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Propriétés pathogènes des microbes

On discute beaucoup depuis quelque temps sur la nature parasitaire ou microbienne des tumeurs malignes : cancer, sarcome, épithélioma, etc.

Ceux qui l'admettent invoquent Texistence dans ces tumeurs de microbes divers, réputés agents réels, cause première de la néoplasie.

Ceux qui, sans la nier formellement, la mettent en doute jusqu'à «plus ample informé, ne voient dans cette addition microbique, d'ailleurs indéniable en quelques cas, qu'un fait accidentel, inconstant, n'étant pour rien dans l'apparition première et le développement des néoplasmes.

C'est cette dernière manière de voir que j'ai admise dès 1883, lorsque je commençai à étudier, avec M. le D"^ Nepveu, l'invasion microbienne de certaines tumeurs ^ ; c'est celle à laquelle je me rattache

1. Ce mémoire est Tampliflcation d'une note communiquée à l'Académie des sciences le 26 août 1889.

2. Sans attacher une très grande importance à la question de priorité et prêt d'ailleurs à accepter toute revendication fondée, je crois que la présence des microbes dans le tissu même des néoplasmes malins a été constatée pour la première fois sous mes yeux et dans mon service par mon élève et ami M. le docteur Nepveu, aujourd'hui professeur d'anatomie pathologique à Marseille, et alors mon chef de laboratoire.

Déjà, en 1872, M. Nepveu avait reconnu dans le sang des malades atteints de cancer mélanique de nombreuses granulations pigmentaires. Plus tard, en 1874, il avait, en cas de cancer ulcéré quelconque, rencontré

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encore aujourd'hui sans être ébranlé par les résultats positifs annoncés par MM. Rappin, Scheurlen, Lampiasi-Rubino, et je répéterais volontiers avec M. le D'' Giuseppe Fatichi, prosecteur à l'École d'anatomie pathologique de Florence : « Sans nier la nature infectieuse du cancer, on peut affirmer que l'étiologie du carcinome n'a fait jusqu'ici aucun progrès à la suite des études de bactériologie » [Il Bacillo dello Scheurlen è un saprofito délie pelle. Florence, 4889).

En refusant aux micro-organismes le rôle étiologique initial, je n'entends pas dire que leur présence au sein des tumeurs soit indifférente et ne mérite aucune attention. Tout au contraire, sans savoir à la vérité d'où ils viennent et comment ils envahissent le parenchyme morbide, je pense :

4*^ Qu'ils modifient la nutrition des néoplasmes, accélèrent leur marche, activent la proUfération cellulaire et sont notamment les agents principaux de l'ulcération et surtout du travail de ramollissement dont les causes sont restées jusqu'ici fort obscures.

Qu'ils possèdent par eux-mêmes des propriétés pathogènes spéciales, en vertu desquelles ils agissent sur l'économie en certains cas à la manière des poisons septiques.

dans le sang, outre des granulations abondantes, des microcoques et des bactéries très fines.

En 1883, étudiant un cancer du sein non ulcéré, mais compliqué d'eczéma rebelle du mamelon (maladie de Paget) que je venais d'enlever, il avait trouvé dans le suc de la tumeur, examinée immédiatement à l'état frais, et seulement dans les points ramollis, des microcoques réunis deux à deux ou en petites masses.

Quelques mois auparavant (juillet 1883) et cette fois dans une tumeur profonde sans ulcération et sans communication directe possible avec l'extérieur, il avait encore retrouvé des microcoques, des diplocoques et des micro-bactéries.

On voit donc qu'il ne s'agit pas là d'une observation de hasard, mais bien d'une série de recherches poursuivies dans un but déterminé et qui nous ont conduit aux opinions que nous professons aujourd'hui et que la présente note a pour but d'exposer.

Si j'insiste quelque peu, c'est que personne à ma connaissance n'a cité ces études, faites à la clinique chirurgicale de la Pitié, alors que les publications suivantes auraient pu attirer l'attention des lecteurs :

Nepveu, Tumeurs mélaniques. {Mém. de la Société de biologie, 1872.) — Contreindications à l'extirpation des tumeurs mélaniques. {Mém. de la Soc. de biologie, 31 janvier 1874, et Mém. de chir., 1880, p. 163.)

Verneuil, Gaz. hebd., 1884, p. 5 et Mém. de chir., t. IV, p. 28o.

