‹ Propos rustiquesChapitre 15 sur 15 · QUERELLES I · texte numérisé non relu

QUERELLES I

bon coup payera tout. A qui pense il avoir affaire ? Sont des comptes cela, tu Dieu !

— Vrayement (dist Anselme) voylà de tresbelles querelles, & bien fondées !

— Haa, je vous diray (respond maistre Huguet) il est malaysé & quasi impossible que voysins nayent quelque différent, je le sçay bien pour moy. Il y ha des gens avec lesquelz vous ne pourriez avoir amytié, tant sont pleins de mauvaise grâce ; & ne congnois homme de ce païs qui sy puisse honnestement reigler.

— Par mon cotin (dist Lubin),il est vray ! Toutesfois Perrot Claquedent, que tous avez congneu, faisoit bien cela : car à grand peine ouystes vous jamais guieres dire quil prinst noyse avec voysin qu'il eust, & tant y ha quil estoit dordinaire appelle des (») nobles, & à leur conseil, où y se entendoit très bien, & y gaigna tout son bien.

— Vous dictes le mieux du monde (dist Pasquier), mais cest un entre cent, aussi que tout le monde ne peult pas avoir les couillons dacier.

— J'ay souventesfois (dist Anselme) ouy parler de ce Perrot comme dun grand allant, & qui (à propos) entretenoit fort ces gentilz hommes avec lesquelz se trou voit fort bien, mesmes à quelques banquets qui se fussent faicts (sil en eust senty

(a) Par les.

PROPOS RUSTIQUES iO

la fumée) neust eu garde den perdre sa part. Que si vous trouvez bon que je dye ce que luy ay veu faire autresfois, je mettray peine me y acquitter.

Alors tout le monde le pria, & quil ne falloit ainsi demander congé dune chose quil pouvoit sans commandement.

GRAND mercy I (dist Anselme). Il ny ha celuy, qui ne congnoisse que Perrot fut un bon villain, tendre du pourpoint & du cerveau, qui voulentiers ne se soucioit qui payast, mais qu'il (») beust. Mais il avoit un mal en luy (comme nous sommes tous imparfaictz) que, combien quil fust de grand conseil aux affaires estrangères, aux siennes il estoit aveuglé, abesty & de nul esprit, pource que (me semble) il est bien facile d'enseigner, combien que le remonstreur {^) ne sçauroit faire. De Perrot, il regnoit en son quartier comme un petit demydieu & vray coq de paroisse. Regnoit, dis-je, à cause dç sa grande diligence aux affaires dautruy, par ce moyen tout le monde accouroit à luy pour sa preudhommie & sçavoir : car pour mourir («) (qui est grand cas) un procès ne se fust intenté que premier il ny eust mis la main, assis son jugement seur(d) & (avec ses lunettes apposées au nés, haulsant

(*) Pourvu qu'il.

(b) Celui qui en remontre.

(c) Pour rien au inonde.

(d) Sûr.

un peu sa veiie) enfoncé les matières ; & pour recompense avoit la nouveauté de tous les fruicts du pais, ou oysons, poullets, il ne luy challoit ('*) : car indifféremment & sans grand esgard il prenoit tout, neantmoins quil refusoit un peu (b), disant (mode des advocats) que il estoit assez contenté du bon vouloir (c), mais puis que on estoit tant importun, il ny avoit remède.

Il avoit aussi cela de bon que, quelque banquet qui se feist, il sy trou voit, encores sans y estre invité, & commençoit à rire & saluer la compaignie des l'entrée de la maison, disant :

— Dieu soit céans & les moynes chez le Diable ! Voylà belle compaignie. Dieu doint {^) que à cent ans dicy nous nous puissions tous estrangler !

Et, après qu'il avoit devestu sa robbe & mise sur un coffre (e), se mettoit à la table où, quelque rebrassé (f) qui y fust, nul estoit mieux adroit que luy& qui mieux tinst son ordre(s), tousjours en comptant quelque fable, quelque cas de nouveau, quelques nouvelles fresches quil inventoit sur le champ, ou bien de quelque procès quil prompte-

(a) Importait.

(b) Il se faisait un peu prier.

(c) 11 était reconnaissant de l'intention.

(d) Proprement • donne ; Dieu veuille.

(e) Pour se mettre à l'aise.

(f) Malin, habile.

