MA FEMME ET MON SABRE
C'est la nuit. Le pigeon se tient au bord du toit, Et là-haut, dans le ciel, brille une étoile amie. Ma charmante repose, en mes bras endormie... Dieu! si je l'embrassais, comme j'en ai le droit!
Je veux — oui! je le puis, — la tirer de son rêve, Voir s'ouvrir ses beaux yeux alanguis de sommeil, Et lui tenir tout bas ces propos du réveil Qu'interrompt le baiser, qu'une caresse achève.
Joie infinie ! Amour incessamment accru ! Bonheur doux et brillant comme une perle claire ! . . . Mais mon vieux sabre, à qui cela semble déplaire, De son coin nous regarde et prend un air bourru.
— Qu'as-tu donc, animal? Est-ce que tu me blâmes? Ne puis-je pas serrer ma mie entre mes bras?
Camarade, ceci ne te regarde pas !
Homme ! tu n'entends rien aux affaires de femmes.
Ne la jalouse pas et calme-toi, mon vieux. Elle est, ainsi que toi, très brave, ma chérie. Que mon bras soit utile à la noble Hongrie, Bientôt, demain... Alors, tu la jugeras mieux.
Oui-da! tu n'aimes pas les femmes... Mais la nôtre, Lorsque retentira le cri de liberté, Nous bénissant, voudra te ceindre à mon côté, Et nous dira : « Soyez fidèles l'un à l'autre! »