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Comme pour la fibre lisse, la conclusion relative au disque Q s’impose : le disque Q renferme bien une substance anisotrope et son éclai-
ement est de la biréfringence vraie.
Il n'y a même certainement aucunetrace de dépolarisation au niveau de ce disque, ce qui aurait produit un minimum relatif d'éclairement ; ceci est à rapprocher de la faiblesse de la lumière diffractée par Q que nous avons remarquée avec l’ultramicroscope.
Au voisinage de l'égalité d'indices. les stries Q sont, en lumière naturelle, très peu distinctes des régions voisines : l’ensemble de la fibre est Céclairei », et à ce moment les indices extrêmes de ces deux sortes de stries ne doivent guère différer de plus d’une unité de la deuxième déci-
male ; il en est de même pour la strie Z Les indices sont évidemment rapprochés du fait que les diverses substances sont déshydratées, et que ce sont les albuminoïdes au maximum de concentration que nous examinons. Il doit intervenir dans les diverses stries de la fibre fraîche (comme le pensent Merkel, R. Dubois, ete.), des variations de concentration qui accentuent ces différences.
L'égalité d'indices entre la strie Q et le médium se produit en général au voisinage de N = 1,52. Cependant quelques échantillons présentent des valeurs plus élevées ; il ne paraît y avoir aucun rapport avec les différences spécifiques des animaux employés, deux valeurs extrémes pouvant se produire dans deux individus de la même espèce.
Autant qu'on en peut juger par l’aspect extérieur des stries cette différence ne paraît pas en relation avec l’état de contraction ou de relàchement des fibres. Aucune relation non plus avec le temps de passage dans les réactifs, que nous avons noté pour plusieurs expériences.
On trouvera ci-joint, à titre documentaire, un tableau des valeurs de ces égalités d'indices pour divers muscles lisses ou striés. On pourra constater que la majorité des égalités se fait au voisinage de N= 4:52":
Adducteur Moule om N ER 52
Vessie Triton cristatus 1,51 1,52
Bras Octopus vulgaris 1,51 1,53
Pince Carcinus mœnas 1:91 1:92
Patte Platycarcinus paqurus 1,51 1,53
Pattes Crangon vulgaris 1,51 1,53
Abdominaux Crangon vulgaris 1,51 1,53 Patte Aydrophilus piceus 1,56
Patte Astacus fluviatilis 1,50 1,54
Pince, £upagqurus Prideauxi 1,55 1,56
Je rappelle que cet indice où se produit l'égalité n’a rien de commun avec l'indice de réfraction de la fibre vivante dans son milieu normal.
20 Disque Z. — Au contraire des stries Q, l’éclairement des disques Z paraît entièrement dû à de la dépolarisation. On remarque fort bien
l'extinction du disque au voisinage de l'égalité d'indices de la fibre et du médium ; le disque éteint se rallume quand on s'éloigne de cette égalité, soit dans un sens, soit dans l’autre.
A vrai dire, l'égalité est ici un peu plus difficile à observer, la surface de contact direct entre Z etle médium, sur les bords de la fibre, étant extrêmement petite ; mais la zone d'incertitude est faible et peu éloignée de la valeur d'indice totale de la fibre (1).
Un autre procédé qui nous à été assez utile pour l'étude de Z et qu’on pourrait généraliser à d’autres cas, consiste à ne pas faire les observations entre lame et lamelle, où les échanges de liquides ne sont
jamais parfaits: la dissociation effectuée sur la-
Ke?” melle y adhère suffisamment, surtout après lalcool, pour qu'on puisse retourner cette lamelle
Fig. 42. — Lamelle L sur un verre de montre, et l'y luter par un de ses lutée dans un verre Goins (fig. 42). Il suffit alors de remplir le verre
de montre. re mi fé F.
de montre du liquide choisi jusquà ce qu il baigne la dissociation et la face inférieure de la lamelle ; l’observation se fait sans aucune difficulté, même à l'immersion.
Ce procédé a l’avantage de permettre l'emploi de grandes quantités de liquides où les diffusions sont plus faciles, et d’éviter tout dérangement des repères du fait des glissements inévitables des lamelles sur les lames.
4. Il y a une importance très grande, dans l'emploi de la méthode d'immersion pour les stries et surtout pour la strie Z, à repérer très rigoureusement une strie ou un groupe de stries, et à les suivre pendant toute la série des liquides. On constate en effet si l'on examine les divers points d’une longue fibre, que le disque Z est loin de présenter le même aspect sur toute la longueur de la fibre : il peut être très net à un bout dela fibre, absolument nul à l'autre. On s’exposerait donc à de grossières erreurs en ne suivant pas le même disque pendant les diverses opérations. Ce repérage d’une strie musculaire est, à peine est-il besoin de le dire, très délicat : on peut l'aider par l’adjonction à la préparation de corps étrangers fixés sur elle, et qui servent de base de repérage; je recommanderai particulièrement des fils de verre enfilés transversalement dans le paquet des fibres ou collés contre lui au moment de sa première coagulation, et à partir desquels on peut comp- “ le nombre des segments musculaires séparant ce point de la strie inté- ’essante.
TT pe
Disques Z. — Muscles de la pince d'Eupagurus Prideauxi.
(Une même préparation, une même strie)
nL Liquide Eclairement Observations — Fibre fraiche Très net Aspect granuleux très caractéristique 1,36 Alcool pique »
1,50 Xylo Net (biquartz) 1,54 Créosote Net » ho >> Nr 4° 56 Créosote + bromure Nul (biquartz) IA METL de naphtaline 0 1,66 Bromure de naphta- Très net sans aucun line quartz 4,55 Créosote + bromure Sensiblement nul ? Ro > NL de naphtaline 1,50 Xylol Faible mais net 1,36 Alcool éthylique Très net Z a repris son aspect granuleux du début 1,56 Créosote bromure Nul M Tr
de naphtaline
Disques Z. — Muscles des pattes d’Hydrophilus piceus.
