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LES PORTRAITS

Lorsque Mmo Mérimée peignit d’après son fils unique ce portrait qui nous le montre en longs cheveux blonds bouclant sur le col, le regard candide et les lèvres malicieuses, l’enfant n’avait pas encore pris, à la suite d’une raillerie maternelle, cette résolution, à laquelle il conforma sa vie, de « ne jamais demander pardon. » Mme Régnier, amie intime de Mme Mérimée, avait, par bonheur, fait de cette toile, depuis de longues années suspendue dans la

salle à manger de la rue de Lille et consumée par l’incendie du 23 mai 1871, une copie minutieusement exacte, dont le lecteur a sous les yeux la reproduction de tous points excellente (1). Sans elle, nous n’eussions pas connu ce sourire ingénu qui s’effaça dès l’adolescence, car, au collège, la physionomie de Mérimée avait déjà cette expression de réserve un peu hautaine qu’il conserva jusqu’à son dernier jour.

Elle était déjà fort accusée, paraît-il, dans un autre portrait peint par Mm0 Mérimée vers 1818. Assis sur un tertre, derrière lequel s’étendait un vaste paysage, le jeune homme était représenté de face, vêtu d’un pantalon gris et d’une redingote noire. Cette peinture, que me décrit un parent de Mérimée qui l’a vue de tout temps

(1) Il nous paraît juste de reconnaître combien, par sa rigueur et sa sévérité, le procédé photographique l’emporte, pour la reproduction de documents de ce genre, sur des procédés plus libres et plus artistiques. La gravure à l’eau-forte, lorsqu’elle est traitée par une main excellente, peut, grâce à l’éclat de ses effets, prêter à un livre une richesse de décoration sans rivale; mais elle ne réussit à bien exprimer que des compositions originales. Par la franchise et la hardiesse qui lui sont nécessaires, elle convient mal à une imitation minutieuse, et pour un portrait, nous préférons une copie très fidèle, même si elle est un peu lourdement traduite, à une interprétation plus délicate et plus poétique, mais plus éloignée du modèle.

chez lui, a, elle aussi, disparu dans l’incendie.

Il faut donc passer sans transition du baby aux bras nus, sortant de sa robe échancrée, à cette autre image, décolletée aussi, dont la légende a été si longtemps obscure. Ce troisième portrait est en effet une mystification comme

le livre qu’il ornait.

Personne n’ignore que le Théâtre de Clara Ga\ul était une supercherie littéraire, dans toute \ la force du terme.

\ N on content de faire imprimer (à quelques exemplaires, il est vrai) un faux titre portant Collection des théâtres étrangers, qui rappelait celui d’une publication entreprise par Ladvocat, Mérimée avait rassemblé dans une notice signée Joseph L’Estrange toutes sortes de particularités biographiques et même bibliographiques sur l’auteur de ces saynètes ; bien

plus Delécluze, l’impitoyable Etienne devant qui, seul entre tous les romantiques, il trouvait grâce (i), avait consenti à dessiner son portrait en femme; ce ne fut peut-être d’abord qu’une plaisanterie de société, car l’album sur lequel figure la mine de plomb originale, et qui appartenait en 1877 à feu M. Ad. Viollet-le-Duc, était rempli de croquis et de caricatures tout à fait intimes. Le fac-similé, publié par Poulet-Malassis en 1876, est la scrupuleuse reproduction des deux feuillets de cet album : sous l’effigie de Mérimée à vingt-trois ans, les cheveux encore bouclés, le menton rond émergeant du haut collet de cette redingote que la jeune génération avait empruntée à Goethe, le même visage apparaissait dans une découpure strictement exacte ; procédé familier plus tard aux dessinateurs du Charivari et de la Caricature.

Ce buste d’Espagnole aux épaules nues, la gorge ornée d’un collier de perles terminé par

(1) « C’est égal, » disait-il un jour à Sainte-Beuve, en un langage « moins que classique, » — c’est égal, c’est un fameux lapin ! » {Nouveaux lundis, tome III, p. 108.)

