PREFACE. XIII
promesses jusqu'aux menaces les plus grossières, pour faire descendre ces vieillards, ces hommes mûrs, ces jeunes gens, ces enfants, de la croix sur laquelle ils s'étaient librement attachés pour l'amour de Jésus-Christ. Ils n'y réussirent pas. Pas un seul ne renonça à ses vœux, au milieu des assauts qu'on leur livra, par voie de longues discussions sophistiques, ou en faisant appel à la tendresse de parents bien-aimés, ou enfin en recourant à l'appât de passions inavouables.
Il était des religieux pour lesquels avant la persécution il s'était agi d'obtenir une dispense des vœux. Parmi ceux-là, j'ai, en effet, envoyé cette dispense à un frère convers et à deux jeunes étudiants, non encore dans les ordres majeurs. Des trois cent cinquante-neuf membres de la province portugaise, il n'y eut qu'un Frère coadjuteur, d'une mission lointaine, d'Océanie, qui ne se sentit pas la force d'endurer la persécution ni d'accompagner ses frères en exil ; mais pour celui-là même, la persécution fut à peine un prétexte pour obtenir la dispense qu'il sollicitait déjà auparavant.
Avant que la persécution vînt battre notre porte, elle s'était ouverte pour restituer au siècle quelques jeunes gens qui n'avaient pas encore reçu la prêtrise ; et depuis que nous sommes dispersés, en exil, quelques cas analogues — fort rares du reste - - se sont produits.
Mais la persécution elle-même, loin d'avoir été une occasion d'affaiblissement pour les vocations, leur a fait jeter de nouvelles racines. Dans un cas que je suis expressément autorisé à citer, j'ai entendu ces paroles qui m'ont rempli d'émotion : « Maintenant que je vois la Compagnie de Jésus, ma Mère, persécutée et couverte d'opprobres, je déclare que je ne l'abandonnerai jamais. »
Je ne sais pas si, entre les attentions de la Providence, veillant sur nous aux heures douloureuses, il y en eut une plus notable que celle-ci. Elle sauvegarda notre réputation, en faisant tourner contre les calomniateurs les moyens mêmes qu'ils choisissaient pour la noircir.
La campagne de diffamation contre la Compagnie de Jésus dans la presse républicaine de Portugal a été menée sans trêve,