‹ Propos scientifiques [microforme]Chapitre 8 sur 24 · RE AG · texte numérisé non relu

RE AG

mineux que le Soleil, et qui tournent autour de leur centre commun de gravité situé à l'intérieur de l'astre principal, et dans des orbites dix fois plus

serrées que celle de Mercure par rapport au Soleil.

Les notions très incomplètes que nous venons de donner font comprendre toute l'importance des études spectroscopiques. Les faits nouveaux qu’elles ont mis en lumière ont forcé les astronomes de modifier sur bien des points les vues couramment admises au sujet de la constitution des étoiles ; il a fallu reconnaitre, en particulier, les différences profondes qu'il y a entre certaines étoiles et notre Soleil : différence de densité, puisqu'il se rencontre des astres plus légers que l'atmosphère terrestre, différence aussi dans l'éclat et dans l'amplitude relative des orbites, puisqu'au lieu d’un astre à éclat constant et relativement très éloigné des planètes qui gravitent autour de

Jui, nous sommes en présence, pour les étoiles à

courte période, de soleils assez rapprochés pour se

pénétrer mutuellement.

L'astronomie stellaire est une science nouvelle et déjà très vaste ; elle se développera sans doute avec rapidité et ses conquêtes feront éclater encore

une fois de plus la merveilleuse ordonnance de la

Création et l’infinie grandeur du Dieu qui en est

l'auteur.

Le 28 août dernier, un journal de Québec racon-

tait l’'émouvante aventure de trois excursionnistes,

surpris, le 23 du même mois, sur les bords du laç

Roberge, dans les Laurentides, par un phénomène météorologique à la fois grandiose et terrifiant. I s'agissait d’une trombe gigantesque dont les ravages se sont fait sentir sur une longueur de cinq à six milles, au point d’obstruer complètement, par l'accumulation de débris d'arbres brisés ou arrachés, le sentier qui conduit du lac Roberge aux lacs du club Marmier, où se rendaient les témoins de l’aventure.

Nous avons des raisons toutes particulières de présenter aujourd’hui aux lecteurs du Canada français, comme sujet de notre première causerie scientifique, une étude sur les trombes tant maritimes que terrestres ; outre l'actualité et l'intérêt de cette question de météorologie canadienne,

(:) Le Canada français, novembre 1918.

nous avons la bonne fortune d’être l’heureux possesseur d’un récit authentique et d’une observation extrêmement précise de la trombe du 23 août, que l’un des témoins oculaires du météore a eu l’amabilité de nous transmettre. (!)

Le lecteur reconnaîtra facilement, par les extraits cités plus loin, que la frayeur bier légitime, dans la situation critique où lui et ses compagnons se trouvaient, n'a fait perdre au distingué narrateur aucune de ses excellentes qualités d’observateur, et que sa remarquable description du phénomène si rare des trombes constitue, pour la science canadienne, une contribution dont personne ne contestera la valeur.

Le lac Roberge, où la trombe du 23 août dernier s’est produite, est situé à 16 arpents à l'est de la gare Gouin, sur Je Transcontinental, à 90 milles de Québec. Il a quatre milles de longueur sur un mille et demi de largeur ; il occupe une position

nord-sud et se décharge à l’ouest en formant la

rivière Tawachiche qui se jette dans la rivière Batiscan, à Saint-Adelphe, comté de Champlain,

() Monsieur l'abbé L.-A. Rousseau, aumônier de l'Hôpital Saint-Michel-Archange (près Québec).

après une course de vingt milles. Plus exacte-

ment, il est localisé, par sa partie nord, dans le canton Hackett (Champlain), et, par sa partie sud, dans le canton Marmier (Portneuf).

Après ces précisions géographiques que nous devons à notre correspondant, voici la relation détaillée qu'il a bien voulu nous communiquer :

‘ Nous venions d’atterrir à l’est après la traversée du lac Roberge. Il est 5 h. 15 m. Quelques minutes plus tard, passe sur nous un orage électrique : il y eut fracas de tonnerre et plusieurs chutes de la foudre, très peu de vent venant du sud, et une pluie modérée qui dura une dizaine de minutes. La pluie cesse alors et un fort vent du sud s’élève dans les hauteurs du ciel, apportant d’épais nuages noirs ; nous apercevons tout bas, à l'horizon vers l'ouest, par une échancrure de la montagne, un long nuage jaune, prélude ordinaire d'un grand vent. Quelques instants plus tard, d’épais nuages noirs, sortent cette fois du nord avec une rapidité étonnante, viennent en contact avec ceux du sud.

