‹ Propos rustiques [microforme]Chapitre 4 sur 4 · BRE · texte numérisé non relu

BRE

EF Fe

LE

ILL2S M gs

APPLIED IMAGE Inc

1653 East Main Street Rochester, New York 14609 USA (716) 482 - 0300 - Phone

(716) 288 - 5989 - Fax

] Mi.

l'abbé Charles Trudelle écrivit un jour pour faire connaître à ses compatriotes l’œuvre du défrichement des Bois-Francs. C'est intitulé :

Trois Souvenirs, et le souvenir des Bois-Francs y occupe la première place.

L'abbé Trudelle fut lui-même l’un des premiers missionnaires de Somerset ; il desservit pendant six années les territoires où s'étendent aujourd’hui les paroisses de Saint-Calixte, de Stanfold, de Sainte-Julie, de Sainte-Anastasie et autres. Il connut donc aussi bien que les colons eux-mêmes les débuts très pénibles de ces missions ; il fut intimement mêlé à tous les travaux et à toutes les sollicitudes des premiers pionniers. Et l’abbé Trudelle — la mort l'enlevait il y a juste une année à l'estime et à la vénération du clergé de Québec dont il était le doyen —

était, en même temps qu’un missionnaire vaillant, un esprit très distingué, très cultivé, un lettré et un poète. Il y avait chez lui un mélange très heureux et le plus varié de très différentes qualités. 11 voulut donc écrire après avoir « missionné », et parcouru les Bois-Francs, et c'est en 1852 qu’il recueillit ses souvenirs et les mit en prose.

Si cette prose était plus abondante, plus colorée, plus chaude, plus brillante, et parfois moins terne et moins sèche, nous dirions que l’abbé Trudelle a voulu écrire le poème des Bois-Francs, une sorte d’épopée en sept chants correspondant aux sept petits chapitres dont se compose cette plaquette. Le merveilleux lui-méme, qui est le condiment indispensable de toute nouvelle Iliade, ne serait pas absent de cette œuvre, tant l'héroïsme des personnages dépasse l'ordinaire effort de notre volonté.

Et ce merveilleux ne serait plus un

ensemble de fictions fantastiques telles que l’on en voit dans les Légendes de l’abbé Casgrain, mais la pure et très véritable réalité.

Les titres très simples et très modestes que l’abbé Trudelle a donnés aux divers chants de son poème, et qui diffèrent tant de ceux-là, prétentieux, dont l’abbé Casgrain a semé ses Légendes, attestent déjà toute la sincérité de l’auteur.

Lisez, par exemple, le chapitre intitulé «Privations et souffrances », et vous apprendrez peut-être qu'il n'y eut pas de héros plus épiques, et qui soutinrent mieux leur rôle que ces martyrs du dévouement et du patriotisme qui furent les premiers colons des Bois-Francs. Etablis en pleine forêt, isolés des paroisses du bord du fleuve, de Gentilly, de Saint-Grégoire, par l’affreuse et terrible savane de Stanfold, ils ne pouvaient aller chercher des secours contre la misère imprévue

qu'en se risquant à travers cet immense marais bourbeux que pendant sept mois de l’année on ne pouvait traverser qu’à pieds, et au péril de sa vie. Hommes et chevaux enfonçaï2nt quelquefois et disparaissaient presque dans cette pâte molle et sans consistance qui constituait le sol de la savane. Malheur aux aventureux voyageurs si la nuit les surprenait en route, et les empéchait de bien voir le sentier de branches sèches dont on ne pouvait dévier sans s’exposer à périr. Un missionnaire et un colon, l’abbé Bélanger et Ambroise Pépin, l’éprouvèrent une nuit au prix de leur vie ; le notaire Cormicr qui les accompagnait fai!‘ succomber lui-même à tant de 1 . gues et de douloureuses angoisses. Bélanger et Pépin sont les deux victimes dont l’abbé Trudelle raconte les cruelles souffrances et la mort avec une simplicité toute dramatique.

Il arrivait souvent pourtant qu'il

fallait entreprendre le périlleux voyage. Les provisions étaient épuisées ; les quelques marchands, établis à Somerset ou à Stanfold, ne pouvaient suffire à toutes les demandes à cause de l’affluence trop considérable de nouveaux colons ; avec le printemps s'annonçait la famine ; on ne pouvait attendre la récolte prochaine, et déjà il fallait se contenter des fruits de la saison, d’herbes, de plantes et de racines bouillies. «Prisonniers au milieu des bois, comme sur une île au milieu de la mer », il ne restait plus qu’une ressource aux malheureux chefs de famille, c’était de franchir à pieds la savane pour aller chercher les provisions dont on avait besoin.

Ils partaient donc par groupes de dix à quinze hommes, et revenaient « portant sur le dos soixante à quatre-vingts livres de farine, sou ventun sac de provisions sur leur tête, et dans leurs mains les ustensiles de

cuisine les plus nécessaires. Quelques-uns même ne craignaient point de se mettre en route avec des plaques de poêles sur les épaules ».