Nepveu, Contribution à l'étude des bactéries dans les tumeurs. [Comp. rend. Acad. des sciences, 30 avril 1888, et Gazette hebd., 4 mai 1888, p. 278.)

M. Ledoux-Lebard, qui, l'un des premiers, dans les Archives générales de wédecme , d'avril 1885, pose nettement la question de la nature parasitaire du cancer, reconnaît qu'au moment où il écrit, l'existence d'un organisme spécifique dans le cancer n'a jamais été démontrée, et il avoue que toutes les recherches qu'il a faites pour découvrir cet élément sont restées vaines; il ne dit pas même avoir observé les micro-organismes vulgaires que nous avions signalés en 1883.

. J'ai émis ces opinions et fourni des faits à l'appui, dans un travail publié au commencement de 1884 ^

En juillet 1883, j'extirpai du creux poplité un volumineux fibrome eiiglobant le nerf sciatique. La tumeur était recouverte de peau saine, mais présentait à sa périphérie et dans sa profondeur plusieurs foyers de ramollissement.

Le sujet, jeune et robuste, offrait toutes les apparences de la santé. La température était à 36°, 4 le matin de l'opération; celle-ci avait été un peu longue et laborieuse, mais pratiquée avec toutes les précautions antiseptiques; j'avais appliqué avec soin le pansement ouaté d'Alphonse Guérin, sous lequel la fièvre traumatique manque le plus souvent, ou reste au moins fort légère. Grande fut donc ma surprise lorsque je constatai, le lendemain matin, vingt-deux heures après^ r^icte opératoire, une ascension de trois degrés, suivie à la vérité les jours suivants d'une descente immédiate, lente et régulière, ce qui représentait le tracé type de ce que j'ai appelé la fièvre traumatique par inoculation.

Je m'évertuais à découvrir l'origine de celte infection soudaine lorsque M. Nepveu m'apprit que les points ramollis du fibrome contenaient en assez grande abondance des microcoques, des diplocoques et des micro-bactéries dont on ne retrouvait aucune trace dans les parties restées dures de la tumeur.

Tout pénétré que j'étais alors de mes idées sur V auto-inoculation traumatique, — idées que j'allais exposer quelques jours plus tard, c'est-à-dire le 23 août 1883, devant l'Association française pour l'avancement des sciences ^ — ^ j'en vis dans ce cas une nouvelle application et j'admis que dans le cours de la dissection de la tumeur les microbes des points ramollis s'étaient répandus dans la plaie opératoire et l'avaient infectée.

Depuis cette époque, j'ai maintes fois constaté avec M. Nepveu ^ et plus récemment avec M. le D^' Glado, mon nouveau chef de laboratoire, la présence de microbes divers dans les points ramollis et non ailleurs., M. Giuseppe Fatichi ayant examiné de son côté deux néoplasmes à l'état de crudité, n'y a pas vu trace de micro-organismes ;: si fofl^ ajqute enfin que MM. Nepveu et M. Lampiasi-Rubino n'en ont jamais rencontré dans les lipomes, — qui ne se ramollissent guère,

i. De la fièvre traumatique et des fièvres épitraumatiquçs. {Gazette hebdomadaire , 1884, n°' 1, 2, 3.) Le titre de ce Mémoire ne laisse pas soupçonner qu'on. y parle de microbjËis, te qui explique sans doute comment nos remarques ont échappé aBX bactériologistes qui se sont occupés plus tard du même sujet. 1 ^2. Voir Revue de' chirurgie, t. IIÏ, p. 921. , -j < ; î '

3. Contribution a l'étude des Bactériens dans les,tumei.irs. [Gaz. hebd,,-^mm 1888.) ■ ^

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ni dans les fibromes durs, on acceptera volontiers la relation qui nous semble exister entre l'invasion microbique des tumeurs et le ramollissement de ces dernières.

