‹ Prosper MériméeChapitre 6 sur 11 · Ss · texte numérisé non relu

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travers qu’une affectation , se donnait carrière sous ses doigts comme dans sa conversation. Il a existé un album, illustré par lui et par M. Gr. dé B. de dessins obscènes, exécutés pour la plupart pendant les séances de la Commission des monuments historiques, et auxquels une exubérance d’érudition archéologique et symbolique prêtait un caractère étrange.

Dans la correspondance de Mérimée on trouverait aussi un grand nombre de croquis; les Lettres à une inconnue fournissent à ce sujet plus d’un renseignement forcément très vague, mais qui a néanmoins son prix. Dès les premières pages, on le voit copiant un Velasquez en l’honneur de MUe X : « Depuis que vous ne voulez plus de mon aquarelle, j’ai assez grande envie de vous l’envoyer. J’en étais mécontent et j’avais commencé une copie d’une infante Marguerite, d’après Velasquez, que je voulais vous donner. Velasquez ne se copie pas facilement, surtout pour des barbouilleurs comme

moi. J’ai recommencé dix fois mon infante, mais à la fin j’en suis encore plus mécontent que du moine. Le moine est donc à vos ordres.... » Un peu plus loin, à la suite d’un rêve qu’il lui raconte et dont l’explication menace d’être obscure, il ajoute : « Pour vous faire mieux comprendre la scène, je vous envoie un dessin. » — « J’ai commencé à dessiner pour vous un costume maçonnais » (29 septembre 1843). La grande affaire à cette époque, c’était le portrait, sans cesse tenté, de l’amie. — « (8 avril 1 843 . ) Vous aurez votre portrait en Turquesse que j’ai un peu arrangé. Je vous ai mis un narghilé à la main pour plus de couleur locale. » — « (5 décembre 1844.) J’ai commencé ce soir le dessin que vous me commandez. C’est difficile à faire. Vous tenez donc à ce champ de chardons ? Je vous apporterai mon esquisse et aussi votre portrait. Je vous ai donné vos yeux mauvais. » — « (12 septembre 1846.) Je crois vous avoir parlé de deux portraits. J’en ai maintenant au moins trois, et à chaque tentative

infructueuse, j’ai recommencé sans détruire le premier portrait et sans mieux réussir; enfin, vous verrez si ma mémoire m’a bien ou mal servi. Vous me demandez quelle robe? En vérité, je me m’en suis guère préoccupé ; mais ce n’est pas là que gît la ressemblance. Je désespère de saisir jamais l’expression indéfinissable de votre physionomie. » — En bateau à vapeur sur le Rhin, la dimension phénoménale des pieds d’une Allemande et la forme extravagante de sa coiffure exigent, pour être convenablement rendues, un croquis dont le lecteur n’a que la mention. Lors de ses premiers séjours à Cannes, il est repris de sa fureur de peindre: « Je fais des paysages tous plus beaux les uns que les autres. Malheureusement, il y a ici un collègue qui m’a escamoté mes deux meilleurs ouvrages. Mon ami, qui est peintre plus véridique que moi, est dans une perpétuelle admiration de ce pays-ci. Nous passons nos journées à faire des croquis. » (22 janvier 1859.) — A Londres (3i août 1861), c’est le

portrait d’un gorille empaillé qui le sollicite. A Fontainebleau (4 août 1868), c’est la copie d’un portrait de Diane de Poitiers, d’après le Primatice. « Elle est représentée en Diane habillée d’un carquois, et il est évident qu’elle a posé et que des pieds jusqu’à la tête tout est portrait. »

Il aimait à illustrer les manuscrits de nouvelles qu’il offrait volontiers à de grandes dames (1). « La Chambre bleue avait été copiée de sa plus ferme écriture sur un cahier relié de format in- 1 8 et terminé par une petite aquarelle représentant le vin de Porto de l’Anglais coulant sous la porte et effleurant la mule de la jeune femme. Il existe de cette petite aqua-

(1) Parfois aussi c’étaient les belles dédicataires qui elles-mêmes se chargeaient de décorer ces raretés : le portrait peint par Mme *** pour Mateo Falcone n’est pas le seul exemple de ce « compagnonnage féminin » qui plaisait si fort à Mérimée. Au superbe exemplaire du Théâtre de Clara Ga\ul , décrit sous le n° 4i5o du Bulletin mensuel de la librairie D. Morgand et Ch. F atout (1878), était jointe, un peu arbitrairement, une lettre de l’auteur, remerciant une dame d’un dessin que lui avait inspiré Arsène Guillot; et M. Eudoxe Marcille possède une très belle aquarelle de Mme ia duchesse Colonna (Marcello), représentant le vieux sorcier de Djoumane , peinte lorsque ce récit était encore inédit.

relie trois reproductions sur bois et une à l’eauforte: dans l’Indépendance belge , où la Chambre bleue parut tout d’abord ; dans la première édition des Dernières nouvelles (encore ne l’y trouve-t-on pas toujours) , et, — à quelques épreuves seulement, — celle que M. Alfred Prunaire a gravée pour une édition dont il ne subsiste que trois exemplaires de mise en train (1); l’eau-forte tirée sur le titre de l’édition in-8, imprimée à Bruxelles, a été gravée par M. Bracquemond. C’est encore pour l’Impératrice que Mérimée avait enluminé le manuscrit définitif de Lokis : « Je pense, » écrivait-il à l’Inconnue, le 22 février 1869, « que vous trouverez mon ours plus présentable sous sa nouvelle forme. Quand je puis peindre, j’y fais des

(1) Cette édition avait été préparée par M. Ph. Burty, qui avait pris du manuscrit une copie rigoureusement exacte, respectant jusqu’aux bizarreries orthographiques de Mérimée ; le texte, composé à l’imprimerie Claye, reproduisait page pour page le cahier autographe et se terminait par le fac-similé du croquis et de la signature de Mérimée. Des considérations particulières firent arrêter le tirage ; un exemplaire offert par M. Burty à M. Paul Arnauldet, avec une lettre explicative, s’est vendu ioo francs à la vente de ce bibliophile, faite par M. A. Voisin (no 636 du catalogue).

illustrations pour le donner à l’Impératrice quand je reviendrai. Ne croyez pas que je représente toutes les scènes, celle par exemple où cet ours s’oublie. » Enfin, il existerait une autre nouvelle (inédite) dont le manuscrit serait orné de vues d’Orient et de chats, vautrés dans les rues et sur les terrasses. Mérimée aimait fort ces animaux aristocratiques et élégants, qui prouvent, disait-il à M. Champfîeury, « leur susceptibilité parleur politesse. » Mais si son crayon un peu rêche et maigre ne savait guère saisir la grâce exquise et les poses câlines que Delacroix a plus d’une fois surprises, il excellait à en rendre l’aspect tantôt grotesque, tantôt farouche : cet amusant raccourci de matou, qu’on dirait emprunté à l’album d’un fantaisiste japonais, a été jeté sur un feuillet de croquis, ramassé par M. de Guilhermy, au Comité des arts, le 9 janvier 1849, et que je possède; Mérimée y a éparpillé une douzaine

de félins, lions et coureurs de gouttières, d’une anatomie savante ou burlesque; au bas se profile un lacertus horribilis de Madagascar qui aurait étonné Linné, dont le nom est invoqué par l’auteur; dans le curieux livre de M. Champfleury, on voit aussi un chat dévorant des oiseaux, copié au British Muséum sur une peinture contemporaine de la XVIII0 dynastie égyptienne; mais c’est là le calque rigoureux d’un document où l’archéologue a eu plus de part que l’artiste.

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