Et ils allaient ainsi haletant, dévorés par les moustiques, par les maringouins, dans un chemin bourbeux qu'ils trouvaient assez bons lorsqu'ils n'enfonçaient pas jusqu'aux genoux. L'abbé Trudelle raconte qu'un jour l’un de ces voyageurs allait disparaître dans une ornière où il plongeait, et ne fut sauvé que par son voisin qui eut juste le temps de le saisir par les cheveux et de le tirer du gouffre où il s’engluait. Il arrivait souvent que l’on rencontrait le long de la route des « malheureux enfoncés jusqu'aux bras avec leurs charges, se tenant aux racines qu'ils avaient pu saisir », et attendant ainsi le secours indispensable qui les arrachât à la mort. Lorsqu'on sortait de ce marécage, disait un de ces Voyageurs à l’abbé Trudelle, on n’a-

vait pas « formance » d'homme ; la vase nous couvrait des pieds à la tête, et il ne nous restait que des habits en lambeaux.

Mais l’on conçoit quelle joie apportaient au foyer ces pèlerins de la . misère, et comme l’on goûtait ensuite l'abondance que procuraient de pareils dévouements.

Aussi bien, ne faut-il pas croire qu’il n’y eut que des heures sombres et pleines d’angoisse dans la vie des premiers colons des Bois-Francs.

Après quatre ou cinq ans de ce régime très primitif, les marchands organisèrent plus efficacement leur commerce, un moulin à farine fut construit à Somerset au bord de la rivière Blanche, et les moissons abondantes remplirent les greniers. La fertilité du sol était prodigieuse, et aussitôt accoururent de toutes parts des milliers de nouveaux colons.

La réputation des Bois-Francs devint proverbiale ; ce coin de pays était regardé comme un Eldorado merveilleux ; c'était alors la Californie du Canada ; l’on dirait aujourd'hui le Klondyke de la province de Québec.

Il y avait en plus des ressources que l'on tirait du sol, l’industrie du sucre d'érable, et celles plus prosaïques de ja potasse et de Ja perlasse qui furent dès l’origine des causes très actives de prospérité. L’érable poussait partout dans cette terre des Bois-Francs ; et les colons convertissaient en « sall » la cendre des arbres qu'ils abattaient et brûlaient sur place. Ce «sall» était vendu aux marchands qui l’exploitaient ensuite pour la fabrication des alcalis.

Et puis, des routes publiques furent enfin tracées par l’administration, et facilitérent le commerce.

Quand le chemin provincial d’Artha-

baska fut terminé en 1848, toute la 4 3108

région d’Arthabaska, de Stanfold, de Somerset et d’Inverness, qu’il traversait, entra dans une ère étonnante d’activité et de progrès. Tant il est vrai qu’une des plus belles sollicitudes d’un gouvernement qui veut encourager nos œuvres de colonisation consiste à ouvrir des voies de communication, routes carossables ou chemins de fer, qui permettent aux défricheurs et aux cultivateurs de se mettre en relation avec les centres de commerce, et de vendre les produits de la ferme. Un habitant de Somerset disait un jour à l'abbé Trudelle: «Si j'en avais le pouvoir, je ferais passer par nos affreux chemins le char de l’Etat, bien persuadé que ceux qui le conduisent tomberaient d'accord avec nous en tombant dans les mêmes ornières ».

Le char de l'Etat roulerait tout seul aujourd’hui sur les chemins de Plessisville. Mais dans combien d’autres régions colonisables serait-il bon

peut-être qu'il allât un peu secouer et « bordasser » les ministres !

Les habitants des Bois-Francs eurent enfin une autre consolation, qui fut celle de voir bientôt s'établir et se fixer au milieu d'eux le missionnaire.

Nos colons ne se peuvent passer de chapelles et de prêtres ; et il manque quelque chose à leur vie aussi longtemps que de leurs modestes chaumières ils ne peuvent voir briller au soleil la croix du clocher. Le ministre de Dieu est leur naturel et indispensable compagnon ; et ils se sentent plus généreux et plus entreprenants quand le dimanche ils peuvent s'unir à lui et avec lui prier le Dieu qui protège et qui bénit.

C'est au pied d’une croix plantée là même où s'élève aujourd’hui la très belle église de Plessisville que se réunissaient d’abord les premiers colons de Somerset. Ils n’avaient pas.

de prêtre avec eux, et ensemble ils récitaient le chapelet et chantaient les cantiques qu'ils avaient si °ouvent entendus dans l'église du village natal. Et ces pieuses rencontres les fortifiaient sans doute, mais elles les faisaient aussi se souvenir avec mélancolie et tristesse des grandes cérémonies et des solennités dont si souvent avait été consolée et charmée leur enfance chrétienne.

En 1837 fut célébrée pour la première fois, à Somerset, la sainte messe ; et c’est la perlasserie qui y fut le premier sanctuaire. La joie fut grande ce jour-là, parmi les colons ; et cette joie devint plus intense encore, et elle devait durer toujours, lorsqu’en 1840 vini se fixer au milieu de ces braves cultivateurs le premier missionnaire résidant.

