DATES
13 Février 1875.
7 Mars 1875.
5 Octobre 1875.
21 Novembre 1875.
20 Novembre 1875.
5 Décembre 1875.
12 Décembre 1875.
14 Janvier 1876.
5 Février 1876.
17 Février 1876.
18 Mars 1876.
19 Mars 1876.
18 Mars 1876.
24 Mars 1876.
la présence de carbonates, mais dans tous les cas le même acide a dissous du fer, facilement mis en évidence au moyen du sulfocyanure de potassium.
Nous avons opéré depuis lors sur des sédiments recueillis à toutes les altitudes et, quoique n'ayant pas toujours été aussi heureux, nous avons cependant pu nous convaincre que, même sur les hautes cimes, la neige fraîche renferme du fer, qu'elle doit nécessairement entraîner dans sa chute à travers les couches d'air.
Quant à la forme sous laquelle se rencontre ce métal, elle varie beaucoup. Nous remarquerons presque toujours cependant, parmi les corpuscules figurés qui tombent sur le fond d'un vase renfermant de la neige fondue , un certain nombre d'entre eux présentant une forme sphérique parfaitement définie. Ce sont ces derniers, de véritables petits globules, surmontés parfois d'une légère boursoufflure , ou de très petits mamelons , qui sont surtout importants à considérer pour l'explication de leur origine. Nous avons reconnu leur existence dans les eaux de pluie récoltées au pluviomètre de l'Hospice du Grand-Saint-Bernard, ainsi que dans la neige fraîche recueillie auprès de cet établissement pendant le mois de décembre 1884, lors d'un séjour que nous y fîmes en plein hiver, précisément dans le but d'étudier les poussières de la neige.
Nous avons retrouvé les mêmes globules carac-
PROPOS SCIENTIFIQUES. Il
téristiques, dont quelques-uns ressemblent à de petites bombes volcaniques , au sein de poussières recueillies un peu partout dans les clochers d'église à Lausanne, Genève, Montreux, Paris, Londres, Rome, Naples, Varsovie, Samara sur le Volga, etc. D'ailleurs , nous n'avons pas eu de peine à reconnaître leur parfaite similitude avec ceux recueillis avant nous par Ehrenberg, Gaston Tissandier et d'autres auteurs , qui avaient appelé l'attention des savants sur certaines pluies extraordinaires de poussières.
M. G. Tissandier a trouvé des globules attirables à l'aimant dans toutes les poussières atmosphériques qu'il a examinées, dans le sédiment de la neige des Alpes prélevée par son frère, M. Albert Tissandier, lors de son ascension du Mont-Blanc en 1874, au col des Fours, k 2710 mètres d'altitude; dans les sédiments de pluies recueillies pendant plusieurs mois à l'Observatoire météorologique de Sainte- Marie-du-Mont (Manche), au milieu de vastes herbages et non loin du voisinage de la mer, enfin dans plus de quarante échantillons de poussières aériennes recueillis dans des localités diverses et sur des monuments élevés (1).
Or, tout en convenant qu'une partie du fer cons-
(1) Gaston Tissandier, Les Poussières de Vair, Paris, 1877, et C, R. de V Académie des sciences de Paris, t. LXXVII, p. 821, et t. LXXXI, p. 576.
taté dans les sédiments atmosphériques peut reconnaître une origine terrestre , il nous paraît difficile de contester qu'une autre partie doit être attribuée à la chute continue de poussières cosmiques. Ce sont des aérolithes microscopiques, des fragments de météorites , des débris de mondes flottant dans les espaces interplanétaires. Notre terre, dans sa marche, les ramasse pour ainsi dire et, une fois entrés dans sa sphère d'attraction, ils tombent dans l'atmosphère à la manière de minuscules étoiles filantes.
