats, pour dire que ses disci-

« pies et autres qui le sui voient a voient pris et dérobé son

« corps au sépulcre. Mais après avoir reçu l'argent, ils n'ont

« laissé à dire la vérité; car ils ont dit que Jésus avoit ressuscité,

■ Rendre la vue aux aveugles.

« et quMls Ta voient vu, et que les Juifs leur avoient donné de « Taigent pour s*cn taire. » Or, le jugement et condamnation dont parle Pilate est conforme à TÉcriture sainte , par laquelle malheur, abomination et captivité perpétuelle est ordonnée aux Juifs : comme encore en ce jour se peut Toir, étant épars , jetés çà et là , et traités en toutes les misérables conditions qu'on pourroit dire. La Judée, qui fut autrefois Fun des meilleurs pays du monde, valant de revenu annuel aux Romains cinq cent quarante mille écus couronne , étant aujourd'hui stérile, infructueuse et de nulle petite valeur. Aussi enEutrope, bon et ancien auteur, se lit une épitre de Lentulus à Tempereur Til)ère , sous Tempire duquel le Sauveur du monde fut crucifié, où il lui fait entendre plusieurs choses magnifiques et émerveillables de lui; entre autres, que le peuple Tappeloit prophète, et ses disciples , le fils de Dieu : au demeurant, qu'on ne Tavoit jamais vu rire ni' pleurer, et que sa contenance étoit joyeuse-grave. J'ai semblablement pensé être de mon devoir vous parler d'une histoire grande et illustre que Plutarque raconte au livre de la Cessation des oracles; laquelle, au jugement d'£usèbe, Pierre le Chevelu, Italien, et Pierre Messie^, Espagnol, se rapporte et approprie à notre propos. Il dit qu'un appelé Epithersès naviguoit de Grèce en Italie, passant joignant les îles Eschinades, entre lesquelles est celle de Pases, le vent lui défaillit; pendant quoi, ceux qui étoient dans le navire ouïrent d'icelle île de Paxes une grosse et forte voix qui appeloit Tharaons : duquel cri tous furait épouvantés. Cettui Thamons étoit pilote du navire, natif d'Egypte, lequel ne vouloit répondre : toutefois, importuné de la tierce fois, demanda qn'on lui vouloit. Lors cette voix, plus hautement que auparavant, lui dit : Quand tu seras près Pallodes, dis-leur que le grand Pan est mort. A ces mots, tous furent effrayés, et après avoir délibéré comme ils se dévoient gouverner en cela , fut résolu par Thamons, que le vont étant bon, il passeroit outre, sans rien dire; si, au contraire, il se trou voit la mer être bonne, il feroit sa charge. Étant vis-à-vis des Pallodes , la mer demeura en un instant calme et sans vent : au moyen de quoi Thamons cria sur le rivage , que le grand Pan étoit mort. Après quoi furent ouïes une infinité de voix et pleurs lamentables, et n'eut Thamons sitôt pris terre , que l'empereur Tibère , sous le règne

* Pierre Mexia, historiographe de Charles-Quint.