(s) Rang.

ment intentoit (») , & tellement par divers incidents le continuoit, que il en venoit(t') à son honneur ; puis disoit («) :

— Donnez moy de cecy ! prestez moy ce Cousteau ! donnez moy du vin pour boire ! ne ostez point cecy, ains servez sans desservir (d) ! Dieu pardoint (e) à un tel, car voylà le morceau que plus voulentiers il mangeoit ! De tous poissons fors de la tenche, prenez les aesles dun chappon, neantmoins que aucuns Docteurs dient dune garse (f) ! Voylà le morceau pourquoy la bonne femme tua son mouton, & ce morceau honteux demeurera il ? Ma Dame, pource que vous ne dormez pas assez, vous plaist il ce pied de poulie ? O le bon bœuf! je croy quil soit de Carhès (s). Donnez ce pigeon, je le mettray au busq (•») . Encores un filet de ce vinaigre, ma fille. Ha Diable ! ces

(a) Procès supposé, naturellement.

(b) Qu'il s'en tirait.

(c) Le morceau qui suit est une imitation des propos de Frère Jean au 1. T, eh. xxxiv, de Gargantua.

(d) Servez de nouveaux mets sans desservir les anciens. («) Pardonne.

(ï) « De tout poisson fors que la tanche, pren le dos et laisse la panche » (panse) ; c'est un proverbe cité par H. Estienne. Rabelais avait dit : « De tous poissons fors que la tanche, prenez l'aesle de la perdrys, ou la cuisse d'une nonnain », c'est-à-dire ce qu'il y a de plus délicat. La plaisanterie de Du Fail est analogue.

(K) Carhaix, dans le Finistère.

(h) A la mode, et au ventre en même temps ; jeu de mots.

chamberieres vous lont gasté, & que vous avez mauvaise teste, ma Dame (a) ! Un saupiquet (^) cy dessoubz ne serait pas mauvais ; mais qui mettrait encores cecy en la broche ? (c) Haa ! gentil levraut, tu sois le bien venu ! Ma foy, il nest que my crud ; ça, donnez, je le mettray à la mode de la feu Royne Gillette (d). Comment, Monsieur, cecy demourera il ? Je le croy bien, les premiers morceaux font ennuy aux autres. Tien, mon fils, mets cecy sur le gril, &je te marieray à ma fille aisnée, se maist dieux (e) ; puis me donne à boire de ce flascon. Grand mercy. Monsieur, je vous plegeray Q). Mets comme pour toy. Je vous serviray le jour devoz nopces («). Tenez, mon petit amy, or ne mentez point, combien mangeriez vous bien de cecy, avant que les oreilles vous cheussent ? Cecy ne se fust sauvé devant moy, il y ha quinze ans (h) . O le bon appétit ! tenez comme il brifl^e, qui luy attacherait des sonnettes au menton... vertu sainct Gris ! Avoit il mangé son saoul de gland,

(a) Il s'agit peut-être d'un plat manqué et il reproche à la dame du logis d'en avoir mal surveillé la confection.

(b) Sauce piquante.

(c) C'est cuit à point, en effet.

(d) Mode ancienne, vraisemblablement.

(e) Si Dieu m'aide.

(f) Je vous ferai raison.

(g) Je vous suis reconnaissant : je vous servirai à mon tour à vos noces.

{^) On n'eût enlevé ce plat avant qu'il fût vide, il y a quinze ans.

le gallant (») ? Je nay plus de dent qui rien vaille. Il en y ha qui ne mangent point entre leurs heures, ou plus au matin que au soir ; je mange à toutes heures & men trouve bien. Faisons comme les sergens, relevons mangerie {^). Je ne donrois pas de tout ce que nous mangeons, si nous ne beuvons, une merde. Ostez ceste eaue ; il est assez fort sans elle. Au matin tout pur, au soir sans eaue ! A fol, fromage ! Mon amy, levé ceste serviette. Baillez à un villain une serviette, il en fera des estrivieres. De peur d'oublier moK Cousteau, donne moy à boire ! Je suis saoul, j'ay le ventre tendu comme un tabourin à chordes, je dancerais bien un rond. Mangez ! Vous ne beuvez point .'Après avoir faict un bon repas il fault devenir chiches. Bren ! si mes enfans sont gens de bien, ilz vivront. Après avoir bien brouillé (c) nous n*avons que noz despens (d). Du vin ! ou jen demanderay. Apres la poyre, il fault boyre. Si femme sçavoit que vault pomme, jamais nen donneroit à homme. Or ça, Compère, à cause de luy, pour lamour d'elle ! Là, ma cousine, si jay

(*) [1 s'agit d'un cochon qu'on vient de servir. (ï>) Les sergents relevaient les causes d'appel.

(c) M'^'lé de l'eau au vin.

