GOËTHE ET L'OBJECTIVITÉ
” Il y a quelques années j'ai mémoire d'une question : qui passionna les Parisiens, c'était celle-ci : Quelle a : étéla cause de la grandeur de Napoléon ? Je ne sais
pas quelle fut la solution de ce débat. Je me rappelle k bien que l’on parla beaucoup de son magnétisme personnel, desa science militaire et nombre d’autres qualités morales et intellectuelles qui, suivant moi, n’expliquaient rien, et embrouillaient tout ; car,en cela je suis bien goethéen : plus on divise un esprit Où une individualité psychique, moins on a d'y voir clair.
Les grands hommes sont comme la Divinité, il faut se contenter de lire leurs décalogues, sans prétendre
de chance
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à les scruter de près. Ils ne nous appartiennent que par leurs faiblesses et par leurs révélations qui ne suffisent pas pour expliquer leur grandeur, qui leur reste toujours en unique et absolue propriété.
Aussi ne chercherai-je à trouver la raison de la grandeur de Goethe. Ce serait encore plus téméraire que d’expliquer celle de Napoléon. Le sage de Weimar a prédit lui-même que ses oeuvres ne seraient jamais populaires, et qu'elles s'adressent plutôt à quelques esprits peu nombreux qui croient y trouver un aliment en harmonie avec leurs aspirations.
C'est que Goethe n’incarne pas la dignité humaine dans la pensée (du moins dans le sens que lui donne Pascal), ‘illa fait consister toute entière dans l’objectivisme impassible et muet. L'Olympien est celui qui regarde.
Le penseur échafaude des systèmes et des hypothèses qu'il prétend tous fait à l’image de la vérité ; l’ar tiste pourrait dire aussi ironiquement que Pilate dans la Passion : Qu'est-ce que la vérité ? sans attendre qu’on lui donne de réponse.
‘La plus grande, i’unique fonction de l’art, a di: Goethe, c'est de représenter, vérité pourtant bier simple que personne ne semble avoir le souci de comprendre.’”