3d2 CONTES

duquel fat crucifié Jésus-Christ, jà prévenu de ladite nouvelle, ne l'envoyât quérir, pour lui en dire plus amplement. Par ce mot Pan , les anciens entendirent non-seulement le dieu des pasteurs , mais aussi celui de toutes choses : duquel litre de pasteur notre Seigneur a usé en plusieurs endroits , nommément en saint Jean, chapitre x«, où il se dit vrai pasteur, qu'il connoît ses brebis, et qu'enfin n'y aura qu'une bergerie et un seul pasteur. Saint Paul aussi souhaiteque le Dieu de paix , qui a ramené des morts le grand pasteur des brebis , qui est Jésus-Christ : par le sang du testament éternel , conferme en toute bonne œuvre les Hébreux , auxquels il écrit. Et en tant que touche le tremblement de terre lors de sa mort, serablablement de l'éclipsé du soleil, et le jour converti en la nuit, tous les astrologues, même les ethniques et païens , ont déclaré tels accidents avoir été irréguliei*s et hors le cours et mouvement de la commune nature. Phlegmon, comme disent Eusèbe et Origène, a écrit que la plus grande et terrible éclipse de soleil qui ait jamais été, ni qui pourroît être vue au monde, survînt l'an quatrième de la deux cent-deuxième olympiade. A laquelle supputation et calcul d'années, revient droitemenl le temps de la mort du Rédempteur du monde : en laquelle même saison tombèrent en Asie treize grandes et puissantes villes, comme dit le même Eusèbe. Pline parle bien de la ruine d'icelles, ensemble un terremot ou ébranlement de terre, lé plus violent dequoi on ait jamais ouï parler. Suidas , auteur grec, et de grande réputation, dit une chose de Jésus- Christ notre Sauveur digne d'être lue plusieurs fois, pour la juger et joindre tant qu'on pourra à la vérité el histoire de TÉvangile : voici donc ses propres mots. « Du temps, dit-il, du bon « empereur Justînien, y a voit entre les Juifs un grand seigneur (( appelé Théodose, connu el de l'empereur et de plusieurs autres « chrétiens; au même temps vivoit un Mnquier chrétien, nommé « Philippus, grand ami et familier d'icelui Théodose. Au moyen « de laquelle amitié il exhortoit un jour icelui Juif à se faire « chrétien et baptiser, disant ainsi : Pourquoi est-ce que toi, qui « es homme docte, et qui sais les prophéties qui ont été dites de c< Jésus-Christ, ne croîs en lui et ne te fais chrétien? Car je suis « assuré que tu n'es point ignorant de ce qui a été dit de lui aux « saintes Écritures, et de son avènement: hilile-loi donc de gar- « der ton ôme, et crois en notre Seigneur Jésus-Christ el Sau- « veur; à ce que, persévérant en ton incrédulité, tu ne sois

« damné par le jugement éternel de Dieu. Le juif, ayant en- « tendu cela, loua Philippus, et lui en sut bon gré, disant : Je a te remercie de Tamitié que tu me portes, et d'être ainsi soi- « gneux du salut de mon &me, et pour cette raison, je te dirai cf devant Dieu, qui sait les secrets des cœurs et des pensées, ce fc que j*en pense. Car à la vérité, je connois que Jésus-Christ est ce celui qui avoit été prédit par la loi et les prophètes, et le concr fesse ainsi devant toi, mon loyal et parfait ami ; mais qui m'cm- (c pêche d'être chrétien, est une fausse et humaine cogitation qui fc m'a vaincu. Car moi étant prince et grand seigneur entre les c< Juifs, je suis en grand honneur, et ai abondamment ce quMl « faut pour cette vie présente : de sorte que, si j'étois chrétien , « et de votre Église, et quMl me fallût changer d'état et condi- « tion, je ne serois tant honoré, comme je suis : qui est la rai- « son, combien qu'elle ne vaille rien, que, méprisant la vie « future et éternelle , je m'arrête par trop à cette-ci, qui est « temporelle et de peu de durée. Si est-ce pourtant que je te « veux déclarer un secret, qui est entre nous autres Hébreux, « par lequel nous sommes acertcnés ^ que le Christ, que vous « adorez, est vraiment icelui Messias qui étoit prédit par la loi « et les prophètes. Donc au temps passé, lorsqu'on bàtlssoit le a temple de Hiérusalem , la coutume étoit entre les Juifs instî- « tuer et établir autant de prêtres que nous avons de lettres, « qui sont vingt et deux, et y avoit un livre audit temple, qui « contenoit le nom d'iceux prêtres, ensemble et de leur père et « leur mère. Et lorsque l'un d'iceux étoit mort, les autres prêtres « s'assembloient en icelui temple, et en choisissoient un, afin de <( remplir toujours le nombre. Et étoit écrit en icelui livre, à quel « jour le prêtre étoit mort, le nom de ses père et mère , et « icelui de son successeur, et qui étoit mis en sa place. Cette « façon de faire étant entre les Juifs, et peu auparavant que « Jésus se montrât et enseignât le peuple, afin de croire en lui, « l'un d'iceux prêtres mourut, et les autres s'assemblèrent pour « en élire un autre. Les uns tenoient que cettui-ci n'avoit pas a les vertus et parties requises à un bon prêtre; les autres en « blàmoient quelques-uns, tous étant bien empêchés et travail- « lant en cette élection. Occasion que l'un d'eux se levant, leur « dit : Messieurs, sur ce que vous en avez nommé plusieurs,

' Convaincuf, certains.

