‹ Prose et pensées [microforme]Chapitre 15 sur 26 · GŒTHE ET L'OBJECTIVITÉ · texte numérisé non relu

GŒTHE ET L'OBJECTIVITÉ

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qu'elles étaient considérées pour elles-mêmes ou suivant les conceptions et les idées du sujet. C'est que l’intellect est objectiviste et le tempérament est avant tout subjectiviste. En cela réside la plus grande des distinctions, hors de cela, tout n’est que mélange et obscurité.

L'objectiviste est le roi de la nature entière, il a tout, il possède tout. Celui qui possède un château, des vastes champs, des bocages de toute beauté, n'est pas plus avancé pour cela, dit quelque part Emmerson, c’est celui qui voit ces possessions, les admire et les apprécie, qui est le vrai propriétaire utile de ces vastes domaines. Ainsi (pourrait-on ajouter pour élucider l’idée d’Emmerson), celui qui possède un livre n’est pas plus avancé pour cela, c’est celui qui lit, comprend et ressent ce livre qui en aura tiré le plus grand profit. Quelque soit ce qu'il possède, l’homme n’en est véritablement le maître que s’il en est pénétré par l'intelligence et la compréhension.

Goethe fut toujours objectiviste. Il eut peu d’aptitude pour la manière subjective où il pense que le poète a bientôt fait de livrer tout ce qu'il possède de conceptions personnelles et n’a plus que des créations Pauvres et surannées à nous offrir, tandis que le poète qui s’objective et sort de lui-même est le véritable artiste dont les ressources, loin de s’épuiser, s’accrois-

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sent et deviennent aussi fécondes que la nature et 1 choses qu'il observe.

‘Que faisaient les anciens, dit-il encore, sinon ‘diriger leurs pensées vers le monde réel.’’

Comme la préoccupation constante du philosopl est de se rendre compte, celle de l'artiste est de repr senter, de réfléchir comme dans un miroir.

Goethe, nous dit que ce n’est pas le poétiqt (l'imaginatif) qu'il faut chercher à reproduire dat la réalité, mais bien plutôt la réalité qu'il faut orne des couleurs de l'imagination. I1 ajoute même qt c'est là sa distinction fondamentale dont l’'intell ge -e jette de la lumière sur toute autre chose. : ne s’agit que d’une question de préséance.

Aussi la maîtrise, suivant lui, ne peut échoir à 1 jeunesse qui doit s’estimer heureuse de n’avoir pas apprendre par une dure expérience ce qui lui manqu encore de simplicité et de tranquillité pour atteindr l’idéal objectif de l’art.

Le romantisme subjectif n’a créé que peu de poète qui ont résisté à l'oubli. Ce qui nous frappe che l'artiste, c’est la vérité objective qui fait qu’il nou émeut à la vue de choses que nous avons déjà ren contrées. Chez l'artiste comme ailleurs, le moi es l'ennemi du vrai. Le peintre grec qui avait dessin uue fleur où les abeïlles s'étaient laissé prendre a:

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point d'aller y butiner, avait atteint la perfection objective.

Le poète subjectif se replie sur son ‘moi’ et ne peut compter que sur les ressources pauvres et capricieuses du coeur humain qui veut se faire juge daus Sa Propre cause, tandis que le poète objectif se réporte géuéreusement vers la grande nature dont les bijoux d'inspiration n’attendent que les sollicitations de ce graud séducteur que sera toujours le travail sérieux.

Il y a en nous au moral comme au physique, une loi d'attraction par laquelle l’esprit cherche à s’assiiuiler indistinctement tout ce qui entre daus sa sphère d'activité. C'est cette loi fatale que l'observation extérieure est appelée à controler et à diriger.

C'est par l'observation extérieure intense que le peintre semble parfois a voir imbibé ses palettes de la rosée mêmes des fleurs qu'il dépeint, et que la plume d’un France ou d’un Richepin semble être trempée dans la sève prestigieuse des forêts dont ils chantent

la suave mélancolie.

L'objectivisme donnera à l'esprit d’un Goethe une étendue qui ne le laissera étranger à aucune manifestation de l’activité humaine. Peinture, musique, sciences, lettres, rien ne sera réfractaire à ce génie Clairvoyant. Il a cette heureuse instruction qui fait

dela nature entière un grand livre dont ila épelé toutes les pages et Compris toutes les leçons.

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L'objectivité poussée à ce point n'est pas uni mince difficulté. Il ne faut rien moins que de l’ascé tisme pur chez l'artiste pour arriver à cette discipline qui fait taire le moi et les sens et les fait évoluer doci lement comme une armée, sous le commandement se etirréplicable de ce généralissime qu'est la vérit ob,ective.

L'artiste serait un savant à ce compte-là, pourrait. __ on me répondre.

C'est bien 1à qu'est tout le danger. Goethe nous a laissé un exemple qui ne pourra être facilement euivi.

Ce qui plaît chez lui, c’est la création mouvementée d’1e imagination puissante ; mais ce qui retient à lui et subsiste par delà le plaisir momentané de la lecture d’un drame, c’est l’armature de réalité qu’il a transportée en aphorismes dans ses oeuvres.

Il est le Robespierre des théories hâtives insuffsamment établies, et sur l’autel de l’artila placé la perception externe.

Il est plus facile aux doctrinaires qu'aux artistes de marcher sur leur coeur, même quand il n’y a pas d'autre issue et de mettre de côté tout sentiment ; c’est souvent fatal aux poètes qui n’ont pas le génie de l’auteur de Faust. Mais n'oublions pas l’objectivisme n’est qu’un point de départ, une attitude initiale, et l’on ne fait après tout que demander

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