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Cette réserve était faite de résignation un peu fataliste et de la répugnance qu'il éprouvait à accepter les conditions artificielles de la société européenne.
‘* Il y a quelque chose de plus ou moins faux chez nos ‘* vieilles nations européennes, dit.il. Les conditions de ‘‘ notre existence sont de beaucoup trop artificielles et com- ‘ pliquées et nos relations sociales ne sont pas animées d'af- ‘ fection et de bienveillance. 11 y a assez de politesse et de ‘‘ courtoisie, mais personne n'a le courage d'être cordial et ‘sincère, de sorte que le sort d'un homme dont les incli- ‘‘ nations sont simples et naturelles, n'est pas du tout un ‘sort enViable. On ne peut parfois s'empêcher de désirer ‘d'avoir vu le jour, un soi-disant sauvage, de quelqu'ile de ‘*la mer du Sud, pour y jouir d'une existence pleine et inal- ‘‘ térable.”
C'est peut-être la sèche. s8e de coeur des sociétés ‘n'il fréquentait qui amena Goethe à cette réserve voisine de i clusion.
Son ironie est amère lorsqu'il parle des jeunes courtisans dont il ne trouve rien autre chose à dire qu'il les a vus passer trottinant en toute hâte vers quelque nouvelle intrigue.
Sans le dire très exactement, Goethe est cependant un précurseur du surhomme.
Il oppose les traditions de l'effort et du sens commun à celles de toutes les sociétés.
‘* C'est notre éducation vague et entreprenante à l'aver ‘‘ture, dit-il, qui fait de nous les créatures sans but que ‘nous sommes ; c'est elle qui allume en nous des besoins ‘nouveaux, au lieu de nous diriger vers l'eflort.”
N'y a.t-il pas là une trace de l'ascète de l’‘* Imitation ” ?
Diminuer ses besoins, se renoncer, voilà la leçon que la Vie physique et sociale, les manières et les coutumes. la sagesse du monde, la philosophie et toutes les circonstances ont apprise à Goethe.
Que nous sommes loin de la conception primitive que nous avons droit de lui supposer, d’une pensée érigée en divinité, et en fatum'! C'est que le Goethe d'antan avait vieilli.
L'idéaliste des jeunes années qui a mesuré son dés jouissance à l'épouvantable souffrance universelle a vu ber ses rêves, l'âge mur l'a dépouillé de sa ramure v« Yante, et l'arbre automnal s'enorgueillera de sa dévasta Parce que ses branches nues laissent passer plus de réal; de iumière.
Et si l'on se plaint ; si l'on regrette malgré tout les 1 tères de l'ombre, Goethe nous dira qu'il en est ainsi p qu'il faut qu'il en soit ainsi, et que la société méprise Plaintes et les récriinations comme les marques d'un sot rain Inauvais goût.
La société n'est Pas sentimentale, et c'est ]à sonmoi» défaut. Voyez plutôt le sort qu'elle à toujours fait aux de la poésie.
Cependant Grethe ne lui en veut pas trop ; il se conte de chercher à s'harmoniser avec elle, dut-il Pour cela : Poser à son coeur tous les sacrifices qu'elle demande.
Dans ce geand esprit, la recherche de l'harmonie est
Passion maitresse et celle qui se subordonne toutes les aut facultés.
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n désir 4 GOËTHE ET L'OBJECTIVISME.
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le réalité ef 11 y a quelqees années j'ai mémoire d'une question qui
passionna les Parisiens, c'était celle-ci : Quelle a été la cause at les mys; de la grandeur de Napoléon ? Je ne sais pas quelle fut la insi parcÀ solution de ce débat, Je me rappelle bien çae l'on parla iéprise leÿ beaucoup de son magnétisme personnel, de sa science miliun sonve-{ taire et nombre d'autres qualités morales et intellectuelles
qui, suivant moi, n'expliquaient rien, etembronillaient tout : n moi" dr: car, en cela je suis bien goethéen: plus on divise un esprit it aux ls ou une individualité psychique, moins on a de chance d'y
voir clair.
