CHAPITRE IV
Conclusions générales
La comparaison des spectrogrammes des divers muscles fournit, malgré le petit nombre des types étudiés, des enseignements très intéressants et dont quelques-uns sont probablement susceptibles de généralisation — avec, bien entendu, les réserves d'usage à ce point de vue.
Jo La somme des bandes d'absorption des spectres élémentaires des différentes parties d’une fibre, tels qu’ils résultent de nos essais de localisation, n’est pas toujours rigoureusement superposable au spectre général du même muscle, sous une épaisseur correspondante : il ÿ a dans les spectres élémentaires des renforcements partiels de certaines bandes à peine perceptibles dans les spectres généraux. Ceci découle avec une grande évidence des propriétés optiques spéciales qu'ont les corps hétérogènes, propriétés dont nous verrons plus loin des exemples à propos des indices de réfraction. Les bandes spéciales des disques Q se trouvent noyées, dans les spectrogrammes généraux, par des rayons lumineux ayant passés sur leurs bords. Il n'y a rien là qui puisse nous surprendre, mais la constatation était à spécifier.
20 La comparaison des spectres musculaires avec les spectres sanguins nous montre que certaines bandes des spectres musculaires ont des affinités avec le spectre des pigments sanguins (bandes dites : dérivées hématiques). Ces affinités sont telles qu'elles ne représentent probablement pas, au point de vue moléculaire, une identité complète entre les deux substances absorbantes. D'autres bandes au contraire (bandes dites : dérivées sarcoplasmiques) n’ont aucune affinité immédiate avec les bandes du pigment sanguin et résultent probablement de l'absorption du plasma musculaire lui-même (sarcoplasme sensu lato) et de ses éléments. Ce sont les bandes spéciales à la fibre dont nous avons parlé dans le cours de ce travail.
3° Au point de vue de la localisation dans la fibre striée, il ÿ a lieu de remarquer que les bandes dérivées hématiques sont localisées au
disque Q. Les pigments d'origine sanguine ne sont donc pas uniformément répartis dans la fibre. Les bandes dérivées sarcoplasmiques peuvent être, soit localisées au disque Q, soit générales à toute la fibre, aucune bande n'est localisée au disque [.
49 En comparant les spectres des trois types entre eux, nous constatons qu'il y a des bandes spécifiques à chacun d’eux, et des bandes communes à tous les trois. Parmi les bandes spécifiques, il faut ranger les dérivées hématiques. dont les affinités, d'un pigment sanguin à l’autre, sont très discutables et ne sont en tout cas point démontrées. Parmi les bandes communes, il y a lieu de citer plus particulièrement celle qui a pour moyenne 465% et que nous trouvons dans les trois échantillons. étudiés, avec une constance d'autant plus remarquable que les trois types sont très éloignés les uns des autres aussi bien comme conditions biologiques que comme position systématique (1). Il est intéressant de noter que cette bande est à la fois commune et sarcoplasmique, c'est-à-dire que dans aucun cas elle n'est localisée à un élément donné de la fibre.
L'ensemble des bandes ultra-violettes s'étendant de 408 à 350 environ paraît également commun, sous la réserve des approximations de ses valeurs. Cet ensemble est localisé aux disques Q dans les deux fibres striés, il n’est évidemment pas question d’une telle localisation pour la bande 420-340 environ, qui l’englobe, dans l’adducteur du Moule (2).
Il semblerait que les bandes communes soient l'indication de groupements moléculaires très importants et fondamentaux de la fibre musculaire, peut-être même une condition nécessaire de la contractilité.
Ces diverses relations se résument dans le tableau suivant :
EE Me LU j Dérivées sarco- Communes Générales à toute Bandes d'ab- | plasmiques à divers types la fibre. sorption des { Dérivée Mn ee muscles Spécifiques ques Q dans la
hématiques :
$) fibre striée.
Nous arrivons donc à cette conclusion importante que dans les divers
4. Il faut noter qu'en dehors de nos échantillons, cette bande coïncide approximativement avec le début des dernières bandes figurées par Mac Munn dans les spectres des divers muscles, ce qui contribue à montrer sa généralité.
. 2. Enfin, nous verrons dans la [II partie qu'une bande d'absorption commune et générale doit lomber sur 873 vy.
types striés la composition des disques 1 doit-être spectroscopiquement la même, la composition globale des disques Q étant au contraire spécifique,
Considérations théoriques.
Quelles indications ces faits nous donnent-ils au point de vue de la théorie de la fibre musculaire striée ? Tout l'intérêt de ces observations dérive évidemment des relations étroites existant entre les bandes d'un spectre d'absorption et certaines molécules, groupements moléculaires, radicaux ou fonctions du système absorbant. On admet aujourd’hui que le spectre d'absorption d’une substance donnée est la somme des spectres de ses éléments ; de nombreux exemples en sont fournis par les belles recherches de Soret, Blyth, Dhéré, sur la constitution spectrale des albuminoïdes. Deux systèmes de substances ayant leurs bandes d'absorption topographiquement identiques sont identiques aux variables près qui n’interviennent pas dans l’absorption ; par contre, il n'est pas démontré que deux systèmes de constitution voisine aient nécessairement des spectres topographiquement très voisins, à moins d’avoir des groupements moléculaires absorbants communs. En particulier dans une famille de corps donnés, la propriété d'absorber une certaine bande ou un certain système de bandes est supportée par un groupement moléculaire constant, la réciproque n'étant pas nécessairement vraie, c'est-à-dire que plusieurs systèmes indépendants de bandes peuvent, suivant les circonstances, dépendre d'un seul et même groupement moléculaire.
Il y a là une relation avec ce que l'on connaît dans la chimie des colorants organiques : pour qu’un corps soit coloré, il est nécessaire qu'à son radical s'adjoignent des groupements « chromophores », supports de la propriété colorante, et des groupements «€ auxochromes » sans lesquels lés propriétés colorantes des chromophores ne sont pas mises en valeur. La couleur du corps est la résultante des couleurs spécifiques de ses chromophores dans les conditions déterminées par les auxochromes, et deux corps de constitution très voisine peuvent être l’un coloré, l'autre non, du fait de la présence ou de l'absence de l’auxochrome dans leurs molécules.
Dans notre cas de l'absorption, tout se passe comme si chaque bande — ou mieux chaque système de bande — était relié à une sorte de groupement chromophore, la somme des chromophorés déterminant
= à PES
l'absorption du corps total, aux degrés de liberté près qu'y introduisent des auxochromes hypothétiques.
Appliquons cette théorie élémentaire à la fibre musculaire, et voyons quels enseignements nous pouvons tirer des recherches précédentes sur les relations et la répartition des groupements moléculaires chromophores dans la fibre, par conséquent sur la constitution intime de celle-ci.
Considérons, pour schématiser, chaque système de bandes comme dépendant d’un groupement moléculaire différent.
M pes
ri obus
Fig. 15. — Diagrammes schématisant la théorie de la localisation de groupements moléculaires absorbants dans la fibre striée (en haut) et dans la fibre lisse (en bas).