‘“ Nous avions hâte de voir le résultat de la rencontre de ces nuages poussés violemment par

des forces contraires. En quelques instants, il se

produit silencieusement une accumulation de nuages tournant ensemble, et qui s’abaissent peu à peu vers la surface de l’eau, près de la décharge du lac. Presque en même temps, nous voyons sur l’eau se former de gros bouillons ; et bientôt s’élève une colonne unissant aux nuages disposés en forme de cône renversé, les eaux du lac dont les bouillons forment en même temps un cône de plusieurs pieds de &ia nètre à la base. Par comparaison avec l’élé:.iion de la montagne située en arrière, nous avons cru constater que la longueur de la colonne de la trombe pouvait être d’au delà 100 pieds.

‘“ Et c’est alors que, de cet engin tournoyant sur lui-même avec une vitesse considérable, nous entendîmes comme sortir un bruit énorme assez semblable à celui que produit une machine à broyer la pierre.

— “ Regardez donc la trombe ! nous disionsnous les uns aux autres.

“Il ne nous restait plus qu’à surveiller la direction qu’allait prendre le météore. Evidemment, nous

eûmes souleur quand nous vîmes la trombe se

diriger vers l’est, vers notre abri, et donc sur

nous !... Quel moment !... Nous sommes perdus !... Et nous recommandons notre âme à Dieu et à sa sainte Mère.... En une minute ou

deux, il se fit un fracas horrible ; la grêle tombait abondamment en même temps que la pluie; et sous l'effort d’un vent irrésistible, la forêt fut prise d’un craquement épouvantable qui ne saurait se décrire... Le temps d’un Pater et de deux Ave, et la tourmente est passée !... Nous sommes bien vivants sous notre abri protecteur qui lui-mème est intact. La Providence nous avait conservés sains et saufs, permettant que nous ayions été épargnés de toute façon dans notre petit camp de calles de cèdre, en forme de toit de six pieds de hauteur, et ayant une inclinaison de 40 degrés... L’ircident, comprenant la formation de la trombe, son parcours sur le lac et son ravage dans la forêt montagneuse près de nous, avait à peine duré cinq minutes !

“Le calme s'étant fait, nous quittons notre abri pour regarder devant nous et autour de nous.

Nous apercevons notre chaloupe du poids de sept

à huit cents livres qua soulevée hors de l’eau, est

138 PROPOS SCIENTIFIQUES simplement retombée renversée sur la terre sans que ses rames aient bougé et que son amarre se soit rompue. Les ondes du lac sont agitées au point de former un raz de marée dont la vague de un pied de hauteur venait expirer avec effort sur le rivage. En arrière, nous voyons des arbres cassés, et il nous semble que sur quatre à cinq arpents de largeur jusqu’au sommet de la montagne qui a bien 250 à 300 pieds d'altitude, il y a dégât complet, abatis général...

‘Il est temps de reprendre notre marche...

À peine avions-nous fait quelques trente pieds

que notre route, naguère si accueillante, est barri-

cadée et comme à l’état de siège. Impossible d'avancer !. Notre chemin est introuvable, abîmé, littéralement disparu dans la tourmente ! Bon gré mal gré, nous avions fait quelques arpents, quand la nuit noire nous force de nous arrêter... Le lendemain vers 7 heures, l’un de nous entreprend un voyage d'information dans le but de savoir si nous pouvions continuer notre ascension sans péril.— ‘“ Il n’y a pas moyen de nous aventurer plus loin ; en haut, c’est pire qu'ici, dit-il ; retournons sur nos pas ”’... Notre retour s’effec-

tuait après trente-une heures d’absence, nous qui étions partis pour...huit jours !... Dans tous les cas, Deo gratias !”

Notre correspondant ajoute que, d’après le rapport d’un expert envoyé par les directeurs du club Marmier, la forêt a été rasée complètement sur une longueur d’au moins cinq milles vers l’est, en partant du lac Roberge dans la direction du lac Profond, et sur une largeur de dix à quinze arpents. On estime que la réparation du chemin près du lac exigera le travail de quatre hommes durant quatre jours, et que, plus loin vers l’est, il faudra

le travail de quatre hommes durant quinze jours.

Comme les différentes particularités qui caractérisent les trombes sont assez variables, il importe maintenant d'entrer dans quelques détails et de relater brièvement le résultat des observations faites dans les différents pays, surtout aux États- Unis où ces météores ont été bien étudiés.

