‹ Prose et pensées [microforme]Chapitre 11 sur 26 · GŒTHE ET LA VIE 47 ———————— · texte numérisé non relu

GŒTHE ET LA VIE 47 ————————

Son ironie est amère lorsqu'il parle des jeunes courtisans dont il ne trouve rien autre chose à dire qu'il les a vus passer trottinant en toute hâte vers quelque nouvelle intrigue.

Sans le dire exactement, Goethe est cependant un « précurseur du surhomme.

Il oppose les traditions de l'effort et du sens commun à celles de toutes les sociétés.

‘C'est notre éducation vague et entreprenante à ‘l'aventure, dit-il, qui fait de nous les créatures sans ‘‘but que nous sommes ; c’est elle qui allume en nous

‘‘des besoins nouveaux, au lieu de nous diriger vers ‘l'effort. ””

N'y a-t-il pas là une trace de l’ascète de l'Zmitation ?

Diminuer ses besoins, se renoncer, voilà la grande révélation que la vie physique et sociale, les manières et les coutumes, la sagesse du monde, la philosophie et toutes les circoustances ont faite à Goethe.

Que nous sommes loin de la conception primitive

À que nous avons droit de lui supposer, d’une pensée

érigée en divinité, et en fatum ! C’est que le Goethe d’antant avait vieilli.

L'idéaliste des jeunes années qui a mesuré son désir de jouissance à l'épouvantable souffrance uni-

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de sa ramure verdoyante, et l'arbre automnal s’enorgueillera de sa dévastation, parce que ses branches nues laissent passer plus de réalité et de lumière.

Et si l’on se plaint ; si l’on regreite malgré tout les mystères de l’ombre, Goethe nous dira qu'ii en est ainsi parce qu'il faut qu’il en soit ainsi, et que la société méprise les plaintes et les récriminations comme les marques d’un souverain mauvais goût.

La société n'est pas sentimentale, et c’est 1à son moindre défaut. Voyez plutôt le sort qu’elle a toujours fait aux fils de la poésie.

Cependant Goethe ne luien veut pas trop ; il se contente de chercher à s’harmoniser avec elle, dut-il pour cela imposer à son coeur tous les sacrifices qu'elle demande.

Dans ce grand esprit, la recherche de l'harmonie est la passion maîtresse et celle qui se subordonne toutes les autres facultés.

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