CONCLUSIONS
Le système de pointage par l’afTAt, que M. de Cornulier a proposé pour le canon-obusicr n° 1 de 22 cenlimètres, satisfait à toutes les exigences du service.
Eprouvé dans les circonstances les plus propres à le faire juger, circonstances qu’on peut regarder comme tout à fait décisives, il a donné un tir d’une justesse remarquable; le degré de précision qu’on a obtenu a surpassé ce que l’on en pouvait raisonnablement espérer, tellement que le tir à la mer a pu soutenir la comparaison avec celui qui a été exécuté à terre.
Ce moyen de pointage est d’un usage facile et à la portée de l’intelligence de tous les chefs de pièces; un canonnier déjà exercé au tir à la mer en acquiert promptement l’habitude. A la différence du fil à plomb, il n’exige aucune dextérité particulière; il suffit d’un coup d’œil justeet prompt comme il le faut pour pointer avec la hausse ordinaire.
L’appareil ne gène en rien la manœuvre de la pièce. Bien qu’il ne soit destiné qu’à un tir rare et exceptionnel, on pourrait le laisser monté dans tous les cas, sauf celui où il faudrait mettre la pièce à la serre; 10 à 15 minutes suffisent pour le retirer ou pour l’établir de nouveau.
Son poids est insignifiant par rapport à celui du canon cl de son affût (42'<5 pour l’appareil simple et 73'‘ pour l’appareil double); son prix de revient est peu élevé; son ajustage se vérifie aisément avant l’embarquement des pièces; les réparations qu’il pourrait exiger seraient faciles avec les moyens dont on dispose à bord de tous les bâtiments; enfin
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il n’cndoinmage les affûts dans aucune de leurs parties essentielles.
La partie fixe de cet appareil a toute la solidité qu’on peut désirer : elle a été trouvée intacte après avoir supporté 60 coups, et la direction de la ligne de mire n’était pas dérangée. Pour rendre le tout d’un bon usage, il suffira d’y appliquer les modifications de détail dont la commission a successivement reconnu la nécessité dans le cours des expériences, et qu’elle croit devoir reproduire ici.
Employer pour support de la hausse mobile le pivot qui est renforcé au portage du coussinet de l’arrière et dont on s’est servi dans le tir du 28 mai.
2° Placer derrière la queue du flasque un heurtoir pour arrêter le premier fouet de la hausse mobile au recul de la pièce.
3 Garnir les faces latérales de cette hausse d’une lame métallique poinçonnée pour prévenir leur déchirement par les vis de pression.
4" Fixer par deux vis, contre la face extérieure du flasque, un taquet dont le relief puisse garantir la hausse fixe du contact de la brague.
5° Employer, pour fixer le talon de la branche oblique du chandelier sur l’adent coupé en biseau, un écrou noyé dans le bois, et qui ne fasse qu’affleurer la face supérieure de cet adent.
6“ Consolider par quatre bandelettes de tôle et des vis à bois l’enveloppe en plomb destinée à assurer la prépondérance du pied de la hausse mobile.
7° Subdiviser en quatre parties, sans leur donner d’indice, chacune des divisions des hausses, du coussin et du coin do mire.
SYSlt.ME DE POINTAGE
r.es lirs les plus élevés qu’on puisse cxéculcr avec les pièces moniées sur les airùls marins müJifiés sont sans aucun inconvénient pour les ponts et pour les affûts; on est obligé d’employer des procédés délicats pour reconnaître la llcxion des premiers, et les seconds ne paraissent nullement tourmentés pendant ces tirs.
En résume, la commission est d’avis, à l’unanimité, qu’il y a lieu de prendre en considération la proposition que M. de Cormilier a faite d’employer les canons-obusiers de gros calibre placés sur les navires ordinaires comme auxiliaires des mortiers dans les bombardements maritimes ; elle pense qu’à défaut de bombardes spéciales, ces bouches à feu pourraient tenir lieu de mortiers et exécuter seules des bombardements encore très-efficaces; elle reconnaît l’avantage qu’il y aurait à disposer de naviresqu’on pourrait employer à deux fins selon les circonstances. Le moyen de pointage que l’auteur a proposé pour régulariser le tir élevé remplit son but, et ce tir lui-même est sans inconvénient pour les affûts et pour les ponts des bâtiments.
Par ces motifs, la commission émet le vœu que l’appareil de pointage en question soit employé dès à présent sur les foâtimentsà vapeur armésen guerre; elle croit devoirinsister plus particulièrement pour qu’il soit adapté à leur pièce de retraite où l’utilité de la hausse mobile est plus manifeste, à cause des grandes inclinaisons latérales que cette pièce ac- <|uiert au roulis.
Tout porte à croire qu’une ou deux pièces à pivot remplaceraient avantageusement, sur les bâtiments à vapeur, la grosse artillerie qu’ils portent aujourd’hui en batterie. Les affûts de ces pièces peuvent être construits de manière à atteindre l’élévation de 25” qu’on obtient sur l’affût marin
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(ic 36, et l’appareil de pointage que la commission a examiné leur serait encore très-utilement adapté.
Il le serait avec un égal avantage aux canons-obusiers, qui ont remplacé les mortiers dans les batteries de côte. E?r retrancbaiu ces dernières bouches à feu de leur armement, la commission chargée d’organiser la défense du littoral a considéré que les canons-obusiers tirés sous de grandes élévations acquéraient des portées égales aux leurs; que dès lors ils étaient également propres à obliger les navires ennemis à se tenir éloignés, à leur interdire l’accès de certaines passes et à les empêcher de s’établir en de certains inouillagesque le tir surbaissé ne peut atteindre; mais, pour leur assurer cet avantage, il est nécessaire de leur donner, au delà des limites des hausses ordinaires, un moyen de pointage facile et indépendant du défaut d’horizontalité qui peut exister dans leurs plates-formes : c’est à quoi satisfait l’appareil de M. de Cornulier.
Des modèles de cet appareil, à l’échelle de un cinquième, pourraient être exécutés à la direction d’artillerie de Lorient, sous la direction de l’auteur ; on en enverrait un dans chacun des principaux ports. Sans tenir lieu des plans cotés, et sans dispenser d’une description écrite, ces modèles ont l’avantage de beaucoup mieux parler aux yeux; leur vue suffit souvent pour suggérer des idées d’amélioration que l’étude d’un dessin n’eût jamais fait naître.
Fait à Lorient, le 20 juin 1842.
Les membres de la commission ,
Signé : Favos, Corrard, Le Bobinnec, DE Lalande de Calan.
Signé : Laguehre, président.