‹ Propos sur les beautés du temps présentChapitre 47 sur 48 · UP · texte numérisé non relu

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de pouvoir la contempler, radieuse, énergique et sereine.

Elle qui était restée si longtemps assise au bord du chemin à écouter inquiètement les voix de l'avenir, elle s'est dressée. Nous qui ne l'avions pas encore vue debout, nous ne savions pas qu'elle était si grande.

Elle qui détournait obstinément de nous ses regards pour interroger l'horizon de son destin, elle abaisse à présent vers nous des yeux confiants et qu'enflamme l'espoir.

Elle de qui la bouche demeurait muette, elle qui si longtemps s'est tue, elle parle. Nous n'avions pas encore entendu sa voix ; nous ne connaissions pas encore le son de sa voix. Elle parle, elle nous dit :

« Mes fils, mes lils, je vous croyais perdus... je vous retrouve. Nous avez grandi dans l'angoisse et le doute, parmi l'horreur des charniers à peine recouverts' de terre et des ruines fumantes... j'étais trop blessée pour m'occuper de vous comme il* eût fallu et vous avez eu de mauvais maîtres. Des hommes sont venus qui vous

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ont versé le poison des sophismes égoïstes et des malsaines utopies ; les apôtres du renoncement et de l'abdication vous ont prêches et conquis, et un jour fut où je cessai d'être pour vous la plus belle et la plus douce et la plus généreuse des patries et où, égarés par le charme de leur parole impie, vous vous êtes demandé s'il n'était pas vrai qu'il y eût au monde une patrie aussi belle, aussi douce et aussi généreuse que la vôtre, et vous avez failli blasphémer mon nom.

« Mais voici que vos paupières se sont levées et que vous m'avez reconnue. Vous avez chassé les prêcheurs de mensonge, les marchands d'orviétan internationaliste, les mauvais bergers qui vous menaient aux boucheries, vous vous êtes serrés contre mes flancs... Et je me suis sentie revivre ; le sang rouge de votre énergie reconquise m'a réchauffée ; je ressuscite, puisque tous, tous, vous m'aimez.

« C'est de vous, mes fils, que je tire ma force. Je n'étais faible que de votre faiblesse ; je n'étais humiliée que de vous

savoir oublieux de votre vertu ; si j'ai tant pleuré, c'est de vous avoir vus désunis. Mais joie! ô joie! ô joie! les millions de cœurs de mon peuple ne battent plus que d'un seul battement; les millions de bouches de mon peuple ne parlent plus qu'une seule langue !

« Regardez-moi, mes fils; je suis celle pour l'amour et la défense de qui, joyeusement, vos pères ont versé leur vie sur tous les champs de bataille du monde.

« Regardez-moi, mes fils. Pour que je sois la plus belle de toutes, les hommes, à travers les siècles, ont peiné et lutté joyeusement, et la lumière des chefsd'œuvre, dont les artistes et les poètes ont enrichi mes demeures, a illuminé la terre.

« Regardez-moi, mes fils. Je suis la force harmonieuse, la mesure et l'équilibre, l'audace consciente, la raison claire. Je suis patiente et sage, tenace et hardie. Je suis la mère des idées généreuses et c'est vers moi que portent leurs regards tous ceux qui croient à l'Idéal.

« Mes fils, -restez unis tout près de moi ; qu'il ne passe plus entre vos lèvres que des paroles d'amour ! Joignez vos mains, si vous me voulez forte, si vous voulezque je sois de nouveau la première partout !

« L'heure est grave, que marque l'aiguille du destin. Sachez vouloir et vous pourrez. Donnez aux peuples qui, de toutes les rives du monde, ont les yeux fixés sur vous, l'exemple que vous leur avez si souvent donné, jadis, du courage inflexible et de l'énergie fière, et soyez prêts, pour mon honneur, à tous les sacrifices et à tous les héroïsmes... »

Nous autres, qui savions à peine épeler votre nom, ô notre douce France, quand se leva l'aube sanglante de l'Année maudite, nous avons vu enfin s'éclairer votre visage et nous avons pleuré de joie. Et les prophétiques paroles nous sont revenues à la mémoire, qu'au lendemain de nos désastres, là-bas, proférait le grand Walt "NYhitman :

<«. O étoile ! O nef de France ! longtemps repoussée et déroutée ! — Tiens bon, ô

orbe frappé ! Poursuis ta course, ô nef!

« Aussi sûre que la nef qui nous porte tous, la Terre elle-même, — Produit du mortel feu et du chaos hagard, — Qui, de ses spasmes furieux et de ses poisons, — A jailli à la fin en son absolue puissance et beauté, — Pour poursuivre sa course sous le soleil, — Tu poursuivras la tienne, ô nef de France !

« Une fois le temps accompli, les nuages dissipés, — Une fois achevé le travail d'enfantement, la délivrance à laquelle depuis si longtemps tu t'efforces, — Mois, que vois-je ! née une seconde fois, dominant le monde d'Europe — ( De là répondant joyeuse à notre Amérique et la reflétant en un lointain vis-à-vis:, — De nouveau ton étoile, ô France ! ta belle étoile lumineuse, — Plus claire, plus éclatante que jamais, dans le calme du firmament, — Rayonnera immortelle. »

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