‹ Propositions de médecineChapitre 7 sur 8 · BBDITS VASCULAIRES CHEZ LES ENFANTS · texte numérisé non relu

BBDITS VASCULAIRES CHEZ LES ENFANTS

i. Dans les traités spéciaux consacrés aux maladies de l’enfance, on ne trouve çà et là que des indications très-incomplètes sur les bruits vasculaires. Sans rechercher la cause de cette lacune, je ferai remarquer que les médecins n’attachent pas en général une importance suffisante à la recherche des bruits vasculaires; pour eux les faits de cette nature sont plutôt curieux qu’utiles, et leur étude ne saurait fournir les éléments d’un diagnostic, non plus que des indications pour le traitement.

II. Ébauchée par Laennec, la question des bruits vasculaires fut reprise par différents observateurs; je signalerai surtout les travaux de M. le professeur Bouiiiaud, de M. Laharpe et de M. Aran. Ce dernier auteur, qui a importé parmi nous les idées de Hope, a beaucoup contribué à populariser l’étude des bruits vasculaires; mais c’est surtout depuis les remarquables travaux de M. Beau que cette question a pris une importance clinique toute nouvelle.

Laennec, on le sait, n’avait constaté l’existence de bruits carotidiens anormaux que chez les jeunes hypochondriaques ; M. Beau a fait voir que ces troubles circulatoires existent dans un grand nombre d’étals pathologiques distincts. Dans toutes ces maladies à bruits vasculaires, pour me servir de l’expression de M. Beau, il y a une augmentation

plus ou moins considérable de la masse sanguine et une diminution dans le chiffre des globules.

Parmi toutes ces affections, il en est quelques-unes qui sont exceptionnelles chez les enfants; d’autres, telles que les fièvres éruptives par exemple, sont en* quelque sorte du domaine de l’enfance et méritent de nous occuper spécialement.

Pendant mon internat à l’hôpital des Enfants, j’ai ausculté la plupart des malades qui se sont présentés à mon observation, et les troubles circulatoires caractérisés par l’existence de bruits dans les vaisseaux m’ont paru très-fréquents.

Je vais donner ici une analyse abrégée des observations que j’ai 4ites sur ce point ; presque toujours elles ne feront que confirmer les résultats signalés par M. Beau.

III. Notre savant maître a établi l’existence des bruits artériels dans les fièvres éruptives, et, à l’appui de cette proposition, j’ai publié, dans la Gazette médicale du 2 août 1855, deux observations très-concluantes.

De ces deux faits, l’un était un cas de rougeole observé chez un adulte. Depuis cette époque, j’ai vu un grand nombre d’éruptions morbilleuses, et je puis affirmer que toujours l’auscultation m’a révélé l’existence de bruits carotidiens pendant la période fébrile.

J’ai retrouvé 7 observations de rougeole prises en détail sur des enfants dont le plus âgé avait 13 ans et le plus jeune 3 ans. Dans tous ces cas, j’ai remarqué l’ampleur du pouls ; il existait un bruit de souffle continu dans la région carotidienne, ce bruit s’accompagnait d’un frémissement cataire très-manifeste. Un seul de ces enfants, âgé de 7 ans et demi, a présenté en même temps un bruit de souffle au coeur; ce bruit anormal n’existait plus au troisième jour de l’éruption, alors que l’on percevait encore les bruits carotidiens. .Chez trois de ces malades, la disparition des bruits a suivi immédiatement la chute de la fièvre.

Tout ce que je viens de dire de la rougeole s’applique de point

en point a la scarlatine, sur laquelle je ne crois pas devoir insister davantage.

IV. Comme on n’a pas encore publié de fait analogue au suivant, j’ai cru devoir le reproduire avec quelques détails; c’est, comme on le verra, un cas de varicelle qui s’est présenté avec les troubles vasculaires qui caractérisent les fièvres éruptives.

Louise, 3 ans et demi, vaccinée, est entrée dans la salle, le 22 avril, avec une éruption qui a débuté il y a trois jours. Sur quelques points, on voit une simple rougeur ; sur d’autres, de petites bulles ou des vésicales entourées d’une auréole rouge.

Il y a de la fièvre ; on trouve au cou un bruit de souffle continu, avec frémissement cataire ; rien au cœur.

Le 26, il n’existe pas de souffle, la fièvre est tombée, et il ne s’est pas développé de nouvelles bulles.

V. Le fait suivant mérite également une mention spéciale; c’est un cas de fièvre herpétique, se comportant, au point de vue des bruits vasculaires, comme les fièvres éruptives que nous avons étudiées jusqu’ici.