* * * Les citoyens actuels de Plessisville, ceux qui appartiennent à la généra-

tion nouvelle, ont peine à reconstituer la vie des anciens, et à se faire quelque idée de l'existence souvent pénible qui fut celle de leurs devanciers. L’aisance et la prospérité ont mis au front de leur jeune cité une auréole joyeuse qui fait bien vite oublier les souffrances et les privations de la première heure. Peutêtre, cependant, est-il bon qu'ils se souviennent quelquefois des temps héroïques, et qu'ils appiennent au contact du passé la leçon du présent.

Rien n’est instructif comme l’histoire, et nulle lumière ne fait mieux voir l’orientation qu’il faut donner à ses énergies. Que les excellents patriotes de Plessisville soient, comme leurs pères, des courageux, des forts, des sobres et des chrétiens, et ils verront se perpétuer en leurs foyers les plus précieuses vertus de notre vie nationale |

Et s’ils veulent être tout à fait reconnaissants, qu’ils gardent en leur

mémoire le nom de ce prêtre qui a écrit d’une main diligente, et parfois avec beaucoup d'esprit, les premiers chants de leur héroïque épopée.

Pour nous, nous sommes heureux, au jour anniversaire de sa mort, de déposer sur la tombe de l'abbé Trudelle ces quelques lignes qui sont le pieux hommage de notre vénération.

SHslsloelolslslololsls 2Nolole 11 o © © o o © o o o e © o o © L2 © © o © © o © © © o L o oe

NOEL RUSTIQUE (pour le 24 décembre)

E Soir, ma pensée se charge de poésie : non pas, cette fois, de

la poésie que l’on va chercher aux pages des livres, mais de celle qui émane et se dégage des choses ; de la poésie qui se concentre, à cette heure de décembre, et flotte autour des arbres de Noël, dans l’ombre des crèches, au foyer des vieilles cheminées.

Toujours, sous sa baguette magique enveloppée de givre, Noël a enchanté les âmes, et fait tourner dans les imaginations le rêve d’or des vieux souvenirs. Ce soir, au moment où le crépuscule hatif fait se rallumer au ciel les feux de la nuit, et pendant

que déjà les petites têtes blondes s'emplissent des espérances de l’aube prochaine, remontons vers les Noëls d'autrefois.

Je me rappelle, et ma mémoire en est toute baignée de clartés d’aurore, ma première fête de Noël; je veux dire, la première nuit de Noël où je fus jugé assez grand — et sans doute

assez sage — pour accompagner mes parents à l’église. Certes, chez nous où tant de noëls domestiques s’ajoutaient en toutes saisons aux Noëls liturgiques, le tour d’être grand et d’être sage venait lentement. En notre foyer populeux, chacun prenait son temps pour vieillir ; et il y en eut quinze avant moi qui ne se pressèrent pas. Enfin, cette année-là, je parus au conseil de famille assez raisonnable, et l’on me confia, un jour que j'avais sans doute plus longtemps et mieux «bercé», que

l’on m’amènerait en carriole à la messe de minuit. J'irais enfin voir, à l'heure nocturne où il revient mystérieusement dans sa crèche, l’enfant rose, tout habillé de lin et de dentelles, l'Enfant divin dont le nom seul passe comme une caresse dans l'imagination des petits. Cette nouvelle m’apporta une grande joie ; peut-être me fit-elle déjà meilleur ?

La joie bonne est pour les enfants eux-mêmes une première expérience, et salutaire, de la vie.

Cette première messe de minuit, cette longue route deux fois parcourue au son des grelots, à une heure si inaccoutumée, cette veille de Noël, cette soirée d’hiver est restée, dans ma mémoire, chargée de lumière et d'étoiles !

Que de choses nouvelles elle avait, d’ailleurs, enveloppées dans ses clartés incertaines ! Songez donc : Berthier traversait alors une crise, une crise de civilisation intense. Ber-

thier allait renoncer à ses modestes traditions, oublier son passé routinier, se payer le luxe des plus extravagants progrès. Jusque-là, fidèle aux antiques coutumes, Berthier avait éclairé à la chandelle ses nuits de Noël, son église pieuse, la crèche symbolique : cette fois, il allait répandre à flots d’or, sous la voûte obscure, la lumière des lampes à pétrole.

Jusque là, c'étaient des voix hnmaines seules, un peu rugueuses, à la vérité, et chevrotantes parfois, qui avaient chanté la «nouvelle agréable », et fait écho aux «anges dans nos campagnes » : cette nuit, c'était une voix artificielle et bien sonnante, la musique, l’harmonium prétentieux qui allait accompagner le chœur rustique, et laisser pour la première fois tomber du jubé sur la foule ses notes compliquées et mélodieuses.

UYepuis quinze jours, dans la paroisse, on ne parlait que de cela.

M. le curé lui-même en avait fait le sujet d’un long prône.

Les jeunes gens n'avaient pas été priés, comme d'habitude, de passer par les maisons pour faire la tournée de la chandelle. Et les jeunes gens en avaient été quelque peu chagrins.

