‹ Prose et pensées [microforme] (volume 2)Chapitre 5 sur 15 · LA VIE SOCIALE CHEZ GOETHE · texte numérisé non relu

LA VIE SOCIALE CHEZ GOETHE

Le plus grand service que Gabriel Hanotaux et ses amis aient rendu à la France, c'est à mon sens, de lui avoir inculqué la notion constante du sérieux qu'il faut s'attacher là voir dans la vie au milieu du tintamarre des lanceurs d'il- ‘lusions.

| Aujourd’hui que : vus eutrons dans la zône dn centenaire ide Goethe (c'est en effet en 1809 que Goethe écrivait Poésie et

Vérité et que date aussi sa fameuse rencontre avec Napoléon) (l'esprit français se met à l'étude approfondie de cet écrivain \sincère qui fut en même temps le plus sérieux des poètes.

} À la date de la pubi. ation du Terroir de mai où jeus ‘l'honneur de publier un article sur Goethe la Revue hebdomadaire des Débats contenait un article de Sellière où l’auiteur, confirmant bien l'interprétation que j'ai donnée, il ya 1 quelques années, nous dit que le poète allemand avant qua- { rante ans, affirmait qu'il n'était pas fait pour notre monde | misérable, et à quatre-vingts ans, il n'hésitait pas à se recon- | naitre parfaitement heureux, ce qui tend à démontrer que la { vic est vraiment bonne après que, sorti des erreurs de la | jeunesse, l’homme entre en possession de l'héritage d’expérience et de maturité laissée par les siècles.

Je me permettrai d'ouvrir une courte parenthèse, et d'attirer l'attention en passant sur une phrase parue en même temps dans ces deux numéros des Débats et du Terroir où je relève une curieuse coincidence.

Voici la phrase de Sellière : ‘* Or, les perspectives chaque jour agrandies de l’histoire, : .: montrent Je mensonge comme ‘‘ l'attitude initiale ” de l'esprit uu.in... Je disais un peu dans le même sens : ‘‘ l'objectivisme n’est qu'un point de départ, une ‘‘attitude ininitiale” et l’on ne fait après tout que demander à l'artiste de cultiver. les seules puissances de l'esprit humain... ”

Paul Bourget a fait une remarque fort goûtée sur Goethe,

Bourdeau, ce profond lettré qui sert à la Revue des Débats,

les mets les plus savoureux de la philosophie contempora a cité cette phrase sans entreprendre de déguiser com] elle lui plaisait.

Toute la morale de Goethe consiste à ‘ s'adapter ” au dit Bourget.

Voilà une de ces bonnes idées Parisiennes, bien juste bien profondes qui sont sûres de faire leur chemin de pa monde,

Vous savez l'animosité qui faillit éclater entre Goethe Shiller. Shiller l'idéaliste ne pouvait penser au positivis de Goethe sans frémir d'indignation. Ilne comprenait p il ne pouvait Comprendre . : sage de Weimar. Ce fut ce d nier qui sut rétablir les relations et sortir son ami de l'en. de la haine et de l'incompréhension, pour l’éley teurs de l'amitié et de l'entente.

Pourrait-on croire que ce malentendu ait jamais exis! quand on entend Goethe s'écrier: ‘* Shiller semble toujou maitre de sa sublime nature. À table, il est aussi grar qu'au conseil d'Etat. Rien ne paralyse l'essor de ses pensée Il donne cours à ses vues élevées avec autant de Courage qi de liberté. Voilà un homme véritable et un modèle pot nous tous. Nous autres souffrons toujours d’un sentimen

de gêne. Tout nous influence, notre milieu, les personne que nous rencontrons. Si nos cucillere de table sont faite d'un métal plutôt .* "na autre, c'est déjà assez pour déran ger notre sérénite, ex ainsi paralysés par mille circonstances nous ne pouvons exprimer ce qui en nous vaut la peine d’êtr exprimé...”

Dans ce ‘Te Deum” à l'idéalisme, je ne sais vraimen Pas ce qu'il faut le plus admirer, de l'élévation de Shiller où de la modestie de Goethe.

Il est certain que Shiller ne peuvait repousser l'amitié d'un homme qui savait si bien le comprendre. Comme la passion, la générosité est aussi contagieuse.

Goethe nous dit que si nous nous mettions à la place de ceux que nous haissons, l'envie et la haine qu'ils nous inspirent s'èvanouiraient : et que si nous les mettions à notre place, notre vanité ne subsisterait pas.

ersur lesha

Mporaine, r combien

er aurait

n justes et

de le : ; : j led nelles, il en fait généreusement la part et est toujours content

Goethe et !

sitivisme

enait pas, !

ut ce der- !

de l'enfer !

r les hau-

8 existé, ?

toujours !

i grand pensées.

rage que |

le pour !

ntiment :rsonnes it faites r déranstances, Le d’être

aiment ler ou ‘amitié ime la

ARS a ud 2a EE saies Leo tons Éd eus heat wi: à A oui sé 6 oi

ace de inspiplace,

C'est que notre poète n'est pas exigeant pour ses amis.

| 11 prend pitié de ces jeunes gens sans expérience qui veulent faire des ‘‘ alter ego” de leurs amis. Il n’a jamais fait cela, | il n'embarrasse personne de ce qui le concerne ; ce qui l’occu- | pe chez ses amis, ce ne sont ni leurs paroles, ni leurs pensées, il ne cherche qu'à se mettre de niveau avec leurs actions, ‘‘ c'est ce qui est fait qui compte ; ” quant aux idées person-

de les respecter, ‘‘car il est pour jamais impossible d'arriver à une conformité d'opinion.”

