DESIR DE GLOIRE
Oh ! si par bonheur doit survivre Un humble poème de moi, Qu'il soit donc choisi dans ce livre, Que j'ai, mignonne, écrit pour toi!
Vétéran n'ayant plus mon grade, Poète oublié, triste et vieux, Je serai mort, ma camarade, Et tu m'auras fermé les yeux.
Tu te rappelleras, ma chère, Mes jours de la fin si peu gais, Et ma gloire si mensongère, Quand tu passeras sur les quais
Et verras mes recueils intimes, Jadis célébrés si souvent, Qui, dans la boîte à dix centimes, Seront feuilletés par le vent.
Mais qu'une enfant du voisinage Qui te confiera ses amours, — Car pour ces choses, malgré l'âge; Tu seras clémente toujours, —
Ranimant en toi, pauvre vieille, Le feu sous la cendre endormi, Murmure, un jour, à ton oreille, Un poème de ton ami,
Les seuls vers de lui qu'on connaisse. Les seuls dont la tendre langueur Émeuve encore la jeunesse Et trouve un écho dans son cœur;
Alors, joyeuse et rassurée, Tu me trouveras bien heureux Que ma chanson soit murmurée Par les lèvres des amoureux.
Ces vers, dont on garde mémoire, Seront deux fois récompensés, S'ils défendent un peu ma gloire, Eux qui m'ont valu tes baisers.
Des larmes mouillant tes lunettes, Tu te souviendras qu'autrefois, Accompagné par les fauvettes, Je te les disais dans les bois.
DÉSIR DE CLOIKE. 273
Caressant, de ta main légère, Mon front posé sur tes genoux, Combien tu me savais sincère !
Combien mes chants te semblaient doux
Oh ! qu'à son tour, la Renommée Continue à les juger tels, Et que, pour t' avoir tant aimée, Je laisse des vers immortels !
POÉSIE. — III. jjj