Elle était si gaie, la quête dr; chandelles ! de ces chandelles qu'avait faites elle-même la maîtresse du logis et qu’elle avait retirées hier, toutes rigides, jaunes comme de l’ambre, de leurs vieux moules de fer blanc !

Cette quête donnait aux jeunes garçons des airs si honnêtes! Elle les faisait pénétrer si discrètement, et pour de si hons motifs, dans toutes les maisons du canton! Et l’on aimait tant s’attarder, ici ou là, à jaser avec le vieux, près du poêle ou il fumait sa pipe et réchauffait ses quatre-vingts ans, à causer avec la vieille qui arrêtait un moment d'écharpiller sa laine pour s'informer des voisins! On recommençait si

volontiers, partout, les conversations banales ou plaisantes, s’entretenant avec les amis du train de la ferme, des « bûchages » d'automne fâcheusement retardés, du «battage » qui n’était pas fini, des divertissements prochains, des longues veillées des «fêtes », des bans de mariages que les commères avaient déjà publiés.

L'on aimait tant surtout — et c'était vraiment la minute délicieuse de la tournée — l’on aimait tant goûter aux croquignoles que préparait pour Noël et le jour de l'an la jeune fille de la maison! L’aimable cuisinière, enfarinée et gentille, tout en taillant la pâte sur le couvert renversé de sa huche, ne manquait pas d'offrir aux jeunes gars ses friandises rissolantes ; sous leurs yeux qu’allumait la convoitise, elle les faisait alors dorer de son mieux, et ss tordre capricieusement dans l’'écume de la graisse bouillante. Hélas ! cette an- ” née-là, il avait fallu renoncer à la

tournée charitable, aux causeries bavardes, aux croquignoles galantes, et aux chandelles. Le progrès emportait pour jamais toute cette poésie des vigiles de Noël...

Nous partîimes de bonne heure pour aller à l’église. Le chemin qui y conduit, est long de près d’une lieue, et les grands frères et les parents qui voulaient communier devaient aller, dans la soirée, attendre longtemps et avec dévotion leur tour d'entrer au confessionnal.

Quelle nuit claire, froide, radieuse, dont la beauté splendide se refait plus précise aujourd’hui sous l’appel plus conscient des souvenirs! Pas de nuages au ciel; et pas de lune.

Mais des étoiles plein la voûte d’azur sombre. La route et les champs voisins en étaient tout illuminés.

La terre, recouverte d’une mince couche de neige verglacée par des

pluies récentes, faisait miroiter sous la lumière sidérale ce revêtement d'acier. A gauche, le fleuve large ne faisait plus entendre le mugissement de ses flots emprisonnés ; de grosses glaces, épaisses, qu'avait soulevées et brisées la pulsation lente et irrésistible de la marée, s’empilaient les unes sur les autres, cependant que ici et là, sur l’étendue vaste des battures, des surfaces polies et brillantes, de larges et longs patinoirs préparés par le hasard des flots et des pluies, apparaissaient comme des lacs de glace fine et noire.

Le chemin sur lequel nous emportait de son train modéré la jument vieille, pas ombrageuse, et si commode nour les voyages de nuit, n’était lui-même qu’une piste durcie, toute glacée, propice aux patineurs, sur laquelle se cramponnait avec force notre coursier prudent. De temps en temps passaient de chaque côté de la voiture, et filaient devant nous,

les jeunes gens du « côteau », montés sur des patins, qui se hâtaient vers l’église. Ces fils de marins et d’ouvriers étaient sortis de bonne heure, eux aussi, des maisons petites et proprettes, groupées comme des sœurs sur les tufs de la Micarii (1).

Elégants et rapides, ils s’en allaient comme des ombres courbées et fuyantes, et l’on n’entendait plus bientôt que le déchirement sec de la glace se brisant sous la morsure de leurs éperons.

Notre cavale n’en était ni plus fringante, ni plus découragée. Elle faisait toujours sauter sur sa çroupe, en un rythme monotone, la bande des grelots sonores; elle avançait d’une allurerégulière. Cependant,nous passâmes enfin, à notre tour, entre des maisons drues et illuminées, qui semblaient par tous les yeux de leurs

(1) Nom donné par les gens de Berthier (en bas), à ce village d’« emplacitaires », situé sur un coteau, à deux milles à l’ouest de l’église, et composé surtout de navigateurs et d'ouvriers.

fenêtres nous regarder aller au train de la vieille. C'était le « faubourg »

de ma paroisse que nous traversions, faubourg indiscret, bâti tout au bord du chemin, peu fréquenté, et que j'aurais pris pour une rue solitaire de Québec, si alors j'avais connu Québec et sa solitude.

La cloche fait entendre son dernier appel. Sa voix tremble et nasille dans le vieux clocher trapu qui s’élevait alors sans grâce sur mon église natale. La cloche grêle du vieux clocher trapu avait de l'émotion plein la gorge : elle ne laissait tomber de sa tribune aérienne que des sons étouffés, entrecoupés, aussitôt perdus dans l’air froid de la nuit. Cependant, le peuple, qui l'avait devinée plutôt qu’entendue, sortait des magasins et des maisons voisines et s’empressait vers le temple.

