‹ Propositions et expériences relatives au pointage des bouches à feu en usage dans l'artillerie navaleChapitre 9 sur 21 · PROPOSÉ PAR M. DE CORNEEIER · texte numérisé non relu

PROPOSÉ PAR M. DE CORNEEIER

UltrrlRANT DR TAlSflEAD,

POUR LES MORTIERS DES BOMBARDES

Par ordre de M. le contre-amiral préfet maritime du troisième arrondissement, une commission spéciale, composée de MM. Laguerre, capitaine de vaisseau, président; de Lalande de Calan, capitaine de corvette; Favos, capitaine en premier d’artillerie de la marine, rapporteur; le Bobinnec, lieutenant de vaisseau ; et Corrard , sous-ingénieur des constructions navales , a été nommée pour expérimenter, conformément au prc^ramme annexé à une dépêche ministérielle du 29 janvier 1842 (direction des ports, bureau de l’artillerie), le système de pointage que M. de Cornulier a proposé pour les mortiers des bombardes.

La commission a commencé ses opérations par prendre connaissance du prc^ramme qui devait régler ses expériences et par en discuter les articles.

SYSTÈUE DE POINTAGE

Avantages que présente l’emploi d'un mortier unique pour Véxécution des deux tirs comparatifs.

Parmi les dispositions qu’il ifnferme, il s’en est trouvé une qui a d’abord fourni matière à objection , parce que cette disposition aurait rendu, pour le moment, les expériences inexécutables au port de Lorient, si l’on avait dû s’en tenir à la lettre môme des articles qui s’y rapportent. Ainsi il était ordonné à la commission d’employer simultanément deux mortiers dans ses expériences, tandis que le parc d’artillerie ne possédait qu’une seuje de ces bouches à feu du modèle désigné, et que le ponton destiné aux épreuves avait des dimensions trop faibles pour qu’il fût possible d’y établir deux mortiers à la fois.

L’installation du ponton-bombarde, déjà très-avancée, était d’ailleurs conforme aux prescriptions de la dépêche du 30 juin 1841, à laquelle se réfère celle du 29 janvier dernier. Or, d’après la dépêche du 30 juin, les expériences relatives au système de pointage en question devaient être exécutées avec un seul mortier, selon le vœu émis par la commission, qui a demandé ces expériences dans son rapport en date du 27 février 1841.

En employant le même mortier pour comparer les deux systèmes de pointage, on rentrait tout à fait dans l’esprit du programme, qui exige une identité parfaite entre les bouches à feu mises en expérience, et qui prescrit de les placer dans des positions exactement semblables relativement au centre de gravité du ponton.

L’usage d’une bouche à feu unique ne présentait d’ailleurs aucune difficulté pour l’exécution des tirs comparatifs. Une masse de mire pouvait aisément être substituée à l’autre;

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l’aiguille du pendule s’enlevait avec la plus grande faciliié, et, lesurplus du nouvel appareil se trouvant silué tout entier au-dessous de la lumière, rien ne s’opposait plus au pointage par le fil à plomb : de cinq coups en cinq coups un système de pointage pouvait remplacer l’autre sans occasionner de retard sensible dans le tir.

Cette manière d’opérer avait encore l’avantage de faire subir au nouvel appareil, qui restait adapté au mortier pendant les deux tirs, une double épreuve sous le rapport de la solidité de son établissement. Ainsi, loin de présenter quelque inconvénient, cette dérogation au programme ne pouvait que rendre les expériences plus concluantes. Par ces motifs, M. le préfet maritime autorisa la commission ù exécuter les deux tirs comparatifs avec le même mortier.

Discuêsion du système de pointage des mortiers à la mer par le moyen du fil à plomb.

En poursuivant l’examen des opérations qu’elle devait exécuter, la commission n’a pas trouvé que le système de pointage des mortiers à la mer par le moyen du (il à plomb fût arrêté d’une manière assez précise, soit dans l’exercice officiel publié en 1811, soit dans le programme qui lui a été remis, pour qu'elle fût dispensée de discuter les bases de ce système, et de fixer plus positivement la manière dont il serait employé dans les expériences comparatives.

On lit au 4' commandement de l’exercice que, le pointage fini, le pointeur quitte la place qu’il occupait derrière le mortier pour se porter à gauche, à la hauteur de la lumière. Au 5' commandement il est dit : « Le commandant de la batterie attend le moment favorable pour faire tirer, et, dès qu’il l’a trouvé, il fait le commandement Feu .' Le

SYSTEME ÜE POINTAGE

deuxième servant de droite l’exécute, etc. » Dans les observations sur ce commandement on ajoute : « Le moment le plus favorable pour commander le feu est celui où le bâtiment est droit, dans la direction observée à la lin du pointage et lorsqu’il a le moins de mouvements. »

L’exercice ne s’explique pas sur le moyen à employer pour reconnaître l’instant précis où le navire est droit. Dans une lettre de M. Ollivier, commandant des bombardes de l’expédition du Mexique, insérée dans les Annales maritimes de 1841, tome II, page 1079, on lit que, sur ces bâtiments, on faisait usage, pour cela, d’une vergue établie transversalement à poste fixe, qui tenait lieu de civadière, et qui était parallèle à la plaque du mortier. Pour que cette méthode d’observation fût rigoureuse, il faudrait que le grillage qui supporte le mortier n’éprouvât aucun tassement par l’effet du tir, car le tassement, toujours inégal, altère le parallélisme établi entre la vergue fixe et la plaque; il faudrait encore que l’on pût juger avec certitude, et au premier coup d’œil, de l’horizontalité de cette vergue, qui détermine l’angle de projection. Tout en reconnaissant l’existence de ces deux causes d’incertitude, leur influence sur les déviations en portée étant peu considérable, la commission a cru devoir adopter ce moyen d’observation comme le meilleur dont elle pût disposer.

L’exercice ne s’explique pas non plus sur le moyen que doit employer le chef de la batterie pour reconnaître que le navire est revenu dans la position qu’il avait à la fin du pointage. Il est nécessaire, pour cela, qu’il ait devant lui deux repères disposés suivant la longueur du navire, et qu’il remarque, à terre, le point fixe auquel leur alignement correspond quand le pointeur, encore derrière le mortier, l’avertit que la direction est bonne. A défaut de point fixe

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à terre, on a employé la boussole pour reconnaître cet instant; mais ce moyen est évidemment le plus défectueux de tous, surtout sur un navire soumis aux commotions d’un mortier.