« vous n*en avez pas troavé un qui fût à votre gré : à cette cause, « je vous prie me donner congé vous en nommer un , lequel, à « mon avis, vous sera bon: c'est Jésus, le fils de Joseph char- « pentier, lequel, encore quMl soit fort jeune, il a de merveil- « leuses et bonnes mœurs avec une vie très-sainte. Et suis dV « pinion qu'oncques homme ne fut pareil à lui, soit de parole ou « d'effet: toute Hiérusalem le sait, et n'y a personne qui en «doute. A cette parole, les autres prêtres approuvèrent telle « opinion, et arrêtèrent que Jésus seroit préféré à tous autres, « pour être l'un d'iceux prêtres. Toutefois il s'en trouva disant « Jésus n'être, comme il étoit requis, de la race de Lévi, mais de « celle de Juda : même qu'il étoit fils de Joseph, qui étoit de la « famille et race de Juda : concluaut qu'il ne pouvoit être élu « prêtre, n'étant de la tribu et extrait de Lévi. Mais celui des « prêtres qui avoit été occasion de choisir Jésus, répondit qu'il <( ne falloit regarder à telle différence; qu'il y avoit longtemps a que lesdites deux races étoient confondues et entées l'une « dedans l'autre, et à ce moyen , d'un commun consentement, « Jésus fut élu. Mais pour ce que la coutume étoit, quenon-seu- « lement le nom du prêtre choisi, mais aussi de ses père et mère, « fût écrit audit livre : aucuns d'eux furent d'avis qu'il felloit « appeler les père et mère de Jésus pour savoir leurs noms, « avoir leur consentement, et si véritablement il étoit leur fils : <f ce qui plut ^ toute la compagnie. Mais le prêtre, auteur de « l'élection de Jésus, dit que Joseph son père étoit mort, et qu'il « n'avoit plus que sa mère vivante : qui fut cause qu'elle fut « appelée en leur consistoire, où ils lui dirent ainsi : D'autant « que tel prêtre est mort, fils d'un tel et d'une telle, et que n nous avons résolu mettre en son lieu votre fils Jésus, et faire « écrire en nos registres le nom de ses père et mère , dites-nous, « Jésus est-il votre fils? l'avez-vous engendré? Lors Marie leur « dit, je confesse que Jésus est mon fils et que je l'ai enfanté, « de quoi me sont témoins plusieurs hommes et femmes encore « vivants, qui ont été présents à l'enfantement; mais pour le c( regard du père, je ne pense point qu'il eu ait eu en terre : (f comme vous orrez. Car étant vierge et demeurant en Galilée, « l'ange de Dieu me vint dire, étant seule en ma chambre et « éveillée, qu'il m'apportoit une bonne nouvelle : c'est que je « serois enceinte du Saint-Esprit et que j'enfauterois un fils, « lequel il me commanda appeler Jésus. Et à la vérité , étant

D^EUTRÂPEL. S9Î>

« vierge, je conçus et engendrai Jésus, et après renfantemenl je « suis demeurée vierge. Alors les prêtres envoyèrent chercher « les sages-femmes, leur commandant qu'elles eussent à diligem- « ment regarder si elle étoit vierge. Ils rapportèrent que oui. « Les prêtres lors lui dirent qu'elle leur dit hardiment le nom « du père de Jésus, afin de récrire en leur papier, suivant la « coutume. Laquelle leur répondit, que son père n'étoit de ce « monde, et que Tange lui a voit dit, que Jésus étoit fils de Dieu. « Quoi voyant lesdits prêtres , firent écrire ces mots en leur « livre et papier : ce jour un tel prêtjie est mort, fils « d'un tel et d'une telle : et en son lieu , DU consente-

