‹ Prose et pensées [microforme]Chapitre 9 sur 26 · GŒTHE ET LA VIE · texte numérisé non relu

GŒTHE ET LA VIE

Le but de la vie, c’est la vie, dit-il; nous ne sommes sur la terre que pour tirer le meilleur parti de ce monde-ci et de l'autre. Malheur à celui qui est obligé dese tourner vers le passé ou l'avenir pour chercher le contentement. Malheur à celui aui ne sait pas se borner.

C'est le thème de tous les conseils qu'il donne à Eckerman.

L'homme est une chose à gouverne, aux yeux de Goethe, et le gourvernail est en ses mains.

Celuique porte un navire mû sans son concours, peut jeter son regard vers les beaux paysages, les villes qu’il passe, et peupler sa route de sylphides et de souvenirs féériques, il peut saluer au loin le village natal dont le vieux clocher silencieux surgit à l’horizon et lui semble résonner encore de ses étourdis- Santes harmonies, car pour lui, le pleur né de son rêve et qui sèche sous la caresse maternelle de la brise du pays, ne fait pas dévier le navire qui continue sa course, indifférent à ses rêves ; mais celui qui tient le gouvernail qui le guide et la voile qui l’entraîne, a plutôt des soucis de métier et de réalité. C'est une question desa voir lequel des deux a le meilleur partage.

Dans ‘‘Poésie et vérité”’ Goethe narre des faits historiques avec uue précision minutieuse et banale, quelque que soit leur insignifiance apparente.

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Cet état d'esprit positif chez l'auteur de ‘‘Faust”' et de ‘*Werther’’ étonne et paraît trop demander d'équilibre au génie. Et cependant, le miracle est là. Goethe a toute la fougue du génie le plus lyrique alliée au calme philosophique le plus imperturbable et au sens pratique d'un commissaire-priseur dirait un critique grincheux.

Ce calme n'est pas fait de dédain de la vie, mais plutôt d’une entière soumission à l'inévitable.

Ce qu'il souhaite pour les autres et pour lui-même, c'est le contentement de ce qui est. Se résigner pour voir, chercher l’utile dans le beau, dans la liberté elle même, voilà ce qu'il veut ; ajoutons que l’utile goethéen n'est pas vulgaire, mais idéal, et que pour comprendre Goethe, il faut toujours apprendre sa langue.

Son influence s'exerce cependant, même lorsqu'on ue le comprend pas ; et si ‘‘Hamlet”’ a assombri beaucoup d'imaginations, si ‘‘Monte-Christo”’ a échauffé beaucoup d’esprits romanesques, ‘‘Faust’’ ne le cède à aucun d’eux, autant au point de vue de la sensation populaire que de l'observation humaine.

Emmerson a fait de la lecture de Goethe, l'oeuvre capitale de sa vie.

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