Avec les repères, qui peuvent être deux viseurs placés sur une alidade, l’instant favorable pour tirer se présente quand ces viseurs reviennent dans l’alignement observé à la lin du pointage et que la vergue fixe se trouve en même temps horizontale. Un mouvement de tangage ayant, aussi bien qu’une embardée, pour effet d’occasionner une déviation dans le tir, l’alignement des viseurs doit être exact en hauteur comme en direction.

Cette méthode a l’inconvénient d’exiger, relativement à la direction, le concours de deux circonstances particulières déterminées, sans que ce concours soit réellement nécessaire pour la justesse du pointage. En effet, les embardées et les mouvements de tangage ayant chacun séparément, pour altérer la direction du tir, un effet à peu près égal à leur amplitude, on conçoit que ces amplitudes peuvent souvent avoir la même étendue, agir en sens contraire, et amener ainsi une direction qui serait favorable pour tirer, mais qui passerait inaperçue, parce que rien n’indiquerait au chef de la batterie, dans l’observation des repères, que la compensation se trouve effectivement établie. Pour le reconaitre, il faudrait juger du moment où cet alignement coupe une diagonale convenablement inclinée à l’borizon, et qui passe par la marque prise à terre : ce moyen d’observation est évidemment impraticable; la diagonale ne peut exister en réalité, et on s’exposerait à commettre de graves erreurs en voulant se la représenter en imagination. Ainsi, ensuivant cette méthode, on s’expose à laisser échapper la plus grande partie des occasions favorables qui se

SYSTÈME DE POINTAGE

présentent pour tirer, et, par suite, à ralentir le feu inutilement.

Quand l’alignement des repères passe près de la marque prise à terre, mais sans la rencontrer positivement, on voit bien que la direction du tir est un peu altérée, maison n’a pas la mesure de la déviation du pointage. Or la commission a pensé qu’il était de première nécessité, dans tout système de pointage, de reconnaître non-seulement l’instant où la direction est rigoureusement exacte, mais encore de voir clairement, et au premier aperçu, où le coup est dirigé, dans le cas où il existe une déviation quelconque; parce qu’en bien des occasions on peut tirer encore très-utilement un peu à droite ou à gauche du but indiqué, et qu’il y aurait perte de temps considérable à ne le vouloir faire généralement que dans une direction précise. La commission a pensé encore que l’on ne trouverait pas toujours à terre une marque bien distincte et convenablement située pour déterminer l’alignement des repères.

Les inconvénients qui viennent d’être signalés dans la méthode précédente, qui est celle de l’exercice, n’étaient pas, à la rigueur, de nature à la faire rejeter pour des expériences comparatives, dans lesquelles on pouvait disposer, à terre, des marques ad hoc, prendre tout le temps nécessaire, et où l’on s’astreint à pointer dans une direction unique. Cependant la commission a pensé que cette méthode devait être écartée, puisque les inconvénients qu’elle entraîne sont de nature à la faire rejeter dans l’usage ordinaire, et que, pour être utile et concluante, la comparaison ne devait être établie qu’entre des systèmes également applicables.

Par ces motifs, la commission a été d’avis que le pointeur devait rester en permanence derrière le mortier, en observant le fil à plomb, ainsi que cela s’est pratiqué sur

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les liombarilcs (lu Mexique, d’après la lellre précilée. Dans cette position, il juge, à chaque roulis, de la direction du coup, et peut avertir toutes les fois qu’une bonne direction se présente.

Il a paru à la commission que le défaut capital du système adopté par l'exercice consiste dans l’intervalle qui sépare nécessairement l’instant où l’on fait le commandement Feul de celui de son exécution. Elle a donc décidé que ce serait le canonnier même chargé de tirer qui observerait la position de la vergue li.xe, afin que, voyant arriver le moment fovorable pour envoyer le coup, il pût s’y préparer graduellement. En agissant ainsi, l’opération n’exige plus (|ue le concours de deux observateurs, tandis qu’il en fallait trois auparavant.

Système de pointage par le fil à plomb adopté par la commission.

En résumé, la commission a arrêté que le système de pointage qu’elle comparerait à celui de M. de Cornulier serait le suivant :

Un canonnier, muni du fil à plomb, reste en permanence derrière le mortier et suit les mouvements du plan de tir dans toutes ses excursions. Chaque fois qu’il juge le navire à peu près droit, il fait un signe de la main si la direction se trouve bonne en même temps.

Le chef du mortier, placé sur l’arrière du navire, par le travers de la lumière et faisant face à la pièce, tient à la main le cordon de l’étoupille, et observe à la fois la position de la vergue fixe et les signaux du pointeur. Il fait feu quand les deux indications sont d’accord pour marquer que l’instant favorable est arrivé.

Par ces dispositions, la commission croit avoir tiré le meilleur parti possible de l’emploi du fil à plomb, sans toutefoissedissimulerles inconvénients qu’elle n’a pu éviter. L’attention du canonnier chargé de tirer est partagée entre l’observation de la civadière et les signaux du pointeur; il est obligé d’avoir l’œil en deux endroits à la fois. L’erreur qui provient d’une mauvaise direction étant toujours beaucoup plus considérable que celle qui résulte d’un tir un peu trop élevé, ou un peu trop surbaissé, il serait fort à désirer que ce fût le pointeur au fil à plomb qui fit feu lui-même ; mais cette combinaison semble impraticable.

Choix des bombes.

Conformément à l’article 2 du programme, la commission fit choix de 120 bombes dans les limites de tolérance ordinaires. Elles furent calibrées au moyen des lunettes de service, dont les diamètres sont de 32i“'“,5 et 319™"’,2. On présentaitsuccessivement ces lunettes suivant le grand cercle perpendiculaire à l’axe de l’œil, et suivant un autre grand cercle passant par cet axe et perpendiculaire à la ligne qui joint les mentonnets. On n’avait d’ailleurs aucun égard dans la réception à l’état plus ou moins rugueux de la surface des bombes.

Les bombes, ainsi vérifiées, étaient munies de leurs anneaux, puis on les plaçait dans une balance, et l’on y introduisait un mélange de sable et de sciure de bois en quantité suffisante pour les amener toutes au poids fixe de 74>‘,700, selon les bombes : la quantité nécessaire de ce mélange variait entre deux et trois litres.