On distingue deux espèces de trombes : les

trombes marines et les trombes terrestres. Les

premières se forment presque toujours par temps calme et ne sont pas ordinairement accompagnées de phénomènes électriques : c’est dans la région des calmes équatoriaux qu’on les rencontre le plus souvent. Quand une trombe est sur le point de se former, on voit, au-dessous de gros nuages noirs peu élevés, pendre une espèce de protubérance en forme d'entonnoir dont la pointe est dirigée vers le bas, et qui s’allonge de plus en plus

vers la mer ; en dessous, l’eau s’agite, tourbil-

lonne et s’élève sous forme d’une colonne liquide

qui finit bientôt par rejoindre la protubérance nuageuse. C’est cette rencontre du nuage qui s’abaisse avec l'eau soulevée qui constitue la trombe. D'après le témoignage de tous les observateurs, il se produit à l’intérieur de ce tube nébuleux, qui tourne sur lui-même avec une grande rapidité, un mouvement ascendant del’eau de la mer, lequel, comme l’affirment quelques-uns, peut se rendre jusqu’au nuage lui-même.

On a remarqué, assez rarement toutefois, que les choses se passent parfois dans l’ordre inverse :

c’est la colonne d’eau qui se soulève la première

Le

et qui rencontre ensuite, après quelque temps, l’entonnoir nuageux dont elle semble avoir provoqué la formation.

Outre le mouvement de rotation dont nous venons de parler, les trombes marines se déplacent aussi, mais avec une vitesse généralement assez modérée, parce qu’elles ne font que subir l’entraînement des nuages qui leur ont donnénaissance. La colonne nébuleuse de la trombe n'est jamais verticale ni rectiligne, mais elle présente plutôt la forme d’un arc ou d’une ligne brisée, et elle disparaît de deux manières, après avoir franchi une certaine distance, soit en se repliant sur ellemême à la manière d’un vers, soit en s'éparpillant dans toutes les directions avec chute considérable d’eau,— les observateurs disent qu’elle crève, — lorsqu’elle se heurte sur un obstacle.

Ces quelques notions suffisent pour caractériser les trombes marines, d'ailleurs rencontrées par très peu de navires, et sur lesquelles les renseignements sont plus ou moins vagues. Portons de préférence notre attention sur les trombes ferrestres, mieux observées que les premières et qui n’en

diffèrent, semble-t-il, que par les dimensions.

= Au lieu d’une dizaine de pieds, diamètre généralement admis pour les trombes marines, la colonne tournoyante des trombes terrestres est beaucoup plus volumineuse et son diamètre à la base peut aller jusqu’à cinq à six cents pieds et méme plus.

Après avoir signalé le fait que la plupart des trombes terrestres, accompagnées d’un vent violent, prennent naissance pendant les orages de la saison chaude sous un cumulo-nimbus qui s’abaisse vers le sol, sous forme d’un cône pointu animé d’un mouvement très rapide de rotation, surtout dans le voisinage du centre de la colonne nuageuse, on peut résumer de la manière suivante les résultats des observations faites en Europe et, en particulier, aux États-Unis où ces curieux météores sont très fréquents :

Bien que les trombes soient très souvent accompagnées de manifestations électriques, de chutes de pluie et de grêle, on a reconnu qu'iln’en est pas toujours ainsi, en particulier pour la trombe de Paris, le 10 septembre 1896 et celle d’Asnières, le 18 juin 1897.

Nous avons vu qu'une trombe se présente

la plupart du temps à nos Yeux sous forme de tube

vaporeux tournant sur lui-même avec une extrême rapidité ; mais ce tube n’existe pas toujours, comme ce fut le cas pour la trombe de Paris en 1896, ou plutôt la trombe n’est pas toujours visible, même quand elle cause beaucoup de dégâts. Ce qui constitue essentiellement une trombe, c'est le mouvement tourbillannant de l'air sous l’influence d’un nuage orageux ; la trombe ne devient visible que par la condensation de la vapeur d’eau qui afflue de toute part duns la colonne d'air en rotation, et sur une longueur d’autant plus variable que la vapeur est plus ou moins voisine de son point de saturation, de sorte que l'apparence nébuleuse peut faire complètement défaut dans le cas d’un air relativement sec.

Les trombes terrestres, comme les trombes marines, ont aussi un mouvement de translation, beaucoup moins rapide de celui de rotation, et qui est compris entre vingt et quarante milles à l'heure. La colonne nébuleuse, entraînée par le nuage orageux dans sa course, est presque toujours oblique par rapport à la verticale, la partie inférieure en arrière. Bien plus, il arrive quel-

quefois qu’elle quitte momentanément le sol et

s'avance par bonds gigantesques, sans cesser, pour quelques cas du moins, d'exercer ses rava-

ges sur les objets terrestres. La partie ravagée

est toujours relativement très restreinte, de trois à quatre cents pieds de largeur sur une longueur ariar : de deux ou trois à une quinzaine de milles.

