UN GESTE DE GOËETHE
L'une des plus illustres entrevues du siècle dernier fut celle de Gœthe avec Napoléon.
Sous la plume de Arsène Houssaye qui en a laissé un tableau saisissant, cette entrevue prend des proportions grandioses. C’est la rencontre du fait et de l’idée dans la personne de leurs plus dignes représentants. Houssaye raconte que les deux grands hommes se parlèrent tout bas, et il regrette sincèrement qu'une telle conversation ne soit pas passée à la postérité, car ni Napoléon, ni Gœthe ne firent part à personne des paroles qui y furent échangées.
Peut-être valait-il tnieux laisser le mystère planer sur une telle scène, puisqu'on n'a trouvé encore aucune parole pour s'élever à la hauteur d’un fait.
Je sais pourtant une autre entrevue qui, pour moi, ne manque pas d'attrait et de valeur. Je ne serais pas assez présomptueux pour aller jusqu'à dire qu'elle ne la cède en rien à celle que nou ‘apporte Arsène Houssaye. La visite que Cousin fit à Gœtue a un mérite tout opposé à l’autre, elle se distingue par sa précision tout autant que cella-là par l'imprécision et le mystère:
Gæthe était à Weimar, à l’âge de soixante-neuf ans.
Cousin put l'observer tout à son aise, comme il nous le dit.
Il est d’abord frappé sans en être surpris, de la démarche calme de Gæthe. Sa parole froide et lente à l’abord, s’anime peu à peu.
L'observation la plus profonde que fait Cousin porte, me semble-t-il, sur l'activité intérieure qu'il perçut sous l'attitude grave et imposante du sage de Weimar.
Quelques gestes rares et forts révelèrent à l'œil pénétrant du philosophe français que, chez Gœthe, l'intérieur était plus animé que l'extérieur.
Cette observation me semble être d’une importance capitale.
Gæthe dont l'impénétrabilité ne pouvait être percée que par la sagacité d'un Parisien, n'était.il Pas proposé alors à l'Europe eutière, comme le chef d’'œnvre de la domination de soi ?
Il fallait bien Cousin pour découvrir l'âme tonrmentée la plus tourin:ntée de l'Europe, Peut-être, sous ce masque impassible. |
En effet, GϾthe avait entrepris une oeuvre colossale.
Il n'appartenait à aucune école,
Il avait dû Commencer par considérer la Pensée comme une divinité, un fatum, une Conception de l'univers.
N'était-ce pas la vérification de cette théorie que son héros Faust cherchait dans la nuit de son cabinet de travail ?
On dit que Faust fut l'œuvre de toute la vie de Gæthe.
Il dit lui.même que l'homme est idéaliste dans sa jeu-
8 Vu et qu'il s'endurt dans la conviction finale que l'inévi. table est toujours le meilleur parti.
Je me le figure en eflet, avec l'esprit de Faust dans «a jeunesse et de Méphistophelès dans son âge mûr,
Quels drames ne se révêlent-ils pas dans le cœur de Gæthe lorsqu'il se prend à envier, Par exemple, l’homme de métier qui, a suivant lui, le sort le plus heureux des mortels. puisqu'il n'a qu'à faire sa journée comme l'oiseau bâtit son nid, sans avoir à s'inquiéter des problèmes de la pensée ou encore lorsqu'il va jusqu'à envier le sort des sauvages de l'ile la plus reculée de l'univers, où Gœthe voit la seule condition d'existence d'une pleine vie.
L'olympien dont la Pensée rayonnante circule avec tant de calme dans ses ŒuVres épiques, avait ses heures de dépression morale, mais je me hâte d'ajouter qu'il se relevait vaillamment par 1a claire perception des principes éternels qui gouvernent les choses,
Ainsi ces lignes qu'il écrit et où la mélancolie se dore si joliment d'un rayon d'espoir et de Vaillance. ‘: D'abord, ‘“ dit-il, une Passion nous domine, puis une autre la rem- ‘‘ place; Nous essayons de tout, amusements, caprices, occu- ‘‘ pations diverses ou manies quelconques, et nons finissons
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“ par nous écrier que tout n’est que vanité.” ‘Personne me “semble s'indigner d'entendre répéter cette exclamation “ fausse et blasphématoire. Peu d'hommessavent se garder “ d'arriver à proférer une telle lamentation, en se résignant “tellement au Grand Tout, qu'ils n’ont pas à succomber, “devant ce qui n’est que partiel. Ceux qui ont appris ce “ qui est éternel, nécessaire et en conformité avec les lois de “la nature, essaient de s’affermir sur des principes durables, “afin de n'être pas ébranlés, mais loin de là, afin d’être for- “tifiés, par ce qui est périssable. ”
La théorie pure, le matérialisme grossier, voilà les deux grandes bornes que Gæthe ne cesse de fixer à l'esprit humain. Il le dit et le répète sans relâche ; la justesse est pour lui la qualité primordiale de toute tentative intellectuelle. Il n'est pas le seul qui ait insisté là-dessus, mais il y a mis peut-être plus d'énergie que d’autres.
Ce n'est pas qu'il veuille prescrire une justesse rigide. Loin de là, il a soin de mettre en garde contre trop de précision. La vérité, dit-il, ne doit pas nécessairement revêtir un caractère déterminé. Il suffit qu'elle exerce une harmonieuse influence en circulant autour de nous comme le son d'une cloche dans le silence d’un soir d'été.
Je cite de mémoire en me contentant de rapporter le sens d’une manière exacte.
Gœthe était--il «rrivé à cette modération par entrainement ou par sa nature? Il faut tenir compte des deux facteurs, il est vrai, mais l'animation intérieure que quelques gestes ‘‘ rares et forts” révélèrent à Cousin nous inclinent à croire qu’il dut mettre au service d’une nature bien douée, un entrainement d'une énergie et d’une résolution rares.
Son esprit dont Cousin remarquait l'étendue, s'était mis au courant de la pensée universelle, et sa doctrine est faite de lumières sur tous les sommets.
Groethe s’est créé lui-même. Voyez-le indiquer les sources de son inspitation; elles viennent toujours des Grecs ou des Français. Or, en littérature, un auteur qui se créée hors de son pays, se créé lui-même. N'y a-t-il pas de l'amertume dans cette boutade où Goethe se demande si un fils de
excepté en France.
fumée de la pensée
la France, Mais elle n’a fait
allemande a Passé qu'y tamiser un éclat trop bri].
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à cette fumée i] semble que c elle l'ait Teégagné en netteté. e ne veux
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toutes sortes qu'on y trouve.
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Avertissement Gœthe et la Vie .
Le Cœur de Gœthe
Gœthe et l'Objeetivisme La Vie Sociale chez Gœthe Place à l'Amour * L'Education et ses Théories Un Geste de Gœthe