i.,IX, I
pour me renvoyer mon discours et les différents numéros de la revue où sont mes articles.
« N’ayant plus Histoire de la littérature française, 3 vol.
« d' Origine de la langue française, i vol.
« de Littérature et voyage, i vol.
« Je vous serai bien obligé de me renvoyer votre exemplaire de tout cela pour pouvoir le mettre tout de suite entre les mains de Mérimée. Je vous restituerai le tout fidèlement.
« Mille bien affectueux complimens,
« J. -J. Ampère. »
La réception eut lieu le i8 mai. Mérimée la raconte en détail, ainsi que les journées qui suivirent. On peut comparer le récit qu’il a fait des journées de juin avec la lettre inédite suivante de Mignet à Lebrun :
« Vendredi, 30 juin 1848.
« Mon cher ami,
« C’est en rentrant hier après la séance de l’Académie que j’ai trouvé chez moi votre excellente lettre à laquelle j’ai le regret de ne pouvoir répondre que ce matin. Il n’est rien arrivé ni cà Cousin, ni à moi, ni à aucun de vos amis pendant ces horribles journées. Quelle épouvantable bataille, mon cher Lebrun ! elle a été gagnée par la société contre le brigandage, par la civilisation contre la barbarie. La question
était cette fois nettement posée, et ces terribles insurgés dont on avait enflé l’orgueil, perverti l’esprit, soulevé les plus "mauvaises passions, combattaient pour le pillage et la domination. Il y'aeu dans cette affreuse guerre civile plus de morts que dans beaucoup de grandes batailles sous l’Empire, et du côté du faubourg Saint-Marceau, il s’est commis des actes de cruauté qui nous font reculer de 50 ans. Paris reste très morne. Chacun a l’âme navrée et l’esprit inquiet. Les vaincus sont moins consternés qu’irrités et des vengeances de toute espèce sont fort à craindre de leur part. On les désarme, et je ne crois pas qu’ils puissent désormais reprendre l’attaque. Les mesures qu’on achèvera de prendre pour les contenir préviendront je l’espère de nouveaux soulèvements. Ainsi on assure que 60.000 hommes de troupes resteront à Paris ou dans son voisinage le plus rapproché, que l’on fermera les clubs, et qu’on limitera la liberté de la presse par une loi. C’est le ferme désir de la majorité de l’Assemblée qui prendrait l’initiative de ces actes, si le gouvernement ne les présentait pas. Thiers qui exerce une grande influence sur cette majorité lui a fait adopter ces mesures assurées d’ordre, des moyens effectifs de travail dans des réunions particulières. Mais la Société n’en est pas moins profondément malade, le gouvernement livré à toutes les incertitudes qu’entraîne la forme et l’imagination publique très justement alarmée. Adieu, mon cher ami, mille tendres hommages
à Madame Lebrun que je remercie de son affectueux souvenir.
« Tout à vous de cœur,
« Mignet. »
Pour l’affaire Libri, pour la nomination au Sénat, nous avons des lettres charmantes et enjouées, de même que lorsqu’il est question des distractions de Carabanchel ou des plaisirs de Compiègne Ses animaux chéris ne sont pas oubliés. Il donne à ses correspondants des - nouvelles de sa tortue, de son 'ptégadiou, de son chat surtout, de ce chat qu’il aime ‘tant, d’une affection presque paternelle. Il est heureux qu’on lui eii parle, qn’on s’intéresse à lui, il répond 'en ' son nom. C’est l’animal qui a toutes les •qualités'.
' , r. Les correspondants de Mérimée étaient heureux de rece- ,voir, ses lettres^ spirituelles qui peignaient' une époque et une société. , Lebrun écrivait à sa femme,?- en novembre *1862'':' « Mérimée est "allé rejoindre Cousin a Cannes. Il m’a -écrit hier' en partant une très jolie lettre. Il paraît qu’à Compiègne on a joué une comédie où Mérimée faisait un, rôle de notaire. Dans une scène de cette - comédie on parlait à l’empereur de la manière dont il écoute avec un œil terne en retroussant ses moustaches. On y disait : il n’a pas uiie réputation bien haute, et il est encore au-dessous de sa. réputation. On plaisantait les crinolines de l’Impératrice. L’Impératrice était furieuse. Elle trouvait que tout cela passait la permission, et elle en voulait beaucoup à M. de Morny à qui elle attribuait la pièce. L’Empereur dans son coin riait comme un bossu, c’est qu’il était luimême l’auteur de cette plaisanterie ». (Lettre inédite, Bibl. Mazarine, XII, i).
« M. Mérimée qui aime les chats et ne croit pas ravaler sa qualité d’homme en accordant de l’intelligence à ces animaux, ne leur reconnaît guère, dit Champfleury, d’autres défauts qu’une excessive susceptibilité. Suivant lui, le chat prouve sa susceptibilité par une extrême politesse. « En cela, me disaitil avec ce ton de gentleman qu’on lui connaît, l’animal ressemble aux gens bien élevés ^ »
Aussi aime-t-il cà dessiner ses poses gracieuses, même d’après les monuments, et il est heureux de donner à Champfleury un dessin représentant un chat d’après une peinture égyptienne du British Muséum.
La famille de Lagrené aime donc les chats, et, en récompense, Mérimée lui donne des billets pour l’Académie :
« Cher Monsieur Pingard,
« Aurez- vous la bonté de donner mes billets pour la réception de l’abbé Gratry à Madame de Lagrené, qui les enverra chercher, et si pouvez lui procurer