PROPOS SUR LES RE M
et des déesses et quand, dans les fêtes publiques, ils offrirent à la contemplation de la foule le corps dévoilé des beautés de leur temps, nul ne songea à s'en choquer.
Quant à nous, nous n'avons plus assez de santé, ni physique ni morale, nous avons trop d'hypocrisie pour en faire autant... et nous avons inventé le déshabillé, qui est au nu ce que la prostitution est à l'amour; nous avons le cynisme de regarder de tous nos yeux, de tous nos yeux écarquillés, des danses et des pantomimes simplement erotiques et nous poussons les hauts cris, scandalisés, à l'apparition, dune femme nue sur la scène, en nous voilant pudiquement la face de nos mains; mais entre nos doigts écartés, comme entre les branches derrière lesquelles ils se tenaient cachés, les deux vieillards contemplaient Suzanne, obsédés d'impurs de-sirs, lubriquement, nous nous en repaissons les regards.
Que prouve tout ceci ? Mue nous avons perdu le sens de la beauté et que nous
avons perdu le sens de l'art. Nous avons séparé l'art de la vie, nous l'avons relégué dans les académies et les musées ; c'est pourquoi notre vie est laide et vulgaire, basse et lourde à vivre.