Propositions et expériences relatives au pointage des bouches à feu en usage dans l'artillerie navale
Les canons-obusicrs de 22 centimètres, dits de 80, dont Tiisage est général aujourd’hui dans la marine, et ceux d’un calibre supérieur, qu’on se propose d’introduire prochainement dans l’armement de la flotte, ne paraissent pas devoir être consacrés uniquement au tir surbaissé comme les canons ordinaires. Les longues portées que ces pièces acquièrent quand on les tire avec toute l’élévation qu’elles peuvent recevoir sur leurs aflùts, le volume considérable de leurs projectiles et Icgrand ciretdontccs projectiles sontcapables.
(1) Voir la brochure de M. de Cornulier, ayant pour litre : Mémoires tur iepoinlagedes morliers à la mer, etc. ln-8". Paris, 184-1.
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les rendent encore très-propres à suppléer les mortiers dans les bombardements maritimes, et tout porte à croire qu’elles recevront cette nouvelle destination selon l’occurrence.
Montés sur affûts marins ordinaires ou sur affûts Marsilly, les canons-obusiers de 80 peuvent recevoir une inclinaison de 22“ à 25“; et, sous cette élévation, avec leur charge ordinaire de3'‘,o de poudre, ils lancent leurs obus à la distance de 3,000 à 3,300 mètres (1).
D’un autre côté, on sait que le tir surbaissé est le seul qu’on puisse employer avec quelques chances de succès contre les bâtiments, et l’étendue de ce tir est beaucoup plus restreinte. En faisant usage des plus gros calibres, la limite extrême peut en être lixée à mille mètres en deçà des portées que nous venons de considérer. A la distance de 2,200 mètres, en effet, l’angle de chute des boulets massifs de 30 eux-mêmes surpasse déjà 12“; plus loin, le projectile s’abaisse si rapidement, qu’il devient comme impossible de lui faire rencontrer de plein fouet un but vertical peu élevé, tel que la muraille d’un navire ; on ne peut plus compter sur le ricochet; et, quand môme le boulet frapperait cette muraille, ce serait sans effet utile, n’étant plus animé d’une vitesse suffisante pour la pénétrer.
De cette double considération il résulte qu’un bâtiment armé de canons-obusiers de 80 pourra bombarder une place maritime, sans avoir rien de sérieux à redouter de ses moyens
(1) Sous l'angle de 37°, ces pièces portent au delà de 4^,000 mètres, et il y aurait certainement lieu d’examiner si leurs affûts ne pourraient pas, sans inconvénient, être modifiés de manière à permettre un tir plus élevé que celui qu’ils comportent à présent.
DES CANONS-OnUSrEKS UE GROS CALIORE. S
decJi’fensc, toutes les fois que les localités lui permettront do se placer à pins de 2,200 mètres de ses batteries avancées et à moins de 3,000 mètres du corps de la place.
Sans doute on n’obtiendra pas des obus de 80 un effet égal à celui des bombes de 32 centimètres, car le poids de ces dernières est triple de celui des obus; leur vitesse de chute est beaucoup plus grande, leur choc vertical moins oblique, et, au moment de l’explosion, elles offrent un foyer de mine bien autrement puissant.
Les grosses bombes seront donc toujours nécessaires pour enfoncer les voûtes des magasins bien construits, et on devra les employer toutes les fois qu’il s’agira d’attaquer à fond une place régulièrement fortifiée. Mais les mortiers qui lancent ces bombes ne peuvent être établis que sur des bûtfments installés d’une manière toute spéciale; il est rare qu’on ait des bombardes disposées sous la main ; leur armement exige toujours des préparatifs un peu longs, et, en bien des occasions, la promptitude de l’action importe plus encore que la perfection des moyens dont on peut disposer; souvent d’ailleurs cette perfection n’est nullement nécessaire pour assurer le succès d’une entreprise.
A la lin de l’année 1840, par exemple, le bruit se répandit généralement qu’une expédition maritime allait être dirigée contre Tanger. Pour réduire une pareille ville, l’emploi des gros mortiers eût été un luxe inutile; il suffisait d’y envoyer 40 bâtiments à vapeur armés chacun de trois canons-obusiersde80. S’cmbossantdansleslimitesci-dessus, iis pouvaient, en quelques heures, incendier complètement la ville, et cela avec la presque certitude de ne pas recevoir un seul boulet à bord. Il était facile de réunir celte force immédiatement, et 8 jours eussent suffi pour accximplir l’expédition.
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A l’avantage de présenter un moyen d’attaque redoutable et toujours disponible, les canons-obusiers ajouteraient encore, très-probablement, celui de donner un tir beaucoup plus certain que les mortiers.
Les anomalies de portées et les déviations latérales qu’on reproche à cette dernière bouche à feu tiennent surtout à ce qu’elle est excessivement raccourcie; avec une plus grande longueur d’âme, le projectile aurait une direction mieux assurée, et, avant sa sortie de la pièce, il aurait le temps de recevoir toute l’impulsion que la charge peut lui communiquer. Ainsi ce que l’on gagnerait en justesse du côté du tir, en employant les canons-obusiers dans les bombardements, pourrait, en bien des cas, compenser l’infériorité d’effet de leurs projectiles.
D’après ces considérations, il nous a paru important de chercher un moyen de pointage exact pour les canons-obusiers de gros calibre tirant sous de grandes élévations et faisant l’office de mortiers; convaincu qu’on augmenterait singulièrement par là l’utilité de ces nouvelles bouches à feu.
Le tableau ci-après des déviations latérales du tir, quand on pointe par une ligne de mire fixe, montre que les hausses marines ordinaires deviennent tout à fait insuffisantes quand il s’agit de pointer avec de grandes élévations. On y voit en effet que l’erreur latérale du pointage, correspondant à un angle de projection de 25°, est à peu près égale à la moitié de l’inclinaison des tourillons par rapport à l’horizon. Il est fort ordinaire que cette inclinaison atteigne 3"; l’erreur du pointageserait alors de 4" 30', qui, à 3,000 mètres de distance, donnerait lieu à une déviation latérale de 78 mètres; déviation beaucoup trop considérable pour que la •compensation dont nous avons parlé plus haut pût s’établir.
DES CANOnS-OIlUSIERS DE GROS CALIBRE. 5
Tableau des déviatiotis latérales du tir qui résultent de lUncli^ naison de l‘axe des tourillons par rapport à l'horizon, quand on pointe sous différentes élévations par une ligne de mire horizontale et fixe, telle que la donnent les haussesmarines ordinaires.
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