On fermait ensuite l’œil des bombes avec un bouchon en

POUR LES MORTIERS DES ROMDARDES

bois de peuplier ou de bouleau, qui se prolongeait jusqu’à la paroi opposée à l’œil, et présentait à l’extérieur une saillie de 3 centimètres. Le poids de ces bouchons était de 100 gr. ; ainsi chaque bombe préparée pesait 74'‘,800.

Ces 120 bombes furent prises indistinctement pour former deux séries de 60 bombes chacune. Celles de la première série furent numérotées en blanc, de 1 à 60; et celles de la seconde série reçurent des numéros rouges, pareillement del à 60.

Outre ces 120 bombes destinées aux expériences prescrites, la commission en choisit de la même manière 20 autres pour le tir supplémentaire que l’article 6 du programme lui laissait la faculté d’exécuter. De ces 20 bombes 10 furent marquées en blanc des lettres A et J, et les 10 autres furent marquées des mêmes lettres en rouge. 10 bombes, défectueuses en partie, furent encore mises à part pour servir aux exercices préliminaires ou pour être tirées à la mer, selon qu’on le jugerait utile.

Installation du nouvel appareil de pointage sur le mortier.

L’installation du ponton-bombarde étant terminée, la commission se transporta à bord le 12 avril, pour prendre connaissance des dispositions qui avaient été prises.

Le mortier en fonte de fer, du calibre de 32 centimètres, à chambre sphérique et à semelle, portait le n°3, et pesait 4,373 kilogrammes. Il avait été coulé à Indret en 1814. Cette bouche à feu étant celle qui a été employée à Gâvre, en 1841, la commission juge inutile de reproduire ici sa description.

Le mortier était pourvu de l’appareil de pointage provi-

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soire que M. de Coriiulier a décrit en détail dans son mémoire, et qu’il propose d’adapter aux mortiers actuellement existants.

Quatre montants carrés, en fer forgé, hauts de 42 centimètres, étaient établis perpendiculairement à la plaque derrière le mortier; leurs sommets étaient réunis par un châssisrectangulairequi venait s’appuyer contrelasphèredu mortier, et qui était maintenu en contact avec elle par une ceinture en fer forgé qui embrassait la bouche à feu dans toute sa circonférence.

Les deux montants les plus éloignés du mortier étaient placés sur la ligne qui joint les trous pratiqués à l’arrière de la semelle pour le passage des boulons qui la lient avec son affût. Ils reposaient sur une plaque en fer avec laquelle ils faisaient corps et qui leur servait de base commune. Les boulons d’assemblage traversaient cette plaque et la serraient contre la semelle au moyen de leurs écrous. Ces deux montants, espacés de 45 centimètres, étaient maintenus par un sautoir en fer forgé ajusté avec eux.

Les deux montants les plus voisins du mortier, placés à 48 centimètres en avant de ceux-ci, traversaient la semelle de part en part, et étaient retenus en dessous par des écrous. Ils étaient, comme ceux de l’arrière, maintenus par un sautoir.

Enfin, les deux montants situés d’un même côté étaient reliés par leur sommet entre eux, et, avec les châssis , par une double équerre en fer forgé.

Sur les deux grands côtés du châssis étaient posés les coussinets en bronze, destinés à recevoir les tourillons du pendule. Chacun d’eux était fixé au châssis par 5 petits boulons à écrous.

Une masse de mire en bronze était ajustée sur la plate -

POUR LES MORTIERS DES BOMBARDES

bamle de la iranche et y était lixée par 3 boulons à écrous qui traversaient le relief de cette plate-bande dans une direction parallèle à l’axe du mortier. Cette masse de mire et ses boulons pesaient ensemble 9 kilogrammes.

Ce poids du pendule , en fonte de fer, était de 63'“, 200, et celui delà tige ou aiguille en fer forgé qui les surmonte, de 6^300.

Le mortier n’ayant pas de grain de lumière, on manquait de point d’appui pour tixer un percuteur : la commission décida en conséquence qu’elle emploierait les étoupilles à friction, qui n’exigent aucune installation préalable. Dans ce but, M. de Cornulier avait fait frapper sur le côté droit de la ceinture du mortier une petite poulie en cuivre pour servir de] retour au cordon de l’étoupille, afin que, tirant de l’arrière, l’arrachement se fit néanmoins dans le sens transversal, comme cela a lieu dans l’ancien système où l’on tire par le travers de la bouche à feu.

Masse de mire destinée au pointage par k fil à ]ilvmb.

A côté du mortier était placé un cercle en fer portant la masse de mire destinée à égaliser le rayon de la plate-bande da la tranche à celui de la sphère du mortier. La commission s’est assurée que la masse de mire remplissait effectivement celte condition, et que l’installation étslit conforme au tracé annexé à la dépêche précitée du 29 janvier dernier. Elle lit retirer la masse de mire destinée au pointage par le pendule, et onia remplaça parcelle-ci; le cercle s’adaptait bien sur la plate-bande, et on le serrait avec facilité au moyen du boulon à écrou placé à la partie inferieure.

r«opo«iTU).N.i 5i:b i.t roI^T*OE. 6

S^Si'fcME DE POINTAGE

Installation de V affût du mortier et du ponton-bombarde.

L’affût cylindrique du mortier et sa plate-forme étaient conformes au modèle indiqué dans le programme ; ils avaient été construits à Lorient, en 1838, à l’occasion de l’expédition du Mexique, mais n’avaient jamais été employés. Ils étaient placés au centre même du ponton , la partie supérieure de l’affût débordant le pont de 18 centimètres.

Le ponton avait la forme d’un parallélipipède rectangle : sa longueur était de 18“',o6, sa largeur de 7“, 72, et son creux de 1"*,78. Le mortier et les 150 bombes d’approvisionnement étant embarqués, il calait l^jSO.

Le grillage qui supportait le mortier était composé de pièces de sap de 30 centimètres d’équarrissage, disposés alternativement suivant la longueur et suivant la largeur du ponton, laissant entre elles des mailles de 40 centimètres et formant 6 plans superposés. Afin de lui donner de l'élasticité, on avait ménagé , dans le sens de la hauteur, trois vides entre ces plans; leur somme, au centre du grillage, s’élevait à 16 centimètres; il fallait par conséquent qu’il fléchit de celte quantité pour que toutes les pièces vinssent à porter immédiatement les unes sur les autres au-dessous du mortier. La cale du ponton destiné aux expériences étant fort différente de la cale d’une bombarde ordinaire, le grillage avait dû être disposé d’une manière toute spéciale, et, l’installation employée ne pouvant devenir réglementaire, la commission croit inutile de la décrire plus en détail.

