PROSE KT PENSÉES
‘On dirige sa vue en haut, dit Pascal, mais on s'appuie sur le sable et La terre fondra, et On tombera en regardant le ciel.
Pascal ne Paraît pas avoir interrogé les cieux, aulant que les mondes : et sa pensée est une extension de la vie plutôt que du firmament.
Il a regardé dans le fond de l'âme humaine, les mondes quis’y meuvent avec une majesté Comparable, selon Kant, aux planètes de l’immensité céleste,
Certes quand on à observé la nature tant animale
problème grandit dans des Proportions immenses, Quand on réalise que tous ces attributs &randioses de l’homme n'ont ici-bas que la durée de la plus frêle des
casent nonchalamment dans une sinécure officielle à l’abri des Soucis et des revers ; Pascal, au Contraire
reste dans les ruines, occupé à relever le crédit de la raison humaine, à force de puissantes lettres de crédit qu'il tire sur la vérité et dont les plus importantes nous reviennent acquitées.
Pascal admirait Descartes, et cette influence nous fait penser à celle de Bacon sur S''enkespeare. Goethe aussi écrivait à la lumière de : int. Il me semble que cette dualité constante a une sisnification profonde.
Le génie a des étincelles comme il a des éclairs.
Descartes découvre le premier être dans la pensée. Pascal exprime les désappointements que nous apporte cette stabilité promise. Bacon trouve la méthode expérimentale ; Shakespeare c'est de l'expérience poétisée et parfois toute crue : Kant critique la rajson pure. Goethe y ajoute les notes explicatives du sens commu.
Pour conduire l'esprit au vrai Descartes a trouvé une méthode, Pascal a donné des définitions. Ont-ils réussi ? Ilest peut être aussi difficile d’apercevoir nettement la marche d’une idée dans l'humanité, que d'inventer soi-même des idées nouvelles ; mais il est permis de croire qu'ils ont contribué a donner au monde un peu plus de jugement, un peu plus de bon sens, un peu plus de vérité.
Rnb song Be
Une chose entre toutes, à dit Goethe, je n’ai jamais pensé à penser.
Carlyle voit une immense fortune dans cette économie goethéenne.
Pascal est tout intéressé aux mouvements et aux manifestations de sa pensée.
Il veut saisir toutes les oscillations de cette ombre flottante. Il note anxieusement les efforts essorants de l’ange dans l’homme, il cherche à leur donner corps, à en tracer une silhouette, et revient de ses insuccès en proclamant l’imperfection de la raison humaine.
Il a des vues nettes, profondes, précises, mais ce qui l’affige c’est de voir ces qualités si peu humaines,
ROSE gr PENSÉES si intermittente
$, en tout cas, Chez Jui et Surtout chez sic les autres, se Il voudrait bien Penser, et que bien ñ l’homme un é
ii et ime, i] en cherche l'usage pl Parmi les hommes, ii demande Pour cela à l’histoire j de de lui dire SOn rôle dans les &rands Évènements hu- Nains, mais il ne voit là que des Crimes de lèse-pensée. co il S’aperçoit que le monde est gouverné Par des inci- Ents triviaux Comme le nez de Cléopâtre et le grain ta de sable de Cromwell. d” Un Collaborateur du ‘‘Quarterley Review’? posait ë la question Suivantes : VE Serait Pascal] aujourd’hui ? = La mode est aux Orientations ntreprenantes. an . La Classicisme, le Tomantisme, le théâtre à thèse, les petites et grandes écoles, les fortes et faibles indi vidua)ités intransigeantes Voire même le Symbolisme ré tout cela bout dans la fournaise Parisienne, SOUS l'oeil] po anxieux des gens de] art, dont Jes plus Pérpicaces se | déclarent lMpuissants à Prévoir les résultats. “+ £S gens sont Peut-être trop Superficiels Pour se sai léCommander à 1 attention ficace de ce peuple choisi en es idée, qui ne SOupçonne pas l'épuisement. même dans la Création. mc ien äutrement humaine à mon Sens, serait Ja divi- ne e. cos
dbtsliaie Sdhéopsinet
sion entre le réel et le poétique ; bien autrement vaste serait cette division-là, toute courte.
Le problème présent serait de tenir l'idéal debout et ferme,et le réel au-dessus du trivial,non pas desupplanter l’ui par l’autre. Guyauest, en ce sens le
dernier des prophètes.
Le réel dans l’idéal,c’est la mort dans la littérature
comme dans la vie.
Darwin se plaignaïit d’avoir perdu toute sentimentalité par suite de la sècheresse réalisé de ses travaux d'expérience.
Lorsque Newton décomposa l’arc-en-ciel, il n’empêcha pas que l’on ne continuât à se délecter de ce ruban céleste toujours frais et nouveau, malgré son antiquité biblique.
Quoi de plus amer que ce qui n’est pas vrai ?
Le réalisme et l’idéalisme éprouvent une secrète répugnance à s’unir, mais leur réconciliatiom s’impose.
