CHANSON POPULAIRE
J'ai bu deux flacons de vin vieux.
Dans le village, au clair de lune, Je danse en diable furieux.
Un cruel souci m'importune.
Gai, gai, Tsigane ! Un air joyeux, Sous la fenêtre de ma brune.
La chère étoile, je l'aimais !...
L'étoile file et l'amour vole.
Elle aime un autre désormais.
Gai, Tsigane ! Une chanson folle, Afin qu'elle ignore à jamais Que sa fausseté me désole.
Le Ciel m'a dit : « Choisis ta mort; elle est prochaine. » J'ai répondu : « Seigneur... En automne, un jour pur, Devant les arbres d'or frissonnant dans l'azur. . . Et qu'un oiseau tardif chante encor dans un chêne !
« Ainsi que la nature à l'arrière-saison, Oh ! que je sente, avant qu'elle ne me saisisse, Venir tout doucement la mort, et que je puisse Chanter, comme l'oiseau, ma suprême chanson.
« Puis, quand sera venu le moment de me taire, Approche alors, et clos mes lèvres d'un baiser, Tendre et cher cœur sur qui j'ai pu me reposer, Mon adorée, ô la plus belle sur la terre !
« Mais non! non!... Ce n'est pas, Seigneur, mon dernier vœu Un beau jour de printemps, de guerre et de furie,
Avec des fleurs de sang émaillant la prairie ; C'est la mort que tu dois m'accorder, ô mon Dieu !
« La mort le sabre au poing ! Oui ! la mort violente. Quand le clairon se mêle au chant du rossignol, Que mon âme, en avril, prenne son libre vol, Que de mon cœur jaillisse une rose sanglante !
« Et, lorsque mon cheval à bas m'aura jeté, Oh ! viens et ferme alors ma bouche avec ta bouche, Toi que j'aimai toujours d'amour âpre et farouche, Chaste fille du Ciel, sublime Liberté ! »