Contente Les grands hommes sont comme la Divinité, il faut se cela im-! contenter de lire leurs décalogues, sans prétendre à les scrue. ter de près. Ils ne nous appartiennent que par leurs faibles-
nie est la! ses et par leurs révélations qui ne suffisent pas toujours pour les autres | expliquer leur grandeur, qui leur reste toujours en unique . et absolue propriété.
Aussi ne chercherat-ie à trouver la raison de la grandeur de Goethe. Ce serait encore plu< téméraire que d'expliquer celle de Napoléon. Le sage de Weimar a prédit lui-même que ses oeuvres ne svraient jamais populaires, et qu'elles s'adressent plntôt à quelques esprits peu nombreux qui croient y trouver un aliment en harmonie avec leurs aspirations j'oserais dire mystiques.
C'est que Goethe n'incarne pas la dignité humaine dans la pensée (du moins dans le sens que lui do ne Pascal), il la fait consister toute entière dans l'objectivisine impassible et muet. L'olympien est celui qui regarde.
Le penseur échafaude des systèmes et des hypothèses qu'il prétend tous fait à l'image de la vérité : l'artiste pourrait dire aussi ironiquement que Pilate dans la Passion : Qu'est-ce que la vérité ? sans attendre qu'on lui donne de réponse.
‘* La plus grande, l'unique fonction de l’art, a dit Goethe, c'est de représenter, vérité pourtant bien simple que
ot Le DETTE RENNES
Personne ne semble avoir le souci de comprendre”.
L'objectivisme a réuni tous les suffrages de la critiq moderne de l'art.
On sait que l'objectivisme consiste à s’extérioriser (cor me l’auteur qui s'efface devant son héros), afin de comprend nettement, abstraction faite de nos Préjugés et de nos préf rences. C'est l’holocauste du stoicien sur l'autel du F ait.
Les grands subjectivistes de n08 jours sont les homme d'affaires et de finance qui se mettent en cause Partout, tand que les artistes se sont dépouillés de cette Robe de Ness qu'est le Moi individuel, afin de mieux se revêtir de toute les nuances Contemplées de l'objet présent.
La grandeur de l'artiste, suivant Goethe, se mesure . l'intensité de sa foi objectiviste. D'ailleurs le Credo objec tiViste avait été bien articulé par Ampère dans cette phras. dure de choses comme une harangue de Napoléon: ‘L, ‘* monde réel ne peut impliquer sans contradiction que de: ‘‘idées de rapports dépourvues de toute subjectivité. C'est “un fait que les savants les forment et y croient. Permis ‘aux métaphysiciens de les ‘‘ désobjectiver ”, mais c’est une ‘‘immense probabilité Contre eux. Voilà mon Pont” Kant
a le premier tracé la route de ce Nouveau-Monde intelle € exposant sa division des choses objectives et subjectives, selon qu'elles étaient considérées pourelles-mêmes ou suivant les conceptions et les idées du sujet. C'est que l’intellect est objectiviste et le tempérament est avant tout subjectiviste. En cela réside la plus grande des distinctions, hors de cela, tout n’est que mélange et obscurité.
L'objectiviste est le roi de la nature entière, il a tout, il Possède tout. Celui qui possède un château champs, des bocages de toute beauté, n'est pas p pour cela, dit quelque part Emmerson, c'est celui Possessions, les admire et les apprécie Priétaire utile de ces vastes domaines.
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Comprend et ressent ce livre qui en aura tiré profit. Quelque soit ce qu'il possède, l’homme n’en est véri-
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tablement le maitre que s’il en est pénétré par l'intelligence et la compréhension.
Goethe fut toujours objectiviste. 11 eut peu d'aptitude pour la manière subjective où il pense que le poète a bientôt
fait de livrer tout ce qu'il possède de conceptions personnelles
et n'a plus que des créations pauvres et surannées à nous offrir, tandis que le poète qui s'objective et sort de lui-même est le véritable artiste dont les ressources, loin de s'épuiser, s’accroissent et deviennent aussi fécondes que la nature et les choses qu'il observe.
