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Dès que l’angle de projection surpasse 10", l’emploi d’une hausse mobile devient donc indispensable pour régler le pointage avec quelque précision.
Digilized by Goc^le
MÉMOIRE SUR l’emPLOI
Relalivcmentàl’installaiion decette hausse, deuxsystèmcs se présentent : on peut l’adapter à la pièce elle-même, ou bien l’établir sur son affût en considérant ce dernier comme intimement lié avec elle, ainsi que cela se pratique déjà à ferre à l’égard des mortiers qu’on dirige la nuit au moyen de listaux cloués sur leurs plates-formes.
Au premier abord, le système dans lequel la hausse mobile serait portée par le bouton de culasse de 1a pièce satisfait davantage, car il comporte une plus grande précision que l’autre. Son établissement serait assez facile en appuyant les supports du pendule sur un boulon qui traverserait horizontalement le bouton; la seule attention à avoir serait de graduer la hausse selon les sinus des angles de projection, au lieu d’employer les tangentes, parce que ce serait alors l’hypoténuse du triangle qui resterait constante.
Malgré les avantages qu’elle présente, nous avons rejeté cette disposition. Pour rendre cette hausse d’un usage général, il faudrait nécessairement lui donner une double suspension qui compliquerait l’appareil; la grande hauteur de la tige ne permet guère de la faire que d’une seule pièce, pour qu’elle soit à la fois solide et légère, tandis qu’elle devrait être composée d’une coulisse et d’un curseur ; dans les élévations extrêmes, le bouton de culasse se rapproche tellement du pont, qu’il ne resterait plus entre eux une distance suffisante pour assurer le jeu du pendule; entin l’appareil entier, par son poids à l’extrémité du canon, ajouterait beaucoup à la difficulté de le redresser après chaque coup pour le mettre en position d’être chargé.
Nous avons donc adopté le second système, dans lequel la hausse mobile serait établie sur l’affût, et qui comporte
UES C\NONS-ODUSIERS UE GEOS CALIBEE. 7
lui-mème deux installations distinctes que nous allons décrire successivement. ,
Dans In première, qui est la plus simple, l’usage de la hausse est bornée à une seule élévation du canon, et celuici se trouve ramené dans les conditions d’un mortier à plaque qui serait coulé sous cet angle fixe. On peut au surplus, pour étendre l’usage de cette hausse, choisir pour élévation constante la plus grande que le canon puisse recevoir sur son affût, et régler les portées d’après les charges de poudre, ainsi que cela se pratique pour les mortiers; il ne s’agit que de dresser une table de tir relative à cette élévation.
La seconde installation permettrait de tirer sous toutes les élévations intermédiaires avec une charge constante : elle serait un peu plus compliquée que la précédente, et ne comporterait pas autant d’exactitude; mais elle aurait sur elle l’avantage d’éviter toute manipulation de poudre, de s’appliquer aussi bien aux pièces des batteries couvertes qu’à celles qui sont placées à ciel ouvert ; de donner un tir aussi rasant que la distance le permettrait, ce qui n’est pas sans importance; enfin d’ètre d’un bon usage, même dans le cas où le navire resterait à la bande sur un même bord ; par ces motifs, c’est elle qui nous paraît mériter la préférence.
Le système de pointage que nous avons proposé pour les mortiers des bombardes s’applique naturellement aux canons-obusiers tirant à toute volée sous une élévation constante , puisque ces deux espèces de bouches à feu se trouvent alors dans une position identique. Ayant déjà traité celte question avec beaucoup de développement dans un précédent mémoire, nous n’entrerons pas dans de nouveaux détails à ce sujet, et nous nous bornerons à décrire l’installa-
DÉUOir.E SUR l’ehplo(
tion du pendule de pointage sur rafTût, parce que celte installation est la seule partie du système qui exige quelques modiücations.