« MENT DE TOUS, A ÉTÉ MIS ET SUBROGÉ LE PRÊTRE JÉSUS « FILS DU DIEU VIVANT, ET DE MARIE LA VIERGE. CC livre fut,

« par le commandement des grands de Hiérusalem, transporté en « la ville de Tibériade, lorsque ladite Hiérusalem fut ruinée; et « est ce secret connu à bien peu de Juifs. Et quant à moi, je le « sais pou^être un des principaux docteurs entre nous autres « Juifs, et non-seulement nous le savons par les prophètes, que « c'est le Chidst, que vous autres adorez, et fils du t)ieu vivant , <t venu en ce monde pour le salut d'icelui ; mais aussi par icelui « livre, lequel est encore aujourd'hui en la ville de Tibériade. « Alors Philippus, poussé et saisi d'une certaine joie, dit qu'il « avertiroit l'empereur de tout cela, afin qu'il envoyât quérir « icelui livre en Tibériade, pour vaincre l'incrédulité d'iceux c( Juifs; mais Théodose répondit qu'il n'étoit besoin en avertir le « prince, et qu'aussi bien il ne s'en feroit rien, et n'en pouvoit « arriver qu'une guerre; car les Juifs se sentant près de leur « ruine et battus, brûleroient plutôt le lieu où étoit caché icelui « livre, afin qu'il ne fût trouvé ni vu. Et t'ai dit tout ceci, mon « bon ami , afin que tu saches que ce n'est ignorance qui m'ém- « pêche être chrétien, ains l'ambition et grandeur qui me re- « tiennent. Gela fait, Philippus n'en dit rien à l'empereur, pour <f n'émouvoir une guerre, qui eût telle issue, comme lui avoit dit « le Juif : si est-ce qu'il raconta tout ce que dessus à plusieurs, <( et entre autres à moi Suidas. Et de fait, pour connoitre si ce « que Théodose avoit dit étoit véritable, j'ai lu Josèphe, qui a c( décrit la destruction et ruine de Hiérusalem, et duquel Eusèbe a fait souventesfois mention en V Histoire ecclésiastique; auquel « nous avons apertement vu que Jésus~Ghrlst sacrifioit avec les c( prêtres au temple de Hiérusalem. En voyant que Josèphe, qui

« étoit du temps des apôtres, en a voit parlé si avant, j'ai aussi « voulu voir aux saintes Écritures, s'il y en avoit rien écrit : Et « de fait, j'ai trouvé en l'Évangile saint Luc, que Jésus entra « en la synagogue des Juifs, et lui ayant été baillé un livre, il « lut une prophétie, disant : L'esprit du Seigneur est sur moi, « pour laquelle chose il m*a oint et envoyé pour évangéliser a aux pauvres, pour guarir les contrits de cœur. Qui me fait « dire, que s! Jésus-Cbrist n'eût eu quelque chaîne de prôlre « entre les Juifs, on ne lui eût pas baillé le livre, ni souffert « prêcher, ni exhorter le peuple : et même entre nous autres « chrétiens, n'est permis lire les livres au peuple, fors à ceux qui « en ont la chaîne. Qui me fait dire, tant par le témoignage de (( Josèphe , que de TÉvangile saint Luc, que le juif Théodose dit « la vérité à Phîlippus le banquier, comme à son bon et Odèle « ami, lui déclarant ce que les Juifs tenoient plus secret entre « eux. » Sont les propres mots de Suidas : auquel je ne veux ni dois adjoindre que Cornélius Agrippa récite de la pi^ssance du mot Jésus-Christ^ prononcé, ainsi qu'il dit, mystérieusement et par foi, selon les registres et livres des cabalistes : d'autant qu'il m'a toujours semblé telles sciences curieuses tenir de l'impiété, encore que nous ayons plusieurs exemples familières et domestiques, comme disent Fernel S Cardan >, Yuierius^,et dernièrement ce savant Bodin ^, grands et insignes philosophes de ee temps, que les esprits malins et diables, vaincus et adjurés par la parole de l'Évangile, ont dit par l'organe et bouche des hommes et femmes qu'ils possédoient , choses étranges et hors la capacité de l'entendement humain : comme par divers moyens nous sommes appelés à la connoissance de la pureté de l'Évangile ; et qu'à ee mot de Jésus- Christ, les diables restent et demeurent altérés, sans aucune puissance. Au demeurant, qui considérera avec jugement de quels hommes Jésus-Christ s'est voulu aider et accointer lorsqu'il s'est exhibé et communiqué aux hommes, trouvera que c'éloient pauvres et simples personnes, tenant les dernières vocations et métiers entre le peuple, ignorant et ne sachant aucune chose qui puisse rendi^e les hommes admirables

