Prospectus de l'École d'agriculture de Ste. Thérèse [microforme]
NECESSITE D'UN ENSEIG NT AGRICOLE, Les hommes sérieux qui se préoccupent de l'avenir de notre pays, se prennent souvent à se demander ce que nous allons devenir avec cette nuée de jeunes gens qui se précipitent vers les professions libérales, avec cette foule d'hommes déplacés qui nous inonde, et la conclusion est que*des jours bien mauvais se préparent pour notre société. Un des meilleurs moyens de remédier à cet état de choses serait, sans contredit, de tourner vers l'agriculture tant d'énergies perdues, tant d'ambitions qui dégénèrent souvent en bassesses. L'agriculture, si on la comprend, est destinée à guérir notre société d'une plaie qui la ronge.
C’est une carrière accessible à tous. Nous possédons de grandes étendues de terre, qui ue demandent que des bras intelligents pour répandre la prospérité dans notre pays.
L'agriculture est la source la plus féconde de la prospérité des peuples. Si elle était ce qu’elle doit être, un art appuyé sur la science et l'expérience, elle serait pour un grand nombre une source de richesses certaines et honorables; elle procurerait une vie de jouissances des plus variées aux hommes de cœur et d'intelligence qui s'y livreraient, Elle nous permeturait à nous, Canadiens, de lutter avantageusement avec nos voisins d'origines étrangères qui, grâce à leur éducation tout agricole,
ont trop souvent l'avantage sur nos compatriotes.
On entend répéter de tous les coins du pays:
Emparons-nous du sol ! emparons-nous du sol! C'est un élan bien patriotique et nous nous y associongs de tout notre cœur. Mais s’il est urgent pour nous de nous emparer du sol, il ne l'est pas moins de le conserver ; or ce n’est que par une culture intelligente que nous y parviendrons.
j Combien de nos compatriotes ont vendu l'héritage paternel à des étrangers arrivés ici sans moyens pécuniaires, mais qui avaient reçu dans leur pays une éducation agricole.
L'enseignement agricole est donc une œuvre nationale, c'est même pour nous un besoin s0cial. C’est ce que l’on commence à comprendre. Le Collège Ste. Anne a déjà donné l’exemple d’une généreuse initiative. Mais une seule école d'agriculture ne suffit pas pour répandre dans un pays aussi vaste que le nôtre l'éducation agricole. Placés au millieu des campagnes, dans le grand, populeux et fertile district de Montréal, nous avons cru devoir faire quelques sacrifices pour nos compatriotes de cet important district. Cédant done aux vœux souvent exprimés de personnes influentes et d'amis bienveillants, nous avons décidé de joindre à notre établissement une écoie spéciale d'agriculture.
Nous croyons avoir en mains les éléments nécessaires au succès de cet œuvre. La corporation du collège possède plus de ciuq cents arpents de terre dont une grande partie est déjà en très bon état de culture. On y rencontre une grande variété de sols, depuis l'argile tenace jusqu’au sable léger, ce qui sera d’un grand avantage pour les élèves qui pourront apprendre les façons nécessaires à chaque espèce de sol. De vastes tourbières desséchées artificiellement offrent un exemple intéressant de drainage. La fabrication des composts peut s’y faire de la manière la plus économique au moyen de la tourbe qui se | trouve sur la ferme même, Au-dessus de