Ce que l’on doit surtout avoir en vue dans la nouvelle application qui nous occupe, c’est de rendre l’appareil de pointage accidentel indépendant de l’affût, en sorte que la pièce n’en sort point embarrassée dans son service ordinaire, et qu’on puisse l’y adapter et l’enlever avec facilité selon les circonstances. Nous pensons que les dispositions suivantes présentent cet avantage.
Sur l’extrémité arrière de la sole, dans l’affût marin, ou bien sur la semelle de l’affût Marsilly, on établit à plat un châssis carré, en fer forgé, ayant 0“,26 de côté de dehors en dehors, et qui est formé par quatre barreaux épais de 0”,025 et larges de 0''’,045. Ce châssis est solidement fixé à la sole par six boulons à écrou de 0"',02 de diamètre ; deux dans chacun des côtés parallèles aux flasques, et les deux autres au milieu des côtés perpendiculaires.
Sur chacun des angles arrière du châssis est élevée une potence formée d’une branche verticale, haute de 0”,29, etd’unebranchehorizontale, parallèle aux flasques, etlongue de 0"‘,23. Ces deux branches sont des parallélipipèdes rectangles de 0“,024 de côté.
Chaque branche horizontale est en outre liée obliquement au côté correspondant du châssis par une pièce d’écharpe, de O™,!)!? d’équarrissage, qui va directement du milieu de l’une au milieu de l’autre, et qui est fixée contre le montant vertical, au point où elle le croise, de manière à maintenir les différentes parties du système dans leurs positions respectives.
Une traverse horizontale, épaisse de 0”,024 et large de
O*", 06, réunit les têtes des deux potences. Toutes ces pièces sont en fer forgé et solidement ajustées ensemble.
On achève d’assujettir ce bâti sur l’affût en plaçant de chaque côté un tirant en fer forgé, large de 0”,02, et épais de 0™,0i, fixé à chacune de ses extrémités par un boulon à écrou, l’un placé au milieu de la branche horizontale de la potence et l’autre sur l’avant-dernier adent de l’affût (celui qui est coupé en biseau). ' ■
Les branches horizontales des potences portent sur leur extrémité une seconde traverse, semblable à la première; elle s’y adapte au moyen de deux entailles et y est fixée par 4 petits boulons à écrou.
Les coussinets destinés à recevoir les tourillons du pendule sont pareils à ceux que nous avons décrits dans le système de pointage provisoire applicable aux mortiersactuels; ils se fixent sur les traverses de la même manière qu’ils le sont sur les côtés du châssis placé derrière le mortier.
Les seules attentions à avoir dans cette installation sont : de placer l’axe des tourillons du pendule parallèlement à la sole et dans le plan vertical passant par l’axe de la pièce, quand les tourillons de celle-ci sont horizontaux; puis de donner au bâti qui doit supporter le pendule une élévation et une distance à la culasse telles, que l’axe des tourillons du pendule soit partagé en deux parties égales par une ligne menée parallèlement à l’axe de la pièce, et passant par le cran de mire de la volée ; enfin de régler la hauteur de la tige du pendule de telle manière , que la ligne de mire soit parallèle à la sole.
Dans cette disposition, on voit que la ligne de mire et la tige du pendule forment les deux côtés de l’angle droit d’un triangle rectangle dont la parallèle à l’axe de la pièce est l’hypoténuse. Quand la ligne de mire est horizontale, ce qui
MI<:UOIRE SUR L’eUPLOI,
arrive chaque fois que l’on tire, le but étanl pris è<rhorizoii, la tige du pendule est verticale, et la ligne de mire se trouve être la projection horizontale de l’hypoténuse, qui peut être prise pour l’axe de la pièce auquel elle est parallèle. Ainsi le pointage se fait toujours dans le plan de la trajectoire, et l’on tire constamment sous le même angle de projection. I
Pour mieux assurer la position relative du cqnon et de l’appareil de pointage, il serait utile de fixer sur la sole un taquet découpé suivant la forme de la partie inférieure de la culasse et qui la recevrait dans le tir à toute volée. Ce taquet s’opposerait aux petits écarts latéraux provenant du jeu que conservent les tourillons dans leurs encastrements, et il ménagerait les tourillons et les parties supérieures des flasques en supportant lui-même une grande partie de l’effort du recul.
