‹ Prosper Mérimée; ses portraits, ses dessins, sa bibliothèque;Chapitre 4 sur 8 · CABINET DU MINISTRE DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS · texte numérisé non relu

CABINET DU MINISTRE DU COMMERCE ET DES TRAVAUX PUBLICS

« Vous êtes invité à vous trouver, mardi 6 septembre, à six heures, devant la rotonde du Palais-Royal, pour aller dîner ensuite où il

(i) Ce billet et ces croquis ont été fac-similés dans l'Art, 1875, tome III. p. 266 et 267.

conviendra aux personnes dont les noms suivent : Mareste, Koreff, Viel-Castel, Sharp c et moi . > y

» Je vous fais mes compliments de condoléance sur votre sujet, mais je vous proposerai un remède efficace. »

L'en-tête de cette lettre nous fournit la date approximative de Tannée où elle fut écrite. Mérimée avait suivi M. d'Argout en qualité de chef de cabinet au ministère de la marine, puis à celui du commerce (i3 mars i83i), et enfin à celui de rintérieur (3o décembre i832). Ce billet est donc de l'une de ces deux années. L'original n'a plus qu'un seul feuillet; le second a été coupé par Delacroix, qui s'en servit peutêtre le jour même pour tracer un croquis au Jardin des plantes : sous l'écriture de Mérimée se modèle très nettement encore l'empreinte d'une patte de lion. N'est-ce pas là un bel autographe ?

La réunion des convives n'est pas moins curieuse : c'étaient le baron de Mareste, le spirituel ami de Jacquemont et de Stendhal, auxquels il a de beaucoup survécu et qui devaient lui envier son célèbre paradoxe : « Le mauvais goût mène au crime •, » le comte Victor de Viel-Castel, un viveur élégant qui gagna un jour contre un Anglais le pari d'absorber à lui tout seul le menu d'un dîner dont la carte, conservée par Roger de Beauvoir (i), s'élevait à 5oo francs; M. de Koreff, le médecin de Beyle et un peu aussi, je crois, celui d'Henri Heine; enfin Sutton Sharpe, un avocat anglais mort à Londres en février 1843, « neveu du poète Rogers, homme d'esprit très vicieux qui gagnait 100,000 francs par an à défendre la veuve et l'orphelin et les dépensait avec des rats. C'était un des plus aimables hommes que j'aie connus. II est mort d'apoplexie pour avoir trop travaillé et trop fait l'amour (2). »

(i) Les Soupeurs de mon temps, Achille Faure, 1867, in- 18.

(2) Lettre inédite de Mérimée à Sainte-Beuve, sans date, mais écrite

Dans ce groupe brillant qui représentait assez bien, au commencement du siècle, avec autant de scepticisme et une ironie plus prudente, la « synagogue » du baron d'Holbach, Delacroix devait tenir son rang; mais, malgré le plaisir qu'il goûta de tout temps à ces légères débauches de table par lesquelles il rompait les jeûnes que lui imposait sa frcle organisation, il préférait quelque causerie sereine et originale sur les manifestations multiples du Beau, et c'est très certainement à la suite d'une de ses conversations avec Mérimée qu'il jeta sur une feuille de papier une vingtaine de croquis et les réflexions qu'elle lui inspirait. Il y a un enchaînement réel dans ces brèves formules, et les évolutions du dialogue se retrouvent sous leur désordre apparent. Quant au nom de l'interlocuteur, il ne peut être douteux : « M. me disait : Je définis l'art : l'exagération à pro-

prohablement en i855 ; elle renferme les noms des principaux correspondants de Beyle, désignés seulement par des initiales dans les deux volumes de lettres publiés en iS55. Cette lettre m'a été communiquée par M. le vicomte de Spoèlbercli.

iS^»^^ 5o '^>® pos : » tout Tart de Colomba et de Carmen est là.

Voici d'ailleurs ces notes de Delacroix; elles commentent le plus souvent l'esquisse qu'elles encadrent :

« Dessin d'après les têtes de Rubens ou de Véronèse, d'après ces natures fortes dans le genre du fou des Noces de Cana. Tête de capitaine du port à Tanger. Charlet. Dans les médailles, hommes gros et âgés. Le portrait du Titien, gravure de Schwiter. Figure de femme d'une nature grasse.

