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PREFACE. XI

sacrifice, et avec plus de motif encore, pour l'âme du frère coadjuteur Gil Barroso, criblé de coups de couteau à Val de Rosal, et qu'on y avait abandonné mourant, tout couvert de sang.

Tous pourtant eurent la vie sauve de la manière la plus invraisemblable. La nouvelle de la survivance des deux étudiants Faria et Moraes me fut même communiquée d'une façon assez curieuse.

En ces jours de tribulation que je passai à Madrid, alors que j'adressai lettre sur lettre, sans réussir à découvrir le refuge de mes religieux ; quand, malgré l'ingénieuse activité et les inépuisables industries de l'admirable P. J.-M. Valera, provincial de Tolède, les dépêches perdues (et sans doute aussi le mauvais vouloir des postes et télégraphes de la nouvelle république) étaient un obstacle à la délivrance de mes chers prisonniers de Caxias et Limoeiro ; le Cœur miséricordieux de Jésus m'envoyait peu à peu, goutte à goutte, comme un baume, cette série inespérée de revoirs qui me semblaient des résurrections véritables.

Grâce à l'heure de l'arrivée des trains, presque toujours les exilés entraient dans ma chambre au moment où sur mon prie- Dieu, je faisais ma méditation du matin. Le bon frère portier de la résidence, pour annoncer ces visites, avait une phrase invariable ; il la répétait chaque fois que l'occasion s'en présentait, sans qu'elle perdit jamais sa naïve sublimité.

- De nouveaux enfants, mon Père ! {Otros hijos, Padre !)

Et les enfants tombaient dans mes bras, et les âmes causaient au travers du silence des lèvres.

Après les premiers monosyllabes arrachés à l'émotion, combien de fois ne leur ai-je pas demandé :

- Et que me. dites-vous des frères Moraes et Faria ?

— Pas de nouvelles !

Parfois même la réponse contenait un lugubre rapprochement.

— On a parlé d'un jeune homme assassiné à Monsanto-Lisbônne et dont le cadavre n'a pas été reconnu à la morgue.

Un jour, enfin, je reçus une lettre d'Ona, et, dedans, je trouvai une carte postale du Frère Moraes. Il racontait que le Frère Faria et lui étaient cachés depuis longtemps sans pouvoir donner d3 leurs nouvelles. Après d'innombrables souffrances, ils se trouvaient tous les deux sains et saufs, sans oser affirmer la même

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