J'ai dit microbes divers, sans plus spécifier. Nous avons en effet trouvé des microcoques libres ou groupés, des micro-bactéries et des bactéries de formes et de dimensions variables, sans qu'il soit possible d'établir une corrélation entre la variété de néoplasme et les espèces microbiques envahissantes. Déjà M. Nepveu notait que les bactéries observées par lui en d883 dans la tumeur poplitée ne présentaient rien de spécial dans leurs caractères extérieurs, pas plus que dans les produits de leur culture. M. Clado, dans la tumeur de la cuisse que nous décrirons dans un instant, signale également le polymorphisne des bactéries et les groupements divers des microcoques. Ses dernières recherches ont porté sur un adénosarcome volumineux du sein, à marche rapide et parsemé de points ramollis, que nous venions d'extirper chez une jeune fille de dix-neuf ans, d'une superbe constitution; on l'examina à l'état frais; les coupes sur tissu durci et les cultures n'ont absolument montré que des microcoques. De nouvelles investigations seront donc nécessaires.

Quant au danger résultant de la contamination du foyer opératoire par les microbes contenus dans les points ramollis, il m'a fallu plus de cinq ans pour en rencontrer un nouvel exemple suffisamment démonstratif; avant de l'exposer dans tous les détails je me fais cependant un devoir et un plaisir de rappeler que le danger susdit a été reconnu de nouveau par un chirurgien très distingué de Nancy, M. le Professeur Gross, et signalé explicitement dans une observation très complète, très judicieusement commentée et dont le titre du reste est significatif. Voici un résumé succinct de ce fait, intitulé : Septicémie foudroyante par auto-inoculation traumatique.

Le 28 mai 1885, M. Gross enlève un épithélioma récidivé de la lèvre inférieure et deux ganglions dans la région sous-maxillaire gauche. Cinq jours après, tout était guéri.

Le 3 décembre suivant, on découvre à droite, c'est-à-dire de l'autre côté, deux nouveaux ganglions, situés sur le trajet des vaisseaux carotidiens.

Bien que le malade soit amaigri et semble atteint de cachexie commençante, on l'opère deux jours après. Un premier ganglion mis à découvert est ramolli ; il se déchire pendant la dissection et laisse couler dans la plaie une cuillerée à soupe d'un liquide séro-purulent.

Le même fait se reproduit pendant l'extirpation du second ganglion.

Les plaies sont lavées avec une solution phéniquée à 5 pour 100; l'une est suturée et drainée, l'autre n'est pas réunie. On applique un pansement de Lister exerçant une légère compression.

Le soir l'opéré, fortement impressionné, triste et prostré, reste sous le coup du choc opératoire; pouls à 100; température à SS^. La nuit, vomissements, frissons, insomnie, agitation. Le lendemain matin, grand malaise, fièvre intense; pouls faible, à 120; température, 38°, 5; prostration inquiétante. Le soir, 130 pulsations; température, 39«,5. Nuit agitée, insomnie, divagations. L'adynamie se prononce de plus en plus et la mort survient soixante heures après l'opération.

Autopsie. — On trouve les lésions de la septicémie aiguë entée sur une stéatose du cœur, du foie et des rein?.

M. Gross, examinant les causes de cette terminaison si inattendue et si rapide, se rallie à mes opinions et croit qu'il y a eu là empoisonnement consécutif à l'inoculation du foyer opératoire par les matières liquides contenues dans les ganglions ^

Il est à regretter que dans ce cas on n'ait pas fait l'examen bactériologique de ces liquides.

Nous retrouvons la même lacune, c'est-à-dire l'absence (bien concevable d'ailleurs, étant donnée l'époque) d'examen bactériologique dans des cas où, dès 1870, j'ai constaté cliniquement et expérimentalement les qualités nocives du liquide contenu dans certains kystes de l'ovaire, sans décider, il est vrai, si les accidents étaient dus aux propriétés chimiques ou à la nature toxique du liquide en question.

A la suite d'une ponction pratiquée chez une jeune femme dans une tumeur de l'ovaire à marche rapide, composée de kystes multiples et d'une masse ramollie d'aspect cérébriforme (véritable sarcome kystique), s'était développée une péritonite suraiguë terminée par la mort en 52 heures et que j'avais sans hésitation attribuée aux propriétés irritantes du contenu des kystes ^ Ayant reconnu d'autre part l'action chimique énergique exercée sur les instruments d'acier par le liquide trouble et brunâtre provenant d'un autre kyste, j'avais trouvé dans ces faits l'explication des accidents redoutables qui suivent, soit la rupture intra-abdominale de certains kystes de l'ovaire, soit Fépanchement du liquide kystique dans le péritoine au cours de certaines ovariotomies.

Pour contrôler ces aperçus cliniques, je priai M. Nepveu de faire quelques expériences.

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