ACTE I, SCÈNE Vdl
SOPHIE , l'interrompant.
Mon Dieu! que vous êtes terrible, monsieur Vincent! vous prenez tout au pied de la lettre!
VINCENT
Vous dites : dans robscurite.
SOPHIE
Mon père veut dire que votre famille n'est pas connue.
VISCENT, fièretnent.
Pas connue?... pas connue? Qu'il s'adresse au Cateau... oîi je suis né, au Gâteau, près Cambrai (dont Fénélon fut achevêque à son époque); qu'il entre au Cateau ; qu'il interro{je la première personne venue (n'importe l'ài^e, f|uand elle n'aurait que trois ans); qu'il demande madame Vincent, tout le monde lui (lira : Monsieur ! c'est vrai ! la mère est décédée, mais si c'est quelque cliose qu'on puisse lui dire... son fils est à Paris, où, par les grandes protections qu'il avait, il est entré garçon herboriste chez monsieur Potard , telle rue, tel numéro... Et il viendra dire que mon nom n'est pas connu !!! Ceci est de la plus insigne mauvaise foi... je vais plusloin...jedis que mon nom, à moi, mon nom de Vincent e^t plus connu que le sien... de Drouillet... Je puis citer des documents historiques suf les Vincent, tandis que je défie votre ]ière de me citer rien de semblable touchant les Drouillet... D'abord, nous avons le tabac Saint- Vincent , qui jouit de la considération générale; je n'ai jamais ouï parler du tabac Saint-Drouilf-^f. Il est parfaitement inconnu. Ensuite nous avons rincent de Paule, qui a inventé les Enfants-Trouvés... On n'a jamais entendu parler de Drouillet de Paule, qui ait établi le moindre hôpital. (D'un air posé et important. ) Je VOUS laisse à tirer les conséquences , Sophie !
SOPHIE
Tout ce que vous me dites là m'afflige, me déses.père...
VINCENT, se rapprochant d'elle avec sentiment.
Oh! ce n'est pas mon dessein... triais quand je vois l'injustice d'un drapier... Je sens qu'il y a (lu sang flamand dans mes veines... On ne connaît pas les Flamands.
SOPHIE
Mais voyons! N'auriez-vous pas un parent qui pourrait parler à mon père ?
VINCENT
Non !... c'est-à-dire, si... J'ai bien un frère, un frère jumeau, mais je ne l'ai jamais couau. Ma mère m'en a quelquefois parlé... mais d'une manière si singulière, que j'ai lieu de p -n-ii que cette excellente femme l'a confié aux soins paternels du gouvernement, dès sa plus tendre enfance...
.«OPHIE, vivement.
Quo» !... elle l'aurait...?
VINCENT, avec gravite-.
L'établissement de Vincent de Paule n'a pas été invcnt(; pour les quadrupèdes... Sophie!
Air du vaudeville de Préville et Taconnet. C'est une armoire , un vaste magasin , Qu'il a fondé dans le but le plus sage; C'est une bibliothèque, enfin , Oii chacun a le droit d'déposer son ouvrage; Or, si ma mèr', d'après ce que l'on croit. Remit son œuvre à des soins tutélaires , Certe, elle était d'autant plus dans son droit,
Qu'elle en avait deux exemplaires.
Du reste , ce que j'en dis... ça n'est peut-être pas vrai... j'en jurerais bien , mais je rie le parierais pas. Enfin votre père nous sépare aujourd'hui, voilà le fait. (Avec force.) Quand je disais que ce bocal de farine de moutarde me serait funeste!... hein? (Sophie va vers ie fond.) jamais cdi ne manque, ces-choses là! règle générale, si, en vous levant, vous renversez de la farine de moutarde , c'est fini... tout vous manque , tout vous craque.
SOPHIE
Dieu ! mon père qui revient!
VINCENT, remontant la scène d'un air effrayé.
Mon bourreau!... le voilà!... en grande tenue ! tenons-nous à l'écart, et cachons-lui mon aversion !
( II se place devant la fenêtre et range des herbes. )