1 + correspondant que nous avons cité au commencement de cette causerie a noté le bruit particulier qui accompagnait la trombe du lac Roberge, bruit qu’il compare à celui d’une machine broyant de la pierre : un pareil phénomène a été également constaté dans un grand nombre de trombes.

Tantôt on affirme que ce bruit ressemble à celui d’un train de chemin de fer, tantôt on l’assimile à celui de voitures chargées de ferrailles roulant sur un terrain raboteux. La comparaison employée par notre correspondant, on le voit, s’accorde parfaitement bien avec celles qui ont été proposées par les autres témoins des trombes. L'on croit que la cause principale de ce bruit provient du frottement réciproque des débris de toute sorte que la trombe fait tourner avec une

grande vitesse.

Mais les points les plus importants sur lesquels devrait se porter l'attention des observateurs, ce sont, en premier lieu, la variation brusque et instantanée de la pression barométrique au moment du passage d’une trombe, et, d'autre part, les mouvements ascendants dans le tube vaporeux, mouvements constatés par plusieurs observateurs, en particulier par le naturaliste Lamarck.

Il serait à souhaiter que les trombes passassent toutes au-dessus de stations météorologiques mu-

nies de baromètres enregistreurs. Cet heureux

hasard ne s’est présenté que pour quatre trom-

bes, celles du 20 octobre 1894 à Little-Rock, Arkansas, du 10 septembre 1896 à Paris, du 18 juin 1897, à Asnières près Paris et du 17 novembre 1898, observée dans la baie des Bizerte par les vaisseaux français la Tempêteetla Flèche. Les diagrammes obtenus, dans ces quatre stations, sont des traits verticaux, trahissant dans la pression atmosphérique une baisse subite suivie, dans l'intervalle de quelques secondes, d’une hausse correspondante, pendant que des instruments très voisins n’ont indiqué aucune varia-

tion.

Cette dépression barométrique presque instantanée et les mouvements ascendants qui en sont la conséquence jettent une vive lumière sur la nature et l’origine des trombes, comme nous le . verrons plus loin. Bien que la plupart des dégâts causés par les trombes, — arbres brisés ou déracinés, maisons arrachées et transportées à plus de trois cents pieds de distance (États-Unis), toitures soulevées, — s’expliquent par la violence extraordinaire des courants tourbillonnants, il est certains effets qui semblent exiger l’intervention d’un courant ascendant à forte composante verticale.

Tel est le cas, observé aux États-Unis en 1875, d’un lourd véhicule franchissant une clôture de six pieds de hauteur et transporté à une distance

d’une cinquantaine de pieds ; tel est aussi celui

d’une poutre carrée de quarante pieds de long

soulevée au-dessus des maisons, et, croyons-nous, c’est ce qui explique le soulèvement pour ainsi dire sur place de la chaloupe de notre correspondant, sur les bords du lac Roberge.

Les effets produits sur les maisons, qui suppo-

sent une forte pression de dedans en dehors au

point de faire éclater les portes et les fenêtres et même de soulever les toits, trouvent une explication toute naturelle dans cette diminution très brusque et très rapide de la pression de l’air dans l'intérieur de la trombe, comme l’attestent les diagrammes des baromètres enregistreurs. Si la maison est suffisamment close, la diminution de pression n’a pas le temps de se communiquer à l’air intérieur, et il en résulte, dans ce dernier,

une force expansive extraordinaire s': rerçant vers

l'extérieur. C’est, en somme, l’expérience classi-

que, effectuée dans tous les cours de physique, d’une vessie fermée qui se gonfle et même éclate lorsqu'on la soumet au vide de la machine pneumatique.

Nous avons vu plus haut que la petite hutte qui abritait nos excursionnistes a été épargnée par la trombe du 23 août dernier : c’est que, tout probablement, la trombe, qui devait s’avancer obliquement la partie inférieure en arrière, a glissé sur le toit peu élevé et incliné de la hutte, et que, d'autre part, par les ouvertures nombreuses laissées entre les planches mal assujetties, la diminu-

tion de pression a pu rapidement se faire sentir

dans son intérieur ; c’est le cas d’une vessie percée de trous que l’on voudrait faire éclater, évidemment sans succès, dans le vide de la machi-

ne pneumatique.

Comment explique-t-on les trombes et quelles en sont la nature et l’origine ?

Avant de répondre directement à cette question, il est important de déclarer qu’il faut bien se garder de confondre les trombes avec les cyclones, comme cela arrive quelquefois dans les journaux, notamment au sujet de la trombe du lac Roberge et de celle qui a ravagé Régina, en juin 1912.