Si l’on craignait que la pression exercée sur les ponts par un tir aussi élevé ne fût capable de les affaisser, il serait aisé de les épontiller provisoirement au-dessous des pièces.
L’installation que nous venons de décrire s’applique avec une égale facilité à l’affût marin ordinaire et à l’affût Marsilly, adopté aujourd’hui pour les canons-obusiers de 80 n°4, les seuls dont il soit question ici. La semelle de l’un de ces affûts est aussi avantageusement située que la sole de l’autre pour asseoir le châssis qui sert de base aux supports, et la seule diflérence consiste à reporter le pendule de quelques centimètres de plus en arrière dans le second, pour qu’il ne rencontre pas la tige du levier directeur.
Dans le tir qui nous occupe, le coussin et le coin de mire doivent être mis de côté; mais comme il serait difficile de charger et d’écouvillonner la pièce en lui conservant son inclinaison, on la redressera après chaque coup, et on la
DES OANOiHS-OBUSIERS DE GROS CALIBRE. 11
maintiendra dans une position horizontale, pendant cette double opération, au moyen d’une pince placée en travers sous la culasse et reposant sur les adcnts de l’affût.
L’appareil de pointage s’opposant à ce qu’on agisse sur la pièce directement par l’arrière, son redressement devient un peu plus diflicilc que dans l’état actuel. Les adents de l’affût ne sont pas disposés d’une manière convenable pour cette opération; il faudrait abaisser un peu le dernier adent pour faciliter l’introduction, par le côté, de la pince sous le collet du bouton. Âu surplus. Sans rien changer au tracé de l’affût, on peut employer un autre moyen ; on capellerait au collet du boulon une estropc garnie d’une cosse, dans laquelle on passerait un anspect en travers, et l’on fixerait à la volée, par deux demi-clefs, un bout de filin, dont les extrémités retomberaient à 1 mètre du pont ; agissant à la fois sur le raban de volée de haut en bas et sur l’anspect de bas en haut, quatre hommes redresseraient aisément la pièce.
La grande élévation qu’il faut donner à la tige du pendule pour obtenir une ligne de mire parallèle à la sole (environ 1'“,84 au-dessus du pont), montre assez que ce système de pointage n’est applicable qu’aux pièces tirant à ciel ouverte! par des sabords dont le sommier est mobile ; mais ce cas est celui de tous les bâtiments à vapeur actuels, et nous avons dit en commençant que ces bâtiments étaient ceux que nous avions principalement en vue dans le présent mémoire.
Il n’y a point de difficulté sérieuse d’ailleurs à élever le chef de pièce de 30 à 40 centimètres au-dessus du pont pour le mettre en position de pointer par le sommet de la tige et par la volée de la pièce.
^ous venons maintenant au second système, qui permel-
i‘2 MÉHOIRE SUR l’eMPI.OI
trait de pointer les pièces sous toutes les élévations intermédiaires.
L’usage de la hausse mobile exige que l’on pointe, par un plan de mire excentrique, toutes les fois qu’il existe une inclinaison latérale; or, quand il s’agit de grandes portées, on peut, sans inconvénient, augmenter l’excentricité de ce plan au point même de la transporter tout à fait hors de la pièce; c’est ce que nous ferons en établissant notre installation sur les flasques de l’affût.
