RÉSURRECTION
Strophes dites à la Comédie-Française, le 22 mai 1886,
par M. Got, doyen des sociétaires,
à l'occasion du premier anniversaire de la mort de Victor Hugo.
Quand dans le deuil du monde et de la France entière Le corbillard du pauvre allait au Panthéon, A travers le drap noir et le bois de la bière La foule croyait voir transparaître un rayon.
Vainement on voulait chasser cette démence, Songeant que le Poète, à la tombe porté, Avait à l'univers légué son œuvre immense Et qu'il s'y survivrait pour l'immortalité !
Non ! sous le sombre drap, l'âme d'angoisse atteinte. Toujours on croyait voir, comme un espoir secret, Une flamme d'amour qui n'était pas éteinte, Un foyer d'idéal qui se rallumerait.
Tu ne te trompais pas, ô Peuple ! Le Génie Faisait dans ce cercueil resplendir sa clarté ! Le Maître n'est pas mort, l'œuvre n'est pas finie. Miracle ! il ressuscite ! il est ressuscité !
Il veillait seulement sous la voûte glacée, Ainsi que Barberousse au fond du souterrain ; Pour nous livrer encor sa sublime pensée, Son caveau va s'ouvrir avec un bruit d'airain.
Le Poète endormi sous les apothéoses Longtemps nous donnera des poèmes nouveaux. De son tombeau sacré sort un parfum de roses; De son cercueil béni s'envolent des oiseaux.
Peuple qu'il aima tant, viens ! puisqu'il te convie, Admirer le grand mort à son premier réveil, Et voir, de son sépulcre, encor si plein de vie, L'Œuvre surgir ainsi qu'un lever de soleil !