‹ Prose (volume 2)Chapitre 58 sur 87 · CHANSON POPULAIRE · texte numérisé non relu

CHANSON POPULAIRE

J'ai bu deux flacons de vin vieux.

Dans le village, au clair de lune, Je danse en diable furieux.

Un cruel souci m'importune.

Gai, gai, Tsigane ! Un air joyeux, Sous la fenêtre de ma brune.

La chère étoile, je l'aimais !...

L'étoile file et l'amour vole.

Elle aime un autre désormais.

Gai, Tsigane ! Une chanson folle, Afin qu'elle ignore à jamais Que sa fausseté me désole.

Le Ciel m'a dit : « Choisis ta mort; elle est prochaine. » J'ai répondu : « Seigneur... En automne, un jour pur, Devant les arbres d'or frissonnant dans l'azur. . . Et qu'un oiseau tardif chante encor dans un chêne !

« Ainsi que la nature à l'arrière-saison, Oh ! que je sente, avant qu'elle ne me saisisse, Venir tout doucement la mort, et que je puisse Chanter, comme l'oiseau, ma suprême chanson.

« Puis, quand sera venu le moment de me taire, Approche alors, et clos mes lèvres d'un baiser, Tendre et cher cœur sur qui j'ai pu me reposer, Mon adorée, ô la plus belle sur la terre !

« Mais non! non!... Ce n'est pas, Seigneur, mon dernier vœu Un beau jour de printemps, de guerre et de furie,

Avec des fleurs de sang émaillant la prairie ; C'est la mort que tu dois m'accorder, ô mon Dieu !

« La mort le sabre au poing ! Oui ! la mort violente. Quand le clairon se mêle au chant du rossignol, Que mon âme, en avril, prenne son libre vol, Que de mon cœur jaillisse une rose sanglante !

« Et, lorsque mon cheval à bas m'aura jeté, Oh ! viens et ferme alors ma bouche avec ta bouche, Toi que j'aimai toujours d'amour âpre et farouche, Chaste fille du Ciel, sublime Liberté ! »

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