‘* L'Intrusion ” est bien le grand crime dans la morale de Goethe.

Il fait si bon vivre comme des fleurs qui mêlent leurs parfums, mais dont les racines restent éloignées et secrètes.

Si l'on savait combien peu l'on se comprend tous ensemble, dit-il, nous nous parlerions beaucoup moins souvent.

En effet c'est objectivement et non subjectivement qu'il faut apprendre à juger les hommes. L'ancienne manière de juger les autres d'après soi-même est encore une infirmité de l'esprit humain.

L'envie est si commune et l'émulation si rare aux yeux de notre poète, que nous n'apprenors rien ou presque rien de notre commerce avec des hommes de valeur.

L'intrusion, soit par intérêt, soit par sentimentalité, a causé des divisions qui, dans les complications sociales qui les enveniment, se sont souvent transmises de père en fils, durant plusieurs générations. Une parole lancée à la iégère peut avoir des répercussions à l'infini.

Ce sont les légers qui perdent le monde, et qui d’entre nous leur lancera la première pierre? L'on ne rencontre pas très souvent de ces goethéens qui, conscients et avertis de leurs limites, s'aventurent sur terrain pertinent, toujours préoccupés des droits incessants de la société où tout ce qu'ils font est compté. critiqué avec quelle malice, s'écriait Goethe. Si nous savions se1lement cesser de tant désirer ce que nous n'avons pas, pour apprécier à leur juste valeur toutes les choses que la civilisation a mises à la disposition du plus dénué d'entre nous, l'humanité entrerait enfin dans la voie de pro-

grès et d'idéal qne des rêveurs la poussent à cherch Vain dans des élans dangereux vers l'inconuu et l'ins sible.

Mais faisons trève de considérations moralistes.

Je me sens prêt à ajouter une légère variante au m Paul Bourget, et dire, en usant cette fois d’un mot que G à connu et employé largemant, c'est que toute la morale siste à se /imiter.

Combien de fois ne dit-il Pas que nous faisons f: route parce que nous sortons du compréhensibls, de l'a sible ! Que ce soit lorsqu'il envie le sort du l'onvrier qui sa journée comme l'oiseau son nid. sans se creurer la tête qu'il répète qu'il ne 8e sent Vraiment à l'aise qu'avec homme averti et conscient de ses limites, ou qu'il pr l'abandon et la Confiance dans les relations ainicales, on me qu'il va jusqu'à envier le sort des sanvages des iles d Mer du Sud, il est toujours préoccupé de cette vérité for mentale pour [ui, c'est qu'après s'être élevé à nn certain gré de culture, il faut se laisser liiniter Par notre miliva, circonstances, le but que cherche l'humanité antour de n

L'homme, après avoir cherché les hants sommets et. tre grisé d’aspirations ambitieuses justifiées Par sa jeun: EU Son luexpérience, doit enfin Penser à s'oublier ot à deve utile à l'humanité dont il suit, bon gré mal

gré, la mar Vers s2s destinées, mystérieuses et 6

tranges à nos yenx pa d'os sommes ontrainés par elle ‘* comme dans nne gig: tesque périphérie ?

I consiille d'entrer SoUTageusement en contact avec. hoinms afin de Prendre la mesure vXacte de

nos forc Quelqufois ce qui nous vexe chez notre voisin nons appre dra un point ARE nous n'aurions jamais connu sans ce] * Car la société apprend à vivre, comme les indigènes d'u: langus en sont on même temps les meilleurs professeurs, ?

L'homme qui sait s'adapter trouvera toujours son rôle sa plate, l'humanité fat-elle mille fois plus nombreuse, et destinés autant de fois plus arbitraire.