L'idée première d'attribuer le fer répandu en poussière dans l'air atmosphérique à une chute de poussières cosmiques appartient, croyons-nous , au grand micrographe Ehrenberg (1). Après avoir analysé sous le microscope plusieurs poussières tombées en pleine mer sur des vaisseaux, soit à l'île de Malte, soit dans l'océan Indien (poussières recueillies par Darwin), ce savant leur attribua d'abord une origine africaine ; mais ayant constaté la différence de couleur entre les poussières de Malte et du Cap-Vert qui sont orangées et le sable d'une blancheur éblouissante qui recouvre le Sahara ; se basant, d'autre part, sur la grande distance géographique qui sépare les lieux où ces poussières furent observées , ainsi que sur leur couleur rougeâtre décelant la présence
(1) Frorieps NoHzen, n» 802, février 1846.
d'une grande quantité d'oxyde de fer, Ehrenberg émit l'hypothèse « qu'elles pourraient bien être soutenues dans les couches supérieures, d'où des causes particulières en détermineraient la chute » (1).
Plus tard, en 1859, le même savant eut l'occasion d'étudier une poussière recueillie par un navire au sud de Java, dans la mer des Indes. Ehrenberg reconnut qu'elle était due à des gouttelettes solides et creuses, analogues à de petites larmes bataviques composées de fer métallique et d'oxydule de fer. Il les considéra comme des parcelles détachées d'une masse météorique, rendue incandescente par son frottement contre les couches aériennes.
Arago était d'ailleurs arrivé aux mêmes conjectures :
« L'observation attentive des chutes de poussières, dit-il dans son Astronomie populaire (2), fait présumer qu'elles ne diffèrent pas essentiellement des chutes d'aérolithes ordinaires. Quelquefois elles ont été accompagnées de chutes de pierres, comme aussi d'un météore de feu. Les poussières paraissent contenir à peu près les mêmes substances que les pierres météoriques. Il semble qu'il n'y a d'autres difTérences que dans la rapidité avec laquelle
(1) Voy. Archives des sciences physiques et naturelles, t. Il, 1846.
(2) François Arago, Astronomie populaire. Nouvelle édition, t. IV, p. 208.
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ces amas de matière chaotique dispersés dans Funivers arrivent dans notre atmosphère. Probablement dans la poussière rouge et noire , Toxyde de fer est la principale matière colorante. »
Le célèbre explorateur des régions polaires , M . Nordenskiôld, a fait connaître plusieurs faits favorables à cette manière de voir. Dans une lettre à M^ Daubrée en date du 9 septembre 1872, il annonce qu'il a trouvé dans une analyse de neige , pratiquée avec toutes les précautions nécessaires, des particules noires comme la suie, contenant, avec une matière organique , de très petites paillettes de fer métallique. Pensant que cette poussière pouvait provenir des cheminées de Stockholm, M. Nordenskiôld pria son frère , qui habitait une région assez déserte de l'intérieur de la Finlande, de lui recueillir de la neige, et il y reconnut les mêmes particules qui, triturées dans un mortier d'agate, furent reconnues pour être du fer métallique. M. Nordenskiôld répéta ses observations au Spitzberg : il remarqua à la surface de la glace et à quelques centimètres plus bas la présence d'une poussière grise, mêlée à de petits grains magnétiques qui n'étaient autres que du fer entouré d'oxyde. « Cette observation, ajoute-t-il, me paraît prouver que la neige et la pluie amènent des poussières cosmiques en petite quantité (1). »
(1) C. R. de V Académie des Sciences de Paris, t. LXXVil, et LXXVIIl, p. 463 et 236.
L'année suivante , en 1874 , le même savant revint sur cette question d'une manière plus affirmative encore. Il donna une analyse plus complète de la neige ramassée par lui sur l'Inlandsis, mer de glace intérieure du Groenland; il y trouva une matière métallique, mais la quantité dont il en disposa était trop minime pour qu'il pût être question d'une analyse quantitative. Cependant, après avoir dissout cette poussière dans l'eau régale et avoir précipité les métaux de la dissolution, il s'assura qu'elle renfermait, outre le fer, du nickel et du cobalt. Ces deux derniers métaux sont également associés au fer dans toutes les météorites, en sorte que leur présence au sein de la poussière des glaces polaires venait appuyer l'hypothèse d'une origine extra-terrestre de ces poussières. En somme, M. Nordenskiôld accepta comme prouvée l'existence « d'une poussière cosmique, tombant imperceptiblement et continuellement ».
