L'EXPLOITATION DU COLLEGE DE STE THERESE
Dès longtemps nous nous étions promis de visiter les cultures situées au nord de Montréal, et pendant le mois qui s’est écoulé nous avons pu admirer les résultats obtenus déjà, dans cette section de la province, par les cultivateurs assez hardis pour adopter les améliorations d’une culture intelligente, Le terrain, généralement léger, présente une surface accidentée, qui lui assure un égoutement parfait, presque sans le secours des fossés, Les roches qui jonchent le sol sont soigneusement employées à clôturer les champs, et à chaque pas, de frais ombrages, habilement ménagés, disent à l'étranger qu'ici rien ne manque aux soins donnés au bétail de la ferme. De gras pâturages peuplés d'animaux de choix, rappellent, au reste, tout ce qu’on admire dans les Townships de l'Est et rivalisent avec eux en étendue,
Le Collège de Ste, Thérèse, situé au milieu de cette région progressive, a le grand mérite d’une initiative éclairée dans l'adoption des moyens d'amélioration les plus avancés. La:
culture des plantes sarclées sur une vaste échelle, l'assèchement d’une savanne tout entière, au moyen d'égouts souterrains, la formation d’un troupeau de choix, la construction de bâtiments spacieux destinés à la production du lait et à l'engraissement du bétail, voilà ce qu'a réalisé le Collège de Ste. Thérèse, et nous sommes en demeure d'affirmer que pas une exploitation dans la province n'offre un champ plus vaste à l'étude des améliorations réalisées sur une vaste échelle, Nous n’hésitons pas à dire que si le Collège de Ste. Thérèse: consentait à annexer à son cours d'études un cours d'enseignement agricole, nous appuierions de toutes nos forces un pareil projet, certain que nous sommes qu'il y a là tous les éléments d’un enseignement suffisant. Nous tenons de M le Supérieur lui-même que si le besoin s’en fai-
sait sentir, il serait très-facile de permettre à:
quelques élèves de suivre, dans ses courses journalières, le prêtre chargé exclusivement de la direction de la ferme, et. qui sans beaucoup de trouble pourrait ainsi initier ses élèves à tous les secrets de l'art, en leur donnant sur le terrain même le pourquoi de chaque opération. Nous ne pouvons oublier que c’est ainsi que Dombasle, sur son exploitation de Rouville, a inauguré en France l’enseignement agricole et donné à son pays les. hommes distingués qui après lui ont fait de la France agricole la rivale de l'Angleterre, |
Ajoutons que Monsieur Le Professeur d'Agriculture est à la hauteur dela position qui a fait de Dombasle une des célébrités de son pays.
Sans doute il aura des préjugès à combattre, des plaisanteries à recevoir, mais bien souvent la grandeur d’une œuvre naît de la petitesse même des détails dans lesquels il fautentrer. L'enseignement à tous ses degrésasesennuiscomme son mérite ; mais nous connaissons à M. Le Profes-
seur d'Agriculture assez d'activité intelligente |
et d’abnégation de soin pour garantir son entier succès quel que soit le développement donné dans l'avenir à la tâche dont il s'est chargé, Ainsi rien ne s'oppose à la création d'un cours d'enseignement agricole à Ste, Thérèse, et nous n'avons plus qu'à espérer, avec M, le Supérieur, que le besoin s'en fasse séntir.
La Rotation.
La ferme a une étendue totalé de 500 arpents à peu près, et s'étend presqu’entièrement sur un côteau assez élévé, dont le sol est léger et sablonneux. De la plaine au côteau le ter rain forme une pente régularisée exposèe au sud et soumise à une culture soignée. Au bag s'étend une savane dont l'égoutement parfait permet aujourd'hui les plus hauts rendements de grains et de fourrages là où une perche tout entière disparsissait dans une fondrière improductive. Le côteau a été cultivé depuis : peu et chaque année lés bois reculent de quelques arpents devant la hache du défricheur.
Si nous considérons maintenant quels sont les débouchés de l'exploitation, nous aurons toutesles données nécessaires pour établir quél
doit être le système de culture adopté. Evi-
demment l’exploitation doit subvenir à la consommation du Collège, qui est un débouché immédiat pour tous les produits de la ferme.
Les patates et le blé comme produits végétaux et le lait, le beurre, le bœuf et le porc Comme produits animaux, Dans ces circonstances, voici la rotation suivie que nous approuvons en tous points :
1re Annee,—Patates avec fumure complète.
