SUR L'ART DE DEMAIN
J'ai l'impression que — du train dont va l'art d'aujourd'hui, de la façon que se forment aujourd'hui les artistes, surtout les peintres, et vu que la manifestation de l'intelligence, de la pensée, de l'Esprit enfin, n'est plus, ni pour ceux qui pratiquent l'art, ni pour le public, ni pour la critique, le but, la loi, la fin de l'Art — j'ai l'impression que le moment est proche où la peinture n'intéressera plus personne, ne donnera plus de joie à personne, n'aura plus de raison d'être, n'existera plus. Ce sont les peintres eux-mêmes qui l'auront tuée.
Ils ne croient qu'à la couleur pour la
couleur, ils ne se soucient que d'effets de couleur, la couleur est tout leur idéal. (Ce qui ne veut pas dire — loin de là — qu'ils soient des coloristes !) Or, étant donné raffinement incontestable du goût, l'espèce d'instinct, d'intuition de la couleur dont on voit que tant de gens de nos jours sont doués, qui ne sent que dans cette spécialité où se cantonnent les peintres, un tapissier, un brodeur, le premier couturier venu, la première modiste venue en sait infiniment plus qu'eux, possède une expérience infiniment plus riche que La leur, se révèle à tout instant plus capable qu'eux de réalisations qui ne sont à aucun point de vue inférieures à celles auxquelles, cependant, ils doivent le grand et exceptionnel prestige dont ils jouissent. Le tapissier, le brodeur, le couturier, la modiste, ont, en tout cas, sur le peintre une supériorité manifeste. Ils travaillent dans la vie, sur la vie, avec la vie, pour la vie; ils sont ce que l'on pourrait appeler des coloristes vivants. Ils ont à leur disposition une palette extraordinairement
CHEMIN DE FER DU NORD
1er OVIeti X O 1 C3
Via CALAIS ou BOULOGNE