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Prosper Mérimée et la Russie

Il a déjà été publié de nombreuses correspondances — tronquées ou non — de Prosper Mérimée ^ Toutes ont été accueillies avec faveur, et cela se conçoit. Celui qui les a écrites était non seulement un styliste hors ligne, un conteur sans égal, c’est un de ces écrivains de race qui savent « tourner » une

I, On en trouvera l’indication dans l’excellent article de M. Maurice Tourneux sur la Correspondance générale de Prosper Mérimée dans Revue d’ Histoire littéraire de la France, VI ( 1 899), p. 55-71, et dans mon introduction aux Lettres inédites de P. M. (Moulins, 1900, in-8), p. lii-lviii. Depuis il a paru un certain nombre d’autres lettres : quelques-unes à Viollet-le-Duc ont été publiées par M. Eug. Viollet-le-Duc dans l’ouvrage ; Lettres inédites de ViolJct-le-Dnc, Paris, Quantin, 1902, in-8; d’autres à Ampère, Bixio, Lenormant, Royer-Collard, Vitet et de Witte, dans mes Notes sur P. M. (Paris, Dorbon aîné, 1903, in-8), un certain nombre à M. de Lavergne ont été publiées par M. E. Cartier, dans la Revue des Deux Mondes, du 15 avril 1904. La correspondance avec M. de Gobineau a paru par les soins de M. L. Schemann dans la Revue des Deux Mondes des 15 octobre et ler novembre 1902. Enfin, on trouvera encore quelques lettres de Mérimée dans \o. Revue de Lyon, 11(1903), p. 44[àMme Yéméniz] et dans le charmant ouvrage de M^e Juliette Adam, Mes premières armes littéraires et politiques, Paris, 1904, 12.

lettre. Tour à tour triste ou enjouée, selon qu’elle s’adressait à son Inconnue — M”® Jenny Dacquin — ou à M*"® de La Rochejacquelein, ou légèrement talon rouge (lettres à la Przezdiecka), la plume de Mérimée racontait son âme et sa vie — et aussi les spectacles qu’il voyait journellement sur le grand théâtre du monde. Car il fut homme du monde, ce « régisseur » des théâtres de Compiègne, quoiqu’il détestât cette maudite culotte collante qui inquiétait tant Jules Sandeau. Il aimait le monde comme moyen d’oubli de chagrins intimes, — peut-être aussi comme observatoire : il y a tant de choses, tant de gens à étudier!

Voici une nouvelle correspondance inédite, où Mérimée prend tous les tons. Il s’adresse à trois personnes d’une même famille : au père, à la mère, à une enfant ; avec toutes, il a eu le don de rester aimable et naturel. Les trois correspondants sont morts aujourd’hui, mais leur famille tient à honneur — et Ton ne peut que l’en remercier — de faire imprimer ces lettres si intéressantes, pour quelques amis et quelques privilégiés.

M. Théodose de Lagrené ' était né à Amiens en 1800. Entré à vingt ans dans la diplomatie, il débuta

I. Sur M. de Lagrené, consulter ; Notice biographique sur la Vie et les Travaux politiques de M. Th. de Lagrené, ancien ambassadeur, ancien pair de France, représentant du département de la Somme à l’Assemblée Législative ; grand officier de la Légion d’Honneur, grand-croix du Sauveur de Grèce et du Christ de

en 1822 au Congrès de Vérone, près du duc Mathieu de Montmorency ; il suivit, l’année suivante, le comte de La Ferronays en Russie, d’où il alla à Madrid. « M. de Lagrené, 3® secrétaire de l’ambassade de France à Madrid, est venu faire connaissance avec l’Andalousie, écrit le maréchal Castellane. Ce jeune homme a déjà beaucoup voyagé. Je l’ai hébergé de mon mieux pendant deux jours... La tournure et les manières de M. de Lagrené me plaisent fort ^ » Il retourna en Russie en 1828 Il y resta six ans, y dissipa des préventions injustes, et conserva l’harmonie entre les cabinets de Pétersbourg et de Paris. Ministre à Darmstadt en 1834, il y ^^^ta peu de temps et fut envoyé en Grèce. Après un séjour de quelques années dans ce pays, il alla en Chine L Nommé pair de France à son retour, et grand officier de la Légion d’honneur, il prononça un remarquable

Rome, chevalier de plusieurs Ordres étrangers. Paris, mars 1850, 14 p. in-8. [Extrait du 2^ vol. des Notabilités contemporaines M. de Vielcastel lui a consacré dans ses Mémoires sur le règne de Napoléon III quelques pages malveillantes qui sont, comme la plupart des appréciations de cet auteur, absolument dénuées de vérité.

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