(d) Nous ne sommes dédommagés que de nos dépens ; nous n'avons pas de dommages-intérêts. On voit à toutes ces plaisanteries juridiques que Du Fail était homme de loi.

beu à ma Commère, ma Commère ha beu à moy ! Là ! vous nen mourrez pas pour un coup à la Bretesque (»). Je ne men iray pas de céans avec la soif.

— Compère Anselme (dist maistre Huguet), je vous prie : soyez brief & le faire court, car je veux (avant que la nuict soit plus avancée) vous dire quelque cas dassez bon goust, le tout pour entretenir le propos de celle antique preudhommie.

— Par mon serment ! (dist Pasquier) je dirois bien de Perrot davantage, le tout bien à propos ; mais, à raison de la nuict qui approche, & que nous en avons dict de vertes & de meures (b), je suis prest de quitter le jeu, vous laissant le temps que avois délibéré employer au demeurant de mon propos à vostre dernier compte.

Alors Lubin vouloit se lever, disant quil estoit las & que à peine pourroit sen aller que il ne fust longuement attendu de sa femme ; au moyen dequoy envoya quérir sa jument noire, & demeura encores pour ouyr maistre Huguet, qui commença :

(a) A la Bretonne. Rabelais dit : « A la mode de Bretagne, net, net, à ce pyot ! »

(^) Des vertes et des mûres, de toutes sortes.

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DE GOBEMOUSCHE

GOBEMOUSCHE (ô mes compaignons & amys), comme vous lavez congneu, estoit un terrible senaultSc bon villain ; & payoit voulentiers pinthe, ou tout le pot, quand il nestoit point en son lourdaut(a). Quelque fois, estant de loysir avec son Compère Trainefournille, faisoit de beaux souhaitz & à profit, entre autres (pour estre brief) que se il estoit gros Seigneur, il meneroit ses bœufs à cheval, ou bien garderoit ses moutons ou vaches de cheval (^) . Et que sil y avoit quelque beau quartier de cormier pour faire un manche de coingnée, il les auroit, ou y auroit bien tiré à la poche (c).

— Par ma vie ! (luy respondoit de mesmes son compère Trainefournille) cest tresbien souhaitté à vous, & ne pensez pas, non, que je voulusse donner mes souhaitz pour beaucoup, car le plus souvent il mest advis que je suis un grand Seigneur, & en cet advis faict mille belles maisons,

(a) En sa rustrcrie.

(b) Plaisanterie peu claire.

(c) Il l'aurait gratuitement, ou bien en payant.

& à la fin je me trouve aussi avancé comme au paravant.

— Bo bo ! (disait Gobemouches). Je ne me soucierois beaucoup de tant de belles besongnes que ont ces gros & puissans gentilshommes, il me suffiroit seulement de manger de ce beau lard jaune, à celle fin que les chiens me regardassent ; & croyez de asseurance que je mangerois tout mon saoul de febves & de pois, si le quart nen coustoit plus de deux unzains ; autant en ferois de ces belles andouilles, avec de la porrée ; & en rien ne semble (») ceux qui ayment mieux deux chiens que un porc, il y ha bien différence.

Ce discret & honneste homme Gobemousche, un matin, couplant ses bœufs pour charmer près le moulin à vent, se ad visa (attendu quil estoit bien pour ce faire) quil envoyeroit son filz Guillaume à lescholle, soubz maistre Baiaret.

— Nous avons (dist lors Anselme) maintesfois argué de Grecisme ensemble (^).

— Je le pense bien (dit maistre Huguet), car bien sçavant fut, ainsi que me afferma Haudulphi (c), un jour que le trouvay peschant à la ligne.

(a) Je ne ressemble à...

(b) Discuté de grec avec le maître d'école. Il est plus que surprenant de voir un simple maître d'école de ce temps savoir le grec ; Du Fail manque ici à la vraisemblance.

(c) Anagramme de Du Phail, peut-être.

DE GOBEMOUSCHE 157

Et le y envoya pource (a) que sa mère le gastoit à luy apprendre mille sottes façons de dire & fort estranges, comme ne pisser contre le vent ; ne dire chat la nuict ; ne rongner ses ongles au Dimenche, car le Diable en allonge les siennes ; ne filler au Sabmedy ; ne estudier aux festes, mais loysible jouer aux quilles ou à cornichon va devant(^) ; pour guérir des verrues fault toucher à la robbe dun cocu (cest celuy à qui Ion biscotte sa femme, dont à quelque chose sert malheur) ; pour la fièvre prendre neuf petites pierres & les envelopper en un mouchouer, puis le premier qui les trouvera prendra la fièvre ; fault estre huict jours entiers, après les nopces faictes, sans toucher à sa femme, encores avec protestation ; qui veult estre marié en lan, prenne le premier papillon quil verra ; qui veult gaigner le pré Raoul de Renés (°) ou le pourceau de Bleron (<*), ne fault se repentir dedens lan davoir esté marié ; qui garde les souliers en quoy on ha espousé, cela sert moult à avoir bon mesnage ; autant en

(a) A l'école.