Déjà, et toute la soirée, l’église

avait accueilli de nombreux fidèles.

On avait tant hâte d'y voir briller les lampes nouvelles, d'y entendre l’harmonium tout neuf, et il faisait si bon, aussi, se chauffer en égrenant son chapelet autour des deux poêles qui ronflaient à chaque bout de la grande allée.

A vrai dire, l’illumination de mon église natale n'était pas féérique.

Les lampes suspendues deux à deux dans la nef, et assez espacées, éclairaient bien d’un jour suffisant les têtes dévotes des priants ; elles faisaient même voir à nos yeux étonnés le petit bâtiment immobile — exvoto de quelque marin sauvé du naufrage — qui, toutes voiles déployées aux vergues, et peuplé de petits hommes de bois, semblait voguer sans cesse dans l’espace, vers l'entrée du sanctuaire, sur une mer invisible ; mais ces lampes trop rares, impuissantes à chasser toute l’obscurité du temple, laissaient flotter dans la voû-

te | nuage dispersé des ténèbres.

Et pourtant, c'était merveille de voir la lumière discrète se répandre en un vaisseau si vaste, et y troubler, sans le dissiper tout à fait, le mystère de la nuit profonde. L'âme prie bien mieux près de la crèche enveloppée d’ombres : elle se souvient plus aisément de l’étable humide et obscure, du mystère nocturne de Bethléem. Il y a trop de lumières, et aujourd’hui trop d'électricité, autour de la paille brillante des crèches de cathédrale...

Oh ! comme elle était simple, nue et pauvre, la grande cage vitrée, au toit pointu, aux barreaux minces, dans laquelle souriait sur la paille le petit enfant, rose, tout habillé de lin et de dentelles !

On l'avait mise, cette crèche fermée et transparente, sur l’autel latéral de droite, à quelques pas de la table sainte, où nous, les petits enfants, nous allions nous agenouiller pour

mieux voir Jésus, et pour en être mieux entendus. Quelques fleurs artificielles et fanées l’entouraient sans ostentation, et de grosses lampes versaient sur le toit de verre leur lumière tranquille.

Nous é‘ions là, les petits, pendant la messe de minuit, groupés autour du «banc d'œuvre », à genoux, debout, assis près des balustres, regardant tour à tour avec tous nos yeux, la crèche, le sanctuaire, la foule, les lustres suspendus, le petit bâtiment aux voiles déployées, le jubé où s’efforçait l’harmonium. Et nous priions aussi avec l'attention sérieuse de grandes personnes ; nous faisior : au petit enfant des demandes qui le faisaient sourire. Et nous écoutions chanter les voix qui clamaient la venue du Messie. Ilest né le divin Enfant! Nouvelle agréable! Les anges dans nos campagnes. Suspendant leur douce harmonie, les cieux étonnés se sont tus.

Tous ces cantiques, et tous ces airs nous étaient depuis longtemps familiers. Mon père qui chantait au lutrin ne pouvait les ignorer ; il les chantait souvent le soir en nous caressant sur ses genoux ; il fit avec ces pieux refrains toute l’éducation musicale de sa famille.

Je n'ai pas gardé le souvenir des détails liturgiques de cette nuit bienheureuse, de toutes les voix qui se fircnt entendre, de toutes les cérémonies qui se déroulèrent à l’autel.

Il ne m'est resté de tout cela qu’un bruit confus d'harmonie, qu’une vision mêlée de rêves imprécis.

A cette longue distance des événements, je présume cependant que l'on dut chanter; cette nuit-là, la messe bordelaise. A Berthier,quand c'était grande fête, on chantait toujours la messe bordelaise ; on priait peu pendant cette messe-là, et l’on prenait plaisir extrême à y entendre haleter les solistes.

Au moment de la communion, après que la clochette eut trois fois appelé les fidèles, M. le Curé distribua longtemps l’hostie blanche et pure, et longtemps le petit Jésus passant de lèvres en lèvres multiplia dans les cœurs son berceau divin.

Les bonnes gens, tout recueillis, enveloppés dans leurs lourds habits d'hiver, s’en retournaient à leurs places, pensifs et heureux, comme les bergers de Chanâan après leur première adoration.….

Après une deuxième messe, celle de l’aurore, messe plus courte, pendant laquelle les cantiques éclataient plus joyeux et plus distraits, nous revinmes au logis paternel. C'était un peu avant la deuxième heure du jour, et nous allions, plus pressés, dans le vent sec qui brôlait les visages, et sous la clarté toujours scintillante des étoiles.

A la maison, un réveillon substantiel, tel qu’on sait l’imaginer dans les cuisines rurales, et qui avait mijoté toute la soirée dans le fourreau patient, attendait les gens de la messe.

La maison était chaude, accueillante, toute pleine du ronflement des bûches d’érables qui se consumaient dans le foyer. Le réveillon substantiel calma les appétits irrités par le long voyage, et il prépara le repos attardé de la nuit.