La parallèle à l’axe de la bouche à feu, sur laquelle doivent être situés le point de mire antérieur et le point de suspension du pendule, est la base fondamentale de toutes les dispositions de hausses mobiles que l’on peut imaginer. Quand l’axe de la pièce s’élève ou s’abaisse, cette ligne doit suivre ses mouvements de manière à lui rester constamment parallèle. On peut obtenir ces changements d’inclinaison de plusieurs manières différentes, soit en faisant varier ensemble et en sens contraire la hauteur du point de mire antérieur et celle du point de suspension du pendule, soit en maintenant fixe l’un de ces points et en élevant ou en abaissant l’autre. De ces différentes combinaisons, celle dans laquelle on laisse le point de suspension fixe est évidemment la plus simple et d’une plus facile exécution, puisque ce point de suspension est celui qui demande à être établi le plus solidement à cause du poids qu'il doit supporter. Ce sera donc en élevant ou en abaissant le point de mire antérieur seulement que nous donnerons à la base de la hausse mobile une inclinaison égale à celle de l’axe de la pièce ; tel est le point de départ de l’installation suivante.
Contre la face extérieure de chaque flasque, à 0°’,07 de l’avant, nous plaçons verticalement une règle en bois, longue de 1™,076, large de 0™,05 et épaisse de 0”,03, qui est
DES C\NONS-ODUSIERS DE GROS CALIRRE. 13
retenue contre le flasque par trois crampes, dans lesquelles elle peut glisser verticalement. La crampe supérieure porte une vis de pression, au moyen de laquelle on lixe la règle à la hauteur convenable.
Cette règle est graduée, sur sa face extérieure, suivant les tangentes des angles de projection qui , avec la charge de 3'‘,5, donnent les portées de 1,100, 1,160, 1,200 mètres, et ainsi de suite, de 60 mètres en 60 mètres ou même de 26 mètres en 26 mètres, jusqu’à la portée de 3,300 mètres, qui a lieu sous l’angle de projection de 26°, le plus grand que la pièce puisse recevoir sur son affût.
Le point de départ de la graduation est le sommet de la règle, et nous prenons 1°’,73 pour le rayon qui détermine la grandeur absolue des divisions. La portée de 1,100 mètres, à laquelle s’arrêtent les hausses fixes actuelles, est donnée par une élévation de 3° 54' 64"; la tangente de cet angle est de 0"',1184; c’est à cette distance du sommet de la règle que commence la graduation ; ce point est marqué 1,100 mètres. La tangente de 26° est égale à 0'°,8066 ; la graduation finit à cette distance du sommet de la règle, et la dernière division est marquée 3,300 mètres : toute l’échelle graduée occupe ainsi une longueur de 0"’,6881.
La règle que nous venons de décrire étant établie contre le flasque, de manière que son sommet soit à la hauteur de la partie la plus élevée de la sus-bande, imaginons que par le premier point de division (celui qui est marqué 1,100 mètres) on mène une parallèle à l’axe de la pièce quand celuici est horizontal ; l’axe du pivot de la hausse mobile devra être placé sur cette parallèle, à une distance telle, que le milieu de la hausse mobile soit éloigné du milieu de la règle fixe de 1°‘,73, quantité que nous avons prise pour rayon en calculant les divisions précédentes.
Sun l'ehpi.01
La hausse mobile est formée par une règle en bois de môme longueur que la règle iixe et graduée de la môme manière. Sa section hori7.omale, dans toute la partie qui correspond à la graduation et jusqu’à 0"‘,05aH delà des points de division extrêmes, est un carré de 0”,0.3 de côté. La partie inférieure s’élargit en tronc de pyramide et a pour base un carré de 0'“,075 de côté : cet épatement sert à augmenter la prépondérance de la partie inférieure; dans le même but, on recouvrirait le tronc de pyramide d’une feuille de plomb un peu épaisse. Un crochet serait même implanté dans la base inférieure pour recevoir un poids que l’on y suspendrait quand on serait dans le cas d’élever la hausse mobile à toute sa hauteur.
La partie supérieure de cette hausse serait aussi formée par un tronc de pyramide dont la base supérieure serait un carré de 0'“,02 de côté. La tête fie la règle lixo serait amincie de la même manière.
Chacun des sommets des deux règles est entaillé d’un cran de mire; la ligne qui passe par les coches doit être .exactement parallèle à l’axe du canon, quand cet axe est horizontal.
