‹ Propriétés optiques des liquides et leur application à l'analyseChapitre 35 sur 39 · II. Solutions complexes · texte numérisé non relu

II. Solutions complexes

.Nous venons de raisonner sur des cas pour ainsi dire théoriques, c’est-à-dire, sur des dissolutions simples dans lesquelles tous les éléments delà formule qui permet de calculer la concentration étaient exactement connus.

Dans la pratique, ces cas ne se présentent guère; on a affaire soit à des substances solides (sucres bruts), soit à des liquides naturels (jus sucrés, urines diabétiques, lait, etc.), et il faut d’abord, avant de procéder à l’examen optique, préparer des liqueurs qui se rapprochent le plus possible des solutions théoriques. Dans tous le^ cas, il importe de tenir compte des éléments perturbateurs.

Nous allons indiquercomment on procède dans les principaux, cas.

Analyse des sacres bruis. — On (lissoiil à froid 16,344 gr. de sucre dans 30 à 60'° d’eau, on ajoute, si la teinte l’exige, 2 à S'” d’une solution concentrée de sous-acétate de plomb qui précipite presque complètement les principes colorants et les matières organiques, on étend à 100““, on liltre rapidemetit et on observe à l’instant, alin de ne pas donner à la liqueur le temps de se troubler par l’action de l'anbydride carbonique de l’air sur le sous-acétate de plomb.

S’il y a d’autres substances actives, il faut observer de nouveau après inversion ; s’il n’y a que de la saccharose et des substances inactives, le degré saccharimétrique lu d’abord donne immédiatement le titre, c’est-à-dire la quantité de sucre crislallisabledans 100 parties de la matière primitive.

Analyse des betteraves, — On soumet à la presse 200 gr. de pulpe de betterave préparée à la râpe; on ajoute au jusj^deson volume de sous-acétate de plomb et on procède à l’examen optique. Avant d’observer de nouveau, après l’inversion, on sépare par le liltre le précipité de chlorure de plomb qui a [lu résulter de l’action de l’acide sur le léger excès de sous-acétate de plomb.

Pour avoir la teneur des betteraves en sucre, on admelqu’elles donnent 3“/„ de tourteau, et on multiplie par le chiffre obtenu pour le jus.

Analyse des cannes à sucre. — On forme un échantillon moyen de 2(M)gr. avec des tranches de cannes coupées au couteau. On en exprime le jus et on coiUinue comme plus haut, sauf que la défécation se fait souvent de préférence avec la colle de poisson et l’alcool.

Analyse des mélasses. — On dissout 49,032 gr. de mélasse

dans assez d’eau pour que la solulion occupe 300 On fillre à travers un tube de verre garni .à sa partie inférieure d’une double virole retenant un feutre de laine sur lequel on a placé un lanipon de coton cardé, puis 80'“ de noir animal en grains fins. Les premiers 80“ filtrés sont mis à pari, leur action étant faussée par faciion initiale du noir. La liqueur qui continue:! passer, et qui conserve au contraire son titre primitif, est reversée 40 ou 42 fois sur le noir afin d’obtenir le maximum de décoloration. Lorsque l’égontlagc s’arrête, on verse ies 80“ mis d’abord en réserve, afin d’obtenir par déplacemenl une partie de la liqueur qui imbibe le charbon, soit environ 40". Cette partie étant réunie au produit de la lillration principale, on a 200" d’une solution de titre régulier. Cette solulion à peine colorée en jaune clair, devient rouge par l’acidulalion, ce qui rend impossible la seconde épreuve après inversion; pour empêcher cet effet, on ajoule à la liqueur^ de son volume de sousacélate de plomb, et on filtre de nouveau sur le noir, en employant seulement 60““ de celui-ci, et séparant, comme à la première filtration, un volume de liquide égal au sien. On procède alors, comme à l’ordinaire, à deux observations, l’une avant, l’autre après inversion.

Inlluciict; Ile certaines substanceB étraiiKères

4" Substances minérales. — Dans les dosages de saccharose, il importe, au besoin, de tenir compte de la diminution que le pouvoir rotatoire de ce sucre peut éprouver par la présence de certaines matières minérales. Le tableau suivant, dû à AL H. Pellet, indique les (luantilès de sucre dissimulées par

1 gramme de chacune des substances inscrites dans la^ première colonne:

Solution renfermant

de sucre

de sucre

Carbonate de sodium.