» M. me disait : Je définis Part : l'exagération à propos. Comme les anciens (i) l'ont bien senti : les masques, les porte- voix, les cothurnes. C'est le seul peuple artiste en tout.

» Étude de la tête de Clouet ; chercher un motif.

» Chercher un sujet de plusieurs femmes nues dans l'Arioste ou autres.

» Bain de femmes mores, superbe motif.

(i) Sans doute les Grecs.

» Pourquoi ne pas copier la femme de trente ans, par exemple, comme la nature la fait, le col court, le petit double menton, la rondeur des cuisses ?

» La nature fait une beauté pour tous les âges. Tous nos S3'stèmes tendent à la borner. L'antique copie le beau de tous les âges, mais jamais mesquinement (i). Goya sublime dans ses femmes pour cela. Ingres (il n'aurait pas osé le faire dans sa jeunesse) a, entrevu une partie de cela et y doit tout son lustre, son Homère, son Œdipe, ses femmes.

» C'est Michel-Ange qui a mis à la mode les muscles ronflants. Trouver Aspasie. »

Ainsi, en quelques lignes, Delacroix résume

(i) Il est curieux de rapprocher de ceci quelques lignes de Mérimée lui-même à propos d'une Vénus sans bras achetée par le British Muséum :

« Il y a dans toutes ces statues antiques des mouvements pris sur nature d'une merveilleuse grâce et parfaitement chastes en même temps. Lorsqu'on les fait répéter à nos modèles dans nos ateliers, ils semblent affectés et indécents. A quoi cela tient-il ? Je me .suis souvent demandé si cela tient à la condition sociale des modelés et si des femmes du monde ne seraient pas plus près de l'aniique. Quel dommage que ces expériences, qui seraient si instructives, ne puissent pas se faire plus facilement! » [Lettres à une autre Inconnue; Saint- Cloud, 14 août 1866.)

et caractérise toujours du mot propre les tempéraments de la Renaissance italienne, la rudesse voulue de Charlet, le génie plastique de la Grèce, la beauté de la femme de trente ans; il exprime son admiration pour Goya et rend un juste hommage à son implacable adversaire, M. Ingres-, puis, sa pensée, qui flotte sans effort de la plus pure antiquité aux raffinements de la grâce moderne, se concentre en deux mots qui sont comme la synthèse de sa rêverie : « Trouver Aspasie. »

S'il n'y a nulle témérité à rattachera l'époque de la liaison de Mérimée et de Delacroix les notes qu'on vient de lire, il serait imprudent de voir dans l'écrivain un élève du peintre quand il se servait de la mince plume de fer de Tencre de Chine ou du pinceau des jvatercolours^ car son tempérament personnel reprenait le dessus et ne trahissait en rien une si glorieuse influence. Ses fonctions d'inspecteur général des monuments historiques exigeaient d'ailleurs de son crayon plus de précision que

C5v-n. 53 -ç>^ de pittoresque. Les croquis relevés ainsi par lui sont innombrables, et, à défaut de ses albums à jamais disparus, ses compagnons de voyage ou ses collègues des commissions sont restés possesseurs de plus d'une de ses études architecturales.

Pendant sa promenade en Asie Mineure avec Ampère, lors de ses fréquents séjours en Espagne et en Angleterre, il ne perdait aucune occasion de s'escrimer. Avant d'entreprendre ses tournées officielles, il avait même appris à mouler, et cette pratique lui fut plus d'une fois précieuse. Il se contentait toutefois de donner des ordres dans les villes où il avait chance de rencontrer des ouvriers assez habiles, comme à Avignon, par exemple ; il fit exécuter au musée Calvet, entre autres reproductions, celle du Caracalla vendant des petits pâtés, qui est une des curiosités de cette collection. « Remerciements encore pour le Caracalla, » écrivait-il à Requien,le 19 juin i835; « i/3 (i) en est amou-

(i) Mérimée avait dû emprunter à Stendhal cette façon énigmatique

®^^^ 54 -^^^ reux. J'avais peur qu'il ne prît cela pour une caricature moderne et de sa personne, mais il a beaucoup admiré le bousingotisme du 111° siècle, comme tout à fait innocent. » M. Champfleury a donné dans V Histoire de la caricature antique un bois d'après le moulage même exécuté en i835.