C’est la grande vision de Goethe, son dogme de la ‘‘réalité poétique’”’, au lieu de continuels sauts de sauterelles de ceux qui veulent transformer la poésie en réalité.
Il faut parer la science de poésie, d’idéal, d’harmonie, afin qu’elle soit toujours gaie, et que le monde ne deviennent pas le mausolée désert et silencieux du coeur.
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22 PROSE pr PENSÉES
— me + = mr TT ERSS SL
the, le bon 3ens de Musset, l'exactitude des Portraits PSychologiques de Shakespeare.
Mais Tévenons à la Uéstion dy «« Uarterly q
ses forces avec les méthodes Modernes, En tout Cas, il aurait altéré son Mysticisme ; il aurai t aussi été le
L'homme Sain, sy! ’ant Pierre Janet, Vit dans la réalité, dans le Présent, et S'y sent à l’aise ou Cherche
à s’y accomoder; il ne vit ni dans les regrets du passé, ni dans les aütipations de l'avenir.
Pascal aurait accepté cette définition, dont la clarté rappelle ses pensées.
Pascal dit ‘‘que nous ne tenons jamais au présent”’. L’éternel devenir des aspirations humaines lui est un sujet de critique incessante.
J1 aurait voulu créer l’ordre moral en faisant la mappe de l'infini.
Cette recherche toujours inassouvie de l’homme vers un objet dont la possession ne le satistait pas, il l’a caractérisée, dans son image immortelle du chasseur qui ne voudrait pas du gibier qu’il poursuit, si on venait le lui donner pour rien.
1 préfère le quiétisme à tout mouvement qui ne part pas de l’esprit et qui n’y revient pas.
Il veut vivre pour penser, et penser, suivant lui, c'est non-seulement embrasser la terre, mais pousser une pointe vers l'infini rédempteur.
Il pr'fère l’ennui lui-même à l'ignorance des vérités éternelles.
Aujourd’hui on revient plus circonspect des recherches spéculatives. Plutôt que de faire de nouveaux Systèmes, on s’appliquera à examiner ceux qui sont déjà faits.
Il est Permis de Croire que Ja science n aurait pas Compté, de 1OS jours, de plus illustre Téprésentant que Pascal.
Bacon a dit que Peu de SCience éloigne de Ja religion, Mais que beaucoup de Science Y ramène,
aine a démontré cette vérité Par 6on Téspect des
on hors
ER PASCAL ET LA PENSÉE MODERNE 25 5" Choses Toute science n'est-elle pas une continuelle leçon , Voilà la d e respect ?
Inacces- On peut s’imaginer aussi l'oeuvre grandiose que nditions Pascal aurait laissée, non-seulement dans ses livres, de bon | mais aussi dans sa vie, si, au lieu de se tourner sans Ime est | cesse vers l'infini et l’iuaccessible, il avait accepté la ologie. | grande donnée moderne, et dirigé la précision de sa t vrai. | pensée vers l’action, vers la vie, vers le présent. reste La fermeté de ses idées l'égalait à un Pittet un Fox, euient | son ingéniosité n’a pas d’égale, mais son siècle léger Yrans | l'écartait de ses frivolités et le vouait à la pensée et à la controverse intérieure.
ee Ce n’est pas que son esprit n'ait aujourd’hui toute LA sa valeur. Nos progrès n’ont pas encore entamé la royauté du génie ; et si d’un tour de vis on peut inonder une chambre de lumière, si un mouvement Pas d’aiguilie sur le phonographe nous fait entendre les ant morceaux de musique de choix ; si quelques sous nous obtiennent la possession des plus beaux livres : nous la n'avons pas encore découvert l'aiguille qui nous ouvre la création facile, ou même la simple appréjs £ ciation d’un chef-d'oeuvre quelconque ; il y a encore : dans le monde moral, comme dans l’univers matériel,
des terres et des cieux inexplorés que l’homme ne découvrira peut-être jamais.
Afin de se faire une idée de Pascal, au temps pr sent, on peut Je Comparer à Taine, Je dis compare lorsqu'il s’agit plutôt d'une autithèse,
Cerne le détail] qui lui échappe et qui peut se revêler à d’autres.
voir son malade NOn-seulement Suéri, mais Sain, tandis que Taine est Content s’i] le voit sur Pied, encore qu'il ait fallu Jui amputer un ou deux membres,
Ils représentent deux dynasties
Le premier Procède du droit divin, le Second se met
et
Pascal, avec la magie du style peint la pensée si vraie, qu'on la dirait vivante, tant elle est faillible, Taine en décrit les rouages et on la dirait mécanique, tant les données en sont rigoureuses.
Pour Pascal, l'imagination est une maitresse d'erreurs ; la pensée, la piqûre de l’homme au pied de l’immensité qui l’écrase : la raison, une règle dont la sanction se perd dans l'infini ou un art qui manque de perspectives.
Pour Taine l'esprit est un polipier d'images, l’intelligence est un composé de souvenirs et de jugements
réducteurs, la volonté, une force qui en altère une autre.