Dans la disposition précédente nous avons reporté la règle mobile assez loin derrière l’afFût pour qu’elle ne soit pas gênée, dans ses mouvements, par le croc du palan de retraite, et c’est cette considération qui a déterminé le choix que nous avons fait du rayon qui fixe la grandeur absolue des divisions des hausses.
La hausse mobile est portée par un chandelier à trois pieds, en fer forgé, qui repose sur la queue de l’affût. Le pied principal, qui forme un montant vertical, est haut de 0'",538 et a un équarrissage de 0"*,025; il est épaté à sa base et muni d’un tenon <iui entre dans le flasque assez profon-
DES CANONS-ODUSIERS DE GROS CALIRRE. io
dément pour y être bien assujetti. Ce pied porte d’ailleurs deux joues qui embrassent le flasque dans toute son épaisseur et qui sont liés avec lui par deux petits boulons à écrou qui le traversent de part en part. •
A l’extrémité supérieure de ce montant est fixé un bras en fer, horizontal, long de 0”’,04'1 et de 0"‘,037 d’équarrissage, dirigé dans le sens des flasques et formant une potence avec le pied principal. Le bout de ce bras est soutenu par une pièce d’éciiarpe en fer forgé, qui vient s’appuyer sur le second adent de l’aiTCtt, où elle est retenue par un boulon àécrou.Cettepièce,qui forme lesecond pied duchandelier, a 0"’,021 d’équarrissage; sa longueur est de 0“,625.
Le troisième pied, destiné à maintenir le système contre les secousses latérales, part du point où les deux premiers se croisent, et va s’appuyer sur la semelle, où il est fixé par un boulon à écrou placé à 0",23 du côté intérieur du flasque. Ces quatre pièces font corps ensemble, ou sont ajustées entre elles de manière à rester invariables.
Le bras horizontal est percé cylindriquement dans toute sa longueur pour recevoir le pivot de la hausse mobile. Ce pivot est en fer, son diamètre est de 0"',01. Il ne porte que par ses deux extrémités, où il s’appuie sur des coussinets en cuivre adaptés à chaque bout du bras. Du côté de la pièce le pivot est retenu par un écrou à oreilles; il porte, à l’extrémité opposée, une boîte haute de 0“,08, percée verticalement pour donner passage à la hausse mobile.
Dans la face arrière de cette boîte on a ménagé une échancrure ou fenêtre pour lire la division qui répond à la hauteur de l’axe du pivot. Deux vis de pression, un peu aiguës pour mordre dans les côtés de la règle, sont placées dans les faces latérales de la boîte, et servent à fixer la règle mobile à la hauteur convenable.
UÉHOIRE Sun l'eupi.oi
L’usage de ce système de pointage exige encore que l’on ail un moyen de donner au canon, relativement à son affût, l’inclinaison correspondante à la portée que l’on veut obtenir. Pour cela, le canon étant à terre, sur son affût, on calera ce dernier de manière à rendre la sole horizontale, et on fera reposer la culasse immédiatement sur le coussin, en donnant à celui-ci une position telle, que l’axe de la pièce ail l’inclinaison qui répond à la portée de 1,100 mètres (1). On tracera sur la sole la ligne qui, dans cette position, répond à la face arrière du cçussin, et on marquera cetteligne 1,100 mètres.
Reculant un peu le coussin pour obtenir l’inclinaison qui répond à la portée de 1,150 mètres, on marquera encore d’un trait l’intersection de sa face arrière avec la sole, et ainsi de suite, de 50 mètres en 50 mètres, ou même de 25 mètres en 25 mètres, jusqu’à la portée de 2,000 mètres.
Au delà de celte dernière inclinaison, la plate-bande de culasse se trouvant très-rapprocliée du second adent de l’affût, on peut tracer l’échelle des repères sur celte platebande elle-même. On continuerait donc de donner successivement à la bouche à feu les inclinaisons qui correspondent aux portées de 2,050 mètres, 2,100 mètres, etc., jusqu’à la plus grande inclinaison qu’elle puisse recevoir sur son affût, et chaque fois on marquerait d’un trait sur la plate-bande de culasse le point qui correspondrait à unepe-
(t) C’est au moyen du coin de mire, placé sur le coussia, qu'on obtiendrait toutes les inclinaisons inférieures qui répondent aux divisions de la hausse actuelle, l’usage de la hausse mobile ne commençant qu’au point où l’autre s’arrête.