Phosphate de sodium cristallisé. .

Soude.

Ammoniaque.

Carbonate ammonique..

Potasse.

Carbonate de potassium.

Chaux. . . .

Baryte.

On peut annuler l’action des alcalis ol des carbonates neutres alcalins en les transformant, par un courant de gaz carbonique en bicarbonates qui sont sans influence optique sur le sucre.

Quant à la chaux, dont l’action est considérable, et qui sé reconnaît en faisant passer dans la solution un courant d’anhydride carbonique, on peut la précipiter par l’oxalale d’ammonium, dont l’influence optique sur le sucre est également nulle.

2“ Asparagine. — La présence de l’asparagine dans les jus et dans les mélasses de betteraves et de cannes rend trop élevé le titre saccharimétrique déduit de l’observation optique.

I-a proportion d’asparagine, dans les betteraves, peut s’élever jusqu’à 2 ou 3 y„ du poids des racines (Dubrunfaut) et l’écart qui en résulte pour le titre saccharimétrique est susceptible d’atteindre 0,7 gr. pour 100“'.

MM. Champion et Pellet détruisent l’influence de l’asparagine en ajoutant au jus 10 p. 100 de son volume d’acide acétique

— im —

à 8“, et ils dosent ce principe en prenant les degrés polarimétriqnes

du jus normal a,

du Jus additionné de 2 gr. d’asparagine, a', du jus additionné de 10 p. 100 d'acide acétique à 8% a” et posant la proportion;

d’où

Dosage de la lactose dans le lait. — l^e lait, chauffé à S0°, est additionné de quelques gouttes d’acide acétique et filtré ; 1000 gr. de lait donnent ainsi, d’après Poggiale , environ 920 gr. de petit-lait.

On ajoute au petit-lait une petite quantité d’acétate de plomb, on filtre et on procède à l’observation optique.

Dosage de ta glucose dans les urines. — Dans la plupart des cas, il suffit de filtrer l’urine pour la rendre tout à fait claire et pouvoir l’examiner directement au polarimètre. S’il n’en est pas ainsi, on la décolore par le noir animal, ou bien on la traite par de son volume de sous-acétate de plomb et on filtre.

Si l’urine est albumineuse, on en fait bouillir 100”'dans un ballon, après avoir ajouté avec précaution un peu d’acide acétique ; on filtre dans une éprouvette graduée, on lave avec de l’eau, jusqu’à ce que le liquide filtré occupe de nouveau exactement le volume primitif, on laisse refroidir et on procède à l’examen polarimétrique.

Dosage de l'albumine dans les urines. — Il faut que l’aibu-

inino ne soit pas en quanliié trop faible, que l’urine n’ait pas une couleur trop foncée et qu’elle puisse être obtenue suffisamment transparente. Lorsque la filtration ne suffit pas, on réussit souvenl, sans mocfifier le pouvoir roiatoire de l’albumine, à déiruire le trouble en ajoutant une goutte d’acide acétique ou quelques gouttes d’une dissolution de carbonate de soude et filtrant ensuite; quelquefois, cependani, la clariflcaiion n’est pas possible (lloppe-Seyler).

Dosage des acides biliaires. — l,e dosage optique des acides biliaires est possible, d’après M. lloppe-Seyler, du moins ap|»roximalivemenl, bien que, même dans l’ictère très-grave, il ne passe jamais dans ruririe que de très-petites quantités de cescoi’iis.

On précipite 400 ou 6(X)'‘“ au moins d’urine ictérique par du sous-acétate de plomb et un peu d’ammoniaque; on lave le précipité avec un peu d’eau, on le fait bouillir avec de l’alcool et on filtre bouillant. Au liquide alcoolique filtré on ajoute quelques gouttes de carbonate ’sodique, on évapore à sec et on épuisé le résidu par de l’alcool absolu à l’ébullition. On enlève ainsi les sels de sodium des acides biliaires. On décolore au besoin la solution alcoolique par le noir animal, on réduit à un volume suffisamment faible et connu, puis on procède à l'examen.

On calcule comme si on n’avait affaire qu’à de l’acide cholique; la différence entre le pouvoir rotatoire du cliolate et du glycocholate de sodium est, en effet, si faible, que l’erreur ainsi commise rentre dans les limites des erreurs d’observation.