■ Cité page 66.

* Cité page 195.

' Jean wier ou Weyer, médecin du seislémefiècle, auteur d'un traité sur les epcbaDtemeDts et Wn maléQcei.

* Cité page 189,

d'£utrapel. 397

et signalés. Toutefois, après avoir reçu la faveur du Saint-Esprit, ont été les plus grands clercs du monde, renversé lesphilosophies et. sagesfM» communes, confondu ceux qui en tenoient écoles, étonné les princes, potentats et leurs conseils; abattu et mis par terre les ouvrages et entreprises de Satan, le prince de ce monde, et, contre ses forces et ruses, contirmé et établi en peu de jours TÉglise et assemblée des croyants en Jésus-Christ , par tout le monde universellement; où les pauvres philosophes, avec leurs prudences et sagesses iiumaines, n'ont su en tant d^années jeter et épandre hors la Grèce, qui est une simple province, leur belle philosophie et doariie, eucore divisée, comme dit Thémiste S en plus de cinq cent» opinions diverses et contraires. Car, pour le regard de la religion de Mahomet, qu'il a prise, ou le moine Sergius apostat et révalté, pour hii, tant du vidl que nouveau Testament , n'est grand besoin d^en parler, se perdant, ruinant et conffutanl^ d'elle-même, comme iSoUe et ridicule qu'eUe est, par la seule lecture de son livre ou Alcoran ; qui a néanmoins g&té beaucoup de peuples, pour la permission qui y est contenue de paillarder, et autres ordures et voluptés. Si est-ce que pour donner couleur à sa force, il avoue et reconnolt Jésus-Christ pour le grand prophète, et en Thonneur duquel il porte une singulière révérence au jour du vendredi. A ce moyen et pour clore ma lettre, je vous prie icelle communiquer à ceux qui se sont de tant oubliés vous tenir tels propos, .pleins de blasphèmes, condamnation perpétuelle, et -privation de ces hauts biens et félicités célestes qui sont promises aux croyants et bienfaisants : ressentant leurs maudites persuasions, de la boutique et doctrine de Diagoras ou Lucien, surnommés sans Dieu : desquels cettui-ci fut mangé des chiens, et l'autre banni d'Athènes, et ses livres brûles: ou d'un Julian, empereur apostat, lequel étant frappé d'une flèche ou perche, ne sachant d'où vehoit te coup, et ayant auparavant persécuté l'Évangile, dit en mourant : Galiléen! parlant de Jésus-Christ, euûn tu m'as vaincu. Donc que vos gens retournent à Dieu , par Tinterccssion de son tils bicn-aimé Jésus-Christ, seul moyenneur' entre lui et les hommes, hors lequel et sans lequel nous sommes faits esclaves et enfants

' Ttiemislius, philosophe et orateur grec de U fia du quatrième siècle. ' Réfuunt.