La plate-forme, ou partie fixe de l’affût du mortier, reposait sur le plan supérieur du grillage dans lequel elle était entaillée de 4 centimètres; elle était en outre noyée dans

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POUR I.ES MORTIERS DES BOMBARDES

un massifcitculaireclievilléavec le grillage. L’épaisseur de cette couronne était de 47 centimètres à la base et de 21 cenlimètres au sommet; elle s’élevait jiisriu’à la moitié de la hauteur de la partie mobile de l'affût. La plate-forme était serrée exactement par la couronne, mais il existait, entre celle-ci et la partie supérieure del’affût, un espace libre pour introduire les coins d’arrêt destinés à maintenir la direction donnée au mortier.

Un espars cylindrique, long de i2 mètres, et figurant une civadière fixe, était établi sur trois chandeliers à l’une des extrémités du ponton, parallèlement à la plaque du mortier, pour servir, selon la méthode employée sur les bombardes du Mexique, à reconnaître le moment favorable pour tirer dans le système de pointage ordinaire.

Enfin on avait établi sur un traversin de bittes un oscillomètre, provenant de la frégate l'Artémise , pour mesurer l’amplitude des tangages et des roulis du ponton pendant les expériences.

La mer étant calme, et tous les objets qui devaient être placés à bord du ponton étant emliarqués et disposés à l’endroit qu’ils devaient occuper , la commission vérifia l’horizontalité de la semelle du mortier et celle de la çivadière, qui étaient à très-peu près exactes. . ,

Essais préliminaires.

Le 16 avril, le [lonton fut conduit sur la rade de Port- Louis et amarré à 200 mètres à l’E. du fort de Kernevel, dans la position indiquée par la commission pour les exercices préliminaires. Le 19, en fai.santees exercices, on tira un coup à poudre à2kil., puis un antre coup aussi à jioudre

SYSTh;UC DE BOINTAGE

à 4 kil., et un troisième coup à la charge 6 kil. avec une bombe. Le pointage , qui était fait avec le nouvel appareil , donna une bonne direction, mais on s’aperçut que le tourillon de l’arrière du pendule en fonte de fer avait été rompu au ras de son embase. La clavette placée dans le coussinet au-dessus de ce tourillon était faussée.

A l’occasion de la rupture du tourillon en fonte de fer, l’auieur fit remarquer à la commission qu’il avait proposé dès l’origine de faire exécuter tout le pendule en fer forgé; mais M. le directeur d’artillerie trouva que cette pièce serait difficile à travailler , qu’elle reviendrait à un prix assez élevé; que le but des épreuves relatives au nouveau sys'* tème de pointage étant de parvenir à une installation qui pût devenir réglementaire, il y avait lieu de procéder graduellement dans cette rechercbc en essayant d’abord les pièces les moins coûteuses, la solution complète de la question exigeant non-seulement que l’appareil adopté réunît les conditions de solidité nécessaires, mais encore' qu’il fût celui qu’on pourrait établir au plus bas prix.

La grande élasticité du grillage qui portait le mortier avait occasionné un ressaut très-vif lors du coup qui détacha le tourillon du pendule; tous les objets placés sur le pont furent renversés et quelques-uns projetés au loin, entre autres les panneaux placés autour de l’affût pour achever de clore l’écoutille, ce qui obligea de les assujettir par des barres de fer fixées sur les hiloires. Le mortier et la partie mobile de son affût participèrent eux-mèmes à ce mouvement de ressaut , en remontant de 4 à 5 centimètres le long du pivot.

POUR LES MORTIERS DES BOMBARDES

Modifications apportées au pendule de pointage et à ses coussinets.

L’accident arrivé aux clavettes placées au-dessus des tourillons du pendule décida M. de Cornulier à employer des coussinets fermés par le haut et présentant ainsi des susbandes aussi résistantes que les tourillons eux-mêmes.

Pour réparer l’avarie du pendule en fonte de fer, il y lit adapter des tourillons en acier non trempé. Ils portaient derrière leur embase un tenon taraudé qui pénétrait dans le pendule jusqu’à la mortaise qui le traverse du haut en bas; l’embase circulaire dont ils étaient munis avait 7 centimètres de diamètre sur 1 centimètre d’épaisseur; elle était noyée dans la fonte et assujettie par quatre vis. Il donna .36 millimètres de diamètre à ces nouveaux tourillons, et fit disparaître l’angle vif qui existait à l’origine des anciens en les raccordant avec leur embase par un congé de i centimètre de rayon.

Par précaution et pour prévenir une nouvelle interruption dans les expériences, dans le cas où la fonte de fer ne résisterait pas à l’arrachement des tourillons d’acier, l’auteur fit exécuter en bronze un second pendule du même poids que celui en fonte de fer ; il lui donna une forme évidée sur les côtés pour compenser la différence de pesanteur spécifique des deux métaux et pour abaisser en même temps son centre de gravité.

En tournant les tourillons de ce second pendule, on s’aperçut que l’un d’eux recélait une chambre considérable, qu’il était presque entièrement creux. Pour remédier à ce défaut, M. de Cornulier lit raser les deux tourillons en

SYSTÈME DE POINTAGE

bronze et adapter sur la t6te du pendule un chapeau en fer forgé portant deux tourillons du même métal. Ce chapeau, de forme carrée, avait un décimètre de haut ; chaque côté était épais de 45 millimètres aux bords et de 23 millimètres au milieu : il emboîtait exactement la tête du pendule, que l’on avait taillé dans la môme hauteur en forme de parallélipipède rectangle dont la section était un carré de 7 centimètres de côté. Les deux côtés du chapeau qui correspondaient aux faces avant et arrière du pendule étaient pourvus, en dessous, de bavettes qui descendaient 63 millimètres plus bas que les autres côtés; elles étaient traversées par deux clavettes en acier, hautes de 20 millimètres et épaisses de 42 millimètres, qui maintenaient le pendule dans son chapeau. Ainsi disposé ce pendule pesait 65 kilogrammes.