une croix, était le véritable frontispice d’un livre dont le titre, la notice, le texte et les notes étaient d’imagination pure. Mérimée céda-t-il à un scrupule tardif en le faisant retirer de la circulation, j’en doute fort. Toujours est-il que s’il vint à résipiscence, ce fut après que le portrait de Clara Gazul eut passé par deux tirages. Le premier, dont une épreuve, peut-être unique, m’a été gracieusement communiquée par M. H. de l’Isle, porte seulement à gauche Delécluse del. ; à droite Lith. par Scheffer, et au bas en capitales claires : Clara Ga\ul. Sur le second état figure la mention : de l’imp. lith. de C. de Las teyrie ; il n’est guère moins rare. U n exemplaire de la seconde édition, orné de ce portrait et relié en veau bleu par Bauzonnet, s’est vendu i3 fr. à la première vente Fossé-Darcosse (1840, n° 534). Tandis que, sur un catalogue à prix marqués, la Bibliothèque nationale achetait au prix de 4 francs un exemplaire en tout semblable, un troisième exemplaire, mais delà première édition, cartonné à la Bradel, atteignait

le prix de 220 francs dans une vente dirigée par M. J. Baur (16 et 17 février 1875); enfin deux autres épreuves jusqu’alors inconnues étaient jointes, l’une à un exemplaire de l’édition de i83o, coté 5o francs sur un catalogue de la librairie Frédéric Henry (1877); l’autre à un exemplaire de l’édition originale, offert à 400 francs par MM. Morgand et Fatout (. Bulletin mensuel , n° 4i5o). Le portrait de Clara Gazul avait d’ailleurs reçu une sorte de consécration officielle par la mention qu’en avait faite M. de Loménie en pleine Académie française.

La Gu^la, second pastiche non moins héureux que le premier, est accompagnée, elle aussi, d’un portrait qui ne manque à aucun exemplaire de l’édition originale ; c’est celui du râcleur de guitare, Hyacinthe Maglanovich : il serait inutile de lui chercher une ressemblance avec Mérimée, même en cachant du doigt le bonnet fourré et les formidables moustaches du barde morlaque. Quant aux initiales A. Br. dont cette planche est signée, elles sont

pour moi un mystère que les plus persévérantes recherches n’ont pu éclaircir.

Mais c’est assez parler de ces fantaisies destinées à égarer la postérité plus encore que les contemporains ; aussi bien Mérimée était devenu célèbre, malgré le soin singulier qu’il prenait de se dérober à la gloire : les salons de Mme Ancelot et de Miss Clarke le disputaient au cénacle de la rue Notre-Dame-des-Champs ; « Mazeppa d’une armée dont Victor Hugo fut le Charles XII, » selon l’expression de Gustave Planche, il ne rougissait pas de prendre sa part aux grandes luttes d ’Hernani et d’y convier les doctrinaires et les récalcitrants (i); à quelques pas de la demeure du maître s’ou-

(i) Témoin ce joli petit billet cité par Mme Hugo ( Victor Hugo raconté , tome II, p. 3o6) : « L’univers s’adresse à moi pour avoir des loges et des stalles. Je ne vous parle que des demandes que me font les sommités intellectuelles, comme dirait le Globe. Mme Récamier me demande si, par mon entremise, etc., etc. Voyez ce que vous pouvez faire. Vous savez qu’elle a une certaine influence dans un certain monde. J’ai dit qu’il était impossible d’avoir une loge. Alors elle m’a demandé s’il était possible d’avoir deux bonnets d’évêque. Où la vertu va-t-elle se nicher ? » J’ai eu sous les yeux un autre billet, également adressé à Victor Hugo, où il le priait d’inscrire parmi ses invités M. Beyle, qui offrait au besoin de payer sa place.

vrait l’atelier des Devéria, qui apportait à ces fiévreuses soirées son contingent d’enthousiasme; Mérimée le fréquentait volontiers : « L’Espagne, » écrivait Achille Devéria à Ziégler, le 2 février i832, « vient de nous rendre Mérimée, qui, l’ayant parcourue seul et en tous sens, ne voit qu’Espagne, Alhambra, Grenade, Burgos et combats de taureaux ; il est admirable à entendre conter les mœurs de ces gens-là (i). » Ce fut peut-être en écoutant ces pittoresques récits que Devéria jeta sur la pierre lithographique une rarissime esquisse dont l’existence sera révélée à plus d’un amateur par la réduction que voici. L’épreuve d’après laquelle a été obtenue cette héliogravure provient des cartons de l’artiste lui-même, qui a écrit au crayon dans un angle : Mérimé (s/c); elle ne porte ni signature ni nom d’imprimeur, et il est vraisemblable que, pour un motif resté inconnu, la pierre fut effacée après un essai. Devéria ne l’a point fait figurer, d’ailleurs,

(i) L'Amateur d'autographes, 1875 (i3e année, p. 1 38).

lmp, Le mercier et Cle Paris

Hel. E Capron

dans l’œuvre très incomplet qu’il a formé au cabinet des Estampes, lorsqu’il en était conservateur.