Bien qu'il ne fût pas un rival dangereux pour M. Eugène Lami ou M. Edmond Morin, Mérimée devait songer à lui-même lorsque, dans le Vase étrusque, il cite, parmi les prétendants éconduits dont Saint-Clair triomphe, « ce jeune auteur qui fait de si jolies aquarelles et qui joue si bien les proverbes. » Dans sa vieillesse, il écoutait docilement les conseils d'un artiste distingué, M. Jules Grenier, dont il se déclarait 1' « élève indigne » en lui dédiant une étude faite sous ses yeux, et, à la veille de son dernier départ pour Cannes, il copiait encore à l'aquarelle un tableau de l'école de

de désigner M. Thiers. J'ai vu la même plaisanterie dans un billet adressé à Hipp. Royer-CoUard.

Paul Véronèse. Quelques amis n'ont pas toujours pu conserver les cadeaux qu'il leur avait faits, non sans insister, paraît-il, sur rimportance du présent. C'est ainsi que M. Charles Edmond, après l'occupation de sa villa de Bellevue par les Prussiens, ne retrouva intacte qu'une seule des aquarelles que Mérimée lui avait données, et qui représente une vue de Cannes; sur le premier plan se promène, grave, sous un parasol, un gentleman vêtu de noir, que l'on peut considérer, avec quelque bonne volonté, comme la silhouette de l'auteur.

Il était plus généreux quand il s'agissait des bonhommes à l'encre ou à la mine de plomb dont il couvrait les papiers qu'il avait devant lui ; en emportait qui voulait ; on l'a vu dessiner partout, à l'Institut, au Sénat, dans les diverses commissions dont il était membre. M. Jules Troubat possède deux précieux croquis d'après le duc de Broglie père et M. Mignet, ramassés par Sainte-Beuve à l'Académie

îS^;^ 56 ''®>v© et annotés par lui. M. Paul Arnauldet avait orné un bel exemplaire de Notre-Dame de Paris d'un profil de Victor Hugo écrivant, que M. Aglaûs Bouvenne s'est plu deux fois à reproduire à quelques épreuves (i). M. Rathery avait recueilli une grande composition « d'après Prudhon » : lOmbre des bonnes poursuivant Dumolard, crayonnée le 9 mai 1864 au Comité des monuments historiques. C'est aussi dans une séance du Comité que fut tracée d'une plume vigoureuse la tête de femme reproduite ici et que M. Eug. VioUet-le- Duc a bien voulu me communiquer. Le voisin habituel de Mérimée à ces réunions, M. Paul Lacroix, a gardé plus d'une de ces improvisations, par exemple deux

(i) Cet exemplaire de Noire-Dame est porté au prix de i5o francs sur le catalogue de février 1879 de la librairie Rouquette.

fantastiques personnages montés sur ergots, revêtus d'habits à palmes et ornés de proboscides monstrueuses, intitulés Tun Académicien, l'autre Sénateur, mais qui sont plutôt les symboles de ces deux corps que la charge personnelle d'un collègue (i); un paon académique étalant une queue ocellée de décorations de tous pays et se pavanant sur une pile de volumes dont les titres visent un confrère des Inscriptions, mort nonagénaire, etc. On trouverait bien d'autres spécimens de ces bouffonneries sans prétention chez MM. Charles Read, E. Boeswillwald, de Varennes, etc.