(b) Rabelais cite parmi les jeux de Gargantua : « Cochonnet va d'avant. »

(c) Vaste prairie qui s'étendait à l'ouest de la ville de Rennes, où actuellement se trouvent le canal et une partie du mail.

(d) Village de la commune de Châtillon-en-Vendelais, canton et arr. de Vitré.

est des treize deniers, desquelz sont achetées les femmes (»).

Guillaume, ayant changé presque tous ces petits mots soubs la doctrine de maistre Baiaret, fut mandé par son père Gobemousche pour rendre raison & du temps & de largent ; & fut le messager grand Jean le Beurrier (^) , un ferial (c) beuveur & bon compaignon auquel Guillaume en comptoit de toutes façons, & comme il lentendoit, le tout à la bonne foy.

— Morbieu ! (disoit il) que ilz seront esbahis de me voir à ceste heure ! Je suis seur quilz me decongnaistront, car je nestois pas un tel gallant quand je y allay.

— Je nen doubte point (respondoit grand Jean), attendu la coustume du pais, aussi que vous estes abille homme & bon clerc.

— Per dieml (d) (disait Guillaume) je ne dypas pour me vanter, car vanterie, comme dist lautre... Mais, quand il sera question de arguer (e)... Je ne

(a) Dans les lois barbares des Saxons et des Francs, le mari achetait sa femme. Aujourd'hui encore, le mari donne une pièce ou une médaille aux parents de son épousa ou à celle-ci. Toutes ces kyrielles de dictons populaires, ici et ailleurs, rappellent le chap. xi de Gargantua.

(b) Le registre baptistaire de Saint-Gilles mentionne : « Jean Bigot Beurrier ».

(c) Jovial.

(d) Par le jour (de la Résurrection).

(6) Discuter en forme, scolastiquement : c'était la grande épreuve encore à cette époque.

DE GOBEMOUSCHE 159

dy mot, & gaige que on verra beau jeu. Demandez un peu à... Toutesfois vous ne le congnoissez pas. Mais, à propos, nous avons faict de bons petits tours ensemble(").Parmafoy (mais je vous prie nen dire rien), pour une après disnée nous avons moy & luy, & un autre bon garçon, desrobé environ une douzaine de chastaignes à nostre hostesse, tandis que elle estoit à la messe, & les allasmes manger au pré Fischault (b), au soleil ; puis chascun tire à la bourse (c) pour avoir des pommes pour un liard & du vin pour un double ; & vous responds de cela, que tous fusmes yvres, & ne eust esté je ne sçay quoy, comme vous entendez, nous eussions querellé des lavandières, qui estoyent là. Voylà, mon amy, comme font les garçons, quand se trouvent ensemble ; aussi que après bon vins, bons chevaux (d).

— Je mesbahis (disoit grand Jean, qui ne cherchoit que à sen deffaire, pource quil luy rompoit

(a) Le jeune Guillaume va chercher à étonner l'ami de son père en lui narrant des exploits imaginaires d'étudiant.

(b) On a trouvé des prés de ce nom à côté de Bourges. Ce serait donc dans cette ville que Guillaume aurait été envoyé près de Maître Baiaret.

(c) Tire quelque argent de sa bourse.

(d) Soit parce que le vin fait tout voir en beau, soit parce que le cavalier un peu gris excite et presse sa monture. Dicton.

l6o PROPOS RUSTIQUES

la teste) que vous ne vous hastez, car ilz vous attendent de tout le païs.

— Je croy que vous dictes vray (disoit Guillaume) :ilvault donques mieux que me diligente. A Dieu donc, grand Jean I

— A Dieu Guillaume !

Lequel, hastant ses pas, commença à courir comme le viateur (») qui estant à la pluye au milieu dune plaine, voyant au bout un large chesne, possible creux, ne cesse de courrir (le chappeau bridé(^), le baston par continuelle motion (c) ça & là branslant) jusques à ce quil ayt attaint le but prétendu. Aussi Guillaume ne cessa jusques à ce quil fut rendu hors de haleine & tirant la langue de demy pied ; &, arrivé, trouva son père Gobemousche emmanchant une faucille, lequel en sursault dist :

— C'est toy donques Guillaume ? & de la chère (d) ?