Dans l’opinion de l’auteur, ce dernier pendule était celui qui présentait les meilleures chances de résistance ; il donna aussi à ses tourillons 36 millimètres de diamètre et les raccorda avec les faces du chapeau par des surfaces annulaires de 4 centimètre de rayon, comme il l’avait fait pour les tourillons en acier avec leurs embases.

Observation sur le degré de mobilité qu il convient de laisser au pendule.

En augmentant le diamètre de ses tourillons, l’auteur ne s’est pas dissimulé qu’il diminuait la mobilité de son pendule; mais il pense qu’une grande mobilité est plutôt un inconvénient qu’un avantage dans l’application dont il s’agit. C’est par ce motif, autant que dans la crainte d’amener un écrasement dans les coussinets, qu’il a renoncé à

l'ùtll LES HUKTIEUS DES BUUU.4HÜES.

l’idéc de faire tourner ses tourillons cylindriques sur une surface plane, et à celle de remplacer les tourillons cylindriques pardes couteaux émoussés. Selon lui, le grand poids du pendule, dont l’action est permanente, assure la verticalité de la tige d’une manière sullisante pour la pratique du tir, malgré les obstacles que le frottement oppose à l’action de la pesanteur. Si la sensibilité du pendule était exquise, les secousses que l’on donne à la bouche à feu pour obtenir la direction latérale lui imprimeraient un mouvement d’oscillation prolongé au milieu duquel on ne pourrait saisir ses indications, tandis que, dans son état actuel, il reprend très-promptement sa position de repos.

Suite des essais préliminaires.

Le 23 avril, le ponton étant toujours sur la rade de Port- I>ouis, on tira, à la charge de 8 kilogrammes, trois bombes à la mer. La direction des deux premières bombes fut bonne, mais la troisième porta beaucoup à droite. En recherchant la cause de cette anomalie, on s’aperçut que les coussinets avaient perdu leur parallélisme : le diamètre de leur encastrement cylindrique ne surpassait que de i millimètre celui des tourillons, et la moindre déviation suffisait pour serrer ceux-ci au point de faire perdre au pendule une grande partie de sa mobilité. En l’écartant de i" ou 2“ de la verticale il n’y revenait pas, et conservait la position oblique qu’on lui avait donnée. Le dérangement des coussinets provenait du jeu que les boulons qui les serrent sur le châssis avaient acquis par le choc du pendule; on reconnut que ces boulons, qui n’étaient pas tournés, ne remplissaient pas

88 ' SYSTKUE DE POINTAGE

exactement les trous pratiqués pour leur passage dans ces deux pièces.

En visitant le bâti on s’aperçut que deux des petits boulons qui lient les équerres doubles aux montants et au châssis étaient rompus. On reconnut également que le tenon qui surmonte le montant de l’arrière à droite était brisé au ras de sa base : le fer, qui était un peu aigre, présentait une paille assez profonde à l’endroit de la cassure. Le tenon du second montant de l’arrière présentant le même défaut, on décida qu’ils seraient remplacés l’uivel l’autre par des boulons vissés dansles montants et que les expériences seraient reprises dès que ces réparations seraient terminées.

On s’était servi, pendant le tir du 25 avril, dif pendule en *ante de fer auquel des tourillons en acier avaient été adaptés. L’ajustage de l’acier avec la fonte n’avait pas bougé, mais on apercevait déjà des indices de séparation entre les tourillons et leurs embases qui, au lieu d’être prises dans une même pièce avec eux, avaient été formées par urre virole soudée autour du cylindre. Cette remarque décida la commission à passer immédiatement à l’emploi du pendule en bronze.

Les coussinets ne présentaient d’autre altération qu’un refoulemAit de métal de 1 millimètre de profondeur à l’endroit où portait l’axe des tourillons.

Interruption des expériences.

Durant les expériences exécutées le 25 avril, le pontonbombarde avait fait de l’eau d’une manière sensible, mais on pensait que cet état était dû à la violence des commotions et qu’il ne durerait pas. Cependant le lendemain on

POUR LES mortiers UES BOMBARDES.

apprit que la voie d’eau ne s’était pas refermée, et, au lieu de conduire le ponton en dehors de la citadelle de Port- Louis, comme on se le proposait, il fallut le rentrer dans le port, où l'on décida qu’il passerait au bassin pour y être réparé et consolidé.

Les travaux de la commission se trouvant forcément interrompus par cette opération, elle désira que l’auteur mit à profit le temps qui allait s’écouler pour faire exécuter, en fer de première qualité, un nouveau bâti ayant la même disposition générale que l’ancien, mais dont toutes les pièces auraient un plus fort échantillon.

Modifications apportées dans U bâti qui soutient le pendule.

On donna donc 54 millimètres de côté aux montants verticaux, 40 millimètres d’épaisseur à la base sur laquelle sont soudés les deux montants de l’arrière et autant au châssis supérieur. On porta à 70 millimètres la largeur de chacune des branches de celui-ci.

Pour prévenir l’altération du parallélisme des coussinets et les fixer sur le châssis d’une manière invariable, l’auteur les encastra entre trois rebords de 25 millimètres de hauteur, faisant corps avec cette pièce. 11 furent pourvus d’un tenon à chaque bout pour empêcher leur rapprochement, et serrés par deux boulons de 20 millimètres de diamètre au lieu de cinq petits boulons qui étaient employés auparavant.

Les équerres doubles placées sous le châssis pour le relier aux montants furent supprimées comme inutiles, ou du moins comme ne pouvant pas être établies avec la solidité

SYS'lÈHli DE POINTAÜE

nécessaire sans affaiblir des pièces plus essentielles. On maintint les croix de Saint-André placées entre les montants.

On donna aux tenons qui surmontent les montants 36 millimètres dediamètre, et, pour mieuxassurer leurassemblage avec le châssis, la tête des montants fut fraisée dans une hauteur de 15 millimètres au-dessous de la naissance des tenons. Celte fraisure, de forme cylindrique et de 5 centimètres dediamètre, fut noyée en entier dans l’épaisseur du châ.ssis.

L’auteur aurait désiré pouvoir donner 55 millimètres de diamètre aux tenons qui sont engagés dans la plaque du mortier; mais cette modifleation eût entraîné des travaux trop longs, et il a été obligé d’y renoncer.