' Médiateur.

du diable; qu*il8 appréhendent vivement et par foi sa bonté, grandeur et miséricorde; qu'ils se rangent à son Église, craignant et redoutant les honibles punitions que tôt ou tard il nous envoie, pour les fautes que nous commettons contre ses saints et divins commandements; qu'ils considèrent la fin de ce monde approcher, par les signes qu'il nous en donne, notamment par les guerres des princes chiétiens et querelles des particuliers, de Tenvahissement général que ce monstre turc et antechrist mahométan bètit contre nous et par nos propres ruines; qu'ils songent aux douleurs et assauts de la mort, qui n'offensent et ne troublent en rien les consoiences déchargées du bien et offenses d'autrui, et qui ont ferme foi et assurance aux promesses qu'iè a faites aux siens. Finablement qu'ils changent leur vie toute pleine de dissimulations et figures^; que leur ambition, avarice, paillardises, séditions et tumultes, soient convertis en aim|dicité, aumônes, chasteté, paix et charité les uns avec les autres; et fiassent, comme dit saint Paul, que ceux qui étoient vilains et sales soient nettoyés et purgés de tous vices, se souvenant et ayant en Ui bouche ordinairement les vers qui ensuivent, pris du second Psalme de David parlant de Jésus-Christ:

Faites hommage au Ptls qu*U vous envoie, Que covrroucé ne soil amèremeat :

Afin auisi que de vie et de voie Ne périfsiet trop malheureusement.

Car tout à coup son courroux rigoureux S'embrasera qu'on ne s'en donra garde:

O combien lors ceux-là seront heureux Qui se seront mis en sa sauvegarde !

A la charge, s'ils refusent vos exhortations et remontrances, de les laisser, comme semence de Satan^ forclos et excommuniés de toutes compagnies chrétiennes, et du tout voués et consacrés au feu éternel, lequel, comme incorrigibles et impénitents, leur est préparé avant la constitution du monde. Car il est écrit qu'il n'y a communication ni amitié en rien de justice avec l'iniquité, de la lumière aux ténèbres, du bon au méchant, de Christ avec le diable, ni de celui qui croit avec celui qui ne croit point.

* Faussetés.

d'evtrapel. 509

La relnile d'Butr«pel.

Eutnpel, comme tout pensif et f&ché, dit à Polygame qu*il se vouloU retirer, et le laisser arec ses plusieurs femmes. Je prends congé de vous, dit-il, me laissant aller et entrer au point où mon humeur et naturel me conduisit, et où je me sens , à mesure que mes ans peu à peu 8*en vont et se dérobent, couler, c*est à ma maison aux champs, que j*ai accommodée par ces années, et rendue an terme d*une vraie haJn'tatiofl philosophale et de repos, à l*entrée et-^au firont de laquée Janvier, ce gentil maçon de Sainte ErbloD, a gravé ces mots :

biTeai portum.-spes et fortui», v«lete.

Adieu le monde et l'espoir, Je siiia bieu.

Je Tai bâtie d*uae moyenne force, pour faire tête aux voleurs, coureurs, et à Tennemi, si Dieu me vouioit çh&tier en cette partie : sous le crédit de quelques petites eaux qui Tenvironnent, avec les pourpris, bois, jardinet verger. Aux vergers me trouverez travaillant de mes serpes et faudlies, rebrassé jusqu'au coude, coupant, tranchant et cssargotant* mes jeunes arbrisseaux, selon que la lune, qui besogne plus ou moins en ces inférieurs corps, le commande. Aux jardins, y dressant Tordre de mon plan, ré* glant le caiTé des allées , tirant ou faisant découler et venir les eaux, accommodant mes mouches ik miel; distillant les herbes, fleurs ou racines, ou, qui mieux vaut, en faisant des extractions d'icelles,et les rendant en liqueur épaisse; et, me courrouçant, d*un pied suspendu en Tair, et attentif eontre la taupe et mulots qui me font tant de mal, semant diverses et étranges graines; ma* riant et joignant le chaud au froid, attrempant le sec de la terre, avançant les derniers fruits, et contrôlant, par doctes artifices, les effets et ornements de nature que le vulgaire ignore. Aux bois faisant rehausser mes fossés, mettre à la ligne ^ mes pourmenohrs, et cependant, outre cent musiques d'oiseaux, une bâte-

' Émondanl.

■ Alfgoer.

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