‹ Prose (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · L'ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

L'ANNIVERSAIRE

Et jamais le grand coup de ses ailes sublimes Ne l'a mieux emporté par delà les abîmes ; Plus il vieillit, plus il va haut.

Le soleil est très vieux. Pourtant, sa face ardente N'a jamais mieux versé la chaleur fécondante

Aux fleurs, aux fruits, à la moisson ; Jamais plus doucement, dans l'exil où nous sommes. Ce sourire de Dieu n'a brillé sur les hommes ;

Plus il vieillit, plus il est bon.

Il est très vieux aussi, le bien-aimé Poète,

De qui nous célébrons par de longs cris de fête

Les quatre-vingts ans aujourd'hui.

C'est lui qui, dans un mot d'éloquence suprême, Nous disait : * Je naquis avec ce siècle même,

Et je continue avec lui. »

Mais, quand elle permet qu'un tel poète naisse, La nature lui donne un trésor de jeunesse.

L'aïeul au jeune homme est pareil ; Et l'Esprit devant qui tous les autres pâlissent, Superbe, ne vieillit pas plus que ne vieillissent

Le chêne, l'aigle et le soleil.

Oh ! longtemps, très longtemps, à cet anniversaire, Devant toi, courbant tous, ô grand vieillard sincère,

Nos fronts, d'émotion tremblants, Laisse-nous voir encor, plus nobles chaque année, Parmi les lauriers verts dont ta tête est ornée,

Briller tes jeunes cheveux blancs !

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