Un autre artiste, voué à la noble tâche de fixer dans le bronze et le marbre les traits des survivants de la Révolution et ceux des « jeunes hommes, » dont il était l’aîné, David d’Angers, n’eut garde d’oublier Mérimée : le libéral qui collaborait au Globe et au National, avant les trois jours, est parmi ceux qui portent le cercueil du général Foy sur l’un des bas-reliefs du tombeau de ce grand orateur ; et le romantique avait eu l’honneur de voir son médaillon présenté par David à Gœthe, quand il se rendit à Weimar en août 1829 pour modeler le buste du grand poète. Ce médaillon de Mérimée est un des moins connus dans l’œuvre du statuaire (1). M. Henry Jouin n’en cite que trois exemplaires en bronze : celui qui fut offert à

(1) David a laissé dans son Journal cette note curieuse sur Mérimée, qu’il rencontrait aux soirées de M. Pierre Lebrun, alors directeur de l’Imprimerie royale : « Mérimée parle peu. Il joue avec un album, insoucieux de tout ce qu’il dit, affectant les manières d’un sceptique

Goethe, celui qui appartient à la veuve de l’artiste, enfin celui dont le modèle fut gratifié (1); mais quelques années après, il ne pouvait pas même offrir à son ami Requien un seul plâtre : « Le mouleur n’en a plus, » lui écrivait-il (icr janvier 1 8 3 6) , « et pour vous en procurer un, il faudrait faire la cour au sculpteur, avec lequel je suis un peu beaucoup in contegno (2). » Quelques mois auparavant, il tempérait ce refus involontaire d’une promesse qu’il n’a pas, je crois, réalisée : «Je vous enverrai un portrait de moi moins monumental, mais plus ressemblant, peut-être une aquarelle d’un ar-

et d’un homme blasé, mais observant néanmoins les détails avec une extrême finesse. Une certaine timidité, une retenue qui perce toujours à travers l’aplomb que lui fait prendre son excessive confiance dans son mérite, forment le tond de son caractère. Mérimée examinait les traits de Lebrun, et l’on pouvait deviner qu’il analysait les lignes froides d’un visage trop régulier pour que la passion poétique ait passé par là. » ( L'Œuvre de David d’Angers, par Henry Jouin, I, 3o5.)

(1) Il n’a pas été reproduit dans la collection des réductions Collas, mais il a été photographié dans l’Œuvre de David d'Angers (1867, in-fol.).

(2) Bibliothèque et musée Calvet à Avignon. Les extraits des lettres adressées par Mérimée à Requien, cités dans ce travail, sont tous inédits.

tiste anglais » (28 juin 1 835). Cette aquarelle ne serait-elle pas le charmant profil si délicatement coloré, d’une grâce si aristocratique, mais ni signé, ni daté, offert par Mérimée à une parente, Mme Dubois-Fresnel, avec le manuscrit autographe de Mateo Falcone? L’acquéreur de ces deux curiosités à la vente du 26 février 1876, M. le marquis de Queux de Saint- Hilaire, n’en est point resté le possesseur exclusif et jaloux. Grâce à lui, les curieux ont entre les mains le texte primitif de Mateo Falcone (1) avant les retouches que l’auteur y fit sur l’épreuve même de la Revue de Paris (car le manuscrit de M. de Saint-Hilaire est la copie remise au docteur Véron), et le fac-similé de l’aquarelle rendue avec un rare bonheur par M. Alfred Llanta; mais est-elle bien d'un artiste anglais,

(1) Mateo Falcone , publié d'après le manuscrit autographe de l’auteur. Paris, Charpentier (lmp. Jouaust), 1876, petit in-40.

cette fraîche esquisse ? N’est-ce pas plutôt une main féminine qui s’est plue à caresser ces cheveux blonds roulés, ces favoris soyeux, à marquer d’un trait vigoureux, au-dessus de ce nez carré et volontaire, le pli droit qui coupait le front, à jeter enfin sur ces épaules un vague quiroga? Ce portrait, de beaucoup le plus agréable de tous ceux qui subsistent, est bien celui du brillant cavalier dont Mme Récamier voulait faire en 1829 un secrétaire d’ambassade à Londres.

