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Prosper Mérimée

Je réunis ici, en les remaniant profondément et en les augmentant de plus du double, trois études sur quelques côtés peu connus de la vie et de l'œuvre de Prosper Mérimée. Bien que huit années à peine nous séparent de sa mort, le petit nombre d’amis et de contemporains qui lui ont survécu, le soin qu’il prit de se tenir en dehors et au-dessus du monde des lettres, la destruction à jamais déplorable de sa maison et de ses papiers, mont obligé à procéder envers lui comme s’il eût appartenu à l’un des siècles précédents ; j’ai

appliqué du moins à cette reconstitution, autant que je l’ai pu, les procédés patients et minutieux de l’érudition moderne; dans ce petit livre, sorti tout entier de tant de communications bénévoles, je n’ai voulu en effet rien avancer dont je ne fusse certain ; j’ai interrogé tout ce qui pouvait me fournir un fait, un trait, une date, et je pourrais presque placer ime note sous chacune de ces lignes.

Au reste, j’aurais mauvaise grâce à me plaindre d’un labeur qui a été le délassement d’autres travaux beaucoup plus pénibles, et dans lequel j’étais soutenu par les encouragements de tous ceux à qui je m adressais. En poursuivant cette enquête obstinée, j’ai pu constater maintes fois quelle trace profonde a laissée le souvenir de Mérimée dans le cœur de tous ceux qui Vont bien connu; et c’est même à cette amicale piété que je dois la majeure partie des diverses curiosités qui ornent le présent volume.

De Saint-Chéron, où Mérimée passa tant

d’heures de son enfance et où il se plaisait à retourner parfois, me sont venus la photographie qui a fourni le principal motif de la décoration du titre, ainsi que le portrait de Mérimée enfant que Mme R... conserve à côté des crayons d’Ingres et de Picot représentant le père et la mère de l’écrivain; c’est également à l’objectif d’un amateur, de l’historien de Saint-Chéron, feu M. Richard Vian, que je dois les deux vues qui ouvrent et qui ferment le premier chapitre. M. Eugène Violletle-Duc a tiré de ses cartons cette tête de femme, à la fois impérieuse et provocante comme celle de Cléopâtre, en s’excusant, avec la modestie de la vraie générosité, de n avoir rien de mieux à offrir. M. Édouard Grenier, enfin, nous a permis de reproduire ce gracieux faune jouant avec sa queue, relique deux fois précieuse, puisque Mérimée le lui avait donné et qu’il a pu l’arracher aux décombres encore

chauds de leur commune maison.

Les autres illustrations, d’une authenticité

non moins rigoureuse, sont empruntées à des documents dont M. F. Calmettes a su conserver la sincérité qui en faisait le prix, en les revêtant de la grâce qui leur manquait. Il n a pas interprété avec moins de bonheur les portraits de Mérimée, semés dans le texte. La comparaison de celui dont M. le marquis de Saint-Hilaire possède l’ aquarelle, avec l’excellente héliogravure de M. Capron d’après la seule épreuve connue d’une lithographie d’Achille Devêria, est d’autant plus piquante, que ces deux images sont contemporaines et qu’elles mettent sous les yeux le gentleman des salons doctrinaires et le romantique du cénacle.

Je n’ai pas de moins vifs remerciements à adresser à M. le vicomte de Spoëlberch, dont la bibliothèque, les dossiers et les notes m’ont été tant de fois précieux; à M. Philippe Burty qui, par ses communications, m’a donné une fois de plus la preuve d’une amitié déjà vieille; à M. Pierre Laffite, grâce à qui

j’ai pu montrer Mérimée confiant tous les soucis de V élaboration d’un texte à l’un des hommes les pl us dignes de le comprendre et de l’aider : les lettres autographes qu’ils possèdent et dont j’ai pu faire de larges extraits , achèveront de donner à ce travail le caractère d’ irréfutable véracité qui sera son seul mérite.

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