XIV PREFACE
sans relâche, ajoutons : sans scrupule et sans vergogne. On y fit parade d'une mauvaise foi recherchée, et si répugnante, que je connais bien des personnes, autrefois imbues de préjugés antijésuitiques, que la prose haineuse de nos ennemis a rendues bienveillantes et sympathiques à notre égard. Je ne parle pas seulement des catholiques, car, parmi eux, il en était qui n'avaient pas dépouillé ces préjugés ; je parle des hétérodoxes, pour lesquels les traditions de la secte étaient comme une seconde nature.
Dans un autre récit, exactement un mois après la proclamation de la République, quand je dirigeai A mon pays, une protestation justifiée, je me voyais dans la nécessité de réfuter les faussetés alors débitées contre nous (1).
Quelques mois plus tard, le 27 mai, en passant par Bruxelles, je fus informé des inventions fantastiques, colportées à dessein par la presse et avec la même intention. Ce jour-là même, je publiai un démenti formel dans les journaux de Belgique, démenti qui fut largement reproduit par la presse française, espagnole, anglaise, voire même portugaise, comme on me le fit savoir plus tard. Il en fut de même de la feuille volante les Jésuites et la Contre-Révolution datée d'ici-même, de Hollande, le 8 juillet, dans laquelle je protestai contre l'affirmation ridicule à la fois et insidieuse, d'une prétendue ingérence morale et financière en des machinations contre-révolutionnaires.
(1) De cette protestation, outre les nombreuses éditions parues en chacune des langues indiquées à la fin du dernier chapitre de ce premier volume par l'auteur dos Proscrits, on a fait au moins sept éditions portugaises. L'interdiction de circuler dont cette brochure fut honorée par le gouvernement provisoire de la république servit énormément à sa diffusion. Il y eut même, paraît-il, quelques abus de la part de certain éditeur clandestin. On vendit cvs brochures, en Portugal, au prix exorbitant de 0 fr. 50 sous le prétexte d'appliquer le produit de la vente à soulager l'extrême pauvreté à laquelle étaient réduits 'es Jésuites portugais. Si les informations de mon ami sont exactes, il y eut même des personnes qui. trompées par celle fraude, en achetèrent des centaines d'exemplaires. Eh bien : pour eeux <|ui ont été victimes de cette exploitation, je dois ici déclarer que je n'ai pas reçu un sou île cette provenance. Au milieu des privations et de la grande pénurie dont nous souffrions, je n'hésitai pas un instant à tendre la main. Je remerciai même le bon Dieu de nous avoir ainsi permis de ressentir les effets de la pauvreté, en ce qu'elle a naturellement de plus coûteux. J'écrivis beaucoup de lettres pour demander des aumônes, et Dieu merci, elles ne nous manquèrent pas. Mais les pages de la brochure A mon pays ne tendaient qu'à conserver sans tache l'honneur de notre nom ; je ne visais nullement à en retirer quelque profit.