L'on pourrait modifier le mot de Macaulay au sujet de Platou et de Bacon pour l’appliquer à Pascal et à Taine, et dire que chez Pascal, les hommes sont faits pour la pensée, tandis que chez Taine, la pensée est faite pour les hommes.
Taïine a dit quelque part, qu'il vaut mieux décrire l’homme à la manière des naturalistes, que de le -ombattre à la manière des logiciens.
Aux yeux de Pascal, l’homme est une ombre indécise qui se meut vaguement dans l'infini, tandis que pour Taine, l’homme est un esprit servi par des organes,ou suivant les peuples, c’est parfois un engin de la
fatalité qui se précipite aveuglement vers le malheur et la mort.
28 PROSE gr PENSÉES ne ni |
Ce qui Manque à Pascal] disons-le, c'est le sentiment Véritablement humain de la bonté, de l'admira tion généreuse, de l'amour.
purs Philosophes qui ne sont Pas coutumiers de sentimentalité,
siasme,
vérité des sentiments sans lesquels elle n'est qu'une ‘‘opinion Orgueilleuse’?. Toute vérité est fille du sen-
la leçon d’une bonne action ; toute vertu ne fut à son Origine qu’une action héroïque.
Cette réserve faite, quelles louanges ne Peut-on adresser à Pascal ?
Ses ‘“mots’’ ont éclairé plusieurs Problèmes et des Plus grands.
La chiquenaude de Pascal revient sans cesse sous
la plume des écrivains. Elle a tenu l'esprit décisive.
OT coran
on à
Là a
PASCAL ET LA PENSÉE MODERNE 29 pm mate gi
ment en respect devart la Cause première de tout ce qui est et se meut.
C'est qu'il fallait tout le génie de Pascal, pour coucevoir cette force inouie qui sert de candélabre au luminaire de l’immensité,et que toute notre intelligence superposée à l'imagination la plus puissante, peut à peine soupçonuer.
Il faut reconnaître cette cause spécifique il faut assigner un foyer à l’idée la plus abstraite et la plus hardie, si elle est lumineuse et claire.
Le cerveau humain n’est pas ce foyer, car il ne fait que travailler à sa lumière.
La lumière intellectuelle est comme l'Océan, inaccessible comme lui.
Et pour suivre la Comparaison, il faut une attention châtrée pour retenir cette lumière, comme il faut un bassin rendu étanche Par sa fermeté, pour garder l’eau de la mer.
Voilà la raison qui fait qu'on ne peut embrasser la pensée de Pascal dans un certain système, parce qu'elle a trop de lutnière, trop peu de matière.
Pascal est né pour la recherche du vrai.
Chacun naît avec une disposition une volonté dominante qui le caractérise toute sa vie. C'est peut-
être en se sens qu'on a dit que la vie est une idée de la jeunesse réalisée dans l’âge mûr.
Il veut, il aime le jugement, Non-seulement chez les autres, mais aussi en lui-même, tandis que nous : favorisons tous en nous l'imagination et nous deman-
qu'elle remplit ses hôtes d’une satisfaction plus ‘“‘pleine et entière que la raison. Elle ne peut rendre ‘‘sage les fous, mais elle les rend Contents’” N'est-ce pas là un sentiment précurseur de Ja Philosophe toute
ee
Gourmandant sans cesse sa pensée, il la tient en haleine et la précipite vers les hauts sommets.
Son erreur première a été de sacrifier l'homme à la logique pour arriver au vrai absolu ; erreur qui n’est devenue le chemin de la vérité qu'à force de prodiges, et grâce à d'intenses efforts.
N'aurait-il pas mieux fait de se tou:ner un peu plus vers l'humanité véritable, dont l'éternelle identité de souffrance avec les siennes lui aurait fait plus de bien que le spectacle de l'indifférence toujours égale de la nature ?
Les plaies morales ont cette différence avec les autres que leur contagion est bienfaicante, en ce sens qu'on s’en guérit en soignant ceux qui souffrent.
On peut dire qu’on est redevable à Pascal de la grande manière de penser, comme M. de Vogué a écrit que l’on doit à Taine la plupart de nos formes intellectuelles.
Pascal dit: ‘‘Que fera l’homme? Doutera-t-il de tout ? On n'en peut venir là.”’
Et il préfère se réfugier dans la religion chrétienne, la seule cause peut-être qu'il ait défendu avec passion.
Ses pensées, pleines et solides, finissent dans le mysticisme religieux ; comme ces piliers massifs de Notre-Dame de Montréal. qui s'élancent au-dessus
nou ee PASCAL ET LA PEYSÉE MODE: NE 33
S, pour E. : :
P SE Hressé devant la nature entière, cherchant noise à
ES A'immensité pour des raisons que l'on ne voit pas
ec Justesse
4 bien ; cette lecture nous fait assister à la faillite de l’homme devant ces facultés, tremblante armée de
PUVait ve- doutes et de contradictions, dont il est le chef débile €ncore à } et incapable de la mener à une tâche qui puisse juslous qui tifier ses prétentions.
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