‹ Prose (volume 2)Chapitre 15 sur 87 · A UN ÉLÉGIAQUE · texte numérisé non relu

A UN ÉLÉGIAQUE

Jeune homme, qui me viens lire tes plaintes vaines, Garde-toi bien d'un mal dont je me suis guéri. Jadis, j'ai, comme toi, du plus pur de mes veines. Tiré des pleurs de sang, et le monde en a ri.

Du courage! La plainte est ridicule et lâche. Gomme l'enfant de Sparte, ayant sous ses •habits Un renard furieux qui le mord sans relâche, Ne laisse plus rien voir de tes tourments subis.

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On fut cruel pour toi? Sois indulgent et juste; Rends le bien, pour le mal, c'est le vrai talion. Mais, t'étant bien bardé le cœur d'orgueil robuste, Va î calme comme un sage et seul comme un lion.

Quand même, dans ton sein, les chagrins, noirs reptiles, Se tordraient, cache bien au public désœuvré Que tu gardes en toi des trésors inutiles Comme des lingots d'or sur un vaisseau sombré.

Sois impassible, ainsi qu'un soldat sous les armes; Et lorsque la douleur dressera tes cheveux Et qu'aux yeux, malgré toi, te monteront des larmes, N'en conviens pas, enfant, et dis que c'est nerveux !

LA CHAMBRE ABANDOiNNÉE

La chambre est depuis très longtemps abandonnée, Les meubles sont flétris, la tenture est fanée. Un jour, on est parti sans fermer les volets; Et le soleil, celui des torrides juillets Aussi bien que celui des décembres polaires, A longtemps promené ses regards circulaires, Comme il fera demain, comme il fait aujourd'hui, Dans ce lieu saturé de tristesse et d'ennui.

La chambre est depuis très longtemps abandonnée. Un peignoir rose tendre en soie enrubannée

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Conserve, sur le grand divan de satin noir,

L'attitude d'un corps brisé de désespoir;

Et, depuis le départ, deux pantoufles mignonnes

Traînent sur la peau d'ours, près du lit à colonnes,

De la dernière nuit encor bouleversé.

Partout, sur l'écrin vide et le livre laissé,

Où la fuite fiévreuse et brusque se devine,

La poussière a posé sa neige grise et fine;

Et, dans les hauts miroirs brumeux, rien n'est resté

Du sourire qu'ils ont autrefois reflété.

La chambre est depuis très longtemps abandonnée.

Une causeuse est là, devant la cheminée;

Quel secret monotone échangent donc entre eux

Le large fauteuil vide et le foyer poudreux?

0 morne solitude ! ô silence sévère !

Sur la table, une rose est morte dans un verre;

Les feuilles tour à tour ont chu comme un fardeau,

Et leurs cadavres noirs, autour du verre d'eau,

Sont épars tristement et font une jonchée

Sur qui semble pleurer la tige desséchée.

Enfin, la seule chose encor qui remuait

Dans cet intérieur immobile et muet,

Le seul objet doué d'une âme, d'une haleine,

La pendule de Saxe aux fleurs de porcelaine

A dû depuis longtemps, très longtemps, s'arrêter...

Comme tu cesseras bientôt de palpiter,

0 toi dont je maudis l'existence obstinée,

Cœur plus désert que n'est la chambre abandonnée

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