La ceinture en fer qui maintient le bâti en contact avec la culasse du mortier fut remplacée par une autre, qui présentait plus de résistance, et qui pouvait se serrer plus fortement que l’ancienne, au moyen de deux pitons à écrous passant dans une traverse placée derrière le châssis. Celte ceinture était en fer rond de 24 millimètres de diamètre.

Telle était la nouvelle disposition du bâti qui fut employé dans les expériences subséquentes : les pièces qui le composent pesaient ensemble 156 kilogrammes.

Pour prévenir le refoulement du métal au fond de l’encastrement des coussinets, l’auteur y plaça des rondelles en cuir; il porta à 40 millimètres le diamètre de cet encastrement cylindrique pour rendre plus libre le jeu des tourillons du pendule, dont le diamètre est de 36 millimètres. Enfin il lit interposer, entre tous les écrous, des rondelles en cuir dans le but d’amortir les mouvements de vibration qui auraient pu déterminer la rupture de quelque pièce de l’appareil.

FOL'il LE:S MOKTIEhS DLS BUHliARDES. 91

Nouvelles propositions de M. de Cornulier.

L’examen attcnlif de ce qui s’était passé dans le tir du 25 avril donna lieu à M. de Cornulier de formuler deux nouvelles propositions qui furent accueillies par la commission : la première concernait le meilleur moyen pour diriger le mortier à droite ou à gauche pendant le pointage; la seconde avait pour 1)bjel de fournir un moyen facile de pointer avec le pendule quand le navire reste à la bande sur le même bord.

Avantages que présente l’emploi des palans pour diriger le

mortier.

La manoeuvre du mortier avec les leviers directeurs est toujours incommode; on éprouve souvent de la dilliculté pour les engager dans leurs anneaux carrés ou pour les en retirer; il s’écoule un temps trop long entre l’instant où le pointage est fini et celui où l’on peut tirer; on laisse échapper des occasions favorables pour faire feu en attendant que les servants se soient retirés en arrière de la bouche à feu. Tous ces inconvénients deviennent très-sensibles quand on est obligé d’embarrer et de débarrer plusieurs fois avant d’arriver au pointage exact; la lenteur qu’ils entraînent est même la cause principale qui oblige à recommencer l’opération.

L’auteur proposa donc de substituer des palans aux leviers directeurs, qui sont lourds et embarrassants. Un bout de lilin fut frappé sur les anneaux carrés d’un côté du mor-

SYSTÈME DE POINTAGE

lier; il passait sur l’avant de la bouche à feu et en dehors des anneaux carrés placés de l’autre côté, et se terminait par une cosse à 50 centimètres de ces anneaux. Une seconde pantoire, semblable à la précédente, faisait dormant sur ces derniers anneaux et passait sur l’avant de la bouche à feu en sens contraire de la première. Un palan de canon de 12 fut croché dans chacune de ces pantoires.

En disposant convenablement les retours des garants, les servants peuvent être tous placés au vent du mortier et à une distance telle qu’ils ne soient point incommodés par la détonation. Le pointeur, tenant une main derrière son dos, fait signe d’agir à l’un ou à l’autre palan. La direction s’obtient graduellement et presque sans secousses; dès que le pointeur l’a trouvée, il peut tirer sans s’inquiéter des servants, car le mortier n’éprouvant aucun mouvement de rotation autour de son pivot par l’elTet du tir, peu importe qu’ils aient encore les garants dans les mains.

Utilité d'un canal pour conduire de l'huile sur la tête du pivot de iaffùt.

En se servant des palans, on fait une force égale à celle que l’on obtiendrait avec les leviers; quatre servants agissant sur chaque garant ont toujours dirigé le mortier avec la plus grande facilité. Celte mobilité ne doit pas toujours exister, car le pivot est exposé à se rouiller facilement et on ne peut le visiter; il serait fort utile, pour prévenir son oxydation, de ménager dans la partie mobile de l’affût un canal pour conduire de l’huile sur la tête du pivot.

POUR LES MORTIERS DES BOMBARDES

Suppression des coins d'arrêt.

La tension que conservent les palans employés pour le pointage dispense de faire usage des coins d’arrêt, en tant qu’on ne les considère que comme un moyen de lixer le mortier dans la direction obtenue. Cette tension présente un obstacle suffisant aux dérangements qui pourraient être occasionnés par les grands roulis, et même, dans les circonstances ordinaires, le frottement seul suffit pour maintenir le mortier dans la direction qu’on lui a donnée. Mais l’utilité des coins d’arrêt peut être envisagée sous un autre aspect ; on peut les considérer comme des auxiliaires donnés au pivot pour supporter l’effort du recul. Sous ce rapport, on les remplacerait avantageusement par des roulettes en bronze disposées horizontalement autour de la face intérieure du massif dans lequel l’affût est noyé. Ces roulettes, au nombre de six ou huit, et semblab'es à celles qui portent sur la plate-forme, s’appuieraient, au recul, contre un large cercle en fer dont on garnirait la partie cylindrique de l’affût; et celui-ci, qui est composé de pièces de bois dont les fils sont très-découpés, ne pourrait que gagner en solidité à être relié de cette manière.

Dans les tirs qui ont été exécutés devant la commission , on a constamment pointé le mortier avec les palans, et elle a pu apprécier les avantages de cette méthode. On ne faisait non plus aucun usage des coins d’arrêt, d’abord parce qu’ils étaient inutiles pour maintenir la direction; en second lieu, parce que la couronne extérieure ne présentait pas, à la hauteur de leur point d’appui, une résistance suffisante pour qu’ils fussent de quelque utilité contre l’effort du recul.

SYSTÈME DE POINTAGE

L’usage de ces coins retarde considérablement le pointage, et ils doivent être supprimés.

Vtililé d'adapter un curseur à l'extrémité de l'aiguille du pendule pour faire varier la hauteur selon les circonstances.

Dans sa seconde proposition M. de Cornulier examinait le cas où une bombarde tirerait à la voile, soit en restant en panne, soit en faisant route, et où elle conserverait, par l’action du vent une inclinaison permanente sur le même bord.

Les tables de tir ordinaires, qui sont dressées pour un angle de projection constant, ne répondent pas à ce cas rare et exceptionnel dans lequel on tirerait sous une élévation plus grande ou plus petite que celle avec laquelle le mortier est coulé sur sa plaque, selon le bord sur lequel le navire serait à la bande ; mais, après quelques coups d’essai, on trouverait la charge qui convient à la distance pour cette élévation particulière, et il ne s’agirait plus que de régler le tir de manière qu’il se lit toujours dans les mêmes circonstances.

