MONTRÉAL DAOUST & TREMBLAY
pe Etre
Enregistré conformément à l’Acte du Farlement du Canada.
en l’an mil-neuf-cent-dix, par W.-A. Baker, au bureau du \Ministre de l’Agriculture,
Les pensées de Pascal sont un autre excellent manuel de psychologie. Tous les esprits peuvent s’y donner cours, depuis l'imagination juvénile des bacheliers de collège, aux yeux de qui les satires paternelles de Pascal n’ont encore que le mérite du style et de l’éloquence, jusqu’à la maturité des penseurs réfléchis qui y découvrent la manne cachée.
Les observations di moi ont pris aujourd’hui une tournure plus positive, moins mystique, qu’au temps de Pascal : le moi ‘‘ondoyant et divers’’ devient l’objet d’un minutieux labeur sous la plume de psychologues trop consciencieux pour nos loisirs.
Mais Pascal triomphera toujours de notre tiédeur,
et qui n’a pas lu Amiel peut cependant avoir lu et relu Pascal.
C'est que le grand penseur français reste toujours voisin de nous, tant par la beauté simple de son style
que par le to si profondément humain de ses méditatious.
Il n’y a pas cette science du détail accablant par sa prévision rigoureuse, qui demande une étude suivie et - $C usive—il suffit de s’en approcher, on le trouve toujours prêt à nous entendre.
Comme le soleil, il a de la clarté pour tous: comme une fontaine, il a de la fraîcheur partout.
Aussi n’a-t-il de systématique que la clarté de son esprit.
Et qu'il a analysé l'homme avec une suprême maitrise |
I! est descendu jusqu’au dernier abîime de ses misères, et il s’est élevé i1squ’à l’apogée de ses plus hautes prétentions, e1i ues mots il analyse l’incapacité humaine quant à une vie calme, sereine et sincère ; il étale la lèpre de l’ennui et de l'agitation qui rouge tout esprit, il dit les faibles précisions et les puissantes ignorences de l'âme il dessine en quelques traits sobres et nets, les contours de l'immense empire de l’imagination dans ce monde qui se dit raisonnable,
et où cependant la raison n’oc:upe que des coins ignorés ou des cimes inaccessibles,
Là où nous ne voyons que le vide et le néant, il s’élance et s'élève à des hauteurs où sa pensée altière trace des lignes précises, environnées de lumière, à une distance que notre esprit peut à peine suivre de loin, comme le point sublime que lisse un aéroplane dans l'infini des cieux.
À la hauteur où il s'élève, il n'y a plus de système, il n’y a que la vérité, et Emmerson pensait peut-être à Pascal lorsqu'il disait : Je note la vérité à mesure qu’elle passe, c’est tout ce qu'il est possible de faire.
Chez Pascal, le vrai se moque du faux, en philosophie, en éloquence, en tout. Son génie purifié par la souffrance, n’est plus que lumière,
C’est la géométrie dans l'infini, et comme on n’a pas besoin de savoir le grec pour goûter Homère, on n’a pas besoin d'être savant pour bien lire Pascal. C’est la nature, dont tous peuvent voir l’immensité.
11 humilie l’univers aux pieds de l'homme, et, poursuivant son cours élevé, il humilie et ramène l'homme aux pieds de l’univers.
Quelle justesse Pascal ne met-il pas à définir l'imagination, le sentiment, la raison avec la su périorité de l’homme qui a une montre sur ceux qui n’en ont pas, comme il dit.