Les trombes et les cyclones n’ont de commun

que leur doubl: mouvement tourbillonnant et de

translation, mais diffèrent nettement par tous leurs autres caractères. Les cyclones sont des phénomènes de circulation générale de l’atmosphère, à lois parfaitement définies, et dont le diamètre est toujours très grand par rapport à la hauteur ; onen a déjà observé d’assez considérables pour couvrir toute la région du continent

américain qui s'étend depuis les Grands Lacs jusqu’à Terre-Neuve. On compare un cyclone à une pièce de monnaie, beaucoup moins épaisse que large.

Les trombes, au contraire, sont des perturbations purement locales, de dimensions très restreintes et dont les ravages ne se font sentir que sur quelques milles. Ce sont des accidents dans un orage, elles prennent naissance dans un cumulo-nimbus orageux et meurent avec lui. Si l’on figure un cyclone par un disque, on représente une trombe par un fil, beaucoup plus long que large.

Laissant de côté certaines théories qui ont été

proposées pour expliquer les trombes et qui sont

en contradiction avec plusieurs faits bien cons-

tatés, on peut soutenir, en partant des deux principaux phénomènes que nous avons signalés plus haut, c’est-à-dire la diminution brusque de pression et les mouvements ascendants dans le tube vaporeux, que ies trombes résultent de remous, de tourbillons très rapides dans la partie inférieure d’un nuage orageux. Pour provoquer la nais-

sance de pareils tourbillons, il suffit d'admettre,

en un point déterminé du cumulo-nimbus, la rencontre de courants d’air voisins animés de vitesses différentes, ou de deux courants allant en sens inverses l'un de l'autre. Ce mouvement tourbillonnant de l’air produit alors une force centrifuge très énergique et, par suite, une dépression barométrique intense que l’air inférieur voisin vient combler en se soulevant et en tournant sur lui-même. L'appel de l’air qui se fait au sein du nuage, pourvu que la hauteur de ce dernier ne dépasse pas quelques 3,000 pieds, se communiquerait ensuite de proche en proche dans les couches plus hasses de l’atmopshère et constituerait un tourbillon pouvant atteindre le sol, soulever les objets et produire, par conséquent, les mouvements ascendants caractéristiques des trombes. Le soulèvement de l’eau, dans les trombes ma-

rines en particulier, a été réalisé expérimentale-

ment par l'ingénieur français M. Weyÿher, au moyen d’un moulinet tournant très rapidement au-dessus d’un bassin plein d’eau.

Cette théorie, déjà esquissée par Franklin et développée par M. Alfred Angot dans son Traité élémentaire de météorologie, paraît suffisamment

plausible et rend compte des principales propriétés des trombes. On se rappelle que notre correspondant a signalé, pour la trombe du lac Roberge, la rencontre de nuages jaunes et noirs poussés Îles uns vers les autres par de violents courants d’air animés de vitesses contraires. Ce sont peut-être ces courants qui ont produit le mouvement tourbillonnant de l'air, cause de la trombe dont il a été le fortuné témoin.

Ajoutons, pour terminer, que la trombe a traversé le lac de l’ouest à l’est : c'est bien la direc-

tion que suivent tous les orages en notre pays et

qui s'explique par les lois générales qui régissent

toute la météorologie américaine et canadienne.

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Durant le cours de l’année dernière, surtout pendant quelques belles nuits du printemps, nous avons été témoins de splendides phénomènes lumineux, sous forme de lueurs verdâtres ou violacées qui sillonnaient une partie du ciel de traînées brillantes, ou qui se projetaient sur la voûte céleste en longs faisceaux de rayons colorés comparables à des fusées d’artifice.

Nos bonnes gens disent alors qu'il y a des tirants dans le nord, ou bien encore, à cause des mouvements très curieux des lueurs qui font croire à une danse désordonnée dans les profondeurs du ciel, ils les appellent des marionnettes.

Les physiciens et les météorologistes, tout en reconnaissant et appréciant ce qu’il peut y avoir de poétique et même d’exact dans ces appellations, désignent ces remarquables manifesta-

tions lumineuses de la haute atmosphère sous le

G) Le Canada français, février 1919.

nom d’aurores polaires. On entend dire le plus souvent aurores boréales : ce sont celles que l’on observe dans notre hémisphère, et l’on nomme aurores australes celles qui se manifestent au voisinage du pôle sud. Il est prouvé maintenant par des observations suivies que ces deux classes d’aurores apparaissent toujours simultanément et sont, par suite, intimement liées entre elles. Quelquefois aussi, mais très rarement, une même

aurore s'étend d’un pôle à l’autre et couvre, sur

une largeur plus ou moins grande, toute l'éten-

due du firmament.