SKS CANOMS-OBUSIERS DB GROS CALIBRE. 17
lite largcite en fer glissant horizontalement sur le second adent, donnant à chaque division le chiffre de la portée qui correspond à l’inclinaison qu’elle indique.
Au surplus on pourrait aussi bien, après avoir épuisé les inclinaisons que donne le coussin, employer de la même manière un coin de mire qui lui ferait suite. L’échelle des portées relatives au coussin serait tracée sur un des cêtés de la sole, et celle des portées où l’on emploierait le coin de mire le serait sur l’autre côté afin d’éviter la confusion. Au moyen de ces dispositions il sera toujours facile, à bord, de reproduire une situation relative donnée entre la pièce et son affût.
L’appareil de pointage étant dispose comme nous venons de le décrire, s’il s’agit de frapper un but éloigné de 2,000 mètres, par exemple, on placera la face arrière du coussin sur la ligne de 2,000 mètres, ou bien on amènera le point de la culasse marqué 2,000 mètres en regard de la targette qui sert d’index; on élèvera les deux hausses à 2,000 mètres, et l’on visera directement au but par leurs sommets.
La raison de cette pratique est facile à apercevoir. La règle ou hausse fixe est la tangente d’un arc décrit du point de suspension de la hausse mobile comme centre et dont le plan est parallèle à celui dans lequel se meut l’axe du canon en tournant sur ses tourillons; la ligne qui joint le sommet de la hausse fixe au point de suspension est donc parallèle à l’axe de la pièce toutes les fois que cette hausse est montée au point de division qui répond à l'inclinaison du canon ; d’où il suit que cette ligne peut être prise pour l’axe même de la pièce. La ligne de mire, qui passe par les sommets des deux règles montées au même point, est la projection horizontale de celte parallèle quand elle est di~ rigée à la hauteur du but; donc, en visant suivant sa dircc*
ruorosmons SUR LF. POTXTACF. 2
18 UÉHOIRE SLR l’eUPLOI
lion, ün pointe bien dans le plan de la trajectoire et sous l’élévation voulue.
Pour les pièces placées à ciel ouvert, il est toujours facile d'introduire la règle fixe dans ses crampes par en haut, mais on n’aurait pas une hauteur suQisante pour le faire dans les batteries couvertes : au lieu de crampes fermées on en placerait, dans^ccs batteries, qui s’ouvriraient à charnières et seraient retenues par une clavette, au moins les deux supérieures.
Dans ce système de pointage la distance à laquelle la ligne de mire doit passer du milieu du sabord est au moins égale au rayon de la culasse de la pièce, c’est-à-dire à 0"',326; on ne peut donc pas l’éloigner du côté du sabord de plus de 0"’,n 5, la largeur de celui-ci étant de i™,02. Dans notre disposition, la ligne de mire ne passe qu’à 0'",06o de ce côté; mais il n’y a pas lieu de s’appliquer à la rendre plus centrale, car la distance de 0"*,175, la plus grande qu’on puisse obtenir, serait encore trop faible pour que la ligne de mire ne se trouvât pas interceptée par la muraille chaque fois que le pointage serait un peu oblique du côté où l’appareil se trouve placé, ou que la pièce ne serait pas en batterie droit au milieu du sabord. Ainsi, en général, un double appareil est nécessaire pour chaque pièce; il en faut un sur chaque flasque (1).
(1) Nous disons en général, parce que dans les bateaux à vapeur, dont le plat-bord est peu élevé, un seul appareil suffirait pour les élévations supérieures à 8°, les hausses ayant alors leurs sommets plus élevés que la muraille; en sorte que l’on peut pointer pardessus.
