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tériels employés dans ce genre de peinture depuis Hubert et Jean van Eyck jusqu'à nos jours {1). Ce livre, resté classique, avait été entrepris avant la Révolution, durant un voyage en Hollande, et continué obstinément pendant près de quarante années. A peine avait-il paru, que l’auteur cherchait à le compléter par de nouvelles lectures : « Mon fils, » écrivait-il à Fabre, le 6 janvier 1 83 r , « vient de faire un voyage de cinq mois en Espagne. Je l’avais chargé de prendre quelques notes sur les plus anciens traités de peinture. Il y en a un de 1649, de Pacheco. Je le lis en ce moment avec l’aide de mon fils (2). » Il ne put que préparer une seconde édition, dont les éléments ont disparu, et mourut à Paris le 27 septembre 1 836. Ingres, qui fut très lié avec Léonor Mérimée, a dessiné d’après lui un admirable petit portrait à la mine de plomb, sans date ni signature, où se lit la
(1) Paris, Ve Huzard, i83o, in-8, avec une planche.
(2) Lettres inédites de J.-F.-L. Mérimée à F.-X. Fabre, conservées à la bibliothèque publique de Montpellier.
souriante bonhomie de l’homme qui voulait « se faire une belle épitaphe en lettres d’or dans la mémoire de ses amis. »
Il donnait des leçons de dessin dans un pensionnat tenu par Mme Moreau, veuve d’un médecin et mère de sept ou huit enfants, quand il s’éprit de la dernière de ses filles, qu’il ne tarda pas à épouser. Mmo Anna Mérimée peignait agréablement la miniature et s’était fait une sorte de spécialité des portraits d’enfants. Petitefille de Mmo Le Prince de Beaumont, elle contait, paraît-il, avec une grâce parfaite, où M. de Loménie a voulu voir la conséquence même de cette parenté. Mme Mérimée n’a jamais exposé aux Salons bisannuels; ses œuvres sont aujourd’hui rares, ou classées sous d’autres noms que le sien. La plus importante peut-être n’est connue aujourd’hui que par une gravure à la manière noire de Bourrer : c’est le portrait de Victor Jacquemont, à mi-corps, de trois quarts à droite, les cheveux bouclés, le collet haut, un large ruban à la boutonnière ; ce dernier détail
a été ajouté au portrait après que Jacauemont eut, dans le cours de son voyage aux Indes, reçu la décoration. Un dessin à la mine de plomb, signé de Picot et daté de 1 838, représente Mra6 Mérimée en bonnet fanfreluché, le corsage étroit et haut, les lèvres minces, offrant une ressemblance visible avec son fils. Elle mourut le ier mai i852, sans s’être jamais séparée de lui, si ce n’est pendant les voyages dans lesquels il mettait à profit les aptitudes que Léonor Mérimée annonçait à Fabre avec une fierté toute paternelle : « J’ai un grand fils de dix-huit ans dont je voudrais bien faire un avocat. Il avait des dispositions pour la peinture au point que, sans avoir jamais rien copié, il fait des croquis comme un jeune élève et ne sait pas faire un œil. Toujours élevé à la maison, il a de bonnes mœurs et de l’instruction » (22 novembre 1821).
Mérimée donnait en effet à la peinture et au dessin tous les instants que lui laissaient l’étude du droit et celle des langues mortes et vivantes
qu’il devait si parfaitement et si promptement posséder.
Vers les dernières années de la Restauration, un amateur qui avait remporté un premier prix de Rome, en 1810, au concours de sculpture ( Othrjades blessé à mort), mais que ses liaisons avec Bonington, Delacroix, etc., avaient heureusement détourné des voies académiques, M. J. -R. Auguste, fils d’un orfèvre distingué du premier empire et possesseur d’une jolie fortune, ouvrait chaque semaine son salon aux artistes, et Mérimée n’était pas le moins assidu de ses visiteurs. Dans un billet qu’il lui adressait, en 1827, il le priait de lui prêter une de ses études, d’après Géricault, « où l’on voit un cheval blanc qui se détache sur une draperie rouge (1). »
Dès cette époque aussi il était lié avec Eugène Delacroix, et cette amitié, qui se refroidit
(1) Vente d’autographes du 3o mai 1877. Cette lettre appartient aujourd’hui à M. Philippe Burty. On pourra trouver quelques précieux détails sur M. Auguste, dans un intéressant article de M. Ernest Chesneau ( Constitutionnel du 4 mars i865).
par la suite, lui aurait sans doute permis d’écrire sur le grand artiste une étude aussi puissante dans sa brièveté que le H. B ., s’il n’avait pas craint d’être accusé une seconde fois d’indiscrétion envers la mémoire d’un ami mort: telle fut du moins la raison qu’il allégua pour repousser les sollicitations de M. Paul Chenavardàce sujet. Rien ne subsiste non plus des lettres qu’ils échangèrent, sauf peut-être ce billet que M. Philippe Burty avait communiqué à l'Art, avec une feuille de croquis mêlés de réflexions qui résument certainement une conversation du peintre et de l’écrivain (1) :
« Paris, le 2 sept. 1 83 .