Ces divertissements n'étaient pas toujours aussi innocents : le goût permanent de Mérimée pour les polissonneries et qui fut autant un

(i) L'i4ri (1875, tome III, p. 269) les a reproduits tous deux en les réduisant un peu. L'Autographe du i^r août iS65 a donné une grenouille en falbalas, esquissée par Mérimée pendant le fameux réquisitoire de M. Dupin contre le luxe efl'réné des femmes : commentaire piquant d'une page austère de M. Alphonse Peyrat sur le même discours. Dans un album publié par M. Aglaûs Bouvenne (Se/'f dessins de gens de lettres, 1874, in-lolio), on trouve une sorte de charcutière espagnole, enguirlandée d'inlormes ébauches et de mots russes, qui avait été oubliée sur un pupitre de l'Institut.

cS^-îâ^ 58 -^>^ travers qu'une affectation , se donnait carrière sous ses doigts comme dans sa conversation. Il a existé un album, illustré par lui et par M. Gr. de B. de dessins obscènes, exécutés pour la plupart pendant les séances de la Commission des monuments historiques, et auxquels une exubérance d'érudition archéologique et symbolique prêtait un caractère étrange.

Dans la correspondance de Mérimée on trouverait aussi un grand nombre de croquis ; les Lettres à une inconnue fournissent à ce sujet plus d'un renseignement forcément très vague, mais qui a néanmoins son prix. Dès les premières pages, on le voit copiant un Velasquez en l'honneur de M"^ X : « Depuis que vous ne voulez plus de mon aquarelle, j'ai assez grande envie de vous l'envoyer. J'en étais mécontent et j'avais commencé une copie d'une infante Marguerite, d'après Velasquez, que je voulais vous donner. Velasquez ne se copie pas facilement, surtout pour des barbouilleurs comme

moi. J'ai recommencé dix fois mon infante, mais à la fin j'en suis encore plus mécontent que du moine. Le moine est donc à vos ordres.... » Un peu plus loin, à la suite d'un rêve qu'il lui raconte et dont l'explication menace d'être obscure, il ajoute : « Pour vous faire mieux comprendre la scène, je vous envoie un dessin. )- — « J'ai commencé à dessiner pour vous un costume maçonnais » (29 septembre 1843}. La grande affaire à cette époque, c'était le portrait, sans cesse tenté, de l'amie. — a (8 avril 1843.) Vous aurez votre porîraitenTurquesse que j'ai un peu arrangé. Je vous ai mis un narghilé à la main pour plus de couleur locale. » — X (5 décembre 1844.) J'ai commencé ce soir le dessin que vous me commandez. C'est difficile à faire. Vous tenez donc à ce champ de chardons ? Je vous apporterai mon esquisse et aussi votre portrait. Je vous ai donné vos yeux mauvais, i^ — « (12 septembre 1846.) Je crois vous avoir parlé de deux portraits. J'en ai maintenant au moins trois, et à chaque tentative

infructueuse, j'ai recommencé sans détruire le premier portrait et sans mieux réussir; enfin, vous verrez si ma mémoire m'a bien ou mal servi. Vous me demandez quelle robe ? En vérité, je me m'en suis guère préoccupé; mais ce n'est pas là que gît la ressemblance. Je désespère de saisir jamais l'expression indéfinissable de votre physionomie. » — En bateau à vapeur sur le Rhin, la dimension phénoménale des pieds d'une Allemande et la forme extravagante de sa coiffure exigent, pour être convenablement rendues, un croquis dont le lecteur n'a que la mention. Lors de ses premiers séjours à Cannes, il est repris de sa fureur de peindre : « Je fais des paysages tous plus beaux les uns que les autres. Malheureusement, il y a ici un collègue qui m'a escamoté mes deux meilleurs ouvrages. Mon ami, qui est peintre plus véridique que moi, est dans une perpétuelle admiration de ce pa3'S-ci, Nous passons nos journées à faire des croquis. » (22 janvier 1859.) — A Londres (3i août 1861), c'est le

(^•^^ 6i 'x>S> portrait d'un gorille empaillé qui le sollicite. A Fontainebleau (4 août 1868), c'est la copie d'un portrait de Diane de Poitiers, d'après le Primatice. « Elle est représentée en Diane habillée d'un carquois, et il est évident qu'elle a posé et que des pieds jusqu'à la tête tout est portrait. »

