PREFACE. XXIII
Nous reçûmes des témoignages analogues de lieux fort éloignés. J'ai reçu, par exemple, du cap Vert, une lettre d'un de mes anciens élèves, écrite au moment où il sut la nouvelle de l'assaut de Campolide : malgré les périls, il mettait sa maison à ma disposition, me priant d'y aller chercher un refuge.
Quand nous eûmes pris le chemin de l'exil, ces manifestations se multipliaient à mesure que la surprise de la première heure permettait de s'informer des événements. Les lettres des jeunes gens élevés dans les collèges de la Compagnie affluaient, nombreuses et vibrantes de la plus noble émotion.
Parfois, c'était une liste collective de noms, protestant de leur entier dévouement envers leurs maîtres bien-aimés et une adhésion très ferme aux principes que nous leur avions enseignés : la protestation et les signatures autographes avaient la gracieuse et fîère opportunité d'avoir été tracées, au crayon et sur carte postale, clans un café du quartier le plus brillant et le plus fréquenté de Lisbonne. Une autre fois, on me faisait part de l'organisation de commissions dans les principales villes de Portugal, pour commémorer, sans réjouissance publique à cause du deuil de ces jours, mais par une réunion d'affectueuse solidarité, le banquet annuel des anciens élèves de Campolide.
Le mouvement contre-révolutionnaire qui commençait à s'accentuer de plus en plus dans notre malheureuse patrie, et les procédés draconiens qui châtiaient les plus inoffensives manifestations de la liberté, s'opposèrent à la réalisation du projet de ces braves jeunes gens. Nous célébrâmes notre réunion, nous autres, en une petite ville de Belgique où, le dimanche de la Quasimodo, se trouvaient quelques jésuites portugais. Le fait de la célébrer en exil donnait à cette fête un caractère d'intimité plus attendrie. Plusieurs anciens de Campolide, disséminés sur divers points de la Belgique, y accoururent : quelques-uns y vinrent accompagnés de leurs parents. On vint même de Paris prendre part à cette réunion du souvenir.
En une occasion, on décida même, à Lisbonne, une excursion de nos anciens élèves à Madrid : ils voulaient y aller embrasser ceux de leurs supérieurs ou de leurs professeurs qui se trouvaient en cette capitae. Une circonstance imprévue fit échouer, à la der-