Les aurores boréales ont été observées de toute antiquité: Aristote et Sénèque en font mention et Pline les redoutait comme les présages des plus tragiques événements. Au moyen-âge, les aurores boréales semaient l’épouvante parmi les populations. Les recits du temps, au sujet de ce brillant météore, parlent de têtes hideuses à cheveux hérissés, d’épées sanglantes et de torches enflammées que l'imagination exaltée par la frayeur voyait apparaître dans les couches atmosphériques.

D'après’ la chronique de Louis XI, on vit à Paris, le 23 juillet 1461, un météore ‘‘ avec grand resplendisseur et grande clarté, tellement qu'il semblait que tout Paris fût en feu et en flambe, dont Dieu veuille le préserver !”” Ce fut de même le 18 novembre 1465, pendant les troubles de la Ligue du bien public. ‘ Le roi Louis XI monta à cheval et s’en alla sur les murs ; ious les quartiers furent assemblés et chacun prit son

poste de garde aux murailles. Le bruit courait

que les ennemis, devant Paris, s'en allaient brû-

lant et endommageant la ville partout où ils pouvaient, et fut trouvé que, de tout ce, il n’était rien ”.

Même à une époque beaucoup plus rapprochée de la nôtre, les aurores boréales ont souvent répandu la terreur parmi le peuple. Voici ce que rapporte Jules Gay, dans ses “Lectures scientifiques”, au sujet des aurores parues à Paris pendant la guerre franco-prusienne :

‘Nous avons connu ces émotions, nous qui avons été témoins, pendant le siège de Paris par l’armée prussienne, des deux aurores boréales du

moins d'octobre. Dès le commencement de la

nuit, à la première apparition, une lueur se remarquait au nord, et, peu à peu, le ciel s'éclairait d'une nuance rose, qui en envahissait la moitié. De temps à autre s’élançaient des rayons colorés, presque toujours d'un rouge de sang très intense, tandis que se montraient, çà et là, au-dessus de Paris, des plaques rouges, sanglantes aussi. Au moment où le phénomène touchait à son terme et quand le ciel s'assombrissait déjà, on vit, tout d’un coup, la couleur rouge resplendir encore d'un effrayant éclat. Le lendemain, l'apparition recommençait avec une intensité un peu moindre et laissait voir des irradiations blanches, lumineuses, dont le centre était placé vers la constellation

de Pégase ; traduisant les impressions de leur

âme, les uns en comparaient l’aspect à une gloire,

les autres à une croix. Parmi les habitants de Paris, il en est peu que ces phénomènes n'aient saisis de crainte et à qui, dès l’abord, ils n'aient inspiré la pensée qu’une grande machine incendiaire était mise en jeu, pour forcer les muräilles ou pour démoraliser leurs défenseurs. Il en est

peu qui, voyant qu'il s’agissait seulement d’une

aurore boréale d'une espèce rare, n'aient cherché alors quels pronostics heureux ou malheureux

pouvait en tirer leur patriotisme ému.

“L'aurore du septentrion, comme l'appelait Grégoire de Tours, il y a treize cents ans, offre des aspects qui varient un peu avec les latitudes. Dans les régions polaires, où elle s’observe souvent, elle n’étonne guère et se confond même avec le crépuscule. Dans le centre de l’Europe, où le phénomène, moins fréquent, est presque toujours caractérisé par un ciel sanglant et par des traits rapides, qui jaillissent dans l'espace comme des lances ou des javelots, son aspect justifie les récits qui nous montrent dans le ciel des armées s'entrechoquant avec fureur, au milieu d'une vapeur enflammée. En Calabre, où les apparitions sont plus rares, on y a vu des arcades, des portiques : le palais de la fée Morgane. La Grèce, toujours poétique et plus rarement favorisée de la visite des aurores polaires, contemplait, dans le cielembelli par leurs feux, l'assemblée des dieux, tenant conseil sur l'Olympe, en présence de Ju-

piter.” .

C'est surtout dans les froides régions des hautes

latitudes, dans le voisinage des cercles polaires,

que l’on contemple le plus souvent le magnifique phénomène des aurores polaires. Si l'on réunit par des lignes continues tous les points de la terre où l’on voit annuellement le même nombre d’aurores, on obtient des courbes fermées, presque circulaires, qu’on appelle des courbes isochasmes. L'isochasme de plus grande intensité, c'est-à-dire qui passe par les points où les aurores sont le plus fréquemment observées, traverse la partie septentrionale de l'Ungava. de la baie d'Hudson, des territoires du Nord-Ouest et de l’Alaska, puis, après avoir circulé dans l'Océan glacial arctique. effleure le nord de la Sibérie et de la Norvège. Le nombre des aurores diminue si l'observateur s'éloigne de cette ligne, au nord ou au sud.. Elles sont plutôt rares dans les régions tempérées. et ne se voient que par exception à l'équateur.