Apprécialion du rendement alcoolique d'un jus de raisin. —

M. Bouchardat s’est servi de la méthode polarimétrique pour déduire la richesse alcoolique des vins, de la richesse saccharique des jus de raisin qui les fournissent. Il éliminait l’acide

tartriqnepar le sous-acétate de plomb et terminait la décoloration par le noir animal. Il opérait toujours à 15" afin de ne pas avoir à tenir compte de la variabilité du pouvoir rotatoire du sucre de raisin avec la température. Par deux séries de dosages effectuées parallèlement avec le polarirnètre et avec l’alcoomètre, il est arrivé à celte conclusion qu’une déviation polarimélrique de 2°, sous une épaisseur de 5 décimètres avec la teinte sensible, correspondait à 1 p. 100 d’alcool.

Essai approximatif de l'opium .— On épuise parl’eauSlOgr. d’opium mélangés avecOgr. de chaux éteinte; on filtre, on ajoute 2"" d’acide chlorhydrique concentré et on porte à 100". La liqueur ne contient d’alcaloïdes actifs que la morphine, la codéine et la ihébaine, car la narcoline n’a pas été dissoute et la papavérine, à l’état de chlorhydrate, n’a pas d’action, suivant M. Hess, sur la lumière polarisée. Si l’opium examiné contenait, comme le type indiqué par MM. Smith, pour cent.

10,000 gr. de morphine,

0,300 » codéine,

0,150 » Ihébaine;

la rotation produite par chacun de ces alcaloïdes, déduite des nombres donnés par M. Hesse, serait 5» 15 0"162 0"083

en négligeant l’action desdeux derniers alcaloïdes, on en déduit que 2",57 polarimélrique correspondent au litre de 10 Vo- En partant de ce chiffre, si le liquide observé marque a” polarimélrique, on en conclut que l’opium essayé est au litre de

Ce dosage de la morphine n’est qu’approximatif, à cause de l’incerlitude sur la valeur exacte des pouvoirs rotatoires spècifiquesdesalcaloïdesdans les conditions de l’expérience; encore faut-il que l’opium essayé ne renferme pas d’autres substances actives en quantité appréciable.

Essai des vins gallisés. — Un vin gallisé par du suc.re de fécule donne une déviation à droite supérieure à 4“.

Si la coloration du liquide ne permet pas l’examen direct, on chasse l’alcool par évaporation, on rétablit le volume initial en ajoutant de l’eau et on décolore par le noir animal.

Si l’essai reste douteux, on évapore, suivant les indications de M. Neubauer, 2o0" de vin, jusqu’à cristallisation des sels; on ajoute une petite quantité d’eau, on décolore par le noir animal et on réduit à consistance sirupeuse. On bruye le résidu avec une quantité suflisante d’alcool à 0,90 qui précipite la matière dextrogyre la plus abondante dans le vin naturel ; on sépare l’alcool du précipité visqueux ou pulvérulent, on évapore au ‘/ 4 . et on agite avec 4 à 6 volumes d’éther, qui détermine la précipitation dessubsiances actives non fermentescibles du sucre de fécule: il se forme bientôt deux couches ; l’inférieure aqueuse renferme les principes dextrogyres. On l’étend d’eau, on la cbaulfe légèrement, on la décolore par le noir animal, on la porte à un volume connu et on l’examine au polarimètre; on doit trouver une déviation nulle ou très-faible si le vin était naturel, une déviation à droite relativement considérable si le vin était gallisé avec le sucre de fécule

M. Ch. Girard s’est servi du procédé polarimétrique de Neubauer pour reconnaître la présence d’une piquette de raisins secs dans un vin : on ramène préalablement au du volume et on observe dans tin tube de 2 décimètres; les piquettes seules donnent une déviation à gauche de 1“,4. à 1®,'7 pour la

lumière du sodium; elles communiquenl au vin un pouvoi lévogyre.

Essai des essences douées du pouvoir rotatoire. — Il suffit d’observer dans un tube de longueur déterminée et de comparer la rotation trouvée avec la rotation calculée au moyen de la formule

a = [«]fd

[a] étant supposé préalablement connu.

Les essences étant des mélanges de principes divers, les uns actifs, les autres inactifs, dont les proportions relatives sont sujettes à variation et dont la composition chimique peut, d’ailleurs, se modifier pendant la conservation, la notion du pouvoir rotatoire spécifique perd ici beaucoup de son importance et l’essai qui en découle ii’esl rien moins que certain.

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