Cependant, longtemps après que chacun se fut mis au lit, et que tout fut redevenu silencieux, le sommeil hésitait encore à fermer mes paupières. Et dans la tranquillité sombre du dortoir où rêvaient déjà mes grands frères, j’entendais sonner les grelots, je me sentis emporté à la dérive dans la carriole rapide, je regardais clignoter les étoiles, et filer les patineurs, je revoyais le clocher trapu, les lampes suspendues deux à deux par de longues tiges à la voû-

te obscure, le petit bâtiment qui voguait sans cesse, j’écoutais l’harmonium neuf et les airs de Noël, j’apercevais sous une cage de verre éclairée de gross:s lampes brillantes, le petit Jésus, tout rose, habillé de lin et de denteiles…

©)\0| 000000] 0|0\0\0)0\© 2Hoholiseloloelelollelollolle © e2oleloclololollollolloello 21° 9H0oHololololocllollollollollcsllellolse

D tiste qui revient et qui appro- 7) che. Et cette fête marque le retour de nos joies patriotiques, de nos ferveurs nationales.

Ce jour-là, la gaieté, l'espérance, le bonheur, l’enthousiasme montent de quelques degrés dans l’âme canadienne. Il y a comme une petite fièvre, d’une sorte spéciale et d'une espèce particulière, que ne peut mesurer avec précision le thermomètre des médecins, et qui s'empare, au matin du vingt-quatre juin, de tout Canadien français, le fait plus chaud, plus sensible, plus vibrant ; une petite fièvre qui dure généralement, d’après les moyennes jusqu'ici

°c donc la Saint-Jean-Baplë;

enregistrées, vingt-quatre heures.

Cette fièvre, des psychologues les moins superficiels l’appellent justement le patriotisme, et l’on voit qu’elle est presque toujours suivie de légers ou graves refroidissements.

De quoi, d’ailleurs, il ne faut ni s'étonner, ni s’alarmer ? L'âme humaine peut-elle donc toujours être ensoleillée, et n’a-t-elle pas, tout comme la grande nature dont elle subit à chaque instant la pénétrante influence, ses jours clairs et ses nuits sombres, ses aurores lumineuses et ses soirs mélancoliques ? Et ne suivons-nous pas un peu, en nos vies tour à tour actives et fatiguées, le mouvement des saisons qui nous vieillissent et nous entraînent ? Et si l'hiver refait au sol les énergies qui préparent la floraison du printemps, et si la nuit rapporte en ses voiles la promesse des aubes blanchissantes, pourquoi ne pas songer aussi que nos joies seront faites plus vives et nos

espérances rendues plus grandes par toutes les tristesses et tous les abattements qui les peuvent suivre ou précéder ?

Donc, il est bon de se réjouir et de faire grande fête le vingt-quatre juin, si peu durable que souvent soit cette joie et si fugitives que paraissent en être parfois les impressions.

I est excellent que, ce jour-là, on tambourine et l’on claironne autour des drapeaux, que la foule emplisse les routes, encombre les rues, et envahisse les temples. Il est souverainement juste et raisonnable que, pendant ces vingt-quatre heures, à force de prcessions, de célébrations, de démonstrations et d’ovations, on réveille, excite, soulève et emballe le patriotisme de tous les nôtres.

Cela met un peu de variété dans l'existence, cela, malgré tout, produit son bon effet, et cela met beaucoup de grandes pensées dans la vie.

Au fait, nous sommes si près de la terre, et si inclinés à tout rapporter à nos mesquins intérêts; et nous nous isolons si volontiers dans notre travail, dans nos ambitions ou dans notre mollesse ; et si volontiers encore, nous devenons de purs égoïstes qui ne s'inquiètent que d'eux-mêmes et de leur bien-être tranquille et facile! Et alors nous nous attachons si servilement et si exclusivement aux choses très particulières q' ‘ nous entourent, et nous concernenc! Il faut bien que de temps à autre on secoue notre torpeur et notre indifférence, et que l’on nous rappelle que nous avons autre chose à faire que de façonner et ordonner pour nous-mêmes nos petites vies personnelles, que chacun se üoit à tous, que chacun doit surtout vivre pour faire son pays grand, prospère, respecté, glorieux. Et de penser cela,

TM 4262 »”

ee” ve L

. Ads, LE, 1, CN)

et de le méditer fait du bien à l’âme, et l'élève, et déjà la purifie. Cela donne à la vie un sens supérieur, et cela oriente vers de plus nobles desseins l’activité.

Lorsque, le vingt-quatre juin, les ministres, les députés, et tous ceux qui sont à quelque titre des pasteurs de peuples, comme disait Homère, rélléchissent à ces graves devoirs, et regardent vers ces cimes lumineuses où il faut conduire la république, ils seutent en leur âme pénétrer un courage nouveau, et un zèle plus généreux, et ils essaient de hausser leur conscience au niveau de leurs si redoutables respons:bilités. Et aussi, quand, le vingt-quatre juin, le laboureur, en habits de fête, promène son regard bon et doux sur les sillons où déjà s’agite et ondule l’herbe des blés verts, et quand il songe que ces champs qu'il cultive avec amour, que cette petite patrie qu’il féconde de ses sueurs est une partie

et comme un morceau de la grande, et que celle-ci n’est belle, et bonne, et prospère que de la grâce, de ia beauté, de la richesse dont chacun sait faire resplendir son domaine, cela lui donne l’orgueil de son noble travail, et cela fait passer dans son regard qu’emplit d'ordinaire la seule vision des prés, des labours et des troupeaux une image radieuse, et comme le clair rayon d’un idéal qui l'illumine et l’enflamme. Oh! la force que nous apporte ce sentiment vivement ressenti que l’on ne travaille plus seulement pour soi et pour sa fortune, mais pour les autres et pour le bien et la gloire de la commune patrie |