Le 13 mai, il est entré dans la salle Sainte-Catherine une petite fille malade depuis le matin. ¥

L’exploration des divers organes rie révèle aucune lésion appréciable.

La fièvre est intense, le pouls plein ; on trouve dans les carotides un bruit continu, avec frémissement cataire; au cœur, il existe un bruit de souffle très-léger.

La langue est blanche, il y a de la céphalalgie.

Le 15, la fièvre tombe, et on voit apparaître des plaques d’herpès sur les commissures labiales.

Le 16, le pouls est encore un peu accéléré, la langue est toujours blanche, le bruit de souffle a disparu.

VI. Dans un cas de variole bénigne „ observée chez un enfant non vacciné, il existait, deux jours avant l’éruption, un pouls plein, presque percutant, et un bruit de diable, avec frémissement cataire dans les carotides. Quatre jours après, la fièvre était tombée et les bruits anormaux avaient disparu.

VII. Ce qui a été dit de la rougeole et de la scarlatine s’applique à la fièvre typhoïde, dont j’ai été à même d’étudier un grand nombre de cas. Dans tous ceux dont j’ai conservé la relation, le cœur n’a présenté aucun bruit anormal.

Comme on le voit, la fièvre typhoïde des enfants se rapproche, an point de vue des bruits vasculaires, de celle des adultes, dont elle diffère, à d’autres égards, d’une manière quelquefois si tranchée.

VIII. Dans un cas de méningite tuberculeuse, l’auscultation n’a révélé aucun bruit anormal. Si cette observation se répétait, on aurait un excellent moyeîi de différencier cette maladie d’avec la fièvre typhoïde, ce qui n’est pas, comme on le sait, toujours facile.

J’ai encore constaté l’existence des bruits vasculaires dans un cas de rhumatisme articulaire aigu, chez plusieurs malades atteints de croup, dans quelques cas dq coqueluche, et dans beaucoup de chloroanémies.

IX. Chez, aucun de nos malades, à part deux exceptions que nous avons signalées, il n’existait de bruit anormal au cœur, alors que rausciiltation constatait dans les carotides un bruit de souffle continu, le plus souvent très-intense, et s’accompagnant de frémissement cataire.

C’est là un fait important, sur lequel je crois devoir appeler l’attention, parce qu’il est particulier à l’enfance; chez l’adulte en effet, qu'and les bruits carotidiens sont intenses, ils s’accompagnent pre.sque toujours d’un bruit de souffle au premier temps du cœur.

Pour M. Beau, ce bruit cardiaque existe nécessairement quand

on constate un bruit anormal dans la carotide ; mais sa faiblesse le rend, dans un grand nombre de circonstances, imperceptible; d’autres fois il est intercepté par le poumon, qui recouvre complètement le cœur.

Faut-il nous contenter de cette explication dans les cas si nombreux où nous avons constaté l’absence du bruit cardiaque? Nous ne le pensons pas; car rien, dans les caractères des bruits du cœur, ne pouvait nous faire croire à leur éloignement.

11 y a donc là une difficulté qu’il me suffit d’avoir signalée, ne pouvant la résoudre pour le présent.

Voici un autre fait d’observation qui n’est peut-être pas sans avoir quelque liaison avec le précédent.

Dans le plus grand nombre des nécropsies que j’ai pratiquées à l’hôpital des Enfants, j’ai constaté cet état du cœur que Bertin considérait comme une hypertrophie concentrique, et qui , d’après MM. Cruveilhier et Beau, constitue l’état normal.

Ces cœurs, dont j’ai conservé plusieurs*exemplaires dans l’alcool, ont la plus grande analogie avec le cœur des oiseaux et en particulier avec celui du poulet. Leur forme est celle d’un cône allongé, la cavité du ventricule gauche est presque complètement effacée; ses parois, fermes et épaisses, contrastent singulièrement avec celles du ventricule droit, q^*.lui forme en quelque sorte un revêtement demi-cylindrique, et qui n’occupe par lui-même qu’une bien minime partie de la masse ventriculaire. .

Dans l’âge adulte, cet état ne se rencontre que chez les suppliciés (Cruveilhier), et chez les individus qui sont morts subitement ou à la suite d’une affection aiguë, ne rentrant pas dans le cadre des maladies à bruits vasculaires (Beau).

Dans les faits de cette dernière espèce, le cœur a des parois modes . et flasques, ses cavités sont dilatées, et par sa forme il se rapproche de ces cœurs en besace dont on trouve le type dans certains cas d’hypertrophie.

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