Il aimait à illustrer les manuscrits de nouvelles qu'il oflVait volontiers à de grandes dames (i). « La Chambre bleue avait été copiée de sa plus ferme écriture sur un cahier relié de format in- 18 et terminé par une petite aquarelle représentant le vin de Porto de l'Anglais coulant sous la porte et effleurant la mule de la jeune femme. Il existe de cette petite aqua-

(i) Parfois aussi c'étaient les belles dédicataires qui elles-mêmes se chargeaient de décorer ces raretés : le portrait peint par M™» *" pour Mateo Falcone n'est pas le seul exemple de ce u compagnonnage féminin » qui plaisait si fort à Mérimée. Au superbe exemplaire du Théâtre de Clara Ga^ul, décrit sous le n» 41 5o du Bulletin mensuel de la librairie D. Morgand et Ch. Fatout (187S), était jointe, un peu arbitrairement, une lettre de l'auteur, remerciant une dame d'un dessin que lui avait inspiré ^rsè«e Gur//of; et M. Eudoxe Marcille possède une très belle aquarelle de M"'« la duchesse Colonna (Marcello), représentant le vieux sorcier de Djoiimâne, peinte lorsque ce récit était encore inédit.

relie trois reproductions sur bois et une à l'eauforte : dans l Indépendance belge, où la Chambre bleue parut tout d'abord ; dans la première édition des Dernières nouvelles (encore ne Ty trouve-t-on pas toujours) , et, — à quelques épreuves seulement, — celle que M. Alfred Prunaire a gravée pour une édition dont il ne subsiste que trois exemplaires de mise en train (i) ; Teau -forte tirée sur le titre de l'édition in-8, imprimée à Bruxelles, a été gravée par M. Bracquemond. C'est encore pour Tlmpératrice que Mérimée avait enluminé le manuscrit définitif de Lokïs : « Je pense , » écrivait-il à l'Inconnue, le 22 février 1869, « que vous trouverez mon ours plus présentable sous sa nouvelle forme. Quand Je puis peindre, j'y fais des

(i) Cette édition avait été préparée par M. Ph. Burty, qui avait pris du manuscrit une copie rigoureusement exacte, respectant jusqu'aux bizarreries orthographiques de Mérimée ; le texte, composé à l'imprimerie Claye, reproduisait page pour page le cahier autographe et se terminait par le fac-similé du croquis et de la signature de Mérimée. Des considérations particulières firent arrêter le tirage; un exemplaire offert par M. Burty à M. Paul Arnauldet, avec une lettre explicative, s'est vendu loo francs à la vente de ce bibliophile, faite par M. A. Voisin (no 636 du catalogue).

®<s^ 63 ■'^>s> illustrations pour le donner à Tlmpératrice quand je reviendrai. Ne croyez pas que je représente toutes les scènes, celle par exemple oiî cet ours s'oublie. » Enfin, il existerait une autre nouvelle (inédite) dont le manuscrit serait orné de vues d'Orient et de chats, vautrés dans les rues et sur les terrasses. Mérimée aimait fort ces animaux aristocratiques et élégants, qui prouvent, disait-il à M. Champfleur}^, « leur susceptibilité parleur politesse. » Mais si son crayon un peu réche et maigre ne savait guère saisir la grâce exquise et les poses câlines que Delacroix a plus d'une fois surprises, il excellait à en rendre l'aspect tantôt grotesque, tantôt farouche : cet amusant raccourci de matou, qu'on dirait emprunté à l'album d'un fantaisiste japonais, a été jeté sur un feuillet de croquis, ramassé par M. de Guilhermy, au Comité des arts, le 9 janvier 1849, ^^ Q'Jc je possède; Mérimée y a éparpillé une douzaine

de félins, lions et coureurs de gouttières, d'une anatomie savante ou burlesque; au bas se profile un lacertus horribilis de Madagascar qui aurait étonné Linné, dont le nom est invoqué par l'auteur; dans le curieux livre de M. Ghampfleury, on voit aussi un chat dévorant des oiseaux, copié au British Muséum sur une peinture contemporaine de la XVIIP dynastie ég}'ptienne; mais c'est là le calque rigoureux d'un document où l'archéologue a eu plus de part que l'artiste.

LA BIBLIOTHÈQ.UE

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