Son premier voyage en Espagne, ses travaux littéraires et administratifs joints aux veilles d’une existence des plus mondaines, les longues tournées d’inspection auxquelles il s’astreignit avec un zèle infatigable de 1834 à 1 853, donnèrent à son teint « la couleur du cheval pâle de l’Apocalypse *; aussi bien la chancellerie ottomane de 1842 était-elle plus flatteuse quand, sur un passeport, elle lui reconnaissait des cheveux de tourterelle et des yeux de lion : impossible d’appeler d’un plus joli nom des che-

veux grisonnants; pour les yeux de lion, il faut payer d’imagination. C’est pendant cette course en Asie Mineure, dont Ampère a donné, sous forme de lettre à Sainte-Beuve, un court et alerte récit, que Mérimée laissa, pour la première et unique fois, croître des moustaches qui dépassaient ses oreilles.

Sa physionomie avait depuis longtemps repris son caractère habituel, quand, en l’honneur de sa réception à l’Académie française, l’ Illustration (1) plaça son portrait en regard de celui de M. Étienne. Sous le crayon élégant d’un dessinateur anonyme (peut-être Henri Valentin), le nouvel académicien est vu de trois quarts, tourné à droite; de légers favoris effleurent sa haute cravate blanche et le jabot de la chemise passe entre les revers de l’habit à palmes ; les sourcils sont très accentués, les cheveux ondulés et touffus; l’ensemble est particulièrement distingué, mais très embelli.

Un peintre, élève de Gros, intimement lié

(1 Tome IV, p. 369, *5 février 1845.

avec Bonington et avec Delacroix qui entretint avec lui une correspondance des plus amicales, M. Alexandre Colin, avait dû à Mérimée certaines facilités pour aller faire en Espagne quelques-unes des belles copies d’après les maîtres qu’il a laissées. Pour lui en témoigner sa reconnaissance, il lui offrit de faire son portrait, ce que Mérimée accepta avec empressement. Le portrait, peint vers 1 865, et qui le représentait en buste, fut détruit le 23 mai 1871. Il n’en subsiste pas d’esquisse entre les mains de M. Paul Colin, fils de l’artiste et lui-même peintre distingué.

Dans une aquarelle exquise (1), oùM. Eugène Lami avait réuni quelques-uns de ses contemporains, Delacroix, Musset, Vitet, etc., etc., il n’avait pas oublié Mérimée; mais c’est là, comme il m’a fait l’honneur de me l’écrire, « une légère indication de son profil, faite de souvenir, et qui ne peut donner qu’une faible

(1) Exposée en 1875 au Cercle des Mirlitons, place Vendôme, sous le titre de Un salon de Paris il y a vingt ans.

idée de l’homme. » Aussi, à l’exception d’un croquis de M. Charles Blanc, dessiné à Saint- Gratien et photographié à quelques épreuves par un amateur, c’est à la photographie seule qu’il faut demander, après un laps de plus de quinze ans, les dernières effigies de Mérimée ad vivum ; encore est-il difficile d’assigner un ordre chronologique rigoureusement exact à cês images fugitives et incomplètes : tel est le cas de celle qui décore notre frontispice. L’épreuve primitiveetà demi effacée, sortie d’un objectif anonyme, est peut-être contemporaine du portrait-carte annoncé dans la lettre à l’Inconnue du 14 septembre 1860, et qui est introuvable : « Je vais demain avec Panizzi chez Disderi pour me faire photographier. On a essayé à Glenquoich ; mais il y a si peu de jour dans ce pays-là, qu’il n’est venu qu’une espèce d’ombre surmontée d’une casquette parfaitement modelée. » Il y eut au moins deux poses, car il écrivait quelques jours plus tard (7 octobre) : « Avez-vous trouvé mon portrait

ressemblant? En voici un meilleur, ou du moins d’une expression moins sinistre (i). » Cette expression, dont il semble lui-même mécontent, on la retrouve dans un portrait dû à M. Reutlinger : les cheveux blancs coupés court, le visage rasé, les sourcils noirs et drus, l’œil très beau dans sa fixité , Mérimée est là, selon le mot de quelqu’un qui l’a bien connu, « plus dur que nature (2). » Vers le même temps, un photographe dont l’atelier est depuis longtemps fermé, M. E. Ro-

(1) Le Cabinet des Estampes possède une épreuve d’un portraitcarte tiré chez Disderi et qui représente Mérimée assis près d’une table couverte d’un tapis rayé, sur laquelle sont posés son chapeau et un pot de fleurs ; le visage, penché sur le livre qu’il semble lire, est plongé dans l’ombre, la lumière ne porte que sur le front et les cheveux très crûment éclairés. Est-ce une troisième « pose », ou bien celle qu’il jugeait « moins sinistre? » M. Disderi a vendu sa maison ; les clichés ont été détruits et il n’existe point d’albums des portraits exécutés sous sa direction.