Or, ces idées, cette force, ce sentiment, la fête de Saint-Jean-Baptiste les renouvelle chaque année dans nos âmes, dans no. esprits et dans nos volontés. Nos orateurs les doivent rappeler aux foules, et c’est une matière inépuisable à l’éloquence patrio-

tique ; et c’est même tout ce qu'il faut pour la faire sortir de la banalité un peu bavarde où trop souvent elle s’enferme et se répand. Il suffit qu'on médite bien ces choses et qu’on les fasse passer à travers une conviction profonde, éclairée et personnelle. Peu importe, d’ailleurs, qu'il reste encore, mêlée à de si fortes et saines pensées, une phraséologie un peu sonore et retentissante. Les fêtes patriotiques sont toujours tapageuses, et l’éloquence qu’elles provoquent ne peut se dispenser de l’être un peu. Il faut au milieu de ces foules qui viennent entendre parler des grandes choses du pays, il faut jeter de grandes pensées, empennées de périodes aux larges ailes. Cela aussi fait monter l’âme du peuple et lui donne de l’essor.

Je sais bien que beaucoup de gens se moquent un peu des grands discours et de l’éloquence. Volontiers ils appellent cela des phrases! Ces

gens-là sont très sérieux, très pratiques, s’estiment très équilibrés parce que, d'ordinaire, ils sont très ternes.

Ce sont parfois des blasés ou des âmes sèches et impuissantes, et qui se vengent de leur médiocrité en cherchant à discréditer nos plus généreux instincts. Ils oublient que nous sommes français par le sang et par l’âme, que nous sommes donc amoureux des belles paroles ; ils oublient surtout que c’est la parole elle-même qui mène les hommes, et que l’éloquence est la maîtresse du monde. «Prenez tout le reste, disait saint Grégoire à l’empereur Julien, qui imaginait contre les chrétiens la persécution de l'ignorance, prenez tout le reste, mais je mets la main sur l’éloquence ».

Les Canadiens, d’ailleurs, n’ont pas inventé les discours patriotiques.

Et ce n’est pas nous qui les premiers avons arrondi sur le moule des rhéteurs les périodes harmonieuses ; et

il y a longtemps qu'on assemble les peuples pour faire entendre à leurs oreilles, au jour des fêtes nationales, des phrases soigneusement peignées, très amples, et extrêmement oratoires. Depuis qu'aux jeux olympiques, où l’on conviait en de communes réjouissances toutes les villes de la Grèce, Isocrate lut son Panégyrique d’Athèn:s qu'il avait mis dix ans à composer, on n’a jamais pu exagérer le soin qu'il faut apporter à dérouler magnifiquement devant les auditoires des fêtes nationales les éloges de la patrie.

D'ailleurs, il n’est pas superflu de chercher à intéresser à nos fêtes du vingt-quatre juin, par tous les moyens légitimes, tous nos compatriotes, ceux de la ville et ceux de la campagne.

On est resté ou devenu très froid

et très indifférent, dans beaucoup 5 3108

de nos centres agricoles, à l’endroit de la Saint-Jean-Baptiste. Cette féte est célébrée surtout dans les villes, et elle passe inaperçue dans un trop grand nombre de nos paroisses rurales. Il ferait si bon pourtant chômer un peu, et fêter le sol natal, quand notre printemps a partout sur lui répandu la vie, quand nos champs sont couverts encore de leurs larges tapis d’éméraude, et sont encore enguirlandés de toutes les fleurs parfumées !

Est-ce une illusion, semblable à toutes celles qui se lèvent en nos âmes à mesure que les années nous éloignent de l’enfance, mais il me semble qu’autrefois, lorsque nous étions petits, le vingt-quatre juin était une date par tous souhaitée et fêtée. C'était au moins petit congé ce jour-là pour les travailleurs de la terre. Et je sais un coin de paroisse où l’on en profitait pour transformer en une large station balnéaire

la plage laurentienne, l’anse ovaie ct gracieuse, qu’enveloppent dans la caresse de leurs lignes souples les coteaux rouges de Berthier et les plaines vertes, courtes et montantes de Saint-Vallier. C'était donc au bord du fleuve, et dans le fleuve que nous féêtions la Saint-Jean. Ce qui est une façon comme une autre de retremper sa vie et de renouveler son patriotisme : mais nul doute que le Baptiste du Jourdain ne pouvait que l’approuver et la recevoir comme un très délicat et symbolique hommage.

