XXII PRÉFACE
ambages — ils rendront un service inappréciable en divulguant ce livre et en lui gagnant le plus grand nombre possible de lecteurs.
Je me suis arrêté à signaler cet aspect, spécialement intéressant, de l'action providentielle de Dieu en notre faveur : faire servir à notre bon renom les armes mêmes que nos ennemis brandissaient pour tuer notre réputation.
Il y a un autre aspect, qui s'offrira souvent au lecteur dans les pages des Proscrits : c'est la Providence, ne se servant déjà plus des ennemis pour ses aimables desseins, mais nous préparant les consolations d'amis et de bienfaiteurs sans nombre.
Je me sens tenu ici à bien des réserves et à bien des omissions. Sans doute, il y a des noms pour lesquels ces précautions ne s'imposent pas. Mais pour combien — et de ceux qui ont peutêtre le plus droit à notre reconnaissance — la révélation des noms servirait de prétexte aux vengeances mesquines de nos persécuteurs ? Le cœur des jésuites portugais conserve ineffaçablement gravés les noms de tant d'amis qui ont adouci, par leur sympathie si pleine de délicatesse et de générosité, notre fuite, notre prison et notre exil ! Les preuves d'une amitié, d'une reconnaissance et d'un dévouement sans bornes nous sont parvenues sous toutes les formes : lettres, adhésions, visites, secours en vêtements, en vivres, en argent.
Je n'oublierai jamais la profonde impression que je ressentis, le soir du 4 octobre, quand un groupe d'élèves se présenta pour nous accompagner à l'heure du péril, et nous consoler en une pareille tribulation, précisément au moment où, sur Campolide, pleuvaient les balles et les grenades. Peu après, de la maison de l'un d'entre eux, nous recevions un sac énorme rempli de vêtements pour nous déguiser.
Dans la matinée du 5, un élève de Campolide, âgé de quinze ans, arrache aux mauvais traitements d'une foule furieuse, et à la mort peut-être, un de nos frères coadjuteurs. A Caxias et au Limoeiro, les visites des élèves étaient fréquentes et émouvantes. A S. Fiel se passaient des scènes d'un dévouement vraiment héroïque de la part de jeunes gens que nous y avions élevés.