— Tousjours plus sain que saige, respondit nostre ferial Guillaume.

Peu après il salua mignonnement tous ceux du village, mesmes Tugal le Court (®), qui luy

(a) Voyageur.

(l>) Attaché sous le menton par quelque jugulaire.

(c) Mouvement.

(d) Et la santé ?

(®) Les registres de Plemeleuc citent souvent une famille Tuai.

DE GOBEMOUSCHE l6l

ayant faict des chausses deux ans devant, luy avoit attaché la braguette derrière (»), en sorte quil le hayssoit mortellement ; pourquoy je eusse pensé que il ne leust daigné saluer, mais si feit. Depuis fut (à la suasion (^) de sa mère) interrogé par dam(c) Silvestre Sortes, & fut trouvé bon grammarien positif & bon petit sophiste. Au moyen dequoy tinst les conclusions à tous venans soubs l'if de la paroisse (d) ; & pource quil parloit hault, fut jugé, mesmes par sa mère & sa cousine, les avoir mis tous sur le cul & rendu quinauds («) : tellement que on parloit de luy jusques à Becherel (f), à son bien grand avantage.

— Il est temps (dist Lubin) faire fin à noz propos, De ma part je men vais retirer, prenant congé de voz bonnes grâces jusques à une autre fois,

(») Au xvi« siècle, la braguette était une pièce séparée qui s'ajustait aux chausses fendues par devant. Attachée derrière, une braguette ne pouvait aisément se détacher : on comprend l'allusion grivoise.

(fe) Persuasion.

(c) Dom. Dam désigne un prêtre, Dom un moine à cette époque.

(d) Les docteurs et lettrés de ce temps aimaient à afficher des thèses et à les soutenir publiquement contre tout venant en arguant, à la manière du mioyen âge, tel Pantagruel à Paris. Les étudiants di^ent encore : « soutenir sa thèse ». Mais Guillaume n'est qu'un savant de village.

(«) « J'ai argué maintes fois contre eux et les ay faits quinaulx et mis de cul », dit Panurge [Pantagruel, ch. xviii).

0 Chef-lieu de canton, arr* de Montfort.

VOUS remerciant de vostre bonne compagnie.

Quoy voyant, tout le reste se retira, chascun à sa chascuniere, remettant le surplus à la prochaine feste, & montèrent sur leurs juments que on leur avoit amenées. Mais avant que partir, maistre Huguet, jà à cheval, se tourna vers les jeunes qui commençoyent à sen aller, & leur dist :

— Enfans, tant que preudhomme ha vie, il ne se doibt esmayer. Au moyen dequoy servez à Dieu, & le craignez, & ne vous souciez au reste : car cest peu de cas que biens & telz poincts de fortunes ausquelz nous confions. Faictes donques grand chère, mes petits Enfans ; riez, jazez, voltigez, gaudissez, beuvez dautant, entretenez les Dames,triumphez, pennadez(a), ballez, gambadez, poussez le dets(^), virez la carte, faictes les tours, faictes le pied de veau («), long ce revers, hault le verre, mettez où il fault, entrez dune pointe (d) avec trois pas en arrière, & ne vous souciez que descrire, toutesfois si vous advisez (e) ! Mais rien (*), ne laissez pas de aller & faictes ce que je vous ay dict, & vous en trouverez bien. Allez,

(a) Gambadez.

(b) Dé.

{^) Faites la révérence.

(d) Entrez hardiment, avec décision.

(®) Si vous vous avisez de faire des livres.

(f) Mais c'est assez.

DE GOBEMOUSCHE 163

mes Enfans, que Dieu vous convoyé ! A Dieu donc, puisque boire ne voulez. Je me recommande à vous.

— Et moy à vous.

— Je vous prie, Tel, menvoyer un cent de lattes, pour embesongner mes couvreurs, au matin, en attendant quil en soit venu de Montfort (»).

— Je le feray, & ny aura faute.

— A Dieu donc !

— Escoutez !

— Allez, allez !

— Si vous ne vouliez dire ?

— Nenny.

— Non (*>).

FIN Puis que ainsi est.

(a) Montfort-sur-Men, chef-lieu d'arr*, Ille-ct-Vilaine. (*>) Dernières bribes de conversation de l'assemblée paysanne qui se sépare.

PBOPOS RUSTIQUES \\

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