.… L'aspect des aurores polaires. de même que leur étendue dans le ciel, les formes et les colorations qu’elles affectent, sont très variables ; outre que leur fréquence dépend du lieu d’observation et

de l’époque de l’année, on remarque qu’elles sont

d’autant plus belles que l’on est plus rapproché du pôle magnétique terrestre. Une aurore complète, classique, comme on pourrait l'appeler, se présente sous la forme d’un arc brillant dont les extrémités s'appuient sur l'horizon et dont le centre est à peu près dans le plan du méridien magnétique. L'espace compris à l'intérieur de l'arc, à cause de l'obscurité qui y règne, porte le nom de segment obscur. De tous les points extérieurs de la bande lumineuse, qui augmente d'épaisseur et d'éclat à mesure que le météore se développe, s’échappent des traînées éclatantes, des rayons verdâtres, violacés, souvent empourprés, animés de mouvements très rapides. Ces rayons empiètent quelquefois les uns sur les autres et simulent l'aspect de draperies étincelantes agitées par le vent.

Les rayons lancés dans l’espace par l’arc auroral

présentent une direction parallèle à l'aiguille

d’inclinaison et se dirigent vers un point du ciel, appelé le zénith magnétique, où va aboutir le prolongement de cette aiguille. Ils forment alors

ce qu’on nomme la couronne et, envahissant quel-

quefois tout le ciel, se disposent comme une immense coupole agitée d’où jaillissent mille

feux diversement colorés.

On voit aussi, dans certaines aurores boréales, plusieurs arcs lumineux se succédant les uns aux

autres et alternant avec des bandes obscures ;

le phénomène, d’autre part, n’est pas toujours P P J

aussi complet ni aussi brillant que nous venons de le décrire. L’arc auroral n’est pas toujours visible, surtout pour les localités trop éloignées du pôle magnétique ; dans ces conditions, on ne voit qu’une partie des rayons ou une lueur qui

peut se confondre avec l’aurore solaire ordinaire.

Ajoutons que les aurores polaires ne se produisent pas toujours à la même hauteur dans l’atmosphère ; d’après certains observateurs, on leur assigne quelquefois une hauteur de 150 kilomètres, tandis que d’autres sont assez rapprochées du sol pour qu'on les voie se projeter sur les collines du

voisinage.

Les aurores boréales sont surtout remarquables par les rapports qu’elles ont avec le magnétisme

terrestre.

L'on shit que la Terre se comporte comme un aimant et que son voisinage est un véritable champ magnétique qu'on appelle le champ terrestre. Une aiguille aimantée, mobile dans un plan horizontal, prend une direction déterminée, différente quelque peu de celle du méridien géographique, suivant les localités ; le plan vertical qui passe par les deux pôles d’une aiguille aimantée s’appelle le méridien magnétique et l'angle déterminé par le méridien magnétique et le méridien géographique d’un lieu constitue la déclinaison magnétique de ce lieu. Si, d’autre part, dans le

plan du méridien magnétique, on suspend une

aiguille aimantée par son centre de gravité, elle prendra la direction des lignes de force magnétiques, et l’angle qu’elle fait avec l’horizon s’appelle l’inclinaison magnétique.

La déclinaison est orientale ou occidentale suivant que l’extrémité nord de l’aiguille aimantée est à l’est ou à l’ouest du méridien astronomique ; de même, l’inclinaison est positive ou négative suivant que le péle nord ou le pôle sud de l'aiguille est au-dessous de l’horizon.

La déclinaison, le 16 septembre 1887, était, à Québec, 17° 12’ 14” ouest, et l’inclinaison, 76° 5’.

Les nombreuses observations faites aux différents points du globe ont. montré que la distribution du magnétisme terrestre varie dans de larges limites d’un lieu à un autre. Si, sur un globe qui représente la Terre, on fait passer des lignes par tous les points où l’on observe même déclinaison, on obtient ce que l’on a appelé des lignes isogones, qui ressemblent quelque peu aux méridiens géographiques ; on réserve, d'autre part, aux lignes qui joignent les points de même inclinaison le nom de lignes isoclines, lesquelles ont grossièrement la forme des parallèles terrestres. Parmi ces lignes, il en est une le long de laquelle l'inclinaison est nulle, c’est-à-dire que l'aiguille se tient horizontale comme les lignes de force magnétiques qui la dirigent : c'est l'équateur magnétique, qui s’écarte quelque peu de part et d’autre de l’équateur terrestre. L’inclinaison devient positive ou négative et augmente progressivement, dans l’un et l’autre hémisphère, à mesure que l’on s'éloigne de l’équateur, jusqu’à deux points , particuliers,

appelés pôles magnétiques, où l’inclinaison vaut

90° et où l'aiguille d’inclinaison est verticale. L'un de ces points est situé au nord de l’Amérique, vers le 75° degré de latitude nord, et l’autre au sud. de l’Australie, vers le 72° degré de latitude sud, ce qui montre qu’ils ne coïncident pas avec les pôles géographiques de la Terre.