Dans les batteries couvertes et dans les batteries barbettes, dont les sommiers de sabord sont fixes, l’usage de ce système de pointage se trouve limité à l’élévation de 19°; en eiïetla partie supérieure des sus-bandes est élevée de 4"14, au-de.ssus du bordé du pont; dans les batteries basses des vaisseaux, l’élévation des sommiers est de 4“,60; la différence, O^lfi, est la quantité maximum dont on puisse élever les règles sans que la ligne de mire soit interceptée par le sommier; or cette élévation répond, sur l’échelle graduée, à la portée de 2,850 mètres, laquelle exige une élévation d’environ 19”.
Cette limite que les sommiers fixes imposent au pointage est un inconvénient sans importance réelle : car, avec une pareille élévation, ils sont aussi bien un obstacle au tir qu’au pointage; à chaque recul de la pièce la volée viendrait frapper avec violence contre le sommief, «t les tourillons et l’affût ne résisteraient pas longtemps à ces chocs, que l’on ne doit risquer qu’en des occasions rares et seulement pour quelques coups. 11 résulte de là que les canons-obusiers de 80, placés à ciel ouvert et tirant par des sabords à sommiers mobiles, sont les seuls qui soient avantageusement disposés pour exécuter un bombardement suivi. Quand le plat-bord est peu élevé, comme dans les bateaux à vapeur actuels, un seul appareil suffit à chaque pièce, dès que l’élévation du tir surpasse 8", et il no serait jamais nécessaire d’en avoir davantage si les pièces étaient pourvues de hausses fixes allant jusque-là, comme nous le proposons ailleurs; notre système de pointage, appliqué à ces canons-mortiers , serait alors d’une grande simplicité.
Le premier système de hausses mobiles que nous avons exposé en commençant, et celui que nous venons de dé-
20 MÉMOIRE SUR L’EHPLOI
crirc, supposent implicitement qucle navire oscille à cliaqiie roulis de pari et d’autre de la position horizontale; car, si le navire était assez à la bande pour que les oscillations se lissent toutes d’un même côté, le pointage serait impossible, la ligne de mire ne pouvant rencontrer le but que dans le cas où le navire est droit. Le tir élevé, auquel nous appliquons la hausse mobile, se rapportant au seul cas des bombardements, il est assez naturel de supposer que les navires sont à l’ancre avec les voiles ferlées, ce qui ôte à l’objection précédente une grande partie de son importance; cependant il n’est pas inutile de montrer que notre second système de pointage serait d’un usage également facile, quand même le bâtiment resterait à la bande sur un même bord, sans revenir jamais à la position horizontale, comme cela pourrait arriver dans un tir sous voiles.
Pour fixer les idées, supposons que le but soit éloigné de 2,000 mètres; d’après ce qui a été dit, on élèvera les hausses fixe et mobile jusqu’à la division de 2,000 mètres, et on placera le coussin dans le repère de 2,000 mètres. Ces dispositions prises, on reconnaît, en visant par la ligne de mire, que le pointage est impossible, parce que le navire donne tellement la bande du côté du but, que la ligne de mire reste toujours plongeante; pour l’amener à rencontrer le but, il est nécessaire d’élever la hausse fixe jusqu’à la division de 2,500 mètres. Dans cet état, lorsque la ligne de mire passera par le but, l’inclinaison du navire sera mesurée par la différence des angles qui répondent aux portées de 2,000 et de 2,500 mètres; ainsi l’angle de projection du canon, qui est pointé relativement à la sole, sera trop faible de cette différence; il faudra donc la lui ajouter pour obtenir la portée voulue, ■et c’est ce que l’on fera en laissant tomber la culasse jusqu’à latlivision de 2,500 mètres.
Si le navire était incliné du côté opposé au but, un raisonnement analogue montrerait qu’il faut faire l’opération inverse; ainsi , règle générale, on élèvera la hausse mobile à la hauteur qu’exige la portée qu’on veut obtenir; on donnera à la hausse fixe une élévation telle, que la ligne do mire passe par le but, et, à la culasse de la pièce, la même élévation qu’on aura donnée à la hausse fixe(l).