Au surplus, le vingt-quatre juin était alors l’ouverture de la saison des bains. Il eût été dangereux, avant ce jour, de descendre dans l’onde malfaisante, et nos mères, qu’alarmaient toujours nos naïves imprudences, nous exagéraient à merveille tous les maux que nous pouvaient causer ces flots que n'avait pas encore bénis la Saint-Jean.

Mais, une fois venu le jour tant de fois appelé par nos vœux, les eaux du fleuve étaient transformées, elles étaient b:nnes, salutaires au baigneur ; le fleuve Saint-Laurent devenait comme une grande fontaine de Jouvence où tous, grands et petits, parents et enfants, allaient se plonger pour y puiser la vigueur de leurs corps et la jeunesse de leur vie.

Et la petite baie de Berthier était donc alors très animée, très vivante, très peuplée. C'était comme une sorte de Biarritz dont les princes et les millionnaires étaient absents.

De toutes parts partaient les cris joyeux, les appels frémissants, et les baigneurs faisaient autour d’eux jaillir l’onde bienfaisante. Parfois aussi on enfourchait les chevaux et les bœufs laissés au rivage, et l’on conduisait à la mer ces nobles compagnons de l’homme. Et les cavaliers majestueux s’avançaient bien loin, parmi les vagues grises, et jusque là

où nous, les enfants, nous ne pouvions plus les suivre ; et c'était un spectacle nouveau, très hardi, qui nous donnait les plus complètes émotions. Oh! les joies non compliquées, et les lointains souvenirs du jeune âge!

Il paraît que tout cela est bien changé aujourd’hui, et que les bains de la Saint-Jean sont passés de mode,

‘et que peu à peu s’effacent de nos traditions ces coutumes qui nous venaient sans doute des côtes normandes ou bretonnes. Le bruit de la mer qui chantait si fort à l'oreille des anciens, ne berce donc plus aujourd’hui dans sa monotone et douce harmonie les âmes dégénérées |

Si, d’ailleurs, nous souhaitons que ces traditions revivent, ce n’est pas précisément pour borner à des rites neptuniens notre fête nationale. Ces récréations sont excellentes, elles ne

sont pas vraiment pour la Saint- Jean-Baptiste, telle qu’on la devrait fêter dans nos paroisses, un suffisant programme. Et toutes nos paroisses, d’ailleurs, ne sont pas situées au bord du Saint-Laurent, et tous nos compatriotes ne peuvent donc tremper leurs pieds dans les eaux du roi des fleuves.

On a ouvert, l’an dernier, dans quelques-uns de nos journaux, une sorte de consultation où chacun pouvait donner son avis sur la meilleure manière d'intéresser à notre fête nationale nos populations rurales.

Et ceci prouve donc déjà qu’il y a lieu de poser un tel et si étrange problème.

La solution que l’on en peut proposer sera d’autant plus pratique qu’elle sera moins complexe ; et elle sera d’autant plus facile à trouver que l’on n’oubliera pas qu’il faut donner à notre Saint-Jean-Baptist:

le doubie caractère d’une fête reli-

gieuse et d’une fête civile. C'est l’église, et c’est la salle publique qui doivent être le double théâtre de nos solennités patriotiques.

Persuadons d’abord le Canadien des campagnes qu’il doit prendre congé ce jour-là. Invitons-le ensuite à assister à une grand’messe qui sera chantée à neuf ou dix heures, tout comme le dimanche, et rappelons-lri bien au sermon que nos origines nationales sont essentiellement religieuses, que notre histoire est toute pénétrée de christianisme, que nous avons le grave devoir de garder la vertu et la foi des aïeux, et que nous serions coupables du crime de lèse-patrie le jour où nous voudrions nous éloigner du prêtre et de l’autel.

Et puis, organisons pour l’aprèsmidi quelques fêtes publiques où se puissent de nouveau rassembler tous les paroissiens. On a proposé une distribution générale des prix pour toutes les écoles de la paroisse, et

qui serait faite dans l’église elle-méme, s’il n'y a pes d’autre salle qui puisse contenir la foule. Notre système d’enseignement est par tant de liens rattaché à l’éducation morale et religieuse, et nous le voulons conserver si canadien et si chrétien, que vraiment nos temples pourraient une fois l’an devenir la grande école du peuple. Et les enfants seraient assurément très honorés de recevoir sur un si large théâtre, et sous le regard de tant de spectateurs, leurs couronnes et leurs récompenses.

Et l’on mêlerait à ces fêtes scolaires des chants canadiens, des récitations patriotiques, des discours chargés d'idées et de conseils, agréables et utiles; prêtres et laïcs, maires, sénateurs et députés se feraient ce jour-là les instituteurs de la démocratie, et tous rapporteraient de cette dernière classe de l’année les plus salutaires leçons.

Le soir, on souperait en famille

tout comme aux jours les plus gras ; et c’est autour des tables frugales et abondantes que s’achèverait dans la plus délicieuse intimité notre éducation nationale.

Le vieux hangar

Le journal aù foyer

Leçons des vacances

Vieilles cloches et vieilles églises L'esprit paroissial

Dans les Bois-Francs

Noël rustique

Pensées pour le 24 juin

Page 1