(2) M. Marcellin Desboutins a gravé, d’après cette photographie, une pointe sèche pour une collection de portraits d’écrivains contemporains édités par la librairie Rouquette. L'Univers illustré avait déjà donné pendant le siège, d’après le même cliché, un bois de M. L. Breton, gravé par Dumont, qui a reparu avec quelques modifications dans l’édition illustrée de YHistoire d'un crime .

bert, obtint quelques minutes de pose de Sainte- Beuve et de Mérimée, et il fit de l’un et de l’autre deux des meilleurs portraits qui en soient restés. Sainte-Beuve avait placé celui de Mérimée dans un cadre accroché à la cheminée de son cabinet de travail; c’est sur cette épreuve, communiquée par M. Jules T roubat, que M .'Frédéric Régamey grava, d’une pointe brillante et ferme, pour la Bibliographie publiée en 1876, un portrait de face (en buste) dont s’inspira également M. Edmond Morin, lorsqu’il orna d’eaux-fortes la somptueuse édition de la Chronique de Charles IX imprimée aux frais de la Société des amis des livres (1).

Là s’arrête la liste des documents iconographiques qu’on peut citer avec certitude; il ne reste plus à mentionner que des œuvres de se-

(1) 11 a existé un autre cliché dû à M. E. Robert. La seule épreuve que je connaisse est également au Cabinet des Estampes. Mérimée est assis, vu à mi-corps, les mains gantées appuyées sur une canne. Les sourcils très drus et les cheveux blancs, légèrement ébouriffés, éclairés en pleine lumière, donnent une grande vigueur à ce portrait d’une attitude d’ailleurs banale.

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conde main et de médiocre valeur. Ce sont, par ordre de date :

1 0 Une gravure sur acier, en tête de la biographie de Mérimée par E. de Mirecourt ( Havard , 1857, in- 18). A mi-corps, profil à gauche, la main dans le gilet, visage rasé. Carey del. et sc.; imp. Mangeon.

20 Un bois de Mès gravé par Vautier, pour un article de Charles Asselineau sur le fauteuil de Mérimée à l’Académie française (1), reproduction agrandie du portrait de Carey; la physionomie a été rajeunie; l’attitude et le costume sont les mêmes : Mérimée a l’apparence d’un jeune domestique de bonne mine.

3° Un portrait sur acier dans l’Artiste, Revue du XIX0 siècle (ier mars 1868). Assis, de face, vu jusqu’à mi-jambes, les cheveux blancs très courts, un cigaredanslamaindroite. J.Nargeot del. ; imp. Ch. Chardon. En regard, un sonnet anonyme de Ch. Coligny.

40 Un bois en tête de la seconde édition de la

(1) Musée des Familles, tome XXXIV, p. 80, décembre 1866.

biographie de Mirecourt (. Histoire contemporaine. Portraits et silhouettes du XIXe siècle). Tête seule, presque de face, menton et joues rasés ; signature illisible en bas à gauche. Réminiscence de la photographie de Reutlinger.

5° Par un oubli qui n’est pas sans exemple dans le même recueil, le portrait de l’Artiste de mars 1 868 a reparu dans le n° de février 1 874 sans signature et sans le sonnet.

La haute situation que Mérimée eut de tout temps dans ce monde littéraire, auquel il ne se mêla cependant que comme un gentleman qui écrit par pur délassement et sans avoir jamais fait le métier d’homme de lettres, lui épargna les attaques et les caricatures dont ses contemporains les plus illustres furent assaillis. Je ne crois pas que le Charivari, la Caricature, le Corsaire, la Silhouette aient imprimé une seule fois son nom; il a échappé aux calembours en plâtre de Dantan jeune comme au crayon grimaçant de Grandville, de Benjamin et de Génioie; et la seule charge de lui que je

connaisse, c’est iui-même qui l’a tracée en avril 1834 sur l’album de son ami Requien, conservé au musée d’Avignon : le nez gros et carré, la bouche large, un épi de cheveux poignardant le ciel, l’ensemble du profil rendu vieux et vulgaire à plaisir.

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