Le point de mire étant pris à l’horizon, et la hauteur de la tige du pendule étant invariable , le système de M. de Cornulier ne satisfaisait qu’au seul cas où le navire était droit : pour qu’il répondîtà toutes les exigences éventuelles, il fallait y ajouter un moyen de donner à la ligne de mire, relativement à la plaque du mortier, une inclinaison égale à la bande permanente que la bombarde peut conserver sur le môme bord. Si l’on n’avait pas cette faculté d’incliner la ligne de mire, le pointage serait souvent impossible, car on ne pourrait le faire passer par le but quand celui-ci se

l>OLil I.F.S HûnriF.RS DES BOMBARDES. 95

îrouve situé au-dessus ou au-dessous de la direction fixe qu’on lui aurait donnée.

L’auteur pense qu’on peut regarder l’inclinaison de 4“ comme la limite de cette plus grande bande permanente sous une petite voilure et par un beau temps, tels qu’il convient de les choisir pour exécuter un bombardement. La longueur de sa ligne de mire étant de 75 centimètres, la tangente de l’inclinaison de 4® répond, sur son aiguille de pointage, à une longueur de 62 millimètres. Il a fait rogner l’aiguille de cette quantité, puis on lui a adapté un curseur en fer, long de 47 centimètres et glissant dans une coulisse pratiquée à la face arrière de l’aiguille : au moyen d’une vis de pression on fixait le curseurà la bauteur convenable pour que la ligne de mire rencontrût le but à chaque oscillation. Cette hausse était graduée de 30' en 30'; les'gradiiations donnaient directement l’inclinaison de la ligne de mire par rapport à la plaque du mortier. Le point zéro placé au milieu correspondait au parallélisme; en dessus et en dessous de ce point, les deux échelles étaient les mêmes. Au point le plus élevé, le curseur dominait la tige de 104 millimètres; dans cette position, son pied restait encore engagé dans la coulisse dans une longueur de66millimètres, ce qui était plus que suilisant pour assurer sa stabilité contre les commotions du tir. Dans toutes ses expériences, la commission a employé la tige à laquelle ce curseur était adapté, et elle a pu reconnaître qu’il facilitait singulièrement le pointage, même à bord d’un navire embossé.

syst^:he de pointage

Nouvel ajournement des expériences relatives au mortier.

Les réparations du ponton-bombarde ne furent terminées que le 24 mai. Malgré les moyens de consolidation que l'on avait employés pour le mettre en état de résister au tir du mortier, la commission jugea plus prudent de reprendre ses travaux parles expériences relatives au canon* obusier de 22 centimètres qu’elle était aussi chargée d’exécuter; expériences qu’elle avait la certitude de mener a bonne fin dans tous les cas, tandis que le tir du mortier pouvait déterminer dans le ponton des avaries telles, qu’il aurait été impossible de les entreprendre plus tard.

Fixation des charges employées dans les expériences.

La crainte de ces mêmes avaries détermina la commission à commencer ses expériences relatives au tir du mortier avec des charges inférieures à celles qui lui étaient prescrites par l’art. 2 du programme : en agissant ainsi, elle avait plus de chances d’acquérir un nombre de données suffisant pour asseoir son jugement sur les deux systèmes de pointage qu’elle devait comparer avant qu’un accident ne vint l’obliger à suspendre ses expériences.

Le programme prescrivait à la commission de tirer 40 bombes à chacune des charges de 8“, 40'‘ et 12'*, et lui laissait en outre la faculté d’en tirer 40 autres à celle de ces trois charges qu’elle choisirait. Ces épreuves, qui pouvaient être exécutées par les deux mortiers qu’on devait employer dans lesystèmedu programme, devenaient exces-

POUR LES MORTIERS DES BOMBARDES

sives pour la bouche à feu unique avec laquelle on opérait; son affût paraissait incapable de résister à de pareils efforts, et il y avait chance de voir éclater le mortier lui-même. M. le directeur d’artillerie fît part à la commission de ses appréhensions à cet égard, se fondant en outre sur le nombre considérable de coups à grande charge que ce même mortier avait déjà tirés à Gàvre en 184i.

Par ces motifs, et prenant en considération la position des points de chute les plus convenables sur la presqu’île de Gâvre, la commission adopta pour ses trois séries principales les charges de 4'‘, 6"^ et 9*‘,500.

En réduisant ses charges, la commission a pensé qu’elle ne rendrait passes expériences moins décisives relativement à la comparaison des deux systèmes de pointage mis en présence, car il résulte du tir exécuté à Gâvre en 4840 que les déviations latérales des bombes sont sensiblement proportionnelles aux portées. En restreignant celles-ci, elle avait la chance de perdre moins de bombes à la mer, et par conséquent de relever un plus grand nombre de déviations par des mesures directes, toujours plus exactes que les déterminations qui résultent de gisements observés à Iq boussole. A cet égard, son attente n’a point été trompée; toutes les déviations ont pu être mesurées sur le terrain.

Quant à la résistance que présente l’appareil de pointage par le pendule, la commission a considéré que, dans le système du programme, cet appareil ne devait supporter que la moitié du nombre total des coups, tandis que, dans celui qu’elle a adopté, il reste en place pendant les deux tirs et subit réellement une double épreuve, qui peut être regardée comme l’équivalent de l’épreuve simple faite avec des charges supérieures. Cependant, pour ne rien laisser à désirer, la commission décida qu’elle terminerait ses expé-

PROrO*5ITIONS SI R I.F POl>TA(ir. 7

riences en tirant, à la charge de 42 kilogrammes, quelques bombes à la mer, le village de Kersau, sur la presqu’île de Gâvre, ne lui permettant pas de les tirer à terre sans danger.

Reprise des expériences du mortier.

Le 30 maij, les expériences relatives au canon-obusier étant terminées, on rentra le ponton dans le port pour le débarquer et on le remplaça par le mortier; le ponton fut ensuite conduit à son mouillage extérieur. La position de ce mouillage était déterminée par l’alignement de deux mâteraux placés à terre sur la ligne jalonnée; à chaque tir on rectifiait la position du ponton, selon l’état de la marée, de manière à avoir toujours ces deux mâts l’un par l’autre. La distance du ponton à la terre était déterminée par un autre alignement à peu près perpendiculaire à celui-ci, et qui, pour le premier mouillage, consistait à avoir le clocher de l’église de Lorient par l’extrémité E. du fort de Kernevel. La ligne de tir était dirigée de l’E. à l’O.