(Une même préparation, une même strie)
A, Liquide Eclairement
Fibre fraiche Très net 1,3 Alcool éthylique » Do > AL 1,50 Xylol » D LT 4,54 Créosote Sensiblement nul Do CN, 1,58 Créosote + bromure »
naphtaline 1,66 Bromure naphtaline net 1,56 Créosote + bromure nul Ho Nr de naphtaline
1,30 Xylol net No > AL 41,36 Alcool éthylique net
Ces résultats doivent être discutés, étant données les expériences de Schipiloff et Danilewsky.
On peut se demander en effet si l'éclairement normal du disque Z ne
peut pas contenir une part de biréfringence vraie due à la présence de la lécithine signalée par ces auteurs. Si cette part existe, elle doit être fort minime : le minimum d’éclairement paraît zéro, de sorte que l’on pourrait admettre que les lécithines biréfringentes ont été dissoutes par les médiums employés dans lesquels elles sont effectivement solubles ; mais dans ce cas la réversibilité de l’éclairement ne se comprendrait plus. Des mesures fort délicates, et impossibles dans l’état de nos techniques, permettraient seules de juger de leur rôle en montrant que l’éclairement n’est pas complètement réversible. En tout cas, la part d’éclairage due à ces lécithines est négligeable à côté de la dépolarisation intense présentée par le disque Z.
Le raisonnement employé par Schipiloff et Danilewsky pour la démonstration du rôle des lécithines dans l’éclairement de Z est en somme le suivant : « l’éclairement de Z est produit par la biréfringence des lécithines, parce que les lécithines extraites de la fibre peuvent présenter de la biréfringence. et que les substances attaquant les lécithines font disparaître l’éclairement de Z ». Mais il ne faut pas oublier que ces substances qui attaquent les lécithines .ttaquent du même coup la paroi de Z et peuvent modifier sa structure en altérant par là accessoirement son éclairement : sublala causa, tollitur effectus.
Le fait de considérer les lécithines comme biréfringentes dans la strie Z est une induction par analogie, et les expériences de Schipiloff et Danilewsky ne me paraissent pas du tout contradictoires avec la dépolarisation de Z.
30 Strie Qh. — La strie Qh a, en lumière polarisée, une existence très controversée. Engelmann la considère comme indistincte dans Île reste du disque Q; d'autres auteurs (Flogel) comme moins biréfringente que les deux régions voisines Q1 et Q2; d’autres enfin (Rollett) comme non biréfringente. Il semble à première vue que l'opinion de Rollett soit exacte : on voit quelquefois une strie sombre, très nette, séparant le disque Q en deux, sur des muscles en place dans l'animal vivant (Mysis examinées par transparence). Cependant l'expérience montre que celte strie sombre ne résiste pas à une variation du rapport des indices de réfraction, et en particulier qu’elle disparaît toujours au moment où ce rapport passe par la valeur 1. A l'égalité d'indices, le disque Q est uniformément biréfringent, et il n’y a pas trace de strie Q. Le phénomène est réversible, c’est-à-dire que, lorsqu'on s'éloigne de cette égalité d'indices, QA finit par reparaître.
Il est difficile de dire si cette strie apparente sombre, visible dans les indices extrêmes, est une raie d’interférence, ou bien le résultat de
réflexions totales sur une dénivellation de la surface de la fibre à ce niveau.
40 Stries 1. — Au moment de l’égalité d'indice, on peut observer que les stries | sont rigoureusement éteintes. Ce fait tranche donc la question de la « segmentation » de la substance biréfringente : on à vu plus haut que divers auteurs (Haycraft.. etc.) admettent la biréfringence totale de la fibre, les stries dites isotropes résultant de réflexions totales sur les déniveliations de la surface; or, au moment de « l'indice d'extinction », toute réflexion totale devient impossible, et si cette théorie élait exacte on devrait voir à ce moment la fibre totalement éclairée, passer par un maximum d'éclairement. Cette théorie est donc insoutenable, et la substance biréfringente est bien « segmentée ».
Cependant, dans les indices extrèmes, et même sur le muscle frais, la région [ est souvent le siège de phénomènes d’éclairement assez -accentués, simulant de chaque côté de Zune fibrillation longitudinale; c'est certainement d'un aspect analogue que divers auteurs ont conclu à une biréfringence totale (Rouget, Hürthle). Cet éclairement est nettement de la dépolarisation, du fait de son existence exclusive dans les indices extrêmes, et on ne peut pas conclure à une sorte de rétraction d’une substance biréfringente au milieu du segment, lors de la mort du tissu, du fait que cet aspect reparaît vers les indices élevés (1,66) et est réversible.
5° En dernier lieu je signalerai qu’on observe parfois sur le bord des fibres lisses ou striées, dans les indices tout à fait extrèmes, des traces de dépolarisation tenant à la grande différence des indices de la fibre et du médium ; elles disparaissent très vite dès que cette différence diminue. Ces phénomènes sont nettement anormaux et ne se présentent pas dans la pratique courante.
On voit donc que la fibre musculaire striée est un système optique beaucoup plus complexe qu’on ne le soupçonnait jusqu'ici.
En résumé, les propriétés optiques de la flbre striée se répartissent ainsi :
1° Substances anisotropes : strie Q ;
20 Substances dépolarisantes : strie Z; fibrilles au voisinage de Z, bords de la fibre ;
3° Substances isotropes : stries l;
4° Substances faussement isotropes, probablement des réflexions totales : QA.