2e Annee.—Céréales de printemps avec graines de prairie,
86 Annee.—Prairie composé de trèfle principalement,
4e Annee.— Prairie avec trèfle et mil.
5e Annee.—Prairie de mil pur avec une lé.
gère couche de fumier ou de compost en couverture.
66 Annee 7e et 8e.—Prairie.
9e Annee et 106.—Pâturages.
lé Annee. — Céréales.
12e Annee, — Céréales qui finissent la rotation
Cette rotation met ainsi 360 arpents en assolement, en donnant 30 arpents à la sole des plantes sarclées. Le reste de l'exploitation est divisé en forêt, en pâturages et en prairies naturelles, servant de ressources fourragères au bétail. Si maintenant nons entrons dang les détails de cette rotation nous verrons qu'elle convient parfaitement aux circonstances toutes particulières où se trouve placée l'éxploitation du Collège de Ste. Thérèse,
lre Annee, —Nous nous sommes rendu sur le côteau où se trouve cette année les 30 arpents destinés à la sole des plantes sarcléés. De toutes ces plantes la patate offre la culture la plus facile et la plus rémunérative, chaque fois quu’un sol léger la préserve de la pourriture et qu'un débouché voisin permet l'écoulement du produit. Ces deux circonstances existent à Ste. Thèrèse et on les à mises à profit. Leg
sillons, parfaitement droits et réguliers bien que très-longs, nous indiquent de suite l'emploi d’instruments perfectionnés guidés par une main habile et sûre. Comme travail nous avons rarement vu un champ aussi bien tenu, On nons apprit que dès l'automne un labour profond prépare le sol à l'influence pulvérissante des gelées de l'hiver, pendant lequel les fumiers sont transportés directement sur le champ.
Au printemps la fumure est enfouie par un labour, et un hersage prépare le sol à recevoir les patates de semence, A l'aide de la houe à cheval et du butteur, les façons d'entretien s'exécutent promptement et d’une manière complète. La récolte se fait à la charrue.
2e Annee.—Le sol préparé par une récolte de patates est dans d'excellentes conditions pour donner un grain et recevoir la graine de prairie. Ici le semis du trèfle est indispensable comme moyen d'amélioration, et pour donner au 801 plus de compacité et un appui ferme aux racines du mil qui suit immédiatement.
8e Annee.—Quelle que soit la nature du sol pourvu qu’une riche fumure lui soit donnée et qu’il soit net de mauvaises herbes, le trèfle donnera une excellente récolte et ses racines pénétreront profondément le sous-sol ponr servir à leur tour d'engrais aux récoltes qui suivront.
4e Annee.—[Le trèfle fait place au mil qui a maintenant plus de force.
5e Annee.—Dans les sols sableux le mil ne se maintient qu’à condition de recevoir des engrais suffisants ; il devient donc nécessaire dès l'automne d'appliquer à la prairie une lègère couche de fumier en couverture ou du compost fait de tourbe, de fumier, de terre, etc.
6e Annee.—La prairie prend une nouvelle vigueur à l’aide des fumiers en couverture appliqués l'automne précédent, et les 7e et 8e Annees de prairie donnent encore de beaux Tendements, .
9e Annee.—[l est temps maintenant de faire pâturer la prairie pendant les deux années qui suivent, O’est une très-mauvaise pratique de semer des pâturages dans des céréales et d’y mettre le bétail de suite. Les jeunes plantes, sans cesse sous la dent des animaux, ne peuvent prendre tout leur développement, outre que le piétinement du sol s'oppose également à leur végétation. Nous approuvons grandement le pâturage sur prairie comme le seul procédé recommandable,
lle Année.—Le sol est dans d'excellentes conditions pour donner une bonne récolte de céréales, et nous recommanderions tout particulièrement le semis d'un blé d'automne sur le pâturage. La gelée n'agit sévèrement que sur les terres argilleuses mal égoutées tandis que sur les terres légères perméables, elle ne se fait point sentir. La prairie et le pacage, en tassant le sol un peu léger, auront eu pour effet de le préparer admirablement pour un blé d'automne, sur un labour donné dès le commentement d'août. .