Heurtoir placé sur l’avant du pendule.

La manière dont fouettait la hausse mobile du canon^ obusier au recul de la pièce (voir le rapport relatif à cette bouche à feu) avait fait reconnaître qu’il serait extrêmement avantageux d’encastrer la partie inférieure du pendule du mortier dans une coulisse, contre les rebords de laquelle elle viendrait buter avant que le tourillon qui s’é-

POUa LES HOBTIEES UES DOMBAKUES. 99

lève ne rencontrât la partie supérieure de son coussinet. Le bon effet qu’on avait obtenu du heurtoir placé à la queue de l’affût du canon montrait avec évidence qu’un obstacle analogue, opposé au fouet du pendule, était la meilleure précaution qu’on pût prendre pour prévenir la rupture de ses tourillons et pour atténuer les commotions qu’il donne au châssis.

L’appareil du mortier étant terminé, quand l’auteur reconnut l’utilité de cette pièce accessoire, il ne put l’établir régulièrement. La traverse qui lie par les pieds les deux montants de l’arrière formait naturellement un des côtés de la coulisse projetée; pour obtenir le côté opposé, qui est le plus essentiel, il flt encastrer entre les montants de l’avant un billot de chêne qui portait contre la culasse du mortier et qui fut assujetti dans cette position d’une manière provisoire.

Telles étaient les dispositions prises pour l’exécution des expériences.

SYSTÈME DE POINTAGE

r»r du mortier de 32 centimètres, exécuté le i" juin 1842, de une à trois heures, le ponton amarré à son premier mouillage, avec la charge de poudre de 4 kilogrammes.

ORDRE

des

coups.

MARQUE

des

bombes.

ANGLE

de

la ligne de tir avec la quille.

PORTÉE

DÉVI; la té rapp à

ligne c

A gauche

kTION

raie

îrtée

la

e mire.

A droite.

SYSTÈME de pointage employé.

1 Pointage

mm

par le

1 pendille.

1 Pointage

mwm

par le

wm

|6I à plomb.

1 Pointage

par le

1 pendule.

1 Pointage

.par le

ifil à plomb.

Nota. La leth-e R signifie rouçe, et la lettre B signifie

POUR LES MORTIERS DES BOMBARDES. 1(H

OBSERVATIONS FAITES PENDANT LE TIR DU 1- JUIN. Baromètre, 769™'",8; ihcFmomèlre centigrade, 20", 9.

Etat du ciel et de la mer.

Petite brise de S. O., ciel très-clair, mer belle, longue houle du S. O. régulière et peu élevée; amplitude des oscillations de roulis, 3" 30'; amplitude des oscillations de tangage, 1°; le ponton faisait6,5oscillationseni0 secondes; embardées lentes et restreintes.

L’état de la mer était aussi favorable qu’on pût le désirer pour lancer des bombes, à moins de l’avoir absolument calme, le mouvement n’étant sensible que dans le sens du plan de tir et altérant à peine la direction du pointage.

Entonnoir pour conduire la poudre dans la chambre. •

On versait la poudre dans un entonnoir coudé qui conduisait la charge directement au fond de la chambre; avant d’introduire la bombe on essuyait les parois de Tâme avec une éponge, par surcroît de précaution; mais on ne s'est jamais aperçu qu’il restât de la poudre dans le raccordement. Il est à désirer que cet entonnoir, qui ne figure pas parmi les ustensiles réglementaires dont les mortiers doivent être pourvus, devienne d’un usage général, car il est commode et donne une grande sécurité aux chargeurs.

SYSTÈME DE POINTAGE

Remarque sur la vivacité du tir.

On ne doit pas juger de la vivacité du tir par le temps que chaque série a exigé, car on attendait à chaque coup, pour commencer le pointage, que l’on fit de terre le signal que le champ de chute était libre. En défalquant le temps d’attente, la commission a trouvé que, dans cette première série, on aurait tiré un coup par 4 minutes; ce qu’elle attribue principalement à l’emploi des palans pour le pointage. La précision des résultats obtenus avec les deux méthodes mises en présence montre, d’un autre côté, que l’on n’apportait pas dans le tir une précipitation nuisible à sa justesse.

Opinion du pointeur sur le nouveau système.

Le même homme pointait au pendule et au fil à plomb. Après le tir de la journée, on lui demanda quelle était la méthode qu’il préférait pour son usage ; il répondit immédiatement que c’était le pointage par le pendule, non-seulement parce qu’il était le plus facile, mais encore parce qu’il lui permettait de tirer quand il le voulait, jugeant et exécutant lui-même.

Visite de l'appareil de pointage.

Le pendule, qui était resté en place pendant les vingt

POUR LES MORTIERS DES BOMBARDES. 103

coups, fui visité après le tir ; on le trouva intact, rien non plus n’avait bougé dans le bâti.

Le heurtoir en bois placé entre les montants de l’avant portait les traces du choc du pendule, d’où ressortait évidemment l’utilité de son emploi. On avait effectivement remarqué, pendant le tir, que la partie inférieure du pendule fouettait de l’arrière à l’avant, comme le faisait la hausse mobile du canon.

Les rondelles de cuir placées au fond des coussinets portaient l’empreinte d’un refoulement considérable; des traces de refoulement bien sensibles se montraient aussi aux par lies supérieures et inférieures des encastrements.

SYSTÈME UE POINTAGE

Tir du mortier de 32 centimètres, exécuté le 7 juin 1842, de deux heur es vingt minutes à quatre heures quarante minutes, le ponton amarré à son premier mouillage, avec la charge de poudre de 4 kilogrammes.

ORDRE

des

coups.

MARQUE

des

bombes.

ANGLE

de

la ligne de tir avec

la quille.

PORTiE

DÉVI

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ligne <j

A gauche

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la

e mire,

A droite.

SYSTÈME de pointage employé.

1 Pointage

par le

1 pendule.

Pointage

par le

fil à plomb.

Pointage

parie

pendule.

Pointage

par le

fil à plomb.

POUR LES MORTIERS DES DOMliARDES.

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