Si l'ou se pénétrait bien do l'idée que dans toute socié

et par la nature mêma des choses, ja ruse est très commun

hercher vit la volonté très rare, on se guérirait d’une foule d'emport l'inaccestements outrés qui sont la cause qu'un grand nombre de gens n'apprennent jamais rien que par une succession doues. loureuse de surprises indignées contre l'indifférence des > au mot dhommes et des choses.

que Goeth£é M. Sellière, que j'ai cité au commencement de cet article, morale conälit que le mensouge est l'attitude initiale de l’esprit humain, et c'est être vraiment injuste que d’être trop exigeant pour sons fauss4la société où tant d'intérêts viennent continuellement en jeu. de l'acces On ne connait peut-être pas assez ces lignes de P. Janet : ier qui faid ‘Dans le moude des idées, des sentiments et des rêves, la tête, oul'espace est presque libre devant nous: mais dans le monde u’avec uiréel, notre volonté rencontre à chaque pas des choses ou des lil préchäpersonnes qui lui font obstacle : écarter ces résistances, non les, où méfpar une violence brutale mais par uu emploi judicieux et rai- Siles de l:{sonné de notre activité, opposer à chaque résistance le juste rité fonda {degré d'efforts qu'il faut, c'est là une chose vraiment difficile, ertain de-fet, quand elle réussit, tout-à-fait digne d'admiration. ” lion, nos! Brunetière écrivait que la question sociale est une questr de nous {tion morale ; un pourrait ajouter que la vie réelle est une ets et s'é question morale.

à jeunesset Qu: deviendrais-j+,s'écriait Gœthe, si Je n'étais restreint à devennipar la contrainte sociale !

a march! M. Janet écrivait encore dernièrement que la neuras-

enx parce fthénie et la névrose ne sont que des défauts d'adaptation ne gigan {d'un suj:t aux circonstances.

Le névrosé est un hypocondriaque qui, au lieu d'obser- É avec lesf ver les choses extérivures, descend en lui armé de sa balance 8 forces ! méticuleuse d'orfèvre, pour y pratiquer cet examen illusoire s appreu-! que Gœthe condamne si énerg* tuement, quand il dit de laisns cela,?ser là cett: inspection intérieure et d'examiner notre conduite es d’une à l'égard du monde extérieur et notre capacité de répondre eurs, ?” aux appels du devoir, puisque ce n'est que par nos actions et on rôle et | avs résultats que nons pourrons voir ce qu’il y a en nous. ise, et la% On est toujours borné par son niveau moral. Gœthe était trop peu romantique pour substituer les caprices du moment au devoir de chaque instant. Les fantaisies romantiques se complaisent dans tout ce qui cadre

es té nanrtattesidoute | 155108 ma 2

e sociét mmune

boites 22

avec les mélancoliques crépuscules et les nostalgiques de lune. mais notre poète aime la lumière du seul astr lorsqu'il s'allume au fond du cœur humain, ne s'éteint disparait jamais, je veux dire le devoir.

Il n'est pas même celui qui conseille la recherc} bonheur. Son Wilhelm Meister tranche nettement la tion entre le bonheur et le devoir, et je n'ai pas beso dire en faveur duquel des deux. En effet le bonhet semble-t-il pas sonner faux sur le fond sérieux de la L'homme que l'on dit heureux, a lui-même le sentime: cette dissonnance, et sous l'apparence de n'être jamais tent, il semble se reprocher son bonheur comme une non fondée dans la nature humaine, tandis que l’homn devoir se sent la joie d'une parfaite adaptation. Le simple plaisir n’a raison de rien, Voyez ce ricl

a tout, il est malheureux, tandis que ce pauvre, tient vie plus que personne. L'esprit qui recherche le plaisir, : che à reculons, que dis-je, il ne marche même pas, il est simplement entrainé. Il est aussi commun de prendr plaisir pour le devoir, que de prendre l'emportement et l’e tement pour la volonté, ou la faiblesse pour la bonté:

C'est parce que Gæthe sut si bien s'adapter c'est p qu'il comprit si bien toutes choses, que l'on est tenté renoncer à son propre sens Pour vivre de la contempla d. son beau génie, comme le ruisseau sortant des lits : geux de la forêt se lance dans le sein limpide d’un lac oi Pur reflet des choses en remplace les contacts sordides.

Il connut les hommes, ne se dissimula pas leur mau: vouloir, mais renonçant à percer la malice qui cache tant choses, il se consenta C > pardonner joyeusement, d'obserx d'apprendre, de vivre hautement, au détriment peut-être l'amour intense, mais aussi de la haine et de l’envie.

À ceux qui, cherchant Peut-être à soulever de l'an gonisme entre lui ot Shiller, s'inquiétaient de savoir qui ét le plus grand, il faisait cette réponse digne de l'auteur christianisme : ‘* Vous devriez être contents qu'il y ait monde deux tels hommes sur qui disputer”.

Les pharisiens de la politique ne purent jamais entan

Se i qui fut jamais, ”

dau “y a, disst:il, une chose qui me console, c'est que le jérite réel ne peut pas se perdre, et que les artifices des

Rsbee agiaires et la malice des envieux n'auront jamais la durée

es i est la garantie de la grandeur réelle.

bonheur ni

de la vie,

ntiment cf jamais cord une cha

l’homme à

Je re & brel de celui que l'on a appelé ‘‘le plus grand maître

ce riche, $ tient à M

laisir, ma

, il est toi

prendre

at et l’enté

nté: !

A ntm ns Mure

M Rd né dla dd ncascéhesla léScagse ‘aiéssanséé

Page 1