Peu à peu, les preuves en faveur de cette conjecture se multiplièrent si bien qu'aucun doute ne put subsister. M. Gaston Tissandier, après avoir minutieusement décrit les formes des globules métalliques, réussit à en faire l'analyse, puis la synthèse. Il en recueillit, pendant plus d'une année, jusqu'à 124 milligrammes , quantité suffisante pour mettre nettement en évidence l'association du nickel au fer. D'autre part, il gratta , à l'aide d'une lame d'à-
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cier, la croûte noirâtre recouvrant une masse de fer météorique tombée en 1847 en Bohème et retrouva, parmi les fragments pulvérulents ainsi détachés , des globules en tout semblables à ceux que nous avons décrits plus haut. Enfin, il démontra que des parcelles de fer prennent, en brûlant, la forme sphérique ; il fit tomber, à travers une flamme d'hydrogène , de la limaille de fer extrêmement fine , puis l'examinant ensuite au microscope, il constata qu'ainsi brûlées, les particules de la limaille ont pris la forme de petites sphères, de même que la poussière tombant d'un briquet à pierre , ou celle qui éclate dans toutes les directions lorsqu'on brûle un fil de fer dans le gaz oxygène , ou encore lorsque quelque bolide se brise dans les régions supérieures de l'atmosphère. La traînée lumineuse , laissée par ces corps errants , ne serait autre que cette poussière à l'état d'incandescence.
Je n'insisterai pas davantage sur l'historique de la question. Gomme nous l'exposions en commençant, il s'agit d'expériences qu'il est extrêmement facile de répéter, expériences qui conduisent à admettre une chute continue d'aérolithes de très petites dimensions, véritable poussière céleste, continuellement entretenue et sans cesse renouvelée par la pulvérisation des météorites circulant dans l'espace. Nous ajouterons, en résumé, que la forme des éléments constitutifs de cette poussière et leur
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présence jusque dans les régions élevées de l'atmosphère ne permet pas de leur attribuer une origine terrestre. On ne conçoit guère comment les vents pourraient soulever jusqu'à plus de deux kilomètres d'altitude des corpuscules de la densité du fer. D'ailleurs, l'analyse spectrale de la lumière des aurores boréales faite par MM. Parent et Wykander a prouvé que son spectre est analogue à celui de la partie inférieure d'une flamme de bougie et indique, par là, la présence de petits corps solides dans les hauteurs où se produit le phénomène des aurores.
Cependant, il faut reconnaître que la constatation de l'existence de la poussière cosmique ne suflit pas. 11 est à présumer que les particules métalliques doivent se rencontrer en plus grande abondance dans notre atmosphère à la suite des pluies d'étoiles filantes des mois d'août et de novembre, mais nous n'en possédons jusqu'ici aucune confirmation. Nous ne savons pas recueillir, dans des conditions absolument semblables, des quantités suffisantes de poussière cosmique pour en pratiquer des dosages comparatifs. 11 faudrait pour cela s'établir au sommet d'une montagne, bien loin des lieux industriels, et laver des volumes considérables d'air ou recueillir de grandes quantités de neige et de pluie. Une telle étude contribuerait sans aucun doute à la solution de plusieurs problèmes relatifs à la physique du
globe. Les espaces interplanétaires ne sont pas purs de tous matériaux solides et, puisqu'il y flotte des particules métalliques très ténues, quel est le rôle de ces particules? Dans quelle mesure par exemple contribuent-elles à la dispersion de la lumière , à l'augmentation de la masse terrestre ? Leur quantité, toute minime qu'elle soit dans un petit espace, n'est assurément pas négligeable, si nous l'envisageons à la longue et sur la surface entière de notre globe. Peut-être même est-elle suffisante , comme l'a fort bien fait voir M. Ch. Dufour, pour expliquer l'accélération séculaire des mouvements de la lune. Le point difficile mais non insoluble est, nous le répétons, de recueillir suffisamment de cette poussière pour la doser avec précision.