12e Annee.—De manière à utiliser complètement les débris végétaux accumulés dans le sol par 8 annèes de prairies et de pacage, il est recommandable de faire suivre la céréale d'automne par une avoine, qui donnera encore une excellente récolte et préparera le sol à recevoir les plantes sarclées en pulvérisant la couche arable,
Speculations animales.
Avec les ressources fourragères de cette rotation, l’entretien d'un bétail nombreux est facile pendant toutes les saisons, L'été, les pâturages naturels et artificiels, ainsi que le couvert de la forêt, se prêtent admirablement à une alimentation variée et succulente des vaches laitières et des bœufs, achetés de bonne heure pour être prèparés à l'engraissement de l'hiver.
Pendant la période de stabulation les ressources en fourrages sont considérables et le bétail reçoit une ration des patates trop petites pour être consommées au Collège. Dans ces circonstances, avec l'addition d’une ration de farineux aux animaux d'engrais et aux vaches laitières à l'époque du vélage, nous comprenons l'amélioration que nous avons constatée dans le bétail de la ferme, et avec un bon choix de reproducteurs nous ne doutons pas que l’amélioration ne pût aller encore plus loin,
Nous avons remarqué parmi le bétail un jeune taureau Galloway dont nous ne nous expliquons pas la présence. Nous n'avons pas hésité à condamner son emploi comme reproducteur améliorateur, parce que la race Galloway est rustique et habituée aux misères des montagnes d'Ecosse, mais elle est dépourvue de tous les caractères des races améliorées, soit dans le sens du lait, soit dans le sens de la viande, et par conséquent dans l'impossibilité de transmettre des qualités qu'elle ne possède pas.
Nous ne nous expliquons leur importation au Canada que comme une fantaisie, permise tout au plus à quelqu’enfant des Montagnes d’Ecosse, désireux de s’entourer dans son pays d’adoption de la race de bétail qui le vit naître sur le sol de la patrie. Mais c’est là de l’agriculture sentimentale, avec laquelle nous n'avons rien à démêler, Ce qu'il nous faut ce sont des profits et non des souvenirs.
Les farineux et les pommes de terre soumis à la cuisson composent également la base de l'alimentation de la porcherie, où nous avons remarqué quelques animaux d'excellente conformation,
Batiments d'exploitation.
Les bâtiments de ferme sont très-vastes et disposés de manière à rencontrer toutes les exigences d’une exploitation considérable.
Les vacheries sont disposées en rangs doubles têtes à têtes, avec passage au milieu pour la distribution de la nourriture, et passage en arrière ponr l'enlèvement des fumiers, jetés dans
" la cour de ferme par des ouvertures pratiquées
dans les côtés de la vacherie. Au-dessns sont emmagasinés les fourrages dont la distribution se fait par une trappe, ouvrant sur le passage du milieu. A une des extrémités de la vacherie nous avons remarqué des cases destinées aux veaux depuis la naissance jusqu’à l’époque du severage. Une crèche en forme d’auge s’étend dans toute la longueur du bâtiment et reçoit de petites boîtes mobiles destinées à contenir l’eau ou les rations de légumes et de farineux. Le bétail est attaché par le col au moyen d’une chaîne dont l'anneau glisse autour d’un léger poteau fixé par ses extrémités au plancher er au plafond. Toute cette disposition est très-recommendable,
Les écuries sont à rangs doubles têtes à têtes
et en arrière de chaque attelage sont les harnais qui lui appartiennent, soigneusement pendus dans des armoires, qui les protègent contre les émanations des fumiers.
La porcherie est disposée en deux rangs de loges avec passage au milieu. La ration se donne dans les auges par des panneaux mobiles,
Une remise abrite tout le matériel de la ferme con.re les intempéries des saisons, et l'ordre que nous y avons remarqué nous a rappelé le précepte bien connu, ‘‘ Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place, ”
Nous ne pouvons terminer le compte-rendu
de notre visite à Ste, Thérèse sans offrir nos sincères remerciements pour les attentions gracieuses que nous y avons rencontrées, Nous y avons été d'autant plus sensibles qu'elles uous venaient d'hommes éminents par leur savoir, autant que par leur devouement à la cause de l’enseignement public, Aussi leur approbation nous offre-t-elle une large compensation aux critiques sévères que nous avons méritées chaque fois que, duns la défense des intérêts agricoles, nous nous sommes heurté à des susceptibilités trop sensibles, ou à des capacités douteuses,