‹ Prose (volume 2)Chapitre 8 sur 87 · A MON VIEIL AMI ALEXIS ORSAT · texte numérisé non relu

A MON VIEIL AMI ALEXIS ORSAT

Le malade baissait tous les jours. Pauvre père !

Et dans l'humble logis, jadis presque prospère,

Avait depuis longtemps sévi la pauvreté.

Les sinistres papiers du mont-de-piété

S'étaient accumulés derrière la pendule ;

Et, toujours espérant, — le malheur est crédule,

La famille vendait tout son petit trésor.

La timbale, les six couverts, la montre en or,

L'un après l'autre étaient retournés chez l'orfèvre,

Au moribond toussant et grelottant la fièvre

On sacrifiait tout, sans se décourager.

Un jour, le médecin dit :

« S'il pouvait manger! »

Mais il avait déjà, le triste grabataire,

Refusé le biscuit avec du vieux madère,

Les trois huîtres et l'œuf poché dans du bouillon.

Or, bien qu'on fût en mars, par un jour sans rayon,

On parla de raisiu, ne sachant plus que dire,

Ilélas ! — et le malade eut un faible sourire.

< )n se saigna. Le soir, à ce pauvre chevet,

— Dans la boîte portant la marque de Chevet

Et montrant les grains durs et roux sous la dentelle

De papier, — tentatrice, appétissante et telle

Qu'au dessert, parmi les gourmets de belle humeur,

Parut la ruineuse et splendide primeur.

L'agonisant la vit, mais, sans y toucher même,

Il détourna le front, plein d'un dégoût suprême,

Et trois heures après, il s'en allait enfin

Dans l'autre monde, où nul n'a sans doute plus faim.

La misère attendait les enfants et la mère; Mais, le surlendemain, à l'école primaire, Les orphelins faisaient envie aux écoliers En tirant ce raisin de leurs petits paniers.

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