Les études poursuivies par de nombreux phy-

siciens ont révélé ce fait important, à savoir que

les éléments du magnétisme terrestre manquent

absolument de stabilité et subissent des variations importantes que l’on peut comprendre sous deux catégories distinctes : les variations périodiques et les variations accidentelles.

Les premières sont ou à longue période ou à période beaucoup plus courte. La déclinaison varie continuellement pour un même lièu et peut même changer de signe, c'est-à-dire d’orientale devenir occidentale ou vice-versa. C’est ainsi qu’à Paris, la déclinaison orientale a diminué de l’année 1600 à 1666, où elle est devenue nulle ; depuis cette époque, elle est occidentale et elle redeviendra nulle vers l’an 2031. A Québec, la déclinaison occidentale va en diminuarit chaque année et

tend à devenir orientale.

a mo

Ces variations semblent démontrer que la ligne des pôles magnétiques tourne d’un mouvement uniforme autour des pôles géographiques dans une période évaluée à environ sept cent trente ans.

Mais les éléments magnétiques, et surtout la déclinaison, subissent des variations de périodes beaucoup plus courtes, appelées variations diurnes et variations annuelles. La déclinaison passe par deux maxima et deux minima en vingt quatre heures : de plus, l'amplitude de ces variations est plus grande au solstice d'été et diminue près du solstice d'hiver. On remarque aussi que la déclinaïisôn, maximum au mois de mars. diminue d’une

manière continue et devient minimum en juillet.

Les autres variations n'ont pas ce caractère remarquable de périodicité ; on les appelle variations accidentelles et elles se trahissent sous forme

de perturbations qui n’offrent aucune régularité,

comme l'attestent les indications des instruments

enregistreurs : ce sont les orages magnétiques, qui se font sentir sur une étendue considérable de la surface terrestre et coïncident, s'ils n’en sont pas

Ja cause, avec les courants telluriques.

LES AURORES POLAIRES 167 En

On appelle ainsi des courants électriques qui circulent sans cause connue et avec une grande irrégularité sur les fils télégraphiques, tant souterrains qu'aériens, et qui, par leur force électromotrice souvent très grande, troublent les communications télégraphiques au point de les rendre inintelligibles, affectent les sonneries et produisent souvent des étincelles.

Chose très curieuse, il y a une relation remarquable entre ces différents phénomènes magnétiques et électriques et les aurores boréales. Cellesci accompagnent presque toujours les orages magnétiques et les grandes variations des courants telluriques. Pour ne citer qu’un exemple entre mille, nous traduisons une note parue le 10 août 1917 dans le journal Evening World, de New-York:

‘ La nuit dernière, un orage électromagnétique d'une grande violence est passé sur toute la partie orientale des États-Unis. Causé par une brillante

aurore boréale,— the Northern Lights,— il a

interrompu pendant plusieurs heures toutes

communications par télégraphe et par téléphone à longue distance. Entre New-York et les locali-

tés situées à l’ouest, il a été impossible d'envoyer

LP

aucun message télégraphique. . Il a été impossible également, entre 12 h. 15 m. A. M.et 9 h. 15 m. À. M. de faire fonctionner les câbles trans-

atlantiques. . .”

Nous avons déjà signalé le fait que l'arc auroral est toujours orienté symétriquer.ent par rapport au méridien magnétique et qu: les rayons qui s'en échappent, même quand ils affectent la forme de draperies flottantes, sont parallèles à l'airuille d’'inclinaison et suivent, vers la voûte du ciel, la même direction.

Outre cette particularité qui n'est certes pas l'effet du hasard, on remarque que le printemps et l'automne, époques des maxima de la fréquence des aurores boréales, sont les saisons où s’observent les maxima des valeurs de la déclinaison magnétique.

Enfin. le magnétisme terrestre et les aurores polaires paraissent subir l'influence des taches du Soleil.

Quelles que soient leur origine et les hypothèses que l’on a émises pour les expliquer, les taches du Soleil sont des surfaces sombres, très irrégu-

lières de formes, que l’on aperçoit sur le disque

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