Comme on le voit, l’exécution complète exige trois opérations préliminaires ; mais, quel que soit le système de hausse mobile que l’on emploie, le pointage, par cet appareil, sera nécessairement plus long que celui qui se fait par les hausses fixes; c’est pourquoi il importe d’étendre, autant que possible, l’usage de ces dernières. Nous examinerons, dans un autre mémoire, quelle est la limite extrême qu’il convient de lui assigner.
Les hausses mobiles sont ébranlées par les secousses que
(1) Il est aisé de se convaincre que les indications de la hausse mobile sont encore rigoureusement exactes quand l’appareil de pointage est ainsi disposé. En effet, la culasse et la hausse fixe étant élevées toutes les deux au même degré, la ligne qui joint le sommet de celle-ci au point de suspension de la hausse mobile est parallèle à l'axe de la pièce, et, quand on tire, le bot étant à l'horizon, la ligne de mire est la projection horizontale de cette parallèle; on pointe donc bien dans le plan de la trajectoire. L’angle de projection est aussi celui que l’on doit employer; car cet angle, formé par la ligne de mire et la parallèle à Taxe, a pour tangente la longueur de là hausse mobile, laquelle a été élevée au point de division marqué parla portée exigée. Ainsi, la raison de la règle générale est manifeste, tant sous le rapport de la direction du tir que sous le rapport de son élévation.
22 MKHOinE SUR l’emploi
reçoit la pièce quand on jette la culasse à droite ou à gauehe; on est obligé d’attendre que le pendule ait repris son repos pour juger sainement d’e la direction du pointage, et il arrivera souvent qu’il faudra y porter la main pour lui faire perdre le mouvement acquis. Cet inconvénient tient à un vice dans la construction des affûts marins, qui ne permettent pas d’obtenir le pointage latéral par un mouvement doux et progressif ; en attendant qu’on ait réalisé cette amélioration, qui est à désirer sous plusieurs rapports, il faut se résigner à employer un pou plus de temps au pointage; le feu sera moins vif, mais c’est surtout quand il s’agit des grandes distances qu’il importe bien plus de tirer juste que * de tirer vite. On trouvera sans doute aussi que le procédé de pointage que nous venons d’exposer n’est pas trop compliqué pour servir à ces grandes distances, où l’on opère avec tout le calme et toute la méthode qui peuvent assurer le succès; nous ne l’eussions pas proposé s’il avait dû être appliqué à de moindres distances.
A défaut de moyen de pointage plus exact, on pourrait encore donner au chef de pièce une indication approchée pour diriger son tir en plaçant sur la partie supérieure de chaque flasque de petits massifs de mire qui détermineraient une ligne de mire parallèle à l’axe de la pièce, quand celui-ci est horizontal ou plutôt parallèle à la sole. Le pointage qui se ferait par cette ligne serait parallèle au plan de tir, en supposant les tourillons droits; etl’oh pourrait tirer sous un angle de projection constant en ayant l’attention d’amener, à chaque coup, la culasse dans les mêmes repères, par rapport à l’affût. Ce moyen de pointage approximatif pourrait être employé utilement dans le cas où l’on serait dépourvu de hausses mobiles.
Dans tout ce qui précède nous n’avons parlé que des
canons-obusiers de gros calibre; c’est en effet que les gros projectiles creux sont les seuls qu’il soit utile de lancer en bombes contre une ville ; des boulets massifs, employés de cette manière, n’amèneraient aucun résultat, et les bâtiments s’exposeraient trop au feu de la place s’ils faisaient usage de petits obusiers, dont les portées sont beaucoup plus restreintes. I.es boulets creux de 80 et de d50 seront au contraire un auxiliaire fort utile des bombes de 32 centimètres dans les bombardements maritimes, et souvent ils pourront les suppléer tout à fait.