‘* Que faisaient les anciens, dit-i! encore, sinon de diriger ‘‘ leurs pensées vers le monde réel].
Comme la préoccupation constante du philosophe est de se rendre compte, celle de l'artiste est de représenter, de réfléchir comme dans un miroir,
Goethe, nous dit que ce n’est pas le poétique (l'imaginatif) qu’il faut chercher à reproduire dans la réalité, mais bien plutôt la réalité qu'il faut orner des couleurs de l’imagination. Il ajoute même que c'est là sa distinction fondamentale dont la compréhension jette de la lumière sur toute autre chose. Il ne s’agit que d’une question de préséance.
Aussi la maitrise, suivant lui, ne peut échoir à la jeunesse qui doit s’estimer heureuse de n'avoir pas à apprendre
| Par une dure expérience ce qui lui manque encore de simpli-
cité et de tranquillité pour atteindre l'idéal objectif de l’art.
Le romantisme subjectif n'a créé que peu de poètes qui
| ont résisté à l'oubli. Cc qui nous frappe chez l'artiste, c’est : la vérité objective qui fait qu'il nous ément à la vue de cho- | $e8 que nous avons déjà rencontrées. Chez l'artiste comme
: ailleurs, le moi est haissable. Le peintre grec qui avait des-
siné une fleur où les abeilles s'étaient laissé prendre au point d'aller y butiner, avait atteint la perfection objective.
Le poète subjectif se replie sur son ‘: moi ”’ et ne peut compter que sur les ressources pauvres et capricieuses du coeur humain qui vent se faire juge dans sa propre cause, tandis que le poète objectif se réporte généreusement vers la grande nature dont les bijoux d'inspiration n’attendent que les sollicitations de ce grand séducteur que sera toujours le
travail sérieux.
C'est par l'observation extérieure intense que le pein semble avoir imbibé parfois ses palettes de la rosée même fleurs qu'il dépeint, et qu'il semble qu'un France, ou Richepin ont trempé leur plume dans la sève Prestigieuse « forêts dont ils chantent la suave mélancolie.
L'objectivisme donnera à l'esprit d'un Goethe une éte due qui ne le laissera étranger à aucnne manifestation de l’ac vité humaine. Peinture. musique, sciences
lettres rien ne ge réfractaire à ce génie clairvoyant.
Il a cette heureuse in truction qui fait de la nature entière u' grand livre dont
a épelé toutes les PaS®s et compris toutes les leçons.
L'objectivité poussée à Ce point n'est pas une mince dif culté. ]1 ne faut rien moins que de l'ascétisme pur chez l'a. tiste pour arriver à cctte discipline qui fait taire le moi et le sens et les fait évoluer docilement comme une armée, sous | commandement see et irréparable de ca généralissime qu’es la vérité objective.
L'artiste serait un savant à ce compte-là, Pourrait-on mi répondre
C'est bien là qu'est tout le danger. Goethe nous a laiss. Uu exemple qui ne pourra être facilement suivi.
Ce qui plait chez lui, c'est la création mouvementée d'une imagination Puüissante ; mais ce qui retient à lui et subsiste par delà 1e Plaisir momentané de la lecture d'un drame, c'est l’armature de réalité qu'il a transportée en sphorismes dans ses oeuvres.
Il est la Robespierre des théories hâtives et insuffi- Samment établies, et sur l'autel de l'art il a placé la perception externe.
Il est plus facile aux doctrinaires qu'aux artistes de marcher sur leur coeur, de mettre de côté tout sentiment; c’est souvent fatal anx poètes qui n'ont pas la génie de l’auteur de Faust. Mais n'oublions pas que l'objectivisme n’est qu'un point de départ, une attitude initiale, et l'on ne fait après tont que demander à l'artiste de cultiver chez lui les véritables capacités et les seules puissances de l'esprit humain,
je veux dire